‹ Traité de l'art de la charpenterieChapitre 2 sur 159 · BUE DE LA BÉ6E1CR · texte numérisé non relu

BUE DE LA BÉ6E1CR

La remarque faîlc por Fraiiier, au sujet de la cuupe des pierres , est npplicahtc it b coupe des bois, La ckarpenleri» uVst pas seitlemcnt o- ■jui se prcsenlc d'.ibord it l'esprit romme le travail monuel de l'artisati Inillont le bois pour assembler des pièces les unes nu-desstis desautres. CVsl princîpalenicrit l'art qiii impose des règles de construction , qui caicttle (es combinaisons et la force des corps d'arbres /'quarris pour composer des édifices en bois, qui dessine prcalablemenl les formes dire» édifices, qui enseigne les prorédés d'exëcufton et le tracédii travail que Toutil doit faire, conduit par les mains d'im compngnon exerce.

I.a cimnaisaauce de cet art ne doit pas rester le par la (je du seul chnrpenlier. A l'exception de l'habileté des mains pour le maniement des outils, l'architecte et l'ingcnieur doivent en posséder jusqu'aux tnoin* Hres détails, f I ne fnul pas qu'ils soient réduits à appeler li lettr aide un mallreil'eeuvreseu bois pour achever la conception d'une bdiisse et en assurer la conslrnclîon, qui n'est po.ssible qu'nuinni que toutes lendi'ficiilles de son exécution sont prévues. Il faut mCnie q'i'ils puissent, BU besoin, diriger et tracer le travail, s'ils manquent d'un contre-maître pour conduire lechanlifr.

Le vra! charpentier doit trouver aussi en tui-méme tous les mojrens de créer un édifice du ressort de son art.

Les anciens ponts les plus hardis, les llcch'-s le* plus éli^ponles des vieilles cgiises, les anciens combles les plus benim, sont du» b des char- [■entiers, hommes de génie dans leur art, et qui ea BVd liaé lu

»eorels.

â PRÉFACE.

Les archilectes qui ont écrit sur Tart de bâtir, tels que d'jivUer, Bullei, BriêeuXy Blondel, etc., ont consacré quelques pages à la char{>eaterie ; mais ils ne se sont occupés que de celle des maisons, qui font le sujet principal de leurs ouvra(^es. Gautier y BAlidar, Peronnei, Gautheyy Ceêsartj ont traité de la charpenterie des ponis et des constructions hydrauliques ; ce qu'ils en ont dit se trouve mêlé aux descriptions des grands travaux, objets de leurs écrits. EondeUt et Doulioê ont compris dans leurs Traités sur l'Art de bâtir des applications à divers genres de constructions en bois pour les services civils. Bouguer, Duranti de Lironcouri , Duhamel-Dumonceau, Goimptff Romme, ont donné des traités sur la charpenterie navale. Mathurin Jouue et Nicohu Fourneau ont composé chacun un traité spécial sur la coupe des bois (1). Le premier a fait la description des combles en usage de son temps ; Fourneau^ comme habile maître charpentier , s*est uniquement occupé de ce que les ouvriers appellent Vart du trait, consistant dans la description graphique àes pièces assemblées et du tracé de leurs assemblages ; son ouvrage, purement de pratique, est écrit et distribué de telle sorte que Tétude en est très-difficile et peu profitable à ceux pour lesquels il a été fait (2).

Dans la vue de fournir aux ouvriers charpentiers des ouvrages à bon marché, on a publié des traités fort abrégés, tels que celui de M. Protot de Reims, et le Manuel de MM. Hanus et Biston , dans Timmense collection du libraire Roret (Z) ; mais ils sont loin de suffire aux besoins des charpentiers, et même aucun des ouvrages plus considérables que nous avons cités ne présente la charpenterie ou les parties qui s*y trouvent traitées, sous le point de vue et avec les développements que leur importance et la multiplicité de leurs détails comportent; aucun n'expose les conditions que les combinaisons des bois et leurs assemblages ont à remplir; ils décrivent ce qui est pratiqué, sans en faire connaître les motifs ; aucun n*enseigne les procédés qui . constituent Part dans Texécution de ses divers genres de construction.

L* Académie des sciences avait chargé Hassenfratz de composer, con-

(i) Krafficitc uo Traité , du père François Durand, sur la coupe des bois; cet ouvrage n'existe pas. Le /'. Durand u'a fait qu^un traité sur la coupe des pierres.

(a) Nous ne rangeons \to\n\. au nombre des traités sur l*art de la charpenterie « les deux Recueils publiés par Kraffl , vu qu'ils n'ont pat pour objet la description méthodique des procédés de l'art. Ces deux ouvrage*, auvsî curieux qu'utiles, sont lrès-l>oiisà consulter. Nous ne citons point non plus les descriptions isolées de diverses constructions en charpente, ni même Touvrage de Philibert de Lormo , va qu'il traite d'un système particalier.

(3) Les deux Encyclopédies contiennent aussi des traités fort abrégés de charpenterie.

l-RKFACE. 3

joinicment avec Moti|>e, un iraile de l'art du cliarpeiilicr |Kiur faire suite aux artsel mclîers qu'elle avait publiés. C'eAt litd sana doute un traite complet- Le premier volume, qui a reçu l'approbation de l'Instilut. PSt le seul qui ait paru, La mon a prive les charpentiers de la soile de cet ouvrage. Ainsi, malgrii le nombre de livres ofi l'on traite de la cbarpenterie, elle ne se trouve pas représentée dans le monument élevé il l'industrie par le corps le plus savant.

Faute d'un traité de ce genre, les bon-i systèmes de cunstruction, les opérations rigoureuses de l'art dti Irait, les meilleurs procédés d'execnlion, ne sont point connus partout. ,

C'est pour répandre les pru(;rès de l'art et les mctbodes que U science (graphique a perfectionnccs , depuis les traités tle Jotiae et de Fourneau, que nous offrons le nAlre aux coustructeurs et aux ouvrier». Nous avons cherche à y rassembler tout ce qui peut intéresser, on être utile aux uns et aux autres, et it le mettre ^ )a portée de tous. En réunissant dans notre ouvrajje les différentes branches de l'art, nous avons fu pour but de faire connaître des procédés qui leur sont particuliers et qui peuvent être utilement étendus de l'une à l'autre.

Les premiers char|>en[icrs ont dû employer des descriptions graphiques, pour figurer les corps et les formes deleurscomjtositions.et pour tracer les détails de leurs assemblages. Ainsi la stéréotomie s'est trouvée inventée en mi^me temps que les premières charpentes. Cette science s'est composée d'une foule de méthodes, presque sans liaisons, inventées pour autant de cas particuliers au moment du besoin, transmises sans démonstrations, toutes pratiques enGn , et d'un usage laborieux et compliqué.

De CCS routines, dont les seuls maîtres pouvaient pénétrer les mystères, rilliislre Moiige a fait surgir une science nouvelle indépendante de la spécialité d'aucun art. Il a créé la géométrie deieriptite (I), qui a rendu les opérations .graphiques de ta stéréotomie aussi exactes que simples et faciles h comprendre. Cette science était enseignée h l'école du génie militaire de Hézières dès 1770 par son célèbre inventeur; elle cstdevenueune partie essentielle du l'iustruclion publique, en 1794, par ses belles leçons à l'école polytechnique et à l'écute normale.

L'enseignement de la stéréotomie a clé la cai

Eïoicunlu roi in chrSà Umliii. U|i> I lei propiMidsiu do la tMHwlM-' rliolei, <l*n> ton Tnilé li* *

rinvenlion de la géométrie descriptive, à laquelle la charpenlerie et la cotfpe des pierres doivent maintenant les moyens de solution de leurs plus importants problèmes ; cette science a filé le seul système de dessin qui puisse être employé par le charpentier, parce qu'il est d'accord avec les procédés d'exécution, qu*tl est le seul eiact et qui mette en évidence les véritables formes des corps et leurs dimensions précises.

Nous nous sommes fait une loi de ne donner dans nos planches aucune figure en perspective : les projections orthogonales que la géométrie descriptive emploie sont les seules que nous avons employées aussi; elles sont toujours sufiStani es pour rendre les descriptions complètes et ne rien laisser à désirer sous le rapport de l'exactitude des formes représentées.

Nous nous sommes afi'ranchi de l'ancien usage de faire précéder le traité d'un art relatif aux constructions, d'un autre traité élémentaire de géométrie, jadis regardé comme strictement nécessaire ; nous nous sommes également abstenu d'aucun des préliminaires de la géométrie descriptive, qui auraient pu, il y a quelques années, être utiles à l'intel ligenee de nos planches et de notre texte ; mais dans Fctat où le bienfait des enseignements industriels a porté l'instruction des ouvriers de toutes les professions, nous avons pensé qu'il n'y avait pas maintenant un compagnon charpentier qui ne connût les principes de géométrie descriptive dont nous avons fait usage. Nous conseillons à ceux auxquels ces connaissances élémentaires manqueraient, de les acquérir avant de nous lire; ils seront dédommagés du travail auquel ils se seront livrés, parla facilité avec laquelle ils comprendront notre ouvrage, et par le fruit qu'ils en tireront. Nous nous applaudirions du parti que nous avons pris à cet égard, s'il pouvait les déterminer à suivre les cours élémentaires, fondés dans la plupart des villes, et qui sont an rang des plus utiles institutions de notre époque.

A l'égard des opérations graphiques plus compliquées que celles qui dépendent de la théorie des plans et qui se rencontrent dans les épures des combles et dans d'autres constructions à surfaces courbes, dans celles des escaliers et dans la charpenterie des machines, nous les expliquerons au fur et à mesure qu'elles se présenteront, en décrivant les formes des pièces de bois qui entrent dans la composition de ces con structions. Néanmoins, nous devons avertir les ouvriers qui se seraient occupes d'avance de l'étude des surfaces courbes, de leurs intersections, de leurs plans tangents, et des développements de .celles qui en sont susceptibles, qu'ils auront acquis beaucoup plus de facilité pour l'étudu de nos figures. Nous conseillons aussi aux jeunes charpentiers l'étude des éléments de mécanique comme un des objets qui peuvent leur être de la plus grande utilité. '

PllEFACE. S

^Dans la ]ilii|)arl des aria, les outils manuels soiil les )irincrpjui ■DoyeDs d'eièciilioD; la coni laissa net- de leurs formes et de. Icuruwge est toujours indispensable. Des outils de charjientier sont Ggurc» lUns Félibien et dans les deux Eiicyclupêdies; mais ils suni si incomplètement représentés dans des ligures en pers]>ectivf. qu'il serait impossible de les faire exécuter et de s'en servir, sans plusieurs essais pour parvenir aui proportions qui conviennent au travail que chacun d'eux duit produire. AGn de porter la connaissance de plusieurs outils dant les lieux oij l'on ne s'en sert point encore, malgré leur utilité, et laciliter la fabrication de ceux que le cummerce ue foiirtyt pas, nous avons consacre plusieurs planches et notre premier chapitre à leur description exacte.

La majeure partie des outils de cliarpenteriu servent h couper le bois (I), et l'on n'en nbtient tin bon service qu'autant qu'on sait le» faire ctiiiper, Nous avons donné à ce sujet quelques indications propres à influer sur la propreté et la célérité du travail.

Après les outils, ce qu'il importe le plus de connaître, c'est la matière du travail et les préparations qu'un lui Tait subir. La description de l'art que nous nous sommes proposé de traiter, est en conséquence précédée de notions indispensables aux charpentiers j savoir : In cunnaissance des bois, le choix de ceux propres aux charpentes, leur abatage, leur débit, leitr courbure , leur transport et leur curiservatiun. Kous avons réduit nuire texte, sur ces matières, au strict nécessaire, en mettant cependant le lecteur sur la voie pour acqucFÎr une instruction plus l'Iendue, s'il avait à se livrer h quelque grande* entreprise d'exploitation. Ruas sommes entré, à l'égard de l'art, dans de plus grands développements, que les personnes déjà instruites en charpeutcrie trouverout peut-être trop multipliés et trop minutieux; mais il faut se rappeler qu'on décrit i^nart [lour ceux qui apprennent, et qu'ils ne trouvent jamais qu'on leur )irésente trop de renseignements et trop dépeints d'appui dans leurs études.

Nous avons figure sur une suite de planclies, et décrit dans le cbapitre VIII, tous les assemblages qui sont utiles daus l'art de la cliarpenlerie, afin de uc plus nous occuper de ces détails qui reviendraient j

qui \e pnuquc. Ilu i

tmgtKceiu/ioiifOfginlI.U^L lu |Hiif net qu'oa mupvstcc lUiiii

tout moment lorsque nous traiterions des combinaisons des pièces de boh pour composer les charpentes. Nous avons donné quelques assemblages nouveaux, comme bons à être employés ou propres à exercer Tadressc des ouvriers, et nous avons signalé les assemblages vicieux pour prévenir contre les fausses idées de perfectionnement qui pourraient porter à les employer. Nous avons consacré un chapitre à la description des procédés particuliers à Part, pour le tracé et l'exécution des assemblages ; matière qui n'avait pas encore été traitée.

Les pans de bois, les planchers et les combles, sont décrits dans tous les détails qui nous ont paru de quelque intérêt, soit sous le rapport de l'enseignement, soit sous celui de l'état de l'art.

La charpenterie des combles ayant pour objet de porter les toits des édifices et de nos habitations, il est nécessaire que le charpentier connaisse la nature des couvertures auxquelles il doit donner de solides soutiens. Dans maintes contrées, d'ailleurs, il est en même temps couvreur. Nous avons, en conséquence, fait précéder la construction des combles, d*une description des différents modes de couvertures en usage aujourd'hui, afin que les charpentiers puissent donner à leurs ouvrages les formes qui doivent s'accorder avec l'ordonnance des bâtiments, les règles de leur art, et celles de l'art du couvreur, dont nous n'avons pas prétendu traiter, à beaucoup près, toutes les parties , mais seulement les plus essentielles à leur faire connaître.

Huit des planches de notre tome I sont consacrées aux épures , qui constituent l'étude de Vart du irait de la coupe des hoièy pour les combles & surfaces planes. Nous sommes entré dans autant de détails que cette partie importante de l'art nous a paru comporter. D'autres épures font partie du tome IL

Des épures de ce genre étaient faites jadis par les élèves de l'école du génie militaire à Mézières; elles leur étaient ex pliquées par Monge : elles sont passées, avec cet*illustre professeur, de Mézières à l'école polytechnique, lors de sa création ; les élèves de cette école en font plusieurs comme application de la géométrie descriptive. Pour les construire avec fruit, comme étude de charpenterie , il est indispensable de les faire précéder de la lecture àes chapitres que nous avons placés avant celui oi!k elles sont traitées.

Notre tome I ef^t terminé par la description des procédés d'exécution des charpentes des combles, pour l'établissement des bois sur les ételons et à la herse.

Le second volume de notre Traité contient la description de la construction des combles à surfaces courbes et de leurs combinaisons ; la description des systèmes de charpente des combles de différentes épo-

PRÉFACE. j

ques ; Ivi âàmes, les clochers Cl les befTrois ; )'i-iu(>Ioi du Ter dans les assembUfres et dans la composition des cliiirpt>ntes eu bois; diverses constructions accessoires en cliarpcnle ; la description et i'usaj^e des titeuds de cordages , des engins et des machines employées dans les travaux en charpente; le levage des charpentes, les étais, h^scchaTaudages, les reprises et réparations sous œuvre ; la construction des escaliers ; les ponts et les cintres pour la construction des voAles ; In charpenteric des travaux hydrauliques, des digues, des ccluses et des fouctalions; les procédés particuliers de la chnrpenterie navale; la charpenterie des machines ; les expériences et les calculs relatifs i la force des bois ; le mesurage et rcstimntioQ des travaux en charpente. Toutes les ligures de nos planches qui ont pu être construites dans des rapports déterminés avec les objets réels qu'elles représentent, sont accompagnées d'échelles, jnu((e« indispensables pour juger la grandeur des objets représentés. Nous avons rendu nos échelles d'un usage plus commode que celtes dont ou accotiipa[;ue ordinairement les dessins (I). Nous engageons les charpentiers, comme les dessinateurs , à

(ij AuUnI que l'eipacc le permot, uno ccliellc iluil éU^ a»Ei longue pour qu'on puiua 'une leuls ouoerture Je camp» niBiurer la plut nnnJc ■limeniiaii uiiU <le I* cliarprnla ou e rabjet luquel ille >e npporle. Chacune de ait échell» cil cvnjiot^F Je deux pirlwi ■*céa betilk twul. Le cuipi de l'^clwlle, quimi diiti noué par Dodoulile Util, cil divût 'uo Iwal à l'aulrc ea pirliet ig*\et , chacune do i> enndeur du prcmiir mullipte de U lut pïlile quanlité qu'on ctl dant lo cai d'apprécier i une pirlje atiiilialri! . ileitïnde è pprédier le noDitire de mpiui pelitn parlioi.ealiur le pralsa^ccmenl du Irait la pln> fin,

it ntimo parti», lei plui peulet qu'un aili apprécier. C'etI aiou qun lurla planchn i" >n de la plupart d«> outil» qui j »nl iiguri'i, u'eirédaDl |w> au

adopter la forme que nous leur avons donnée, parce que la faciliU^ qu'on trouve à prendre une dimension sans hésitation ni reprise ni calcul mental, d'une seule ouverture de compas, sur une échelle exactement construite, contribue à la célérité et à la justesse des opérations sur les épures et les dessins.

Les Ggures de nos planches qui ne sont point accompagnées d*échelles , se rapportent à des objets qui peuvent être de toutes sortes de grandeurs.

Toutes nos figures sont accompagnées de nombres entre parenthèses, qui indiquent les pages du texte auxquelles elles ont rapport. Les parenthèses simples appartiennent à la pagination du tome I ; celles accompagnées du signepnm^, appartiennent à la pagination du tome II.

|4iM pruDpte con»i:it« , après avoir tracé la liffoe qui «loil recevoir le corpa «Je l'échelle el aa partie auxiliaire, «laos Puaa(;e d'une règle de métal ou d'ivoire divisée, suivant le cet, en millimètre* ou en denii-liçn^s, à la machine par les ingénieurs en instruments de mathématiques : on rétablit au bout de Técheile, sur son ali(;nc'ment , et Ton transporte les points de division dont on a besoin, de la règle hur Péchcllti, avec un oump.is qu'on tient ouvert d^une quantité constante pendant tout le tempi qu^on lui fait parcourir de point en point les divi> sioos qu'on veut marquer.

TRAITÉ

DE LA CHARPEINTERIE.

I La naissance i

La naissance de l'art du charpentier remonte à celle des sociétés, comme la plupart des autres arts d'utilité première. Ou ne peut douter que les plus anciens Iriivaux ont eu pour uLjet de remplacer les ombrages des forêts et les antres des rochers, dès que les races humaines n'ont plus trouvé sous ces toits naturels d'abris assez silrs ou assez nombreux appropriés à leurs besoins.

La grande abondance des arbres, la forme que la nature leur a donnée, la facilité avec laquelle on put les abattre et les mettre en œuvre, ont dii les faire préférer à la pierre pour bàlir les premières cabanes qui ne devaient remplir que peu de conditions, leurs constructeurs n'ayant alors aucune idée de ce bien-être et des commodités de In vie, que la civilisation et ses arts nous ont fuit connaître.

Dans ces temps si reculés, un simple toit assez solide pour résister à la violence des vents et des imimaux, à [>eu près imperméable ù la pluie el aux ardeurs du soleil aussi bien qu'à l'Âprelé du froid, sufGsait à une famille. Un seul trou dut servir en même temps au passage des habitants, à l'accès du jour, et à ri<isue de la ftimée. On ne connaît cependant pas exactement quelle fui la forme des premières habitations; mais en peut présumer que celles des peuplades chez lesquelles nos mœurs el notre luxe n'ont pas pénétré , sont les types des essais les plus anciens dans l'art de bâtir. Hïilîsées, dans les contrées nij l'infiuenee

des grandes populations ne s'est pas encore (ait sentir complètement, on trouve des cabanes en bois qui ne satisfont qu'aux plus urgents besoins , et dont la grossière structure doit retracer assez fidèlement Torigine de la charpenterie. Dans nos forêts, le bâcheron et le charbonnier construisent des abris de ce genre, où Ton voit qu'ils se sont bornés, comme ont dû faire les premiers habitants de la terre, au strict nécessaire pour Fespace comme pour le travail.

En général , des corps d'arbres implantés dans le sol forment la charpentede la cabane d'une famillesauvage ; si les bois sont flexibles, ils sont courbés en demi-cercle, leurs extrémités sont fixées en (erre, ils composent un berceau sphérique ou cylindrique, suivant que l'enceinte est ronde ou quadrangulaire ; ce berceau sou.tient l'enveloppe qui garantit l'intérieur de l'habitation des injures du temps. D'autres fois, les bois sont fichés, par un bout seulement^dans le sol ; leurs extrémités supérieures, courbées ou simplement rapprochées, sont réunies pour former le sommet du toit. Pour des habitations d'une plus grande étendue, des troncs d'arbres tenus verticaux, ou même en surplomb par dehors, sont liés par des traverses; des pièces horizontales supportent les pentes d'un toit qui forme le couronnement et montrent les premières tentatives de l'art

Dans les pays chauds, les écorces et les grandes feuilles de diverses espèces d'arbres, des tissus de joncs, suffisent pour revêtir et couvrir les cabanes; mais le froid des paya septentrionaux a forcé de recourir à des peaux de bêtes, à des chaumes épais et à des gazons pour envelopper Içs habitations ; dans les climats les plus rigoureux, elles ont été comme enfouies dans le sol ; les terres déblayées sont soutenues au-dessus des excavations par des bois horizontaux, elles s'élèvent en monticules pour éloigner les eaux et maintenir la chaleur intérieure. Dans les contrées humides ou sujettes aux inondations, les cabanes sont placées sur des arbres, les branches forment leur principale charpente, ou bien elles sont établies sur des pieux qui en exhaussent suffisamment le plancher au-dessus des eaux.

Hassenfratz a fait graver dans son ouvrage trente-trois vues d'habitations de différentes nations, extraites de divers voyageurs (i); seize ou dix-huit seulement représentent des cases de

(I) Trailé de charpenterie, 1S04, lr« parlic.

INTRODUCTION. Il

ftiples sauvBges. Krafll a donné soiifl le titre A' Ajustement* primitif* de cftarpenterie (i) plusieurs leprésenlalions de constructions rustiques, qui paraissent ôlre des compositions plnlôt que des représentations fidèles des plus anciennes cabanes. Je n'ai reproduit aucune de ces figures, parce qu'elles sont inutiles à l'exposition de l'état actuel de l'art qui fait l'objet de cet ouvrage, el que la courte deacription qui précède m'a paru suffisante pour faire sentir l'immense différence de ces premières cabanes avec les édifices élevés aujourd'liui avec tant d'élégance, de solidité et de bardiesse.

Les quinze ou seize figures qui complètent la collection donnée par Hassenfratz , représentent des constructions en usage cbez (es nations civilisées : telles sont celles des Chinois, des Indiens, des Russes et des Uelvétiens; on y reconnait sans doute de très-grands pas faits dans l'art de bâtir en charpente ; rien n'indique cependant les progrès intermédiaires qui ont conduit du mode de bâtisse des premières cabanes à celui des habitations que ces figures représentent; on voit néanmoins, dans ces différentes constructions, l'influence des progrès de la civilisation et des lieux où les hommes ont été forcés de fixer leurs-demeures , sur la plus ancienne industrie. Nous aurons occasion de faire connaître ces différents modes de construction , parmi lesquels ceux des Busses et des Suisses sont les plus remarquables, autant à cause de leur grande différence avec la cliarpentcrie des autres nations, que par leurs ressemblances eotre eux, quoique les contrées où ils sont en usage soient extrêmement éloignées l'une de l'autre.

Un fait remarquable, c'est que dans aucune des cabanes bâties par les peuples sauvages et par les nègres de nos colonies qui ont j importé le mode de construction de leur pajs, les bois ne sont ' point assemblés par ce que nous appelons tenons et mortaises ; il est même rare qu'il s'y trouve de véritables entailles, et cependant toutes les pièces sont combinées les unes aux autres d'une manie à peu près invariable ; des ligatures faites avec des barls, des cordes ou des lanières de bois ou de cuir suffisent pour les fixer, et rare—

Plaoa . coiiiH't II ^]fv«itr>n> de iiiiErsci proriuciiut» rie l'an rie i» rbar-

ment des ohevilles concourent à la solidité des joints. Ces ligatures sont ordinairement enduites de quelque mastic pour les serrer, les durcir et les conserver ; elles sont d'une roideur et d'une solidité extraordinaires, et les cabanes ainsi construites ont une stabilité qui étonne, à moins que la prévoyance des constructeurs ait été jusqu'à n'y employer que des bois as^ez flexibles pour obéir sans se rompre à la violence des vents dans les contrées sujettes aux ouragans.

La solidité des premières cabanes résultait de ce que les corps d'arbres employés à leur construction , étant enfoncés sur une partie de leur longueur dans le sol , comprimé et .battu autour d'eux, ils ne pouvaient point vaciller ; mais les portions de ces bois qui se trouvaient ainsi enterrées et exposées à laction de l'humidité de la terre , pourrissaient , et l'édifice devait menacer asset promplement de se renverser; Ton en était quitte alors pour labandonuer ou le démolir, et en reconstruire un autre dont la durée était encore subordonnée à la rapidité de ce mode de destruction. On sentit la nécessité d'obtenir la stabilité des habitations, sans exposer leur charpente à une prompte pourriture ; il fallut dès lors trouver un autre moyen de maintenir les pièces de bois verti^ cales. Une petite fondation, formée d'éclats de rochers, préserva de l'humidité, et quelques arcs- boutants donnèrent la solution du problème de la stabilité verticale. Les premières notions d'une géométrie pour ainsi dire instinctive, durent bientôt apprendre que les combinaisons triangulaires donnaient une figure invariable, la seule qui pût rendre les constructions en bois inébranlables. Dès lors, soit que la réunion des pièces dût résulter de ligatures ou de quelque autre mode de jonction , le principe de l'invariabilité de forme des constructions en bois fut reconnu , et il préside encore aujourd'hui à la composition des plus belles charpentes et du toit de la plus simple chaumière.

Mais de grandes dilQKcuItés restaient à vaincre : les pièces de bois réunies par des ligatures donnaient en se croisant de grandes épaisseurs, elles formaient des inégalités dans les parois des carbanes , et les pièces transversales dépassaient les bois principaux auxquels elles étaient attachées; il fallut donc trouver encore le moyen de débarrasser les bâtisses de ces épaisseurs gênantes, d de donner aux assemblages, des formes plus commodes et eo c

INTRODl'iniON. II

Iciii|i9 [tlus sutidci. Oa conçoit que la marche de lu charp«iitcrie. malgré les occasion!) fréquenles de se perfeclionncr, a ^té d'abord asaez lente, à cause de rcxiguïlc des besoins des premier» hommes, el surtout parce qu'il fiillut que ses progrès Fussent devancés jtar ceux de plustctirs autres arts. On peut à peine se figurer quel temps aura élè nécessaire pour Taire naître l'idée d'éqiiarrir les arbres, de [iraliquer des entailles aui points où les pièces devaient se croiser, et notamment pour assurer l'immobilité des assemblages pur des tenons et des mortaises, puisque tous ces perfectionnements dans le travail du bnis ont dû être subordonnés â reux de l'art de traiter les métaux et d'en fabriquer des outils qu'on piîl substituer aux haches grossièrement formées d'éclals de pierres, qui furent les premiers ustensiles dont s'arma la main de l'homme,

La scie, cet instrument si utile dans nos arts, est encore ignorée sur divers points du globe; dans le nord de notre continent, \t» ouvriers en bois n'en sont pas encore généralement pourvus, quoiqu'on y trouve quelques scieries à planches établies sur den cours d'eau, qui auraient dii donner l'idée de la scie légère el maniable d'un usage si répondu et si varié ailleurs. En Russie, ou l'on n'a pas encore besoin de l'écononiii; du bois ni de celle du travail de l'homme, la même cognée qui abat un arbre en tire â force de copeaux une seule planche, et tous les bnis sont équarris, dressés, polis, coupés, assemblés par entailles, sans employer d'autre* outib que la hache, l'herminette, el la tarière.

Le plus souveni, l'insouciance, la routine, la privation de moyens d'exécution, et la crainte de ne pas retirer un avantage proportionné a la peine, ont retardé l'emploi de plusieurs instrument* utiles. Ce n'est qu'à l'urgence du besoin que plusieurs professions ont dû jadis leurs outils et leurs progrès, ce qui est si bien exprimé par cet ancien proverbe, la nicettiU e»l mère de Findattrie.

Depuis nombre de siècles, plusieurs nations construisaient en (lierre leurs grands édifices et leurs maisons, tandis que les peuples du nord et du centre de l'Europe couverte de forêts, ne bâtissaient qu'eu bois.

Le palais de Julien, qui a conservé le nom de palais des Thermes, était coiislruil en muçoanerie, suivant les procédés de l'architecture romaine, tandis que les habitations de Paris, a cette n'èlaii chctives cabanes de terre et de

14 INTRODUCnON.

bois. Cette ville avait acquis beaucoup d'importance sous Qovis, et cependant plusieurs de ses églises étaient eu bois. Les murs de la cathédrale de Strasbourg, que ce roi fit bâtir , étaient formés de très-grands troncs d'arbres sciés par le miUeu, enfoncés en terre' de manière que le côté brut restAt en dehors ; les intervalles étaient remplis de terre et de mortier, le toit était en chaume; ce système de construction subsista jusqu'au huitième siècle (i).

La substitution de la maçonnerie au bois devint une nécessité dans nos climats, lorsque la diminution des forêts, causée par une grande consommation et par l'extension de l'agriculture, rendit la distance des lieux habités aux points d'exploitation beaucoup trop grande, et les trajets trop dispendieux. Les inconvénients inhérents au bois, tels que la pourriture, la multiplication des insectes, et surtout de fréquents et désastreux incendies, ont dA hâter cette substitution; ce n'est cependant que très-lentement encore et par parties qu'elle s'est faite. L'on a d'abord donné aux bâtisses des espèces de socles ou soubassements, en exhaussant hors du sol les fondations en maçonnerie devenues souvent indispensables dans des terrains peu résistants ; ces soubassements ont quelquefois été élevés jusqu'au premier étage, et pour mieux séparer les maisons qui se touchaient et adosser les souches des cheminées, on construisit des murs mitoyens montés de fond en comble, quoique l'on conservât pendant très-longtemps l'usage des pans de bois pour les façades et pour les divisions intérieures de chaque habitation. Oest ainsi que les précautions de solidité et de sûreté, et les besoins causés par l'accroissement des populations, ont conduit aux formes des maisons en bois à plusieurs étages. La profession de charpentier constituait déjà dans le moyen âge un art complet ; elle a produit plusieurs combles qui font aujourd'hui l'admiration de nos constructeurs , et des édifices de cette époque, construits entièrement en bois sur toutes leurs façades, ont duré plusieurs siècles. Quoique quelques-unes de ces bâtisses qui subsistent encore aient perdu dans quelques parties leur aplomb, ou qu'elles se soient affaissées ou tordues sur quelques points, on ne peut rapporter leurs dégradations à de mauvaises combinaisons des pièces qui en-

(1) M. Steph. Niquet. Bfém. de TlDSt. hiit. S» liv.

IPiTRODllCTlON. Itt

Ireiil dans leur composition, mais à des vices du sol ou des fondations, on à ce que les a.ssemblages, détériorés pur les cmises qui allèrent le bois, oui dil céder à la propre pesanteur des charpentes et à de mauvaises réparlitioii» ou des abus de charge dam l'occupation des étages.

Plusieurs belles villes d'Allemagne liont eotièreiiieat bâties en bois, tandis qu'on ne voit en Italie et en Espagne, même dans les villages, que des miiisons en maçonnerie. De grandes villes de France, notamment Rouen, Caen, et même Paris, nous montrent encore un asseï grand nombre d'anciennes constructions en bois, parmi lesquelles plusieurs se font remarquer par l'élégance et le luxe du Iravail.

Lorsque les maisons en maçonnerie ont remplacé celles en charpente, elles ont conservé les planchers; cependant des voQIes en maçonnerie ont été substituées a ces planchers dans quelques grands édifices , de façon que la charpenterie n'était plus chargée que du soutien de leurs couvertures. Dans le siècle dernier, la mode des combles en maçonnerie légère s'était propagée en France, et bientât après, le succès de l'emploi du fer pour la construction des ponts, a mis son application à la construction de ces mêmes combles et des planchers en une telle vogue, qu'on put être tenté de croire que le bois qui avait donné aux hommes ses premiers abris était à la veille d'être banni de ses habitations; nous verrons plus loin jusqu'à quel point cette substitution du fer au bois est avantageuse, et combien elle doit peu influer sur l'importance de l'art du charpentier.

A l'époque déjà bien ancienne où l'on a construit les murailles des églises en maçonnerie, on ne les couvrait que par des combles en bois qu'on s'abstenait de supporter par des soutiens inlérieurs qui auraient obstrué les sanctuaires ; et lorsqu'on a voûté tes plus larges nefs, leurs combles n'empruntèrent point l'appui des arcs en pierres. L'art était donc déjà parvenu à leur donner de très-grandes portées entre les murs; mais alors la construction d'une grande charpente absorbait tout à coup te produit d'une forêt que des siècles avaient vue croître.

L'art naval, qui a fait de si prodigieux progrès depuis ' canot creusé dans un tronc d'arbre porta le premier r

Iul considérablement celte grande consommation

16 INmODUCTlOM.

autre branche de la charpenterie, dont l'origine peut être due au hasard de la chute d*un arbre en travers d'un ruisseau profiond , employait aussi dans la construction d'un grand nombre de pmts en boisy une quantité considérable des plus belles pièces, de sorte que tous les travaux semblaient concourir à Fépuisement de nos forêts. L'inconvénient de cette dévastation, si longtemps continuée, lut senti principalement en France; Ton se crut menacé de manquer de bois de construction, et l'on imposa des règles aux exploitations pour ménager des ressources a la charpenterie navale, qui ne pouvait remplacer les bois par auame autre matière. La marine obtint donc, à cause de son importance, le droit de choisir el de requérir tous les arbres à sa convenance. Les autres branches de la charpenterie, notamment celle qui avait pour objet les bâtiments civils, furent alors forcées d'économiser les bois, et de suppléer leurs grandes dimensions par des combinaisons nouvelles, par le secours de divers assemblages et par la réduction des équarrissages. On avait jiisqu*alors employé, dans la composition des charpentes, des pièces ou trop fortes ou trop multipliées, peut^tre dans Tes* poir d'assurer aux combles des édifices une très-longue durée. L'économie imposée A l'art lui fit faire de nouveaux progrès et procura d'autres avantages. La réduction des bois dans les grandescharpentes en produisit une dans la dépense de la main-d'osuvre et dans celle des murailles, dont il devint possible de diminuer les épaisseurs, puisqu'elles ne devaient plus avoir de si grands poids à supporter.

La consommation du bois était devenue si alarmante en France, il y a environ trois siècles, que Philibert de Lorme, célèbre architecte, avait signalé dans ses ouvrages, comme extrêmement urgente, la nécessité de la réduire ; et ce fut à cette occasion qu'il publia sa belle invention des hémicycles en planches pour bâtir à petits frais et économie de bois; il sera question de cette invention lorsqu'il s'agira d'exposer les différents systèmes de construction qui ont été successivement inventés.

La construction des ponts en maçonnerie, qu'on faisait jadis en bois, l'usage du fer pour ce même genre d'édifices (i), l'extension

(l) Cesl en ADglelerre que le premier essai de pont en fer a élé^fait« il esl cependant jiiMf de conserver \ la France Phonneur de cette invention ; elle e^t doc an sienr

INTRODBCnOS. I î

de l'emploi de ce métal, de snges règlements, et l'usage {>li>s répandu du charbon de terre pour le chniifTage, ont rendu moins alarmante la dimiiiulîon de nos forêts; mais il ne faut pas moins continuer à faire des vœiii pour leur conservalion. et des efforts pour l'économie des bois dans les constructions, afin de prévenir le relour du danger donl la France avait été menacée.

Le système de Philibert de Lorme , dont nous venons de parler, n'eut cependant point de partisans, jusqu'à l'heureuse application que Legrand et Molinos en firent en r^SS , à 1» coupole de la halle an blé de Paris; et c'est seulement lors de l'impulsion donnée, il y a environ 40 ans, aux sciences et aux arts, que l'on commença à en rechercher les dessins et â en faire des applications.

Dans le même temps qu'on essayait démultiplier les charpentes â la Philibert de Lorme, on sentit combien il était peu raisonnable de s'interdire l'usage de longs bois lorsqu'on pouvait s'en procurer aisément , et de s'astreindre à les débiter en petites planches pour la construction des hémicycles. On essaya donc, en laissant aux grands bois leur longueur et leur largeur, de diminuer leur épaisseur pour les employer de champ. Les essais faits en ce genre fu~ rent si satisfaisants , qu'on [mussa presque à IcKcès la réduction de l'épaisseur du bois dans les nouvelles constructions , qu'on désigna sous le nom de charpente* en boit plal* , quelques-unes même furent exécutées avt^c les longues planches à bateaux dites bordagcs, sans qu'on fil la part de la perle de force que devait ameuer la vétusté. On s'attachait alors à satisfaire à une grande apparence d'économie et de légèreté, plutôt qu'à la probabilité d'une longue dîjrée.

On coutimia néanmoins à varier les applications du système de Philibert, à le combiner avec celui des bots plats; quelques con-

Gann, Lyonnais , ttui |ira|ios3 . eo 17 U. UTtlEUilliPr. né i la Rocbclle, cl |i lie Kiblei, pnipoii l'eïécuiiT'o de ci pdolnt bahjlc. coonu par dci procfilé d'uD jtoal Cl

, (l'i^lat)Jtr un poni eu fer sur le llliûiie. Le li ta ADUlcleiTB ton iJ« la riiïucaLioii de l'éilit rani lur II Timiie. iitHa M. do Maniiwiil , i^lattr* t *Dn irl. prdtenU i l.oilliXVI lo projet

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publié ta lTH3,ut ton nx»'' n lOani aprtt, l*t Angial* e Wearmoath.

18 INTRODdCTlOff.

strucleur* apportèrent, dans les détails d'exécution » des diangements qu*on peut regarder comme des perfectionnements , A cause des circonstances qui les avaient motivés, et le charpentier Lacaae a composé un autre système qui présente, comme celui de Philibert de Lorme , un moyen dé hâtir à petite fraie et iconomié de bois , en n'employant que de petites pièces , sans qu'il soit besoin de les débiter en planches , ce qui peut être utile dans quelques circonstances.

La charpenterie navale avait créé l'art de courber les bois au moyen de la chaleur; cet art a trouvé son application dans la con* struction des édifices. Mais on peut aussi employer des bois en les courbant par l'effet de leur seule flexibilité , lorsque leurs dimensions n'y mettent point d*obstacle. J'ai construit de grandes charpentes dans lesquelles des bois très-longs et minces sont courbés sur leur plat sans le secours du feu , et forment de grands arcs. C'est un système de charpente essentiellement différent de tous ceux précédemment en usage , et qui présente plus d'économie , plus de légèreté et plus de force que celui de Philibert de Lorme. Ce système de construction , éprouvé par un plein succès sur de grands édifices de TÉtat , a été appliqué avec avantage à plusieurs constructions particulières, à Paris et dans les départements.

Les progrès des arts ont depuis longtemps amené , dans celui de la charpenterie, l'usage des bandes en fer, des élriers , et des boulons , seulement pour consolider la réunion des pièces et quelques assemblages. Mais le fer est aujourd'hui appelé à jouer un rôle plus important dans les charpentes en bois ; on l'emploie pour remplacer avec avantage diverses pièces. Cette combinaison du fer et du bois , qui tient le milieu entre les systèmes de charpente uniquement en bois , et ceux des combles entièrement en fer, est susceptible de donner un grand essor à l'art du charpentier en bois , en lui fournissant les moyens d'exécuter des constructiotts plus légères et en même temps moins dispendieuses ; résultat fort remarquable du secours que les arts peuvent se prêter.

A l'égard des charpentes entièrement en fer, elles ne s'appliquent eucore qu'à des édifices publics ou à des bâtiments d'une haule importance, notamment lorsque des chances d'incendie sont i redouter, et l'emploi de ce genre de construction est toujours subof^ donné au rapport qui doit exister entre la dépense et le but qu'on

INTRODUCTrON. 19

se propose. M, le chef de lialaillun du génie Belmos , dnns un excellent Mémoire sur les combles des casernes, a fait remarquer avec raison qu'en comparant le prix des combien cnnslrtiils en bois avec ceux des combles construitu en for, on voit iftie lei premiers sont quatre, cinq cl six fois moins coûteux [xiiir une ni<>me étendue d'espace couvert, et que comme la Rupériuritédeii combles en fer sur ceux en bois, relativement à la durée, ne se fait scultr qu'après un laps de temps si considérable , qu'elle devient inappréciable, il en résulte que les charpentes en fer n'ont, sur celles en bois, d'autre avantage que d'iîlre incombustibles; et que faisant abstraction de cette considération, qui est cependant d'une haute importance dans plusieurs cas , ce n'est que dans les contrées où le bois est excessivement cher, que l'emploi du fçr pour les combles et les planchers , peut élre plus économique que celui du bois. L'on doit remarquer encore avec M. Bclmas , que l'espèce de couverture dont la dépense de premier établissement se trouve être la plus considérable, est encore, au bout d'une longue période d'années, la plus chère par suite de l'accroissement rapide des intérêts que le capital aurait produits, en supposant mt^me que les frais d'entretien qu'elle exige soient à peu près nuls. Il y a par conséquent lieu de présumer que, dans un grand nombre de CBS , les charpentes en buis seront préférées à celles en fer même pour beaucoup de grandes constructions.

La décoration des maisons en bois du moyen dge appartenant à des personnes riches, consistait en compartiments plus ou moins comphqués, formés par les bois des façades, sans déroger aux principes de stabilité rêstdtant des combinaisons triangulaires; tous ces bois étaient dressés pour la justesse des assemblages et la régularité de leurs faces apparentes chargées de moulures et de scidptures représenlanl des ornementa et des figures. Quelquefois les bois étaient peints de brillantes couleurs, ainsi que les enduits qui couvraient les hourdis de remplissage; quelquefois aussi des panneaux sculptés remplissaient les comftarliments et cachaient les hourdis. Dans l'intérieur, les pièces des planchers formant plafond en dessous, et même celles des combles habitables qu'on laissait apparentes, étaient également travaillées; le charpentier appelait alors à son aide le sculpteur, le peintre • le doreur pour

, oraerset ouvrages.

Pour les façades des habitations les plus communes « <diaque pièce grossièrement équarrie se trouvait couverte par des bardeaux ou des ardoises; souvent même toute la façade, ou au moins les étages supérieurs y étaient garnis de voliges revêtues d'ardoises comme les pans des combles; quelques compartiments, résultant de la distribution de ces ardoises , formaient l'unique décoration de ces tristes façades, dans lesquelles des fenêtres, souvent Irèsétroites, réservées entre les poteaux de la charpente , semblaient ne laisser pénétrer le jour qu*à regret.

Les maisons en maçonnerie s'étant multipliées pour les personnes qui voulurent des hôtels pins solides, mieux clos , et qui se distinguassent des habitations du peuple, on chercha à donner aux maisons en bois l'apparence des constructions en pierres, comme on le fait fréquemment encore maintenant. On étendit les crépis des hourdis de remplissage sur les bois , dont on laissa toutes les faces raboteuses; d'une part, pour que le mortier et le plâtre pussent s'y attacher plus fortement, et, en second lieu, parce qu'il devenait superflu de façonner des bois qui devaient être cachés ; ce qui dispensa d'employer les charpentiers les plus habiles, et conduisit à ne plus mettre en œuvre que des pièces grossièrement équarries, jusque dans les combles qui n'étaient point revêtus par des lambris; cet usage prévalait encore dans les derniers temps, où l'on affectait de regarder comme une perfection de fart et une habileté chez le mattre charpentier , de savoir obseroer la poulainê pour tracer et ajuster les assemblages , malgré les défectuosités des pièces et les imperfections de l'équarrissement II y a sans doute quelque talent à remédier aux défauts qui se présentent acddentellement quand on trace des assemblages ; mais il faut convenir qu'il vaut beaucoup mieux prévenir ces défauts en les corrigeant dans leur principe, surtout lorsqu'un léger travail peut en même temps procurer d'autres avantages ; aussi les sages réflexions des gens pénétrés des vrais principes des arts , ont fait reconnaître que l'équarrissement propre et exact des bois de charpente est indispensable , toutes les fois qu'il s'agit d'une construction qui doit réunir tous les genres de perfection dont elle peut être susceptible^ parmi lesquels la justesse des assemblages doit être au premier rang.

Ce qui a le plus contribué à faire revivre celte pratique utile.

rNTRODUCTION. ^I

c'est que fa plu|)arl des grandes conslruc lions m ode rnca , exécutées en bois , ne aunl plus reléguées dans d'obscur» greniers A peine fréquentéii; elles sont exposées à la vue, elles forment par la hardiesse de leurs portées et la combinaison des pièces qui les composent, une sorte de décoration inlfrieiirc des bâtiments qu'elles couvrent. C'est, au surplus, revenir tk une pratique trés-antîqiie ; car on voit, par les édifices les plus anciens, que les charpentiers qui les ont consiniils avaient apporté beaucoup de soin et d'exactitude à équarrir,iinir, et pour ainsi dire polir leurs bois ; c'est sans doute à ce soin bien entendu autant qu'à la perfection des assemblages et an bon choix des bois , qu'est due la belle conservation de leurs travaux. L'abandon de cette perfection était cerlainemeut une décadence de l'art, et l'effet d'une liégligence que certains ouvriers crurent déguiser en faisant regarder l'èquarrissetnent exact comme un luxe superflu et même dispendieux, <|uoiqu'il eût des avantages incontestables, bien capables dedédommager du |jetit surcroît de peine qu'il occasionnait.

Plus une charpente a de portée, plus elle a de pesanteur, plus ses joints sont multipliés, plus la longueur de chaque pièce est grande, et plus le levier avec lequel elle agit sur ses assemblages a de force. Le plus petit vice toléré dans les joints, ou même quelques inexactitudes inappréciables dans les longueurs de quelques pièces, peuvent en se multipliant et en se combinant avec la flexibilité des bois, laisser dans une charpente un jeu d'autant plus nuisible que celle charpente aurait une plus grande étendue,

L'aclion des vents , la pesanteur accidentelle des neiges , les percussions qui résultent du travail des ouvriers ou des machines qui fonctionnent dans un édifice, les secousses occasionnées par l'habitation même d'un petit nombre de personnes , le mouvement . d'une grande population qui a°;it à l'extérieur sur le sol , sont autant de causes, si petites qu'elles paraissent , qui produisent isolément ou réunies un ébranlement dans le système , et qui font à la longue prendre du jeu aux assemblages; piirce que des chues même très-minimes, continuellement réitérés , altèrent de plus en plus les surfaces en contact; sanscompt'' con-

tinuelles des dimensions produites p 'là

el de la aèclieressc , et par les cha

ii INTRODUCTION.

La profession de charpentier est enfin une den plus belles de l'art de bâtir ; les connaissances qu'elle exige pour la pratiquer eu maître, rintelligence qu'elle nécessite dans le simple compagnon, ne le cèdent à aucime autre , et la placent aux premiers rangs d utilité dans l'exécution des édifices , aussi bien que dans leur composition.

INTROUDCTION. 23

renobleoir les uulils et les machiaes dont ses inventiund lui ont fait i^entir le besoin. Son orgueil n'est pas déplacé , lorsqu'il se prétend le père de l'architecture parvenue aujourd'hui au iiohle rang des beaux-arts, car c'est à l'heureuse imilalion des premières constructions ea bois, qu'est du le charme des funiies que l'on retrouve dans les plus beaux édifices en pierre. A la vérité l'archilecture, à son tour, en empruntant aux sciences leur secours, a découvert au charpentier les immenses ressources de son art pour produire les combinaisons les plus élégantes et le.'i plus hardies; mais dans les constructions où la charpenlerie ne façuune pas la matière principale de la bâtisse ou de quelques-unes de ses parties, o£i elle n'assure pas les fondations en consolidant le sol , où elle ne divise pas la hauteur de l'édifice en étages pour mulliplier l'espace , où elle ne le couvre pas d'un toit prolecteur, c'est elle qui pourvoit à tous les moyens de distribution et d'élévation des matériaux, et au soutien des ouvriers de toutes espèces ; ou bien elle prèle le secours descs cintres pour maçonner les voiltes. Daastous les transports et t'éreclion des grands monuments, c'est elle encore qui donne à la mécanique ses principaux moyens matériels pour appliquer la puissance au mouvement des masses les plus gigantes<{ues. Ce sont enfin ses étais que d'antiques édifices appellent pour prolonger leur durée.

La charpenlerie ue joue pas un rôle moins important dans l'architecture navale, puisqu'elle constitue sa principale partie. Kt c'est à elle, enfin , que l'art des grandes constructions en fer doit son origine et ses modèles , ses moyens de levage et jusques â ses procédés d'épuré, d'étude ou d'exécnlioD. La connaissance de l'art du charpentier n'est donc pas moins nécessaire aujourd'hui au constructeur en fer qu'au constructeur en bois.

Nous voyons les charpentiers se faire remarquer dans toutes les grandes constructions de quelque nature qu'elles soient ; l'habitude de se représenter par la pensée les objets dans l'espace avant qu'ils y soient édi nés , l'usage continuel d'une foule d'outils, de cordages et de machines aussi puissantes que simples , l'espèce de gymnastique dans laquelle la pratique de l'art les entretient couslammeut, eu font, comme des marins, les hommes les plus propres aux travaux dam lesquels le jugement sdr et rapide, et la promptitude de ti doivent se joindre à la force et à l'adresse.

longue d'un pied et divisée en pouces. Quelquefois elle est subdivisée en quarts de pouce, et même le dernier pouce de chaque bout est divisé en lignes ; ses divisions peuvent être métriques. Cette jauge sert aux opérations de détail pour le tracé des pièces de bois et de leurs assemblages. Les ouvriers charpentiers la placent pendant le travail le long de la cuisse droite , dans la poche du pantalon , de façon qu'elle en sorte au moins du tiers de sa longueur, pour l'avoir à chaque instant à la portée de la main.

Fig. 2. Traceret, Outil qui sert à tracer sur le bois les détails des assemblages. Une de ses extrémités est aciérée et affilée en pointe , Taulre est terminée en anneau pour qu^on puisse le suspendre à un clou.

Fig. S. Cordeau ou ligne, Cest une ficelle qui sert à battre ou marquer les lignes d'une grande étendue sur les épures en grand ou éteionê, et sur les pièces de bois. Le cordeau a est ordinairement en laine , pour les lignes qui servent à Péquarrissement grossier qui se fait à la forêt , et en coton d'environ une ligne de diamètre pour le sciage de long et l'exécution des travaux. Il est habituellement roulé sur une bobine bj qui tourne sur un axe dans lequel elle est enfilée. Cet axe est terminé par un bouton c, qui empêche la bobine de sortir; il est fixé dans un manche </. La bobine. Son axe et son manche sont ordinairement en bois dur , et souvent en os.

Fig. 4. Plomb de charpentier. C'est un disque épais et tant soit peu conique , ouvert dans son milieu , où se trouve une croix à trois branches , en cuivre ou en fer. Le centre de cette croix , répondant à celui du disque, est percé d'un petit trou pour passer une ligne en ficelle et mieux en fouet, terminée par un nœud qui la retient. Le disque est ordinairement en plomb , on le préfère de ce métal plutôt qu'en bronze , parce qu'il est moins cher et qu'on Tobtient aisément, bien formé , et en tel nombre qu'on veut^ en le coulant dans un moule de bronze. La croix à trois branches qui peut être découpée dans du cuivre , ou faite de trois bouts de fil de fer tordus deux à deux , se place d'avance dans le moule , et ses trois extrémités sont prisonnières dans le métal coulé.

Fig. tf. Autre plomb de la même espèce dont le tour est cannelé , pour que le frottement dans l'air ralentisse plus promptement son mouvement de rotation.

On préfère la forme de ces plombs pour l'usage de la charpenterie à toute autre , parce que le point de suspension se trouvant plus près du ^ol sur lequel les lignes des épures sont tracées , l'on juge mieux sa coïncidence avec ces lignes, qu'on aperçoit au travers du jour ménagé autour do

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