‹ Traité de l'art de formulerChapitre 50 sur 272 · ACCUMULATION DES MÉDICAMENTS · texte numérisé non relu

ACCUMULATION DES MÉDICAMENTS

Sous ce titre on confond deux phénomènes tout à fait distincts, dont l'un peut tourner au profit de la thérapeutique, tandis que l'autre n'est jamais qu'un accident qu'on doit chercher à éviter.

ACCUMULATION d'aGTION.

Le premier phénomène est tout physiologique; en voici renoncé. En continuant l'usage d'uoe substance médicamenteuse, il arrive que les doses successives restant égales, les effets s'accroissent graduellement.

Cela dépend de l'intervalle de temps qui s'écoule entre deux prises consécutives.

Si les intervalles sont assez courts pour que l'effet de la première dose persiste encore quand la seconde est administrée, les deux effets s'ajoutent. Supposons que le premier effet ég'al à 10 soit encore représenté par la moitié de sa valeur primitive; la résultante sera un effet une fois et demie aussi fort que le premier, c'est-à dire égal à 15. Au moment de la troisième prise, l'action de la première pourra encore subsister avec le cinquième de son intensité; celle de la seconde sera réduite de moitié; l'effet total sera donc représenté par 17. En admettant que dans

l'intervalle suivant l'action de la première dose soit épuisée, Teffet ne dépassera pas le chiffre 17, pourvu qu'on ne change rien dans la formule de la prescription.

On comprend aisément toutes les combinaisons possibles en ce genre. La loi de ces progressions serait mathématique si l'habitude et d'autres circonstances n'iotredwisaient quelques perturbations. Les phénomènes d'accumulation sont d'autant plus marqués, que l'action des médicaments se prolonge davantage et que les prises sont plus nombreuses pendant sa durée.

Telle est la loi générale : son application aux cas particuliers nécessiterait la connaissance précise de la durée et du mode de décroissement de l'action de chaque médicament. Or c'est là une lacune qui reste à combler dans la science.

ACCCMULÂTION DES DOSES.

Il est un autre genre d'accumulation propre aux médicaments qui attendent une transformation avant de pouvoir agir : tels sont les médicaments insolubles et ceux dont le principe actif ne peut se développer qu'à la faveur d'une action chimique.

Tant que les conditions ne sont pas favorables à cette dissolution ou à cette formation d'un principe nouveau, les doses répé-' tées du médicament s'accumulent dans les premières voies sans produire d'effet notable. Puis, les circonstances changeant, ces mutations s'effectuent et l'économie se trouve tout à coup sur^ chargée d'agents très-énergiques ou même toxiques.

Supposons, par exemple, que l'on ait administré une préparation mercurielle soluble, la liqueur de Van Swieten, par exem-r pie, la plus grande portion du mercure s'est combinée avec les diverses matières albumineuses de l'économie pour former des combinaisons insolubles qui pourront séjourner plus ou moins de temps si rien ne vient troubler 1 équilibre de leur combinaison; mais si, longtemps après l'administration des préparations mercurielles, quinze ou vingt jours, par exemple , on vient à faire prendre de l'iodure de potassium, on pourra produire une sali'vation mercurielle, absolument comme si l'on avait donné une nouvelle do^-'e de mercure.

De là des accidents plus ou moins graves dont on avait depuis longtemps signalé des exemples sans en fournir l'explication.

On les évitera en donnant les médicaments insolubles à doses fractionnées et en favorisant leur dissolution par les moyens que nous avons précédemment indiqués.

Page 1