DES EXTRAITS
On appelle extrait le produit d'une macération, d'une infusion, d'une décoction, d'un suc clarifié ou non clarifié obtenu par évaporation. On fait des extraits avec des substances végétales ou animales.
La composition des extraits est extrêmement compliquée, et ces médicaments n'offrent pas beaucoup de fidélité dans leur emploi, ce qui tient aux divers procédés que l'on suit dans leur préparation.
Les extraits divisés d'après leur mode de préparation peuvent former cinq classes :
1" Les extraits préparés avec les sucs des végétaux ;
3° Les extraits dont le véhicule d'extraction est l'eau ;
3° Les extraits préparés avec le vin ;
Zi° Les extraits préparés avec l'alcool ;
5" Les extraits des matières animales.
Les extraits de suc des végétaux seraient préférables à tous les autres, s'ils étaient préparés dans le vide ; mais ce n'est que très-rarement qu'on en rencontre dans les pharmacies : il faut donc avoir surtout recours aux extraits aqueux et aux extraits alcooliques. Nous ne parlons pas des extraits préparés avec le vin ; car ils ne sont qu'au nombre de deux aujourd'hui : l'extrait d'opium au vin ou laudanum opiatum, et extrait d'ellébore noir de Bâcher.
L'énergie des extraits alcooliques est en général bien plus grande que celle des extraits aqueux correspondants ; il faut donc bien se garder de les substituer les uns aux autres. Les extraits alcooliques s'emploient le plus souvent en pilules, parce que si
on les faisait entrer dans des potions, ils les rendraient troubles et désagréables. Les extraits aqueux s'ajoutent plus volontiers aux potions, à cause de leur facile dissolution. On ne peut pas préciser à quelles doses les extraits s'emploient, car elles varient suivant chaque espèce. Cependant on peut dire qu'elles sont les mêmes que celles des poudres correspondantes.
Les extraits avec les sucs de fruits sont appelés robs {voir ce mot) ; les extraits prépares au moyen de l'éther, du vinaigre, sont peu usités : on n'emploie guère que l'extrait éthéré de fougère mâle et l'extrait acétique d'opium; enfin l'extrait de fiel de bœuf et celui de cantharides sont les seuls qu'on prépare avec les matières animales.
Les extraits ont trois consistances : ils sont mous, quand ils ont la consistance de miel (genièvre) ; solides ou consistance pilulaire, quand on peut les rouler dans les doigts sans qu'ils y adhèrent (opium) ; secs, quand ils sont cassants (thridace).
Les extraits ont aussi reçu différents noms, suivant les principes qui y prédominent. On dit extraits gommeux, mucilagineux, résineux, gommo- résineux, etc.
Dans les extraits préparés avec le suc des plantes il est indispensable de distinguer ceux qui sont avec fécule, et ceux qui sont dépurés ou sans fécule ; les premiers sont plus actifs parce qu'ils renferment tous les principes de la plante, tandis que les seconds ont perdu par la séparation de la chlorophylle et de l'albumine à une température élevée, une partie des matières extractives et des substances volatiles.
On appelait i^obs, autrefois, les extraits préparés avec les sucs des fruits. Il serait peut-être bon de conserver ce mot, car on pourrait distinguer facilement deux extraits d'une même plante, l'un préparé avec les feuilles, l'autre avec les fruits, comme cela a lieu pour la belladone. Il est vrai que les robs de sureau et de nerprun sont seuls employés.
Ajoutons que par un nouveau procédé d'évaporation dans le vide, M. Granval, pharmacien de l'hôpital de Reims, prépare les extraits d'une grande pureté et d'une action telle, que si le procédé de M. Granval était adopté, l'action thérapeutique des extraits serait tellement augmentée, que toutes les doses devraient être considérablement diminuées.
M. Berjot, pharmacien à Caen, a imaginé un appareil fort simple pour préparer les extraits secs dans le vide ; pendant l'évaporation au contact de l'air, la matière extractive soluble en se combinant à l'oxygène donne naissance à une matière extractive oxygénée, ou apothème de Berzelius, dontla proportion dans les extraits est quelquefois de /|0 à /i5 pour 100, de sorte que les extraits ainsi préparés sont incomplètement solubles. Cet inconvénient ne se présente pas dans les extraits préparés dans le vide; mais ceux-ci attirant fortement l'humidité de l'air, sont d'une conser-
vation difficile; mais on parvient à les conserver au moyen d'un flacon proposé par M. Berjot, et qui remplit parfaitement ce but. Les extraits secs de M. Berjot exigent 25 pour 100 d'eau pour reprendre la consistance pilulaire ; ils doivent par conséquent être employés à dose un quart plus faible.
Les extraits s'emploient sous la forme de poudre s'ils sont secs ; de pilule, de potion, de mixture, de lavement, etc.
Les doses sont très-variables. Pour les extraits très-actifs (noix vomique, aconit, belladone, opium] elles varient de 0,01 à 0,30 centig. D'autres extraits presque inertes : gentiane, trèfle d'eau, chicorée, salsepareille ^ peuvent être employés à toute dose.