MÉDICAMENTS
A. En employant des substances qui produisent le même résultat en définitive, quoique n"" ayant pas le même mode d'action.
On combine plusieurs purgatifs dans le but commande purger; mais l'un activera le mouvement péristaltiquedes intestins, l'autre déterminera une exhalation plus abondante des parois intestinales; un troisième agira sur les organes voisins, au point d'augmenter leurs sécrétions dans les intestins.
Le calomel est associé à la scille et à la digitale pour obtenir des effets diurétiques. Le calomel et la digitale activent l'absorption, la scille exerce surtout son influence sur les reins, et néanmoins le résultat commun de ces deux genres d'action sera de la diurèse.
B. En combinant des substances dont faction est entièrement différente, mais qui sont destinées àrcmplir plusieurs indications.
Dans la colique des peintres, les purgatifs sont associés avec succès aux antispasmodiques. Dans les coliques spasmodiques, ces deux espèces de médicaments sont employées avec un égal avantage.
On combine aussi les purgatifs aux toniques dans les hydropisies et dans l'aménorrhée. Les purgatifs et les altérants réunis sont puissants dans les constipations opiniâtres, dans la syphilis, etc. Ces exemples pourraient être variés à l'infini.
W PAR LE MÉLANGE DE PLUSIEURS SUBSTANCES FORMER UI? REMÈDE NOUVEAU DONT l'efTET NE POURRAIT ÊTRE OBTENU PAR CHACUN DES COMPOSANTS PRIS ISOLÉMENT.
A. En combinant sans r«^.action chimique des médicaments doués d^ actions essentiellement différentes ^ et qui^ par leur union, produisent sur Céconomie des effets autres que ceux qu'ils détermi^ neraient scpaiément,
11 est asst'z difficile de s'expliquer cette bizarre propriété de certaines associations; c'est ainsi qu'un mélange d'ipécacuanha et d'opium est employé comme diapliorétique puissant, et Ton sait que ni l'ipécacuanha ni l'opium pris séparément ne jouissent de cette action. Il est vraisemblable que bon nombre des médicaments naturels doivent leur ellicacité à de semblables combinaisons.
C'est ainsi qu'agissaient les électuaires et toutes les préparations polypharmaques des anciens.
B. En combinant chimiquement des stibstaîices qui donnent naissance à de nouveaux composés qui mettent ànu les principes actifs de Cun des composants.
L'acide sulfurique uni à la potasse donne un sel (sulfate de potasse j qui n'a qu'une action douce sur l'économie, tandis que les deux composants sont d'une causticité remarquable.
La potion antiémétique de Rivière se prépare en mélangeant du jus de citron et du bicarbonate de potasse; l'acide citrique agit sur le carbonate, au moment du mélange, le décompose, prend la place de l'acide carbonique qui se dégage; et ce n'est que par l'acide carbonique que les vomissements sont arrêtés.
Le cataplasme fermenté ou de levain, ne doit ses propriétés antiseptiques qu'à un développement d'acide carbonique produit par la décomposition des ingrédients.
Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de pouvoir formuler à priori quelle doit être la composition chimique résultant du mélange de deux substances organiques neutres. Il a fallu les beaux travaux de MM. Hobiquet et Boutron, Licbig et "Wœlher, pour prouver que, deux substances neutres, aussi inoffensives que le sont l'amygdaline (principe amer des amandes amères), et la synaptase ou émulsine (substance albuminoïde des amandes) , pourraient donner naissance à deux poisons aussi énergiques que le sont l'essence d'amandes amères et l'acide cyan hydrique ou prussique.
Cependant M. le docteur Bernard a démontré que ces deux substances pouvaient réagir l'une sur l'autre dans l'estomac, et donner naissance aux deux poisons que nous venons de signaler. Ce savant physiologiste s'est même servi de cette réaction pour démontrer que la section du nerf pneumogastrique ou de la
huitième paire arrêtait le travail digestif; en effet , la section de ce nerf étant faite sur un chien , si l'on administre à cet animal de la synaptase d'abord, de l'amygdaline longtemps après, ces deux substances se trouvant en même temps dans l'estomac, l'animal mourra empoisonné par l'acide cyanhydrique et l'essence d'amandes amères. Si, au contraire, on fait prendre à un chien à l'état normal de la synaptase, et une heure après de l'amygdaline, l'animal ne sera nullement incommodé , en raison de la digestion et de l'assimilation de la synaptase qui étaient opérées au moment où l'amygdaline a été ingérée, de sorte que ces deux substances n'ont pu se rencontrer ni dans l'estomac, ni ailleurs , à leur état de pureté.
Le looch blanc du codex, renfermant une petite quantité d'amandes amères, la réaction que nous venons de signaler se manifeste par la production de l'acide cyanhydrique et de l'essence d'amandes amères, mais en quantité si minime, qu'ils seraient sans aucun danger. Cependant, si l'on ajoute à ce looch du calomel, alors celui-ci qui, administré seul, serait sans danger, est transformé en deux poisons mortels, le bichlorure et le bicyanure de mercure. Des empoisonnements suivis de mort ont eu lieu par un pareil mélange. Le même phénomène se produirait si l'on mélangeait du calomel avec les eaux distillées de lauriercerise et d'amandes amères qui renferment également de petites quantités d'acide cyanhydrique.
Certains médicaments associés perdent quelques-unes de leurs propriétés physiques , sans que l'on puisse en assigner la cause à une réaction chimique, ni que l'on soit certain que l'action thérapeutique n'a pas été modifiée. Nous avons déjà dit ailleurs que le café, le tannin, détruisaient l'amertume du sulfate de quinine, du sulfate de magnésie et de la plupart des substances amères ; le charbon animal lavé agit de la même manière dans un grand nombre de cas; l'odeur du musc disparaît lorsqu'on l'associe au lait d'amandes. M. Réveil assure que le camphre agit de la même manière. Enfin , M. Planche a signalé des modifications notables, qui se produisaient dans la consistance, l'odeur des résines et des gommes-résines associées au camphre : ainsi, cette dernière substance détruit l'odeur infecte de Tassa fœtida. Il reste à savoir si les propriétés thérapeutiques ne sont pas aussi modifiées par de pareils mélanges; c'esià l'expérience à prononcer.
Le cyanure de potassium est un poison très-énergique, tandis que, combiné avec le protocyanure et le sesquicyanure de fer, il constitue deux sels, le ferrocyanure de. potassium (cyanure jaune) et le ferricyanure de potassium (cyanure rouge) qui , tous les deux , sont sans action sur l'économie , et peuvent être donnés à la dose de 50 et 60 grammes, sans inconvénient, tandis que le cyanure de potassium pur tue infailliblement à la dose de 0,10 à 0,20; et chose curieuse, non-seulement les propriétés thôra-
peutiques et toxiques sont masquées ou détruites dans le ferrocyanure et dans le ferricyanure de potassium , mais encore les propriétés chimiques; le fer lui-même ne peut y être indiqué par ses réactifs.