IDIOSYNCRASIES
Ainsi que nous l'avons vu, nous comprenons sous le nom d'idiosyncrasies, toutes les différences individuelles qu'on ne peut rattacher à des lois. Ce mot nous sert par conséquent à voiler notre ignorance.
Mais à mesure que la science fera des progrès, on en restreindra l'usage, ou du moins on lui donnera un sens plus précis, et peut-être n'exprimera-t-il plus alors qu'une manière d'être du système nerveux.
Sous le rapport des différences individuelles que les malades présentent eu égard à l'action des médicaments, on peut les ranger en trois catégories :
i" Les uns ressentent les effets habituels qui revêtent seulement une intensité plus grande. Chez eux, par exemple, la moindre dose d'opium produit une éruption ortiée.
2° Les autres n'éprouvent qu'un des effets propres au médicament. Telle substance sera toujours purgative pour tel sujet, toujours émétique pour tel autre.
3' Il y a des malades enfin qui éprouvent des effets insolites et tout à fait extraordinaires.
L'idiosyncrasie rend quelquefois, sinon dangereux, du moins fâcheux, l'emploi d'un remède innocent. Gaubius cite un exemple d'un homme qui était tout aussi malade par l'usage de la poudre d'yeux d'écrevisses que d'autres par l'emploi de l'arsenic. A la suite de l'application d'un vésicatoire, on peut voir survenir un érysipèle général; l'antimoine cause quelquefois une salivation qui ne s'accompagne point d'ébranlement des dents ni de! fétidité de l'haleine. Un pharmacien de Tours était en proie à une dyspnée cruelle toutes les fois qu'il préparait de la poudre d'ipé-i cacuanha. M. Chevalier a connu une dame qui ne put prendre de la rhubarbe en poudre sans avoir immédiatement une eôlores-
cence érj^sipélateuse sur la peau, et néanmoins sans inconvénient aucun elle but une infusion de la même substance.
11 faudra tenir grand compte de ces idiosyncrasies sur lesquelles, d'ailleurs, les malades, avertis par une expérience antérieure, ont soin d'appeler l'attention de leur médecin.
Après avoir passé en revue, tant du côté des malades que du côté des médicaments, les principales circonstances qui modifient les effets thérapeutiques; après avoir indiqué les lois les plus générales qui président à ces effets, il nous reste à en faire l'application à ce que nous sommes convenus d'appeler les moyens de l'art de formuler,