‹ Traité de l'art de la charpenterieChapitre 64 sur 159 · CHAPITRE \n. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE \n. Î

gnc , de la Russie cl de In Sibérie, el dans la plus grnndc partie des régions scplcrHrionales de l'ancipri conlinciil; il n'en eiisle pas en Angleterre ni ilans les Pyrénées, r.'esi le plus haut el lo plus dniil de nos arbres indigènes. Pline (1) parle d'une pnutrc de raélétc de 190 pieds de long sur â pieds d'éqaarrissage , que l'empereur Tibère lit transporter » Rome, et i^ue Néron a employée dans son ihcàlre. De nus Jours il existe sur la montagne d'Ëddion dans les Alpes du Valais un méicie célèbre; sept hommo snfGseot i peine |>our l'cnlourcr, et ce n'est qu'i tSO pieds qu'il donne Ma premières branches.

Le mélèze n*est pas moins remarquable par ses qualités que par sa beauté. 11 Tournil la meilleure mâlnrc. son bois est le plus durable de l.i classe dos pins et sapins; en Suisse et en Savoie, il sert à la construction des maisons; en grosses poutres, il compose les murailles; Tendu en bar. ileau, il Torme Ici couvertures, el, lorsque la chaleur produite par le soleil a fait suinter la résine, elle bouche tous les interstices du bois tt forme sur tuute sa surface un vernis impénétrable à Teau et i l'air. Halesberbes a vu dans le Valais, en 1778. une de ces maisons qui avait alors deux cent quarante ans. dont les bois étaient parfaitement sains. Dans l'eau le mélèze esl impérissable, il durcit à l'égal de la pierre. Huiler fait mention d'un vaisseau de mélèze et de cyprès trouve à 13 brasses sous l'eau, dans les mers du Nord, après avoir été submergé pendant deux mille ans , dont le bois résistait aux meilleurs outils.

10° Dv vèilre du Liban.

Le cèilre (2), dont nous ne parlons ici qu'à cause de la célébrité qu'il aTait dans l'antiquité el qu'il a conservée de nos Jours, est une espèce de sapin : c'est un des plus beaux et des plus grands arbres. Son tronc acquiert plus de ircnle-sii pieds de circonférence, il s'élève à proportion; ses branches s'êlcndcnt horizontalement, comme celles du sapin ordinaire; ses feuilles sont linéaires, courtes et IrianguUires ; ses graines sont conlenues dans des cùncs ovales. I.e cèdre croit particulièrement en Syrie; néanmoins , les magnifiques forêts qui couvraient les montagnes de celle

partie de l'Asie étaient rédoites à ane centaine de cèdrei, loriqve H. la Rillardière les visita en 1807.

Quand le cèdre a été abattu, il ne repousse jamais de ses racines* Son bois est propre à la charpenlerie.

Le temple de Jérusalem était en grande partie en eèdreê ooapés sur le mont Liban.

Le bois de cèdre est léger, d*un blanc roogefttre, rësioeuz, rané comme celui du pin sauvage ; il est sujet à se fendre et tient mal les clous.

On est loin de lui accorder aujoord*hai la propriété d*ètre iocorroptible, comme le pensaient les anciens ; on le regarde même sons ce rapport comme inférieur au sapin. Nous ferons remarquer à ce sujet que la conseiration de certains bois peut résulter des climats où ils sont employés plutôt qac d*une propriété spéciale d'incorruptibilité.

Le cèdre est peu commun en France, et il n'y aurait peat-étre pu m très-grand avantage à Vy multiplier.

lies plus anciens cèdres d'Europe sont ceux du jardin de Chelsea', près Londres ; en 1766, quatre-vingt-trois ans après leur plantation, ils avaient 12 pieds de circonférence. Le plus ancien de ceux du Jardin dn Roi à Paris, apporté d'Angleterre en 1734 par Bernard de Jussieu, avait en 1817 liait pieds dix pouces de circonférence ; l'accroissement de son diamètre avait été d'environ cinq lignes par année. Si l'on calcule diaprés celte observation l'âge des plus gros cèdres du mont Liban , ceux dont le tronc a trentesix pieds de tour, suivant M aundrell et Pockocke , on trouve qu'ils doivent avoir de neuf cents à mille ans.

On avait cru que les arbres qui composent les forêts situées entre le Volga et le Tobol , et dont parle Pallas, étaient des cèdres de Pespèce da Liban. M. Ferry a reconnu que le prétendu cèdre de Sibérie est le jmi cembro dont nous avons parlé , et que les Russes appellent effectivement du nom de kedr : ses amandes sont vendues comme noisettes de cèdre dans tout l'empire.

Le bois du $apin, du mélèste et du pin est aisé à reconnaître parmi tous les autres bois; mais il est assez difficile, à moins d'une grande habitude, de juger à laquelle de ces espèces et de leurs variétés il appartient. Le bois du $apin pesse se dislingue cependant par sa finesse, la disposition serrée et uniforme de ses couches, et par sa couleur plus blanche que celle d*aucane autre espèce résineuse. Le mélèze , au contraire , est remarquable par n couleur rouge et ses ?eines d'autant plus foncées qu'il est plus âgé.

CHAPimE vil. su

I.M bois de ces capotes aoni composas de couchti^ ^nnucrllFS Irèï-dislinc- (M sur la coupe trnnstrrsnle ; chacune est formi-e de deux subsisnces. l'une blËnchitre, molle et comme m^dallsire, l'antre serrée, dure, essentiellement résineuse, de couleur fsuTe. I^rsqu'o» fend un arbre résinent longitadinalement sur ses cercles annuels {page 1B2), les deu» substances se montrent en larges bandes longitudinales, dnnt les contours sont irréguliers, les deux teintes sont Tondues dans la largeur de chaque coucbe annuelle ri coupées nettement aux séparations de ces couches; fendu également en long sur sa maille ( paçv 161), brut ou poli nu rabot, il présente des bandes étroites , régulières, qui répiindent nui couches annuelles et sont composées, comme chacune d'elles, d'une partie blanche cl molle et d'une partie dure et résineuse ; plus les lignes résiueuses sont rapprochées les unes des autres, plus le bois i-st solide et beau. C'est le cas du sapin pe»c que l'on Tend ainsi sur sa maille pour les luthiers et fabricants de pianos , qui en font les tables d'harmonie de tous les instruments, parce qu'il est le plus beau, le plus blanc, de la conleiture la plus flne et la plus régulière, et qu'il est le plus sonore.

Les pins, les sapins et les mélèzes sont sujets à être piqu^ par les verï, si on ne les ècorce pas aussitât qu'ils sont abattus, et si on ne les sort pas imroédialemenl de la coupe. Nous avons eu occasion de parler, page 96, des dégits causés par ks insectes qui attaquent ces arbres lorsqu'ils sou t sur pied, lueurs ravages ne sont pas moins rapides sur les bais abattus si l'on n'a pas les précautions que nous venons d'indiquer.

Les bois résineui, équarris et débités servent à toutes sortes de travaux ; ils rouruissenl des poutres, des solives et autres échantillons de t tîoii, des madriers et des plancher [lour la couverture maisons et pour les meubles, des borJages pour lus vaisseaux et les bateaux i on a reconnu que le mélèze était le meilleur pour cet usage. Ils servent enfin k la confection d'une foule d'objets.

On doit examiner avec soin les nœuds des pièces de bois proveitanltl'arbres résineux, attendu que lorsqu'ils sont cariés, les marchands masquent ce défaut en substituant aux nœuds viciés des nœuds sains, qu'ils collent avec de la résine fondue.

On tire par JilTérenls modes d'incision des térébenthines du sapin et du mélèze, et des résines des différents pins, tes arbres dont on n'a point extrait ces substances sont d'une meilleure qualité pour les consiruclioas. Ceci que Ton a épuisés en les taillant à mort, comme disent les résini ne sont bons qu'à être brilles, pnnr en extraire encore du goudron I

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le chauffage ; on peut aussi les employer à des Irayaax groasien et pitmsoi* res, tels que des échafaudages, des cintres pour petites YOùtes , des ponts de service et des planches pour le roulage des brouettes. Les bois ainsi détériorés sont aisés à reconnaître, lorsqu*ils sont débités, par la maigreur et la pauvreté de leurs veines résineuses; ils se pourrissent promptement, et soot rapidement rongés par les vers.

Non-seulement on consomme en France les bois de pio , de sapin et de mélèze exploités dans nos forêts, mais encore ceux que nous recevons pir mer de diverses contrées du Nord.

La Prusse, la Suède, la Norwége, la Russie apportent dans nos ports ces sortes de bois débités en planches et madriers, qu^elles échangent contre des produits de notre sol. Elles nous fournissent aussi de superbes bois de mâture, et des poutres des plus belles dimensions.

Les bois résineux qui viennent des parties sablonneuses, da Brandebourg et des provinces prussiennes adjacentes, sont connus sur nos côtes sous la désignation de bois de Pruêse; ils sont les plus beaux et préférables pour la menuiserie. Ceux des autres contrées, dits bois roulée, qui sont principalement des mélèzes, sont plus résineux et meilleurs pour les oavrages extérieurs. Les différentes qualités des bois du Nord sont indignées par les noms des ports d*où ils sont apportés. Tous ces bois sont excellents pour la charpenlerie.

W** Ducxprè.^'

Quoique le exprès ne soit pas cultivé en forêts dans nos climats et qa*il n*y ait pas été Irès-multiplié depuis 1736, époque de son importation en France, si ce n*est pour la décoration des parcs et jardins, on en trouve encore assez souvent, et les qualités de son bois sont assez remarquables pour que nous en parlions. '

Le exprès ordinaire ou eonimun (1) est, comme les précédents, de la famille des conifères et résineux; il conserve ses feuilles pendant Thiver; elles sont d*un vert foncé , pointues , opposées sur quatre rangs , de sorte que chacune parait sortir de celle qui Ta précédée. Ses fruits sont globuleux et remarquables par un caractère du genre ; ils s*ouvrent par la séparation des écailles, et chacun présente Taspcct de plusieurs clous implantés dans

(i) Cupregfu.f xempervirens .

CHAprrRE vu.

un centre commun. Le cyprès est un arbre très-i-levé. (lyramiilxl, riom le Iront est trèa-gro»; ses rameaux sont serri'S contre la tige qu'ils recoUTrent de leur lïpais feuillage. Le cjprès réussit Ircs-bicn dans le sol de la France et Ri^me à Paris. Dne seconde espèce, qu'on rencontre moins fréquemmetil^ a ses rameaux écarics.

Le bois du cyprès est dur, résineux, compacte, de couleur pile vetnè de rouge, d'une odeur suave et pénéiranle ; il est incorrupliblc. Les anciens l'employaient dans la construction de leurs édiûces et de leurs navires. Léon Alberti, architecte Qorenlia de la fin du xv siècle, rapporte que lorsqu'il travaillait près du lac Kicia, on en lU retirer le Trajan, navire qui était resté submerge pendant plus de treize cents ans. Il remarqua que les planches de pin et de cyprès étaient encore dans leur entier.

Les portes de Saint-Pierre de Rome , qui avaient duré onze cents ans , étaient de bois de cyprès, Ce ne fut que pour leur en substituer d'autres d'airain que le pape Eugène I V les fit enlever.

Enfin, M. Fougeroux a observé en 1786 que des poteaux faits en bois de cyprès, morts par l'eiïet du froid de 1709 et placés par Dubamel Duiuonceau autour d'une coucbe â lie nain vil IJcrs, subsistaient encore très-sains apr^ avoir servi cinquante-six ans , tandis qu'on «lait obligé tous les 10 i 1S ans de rétablir ceux qui étaient en bois de chêne ou de toute autre nature.

Il est à regretter que la lenteur de l'accroissement d'un bois si prtcieui doive s'opposer toujours â ce qu'il soit cultivé en grandes forêts.

l^luotqve le fruit de l'if commun (1) soit plulAI une noix qu'un eàHe, d'autres caractères ont déterminé â le classer parmi les conifères. Ses leuilles linéaires sont plus rapprochées les unes des autres, disposées aux deux cAlés opposés de ses branches nombreuses, qui croissent presque par (^tage autour (le la tige.

L'if croit naturi:llenH'nt dans les lieux secs et froids des montagnes. Son bois est d'un beau rouge veiné. C'est un des plus pesants de ceux qui cro>s< sent en Europe. Il est néanmoins propre aux constructions en charpente, lorsqu'il a une taille suISsanle. Plusieurs arts le recherchent.

L*if ?ît irè»-longteiiip8; il devient colossal ; il en existe^ dans le département de TEure, plusieurs qui sont remarquables par lear grosseur et ievr vétusté.

Dans la commune de Foullebec, à deux lieues de Poot-Audemer, on de ces arbres a vingt et un pieds de tour; il soutient le chœur d*aiie église, i laquelle il a été adossé. Sur le bord d'un ravin profond, dans le cinietièrede Boisney, on en voit deux, Tun de vingt et Tau Ire de seize pieds de toor. U n'est pas rare d'en trouver de semblables dans le même département. A Fortingall, en Ecosse, on montre aux voyageurs un if de cinqoante*trois pieds, mesure anglaise (lO**, 15°) de circonférence; il est en assex mauvais état, et les processions funèbres passent par Touverture de son tronc poar se rendre au cimetière, qui en est voisin.

Ces arbres doivent être fort âgés , car Fif croft très-lentement. On a compté cent cinquante couches annuelles sur un if de treîxe ponces de diamètre, deux cents quatre-vingts sur un autre de viiigt pouceis* D*après ces observations, l'if de Foullebec aurait douze cents ans d'ancienneté, et celui deFortingall près de trois mille ans. Cependant il existe an Jardin do Roi, à Paris, des ifs plantés en I63tf ; le plus gros a cinq pieds iû ciroonférenoe. En supputant l'âge des ifs de Foullebec et de Fortingall d'après ceux dn Jar^ din du Roi, le premier n'aurait que huit cents ans, et le second dix-huit cents à deux mille ans.

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