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MODES D'APPLICATION DES MÉDICAMENTS

On applique sur tous les points accessibles du corps les médicaments dont l'action doit être toute locale, c'est-à-dire topique. Ceux dont l'action ne doit s'exercer qu'après absorption et transport dans le système circulatoire, s'appliquent, en général, sur la peau et sur les membranes muqueuses, digestive et pulmonaire.

Quand on veut faire absorber par le tégument externe, deux méthodes se présentent : 1° la peau reste intacte; 2° ou bien on la dépouille de son épiderme pour augmenter sa faculté absorbante.

Méthode enépidermîque (J. Pelletan). — Christiern Ta fait connaître sous le nom d'Iaij^aleptique ; c'est encore VAnatîipsobgie de Bréra, la Médecine eispnoïque (Médecine par inhalation, par absorption) de Cruikshank et Duval.

Les procédés varient suivant les qualités du médicament. S'il est soiuble dans l'eau, on pourra le faire dissoudre et le donner sous forme de bains locaux ou généraux, ou en imbiber des compresses (fomentations, lotions), ou les faire entrer dans la composition des cataplasmes, soit que ces dissolutions y remplacent l'eau, soit qu'on se contente de les verser à la surface d'un cataplasme ordinaire.

La même chose peut se faire avec des liquides alcooliques et huileux. Dans ce dernier cas, le procédé prend plus spécialement le nom de Uniment si le corps huileux est froid, et d'embrocations'il est chaud.

On peut favoriser l'absorption en frictionnant la peau.

Les autres corps gras, pommades ou onguents, s'étalent sur la peau sans autre formalité (onctions), ou bien s'accompagnent de frottements comme ci-dessus; c'est ce qui constitue les frictions proprement dites.

Les frictions qu'on exerce dans ces différents cas agissent sans doute en usant l'épiderme et en excitant la peau, qui rougit plus ou moins.

Le lavag:ô préalable de la partie a pour effet de nettoyer la peau de l'enduit gras qui la couvre et empêche Tabsorption des substances dissoutes dans leau.

Les matières capables de faire pâte avec Teau constituent de véritables cataplasmes.

La méthode enépidermique est souvent employée ; cependant de nouvelles études pratiques seraient nécessaires pour lui donner toute la vogue quelle mérite ; mais pour cela, il serait indispensable de tenir compte des différents états de la peau en santé et en maladie : en effet, Tabsorption peut être influencée par l'état de sécheresse ou d'onctuosité de fonction ou d'inertie. Ne savons-nous pas, en effet, que le nitraie d'argent ne colore pas les parties qui sont le siège d'un érysipèle?

D'ailleurs, les substances très-actives appliquées sur les différentes parties des corps ne sont pas absorbées avec la même rapidité; l'absorption est nulle ou à peu près sur la peau, recou-? vrant le tissu cellulaire, tandis qu'elle est assez rapide sur les points où les vaisseaux lymphatiques ou veineux abondent, comme les aisselles ou la partie interne des cuisses. Les lois décrites par M. Dutrochet, sous le nom d'endosmose^ seraient certainement d'une grande importance pour élucider cette question, d'autant plus facile à résoudre aujourd'hui, que l'on con-? naît mieux la structure intime de la peau, ses affections et son mode d'absorption.

Ajoutons que toutes les fois que la méthode enépidermique sera employée, il est indispensable que les corps soient com|)létement dissous; aussi recommanderons-nous aux praticiens d'employer les véhicules convenables pour opérer ces dissolutions. {Voir le Formulaire.)

Méthode endermîqiie. — Quand on veut en faire usage, il faut commencer par enlever répiderme au moyen d'un vésicatoire. Celui qu'on doit préférer est le vésicatoire ammonical il importe, pour réussir, de prendre toutes les précautions sur lesquelles nous avons longtemps insisté à l'occasion de l'ammoniaque.

Cette méthode a été imaginée par M. Lembert, et appliquée d'abord par lui, conjointement avec M. Bailly. M. Orfila Pavait déjà employée dans ses expériences toxicologiques Klle a déjà rendu de grands services à la thérapeutique lorsqu'il s'est agi de l'absorption prompte de substances énerffiques qui devaient agir sur des organes voisins du lieu de l'application.

La méthode endermique est surtout d'un grand secours pour déterminer l'absorption rapide des alcalis organiques, surtout de ceux qui, comme la morphine, sont solubles dans les liquides alcalins de l'économie. M. ]'»ougier (de Lyon), d'abord, M. Mayor (de Genève) ensuite, ont proposé la dénudation de la peau au moyen d'un marteau à tête ronde , trempé dans l'eau bouillante, que l'on applique sur la partie que Ton veut vésiquer. La strych-

nîne, employée par M. le docteur Rougier par cette méthode, lui a donné les meilleurs résultats. Ajoutons qu'il faut éviter d'appliquer sur le derme des substances insolubles médiatement ou immédiatement.

Méthode par ingestion. — Nous comprenons sous ce titre tous les procédés par lesquels on porte les médicaments dans les voies digestives.

Tantôt on ingère par la bouche, tantôt par l'anus.

On doit se servir de la première voie dans presque tous les cas : la seconde n'obtiendra la préférence que lorsqu'il y aura répugnance invincible de la part du malade ou qne les médicaments seront susceptibles de digestion et transformés ainsi en substances inertes.

L'ingestion par l'estomac est la seule possible lorsqu'on veut faire entrer dans la circulation des médicaments qui ne sont solubles qu'à la faveur des acides ou des alcalis. Dans ce dernier cas, on administre, avons-nous dit, des boissons abondantes pour obliger le médicament à franchir le pylore le plus rapidement possible.

D'ailleurs, différents artifices ont été mis en usage pour masquer la saveur désagréable des médicaments; %n les aromatise, on les édulcore; on les enveloppe dans du pain à chanter ou dans des capsules gélatineuses.

Méthode par inspiration. — C'est celle qui se fonde sur l'absorption parla membrane muqueuse pulmonaire.

On atteindrait ce but en chargeant l'atmosphère de vapeurs médicamenteuses; mais presque toujours il sera plus commode de faire fumer des cigarettes d'où se dégagent des principes actifs, tels que du camphre, du mercure.

Il importerait de recommander au malade de remplir de fumée la cavité buccale par un mouvement de succion, et d'aspirer ensuite, c'est-à-dire de respirer par la bouche.

On comprend qu'il n'est possible d'appliquer sous cette forme que les substances volatiles, ou du moins faciles à entraîner dans un courant gazeux.

L'administration des eaux minérales par aspiration on inhalation a pris dans ces derniers temps une très-grande extension : on doit à M. le docteur Salles-Girons un procéiié d'inhalation d'eau réduite en poussière très-fine dont nous aurons l'occasioq de parler plus tard.

Méthode par infusion dans les veines. — Nous ne ferons que la mentionner. On a conseillé d'injecter des substances actives directement dans les veines dans des cas désespérés; mais c'est une arme à double tranchant dont peu de praticiens osent faire usage.

Méthode par introduction dans C épaisseur des organes. — L*Idée première appartient à M. Palaprat. On la réalise au moyen

d'une aiguille de platine qui, par une de ses extrémités, plonge dans les tissus, tandis que par l'autre elle communique avec le pôle d'une pile en activité dont i'eau acidulé est chargée d'un sel médicamenteux.

Ce procédé ne peut qu'être fort restreint dans ses applications.

Méthode par inoculation. — Cette méthode pourrait être rapportée à l'iatralepsie. Si l'on considère cependant que le vaccin préserve de la variole, que les virus et les venins peuvent être avalés impunément, il est certain que cette voie d'absorption pourrait être d'un grand secours en thérapeutique.

Tous ces modes d'administration des médicaments doivent être bien présents à l'esprit du praticien, parce qu'ils peuvent souvent se remplacer les uns les autres. Certaines substances sont tellement repoussantes, ou les malades sont tellement susceptibles , qu'il est impossible de les faire prendre par la bouche sous forme liquide ; il faut alors avoir recours à d'autres artifices : pilules, capsules, ou même lavements, méthode ender-; mi que.

En résumé, on peut classer dans l'ordre suivant la rapidité; d'action des médicaments d'après leur plus ou moins prompte ' absorption :

i° Inhalation (absorption par la muqueuse bronchique) ;

2' Tissu cellulaire dénudé (méthode endermique) ;

3" Muqueuse rectale;

!i° Muqueuses gengivale, buccale, oculaire, nasale;

5° Muqueuse stomacale et intestinale;

6° Peau non dénudée (méthode enépidermique ou iatralep-*. tique).

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