CHAPITRE XLI
L'on procédait à l'enlèvement des cales avec lenteur; on ne les enlevait pas successivement, on ôtait d'abord celles d'un couchis entre deux, on dédoublait celles qu'on avait laissées. En opérant ainsi on donnait au pont la puissance de presser de plus en plus sur les couchis qui n'étaient pas enlevés. L'on avait la précaution d'opérer symétriquement de chaque côté des arches, et sur toutes les arches en même temps pour les ponts dont les piles n'avaient point assez d'épaisseur pour servir de culées. Malgré ces précautions, on ne tarda point à reconnaître que les arches se trouvaient soutenues au dernier moment sur des points trop écartés les uns des autres; que le tassement pouvait n'être pas uniforme, et qu'il devait en résulter une sorte de serpentement dans la courbure des voûtes. L'on a donc eu recours à un autre moyen qui a été pratiqué au pont de Nemours.
2° Décintrement du pont de Nemours.
Après la clôture des voûtes du pont de Nemours, la pression des voussoirs sur les cales était devenue si grande, à cause de la forme surbaissée des arches, qu'il fut impossible de les arracher, du moins sans danger,; l'on prit alors le parti de faire ruiner lentement, avec beaucoup de précaution et en faisant usage d'outils tranchants, les abouts inférieurs des arbalétriers ; il en est résulté que ces abouts cédaient peu à peu à la charge des voûtes, et que leur tassement s'effectuait avec lenteur et en même temps que celui des cintres; de telle sorte qu'il est arrivé un instant où les ciulres tassaient seuls, et l'on a pu sans crainte les enlever complètement. Mais il faut que le tassement puisse se faire très-lentement, et éviter toute secousse tendante à lui imprimer une vitesse qui pourrait occasionner, sinon des chocs, au moins des accroissements trop rapides de pression qui feraient éclater les pierres ; c'est donc avec la plus grande prudence que les charpentiers doivent procéder à ce mode de décintrement.
5° Décintrement du pont du Strand.
Dans quelques constructions de voûtes, on a substitué au procédé de la ruine des abouts des arbalétriers, celui bien préférable de faire descendre les cintres lentement en desserrant des coins placés sous les sablières. Un des procédés les mieux imaginés, est celui dont on s'est servi au pont du Strand, à Londres : nous en avons représenté, Gg. 12, pi. 142, une arche avec son cintre.
Les cintres de ce pont étaient formés de pièces qui se croisaient dans des points tellement multipliés que leur Ggure était invariable ; on avait adopté pour eux le système des cintres retroussés, c'est-à-dire qu'on ne les avait fait commencer qu'aux points où ils étaient nécessaires pour la pose des voussoirs, et aux joints inclinés sous des angles de 30°, au-dessous desquels ces cintres étaient soutenus à chaque bout sur trois pièces de bois a, b, d; la ligne de milieu de celle b était normale à la courbure de l'arche.
La pièce supérieure a servait de blochet et recevait les assemblages de tous les