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DESCRIPTION DES ANNEXES DU FŒTUS

Pour étudier les annexes du fœtus au terme de la grossesse, il faut les recueillir au moment où elles viennent d'être expulsées; elles constituent alors le délivre ou arrière- faix, que l'on désigne aussi parfois sous le nom de secondines. L'œuf, examiné immédiatement après la délivrance, c'est-àdire après- l'expulsion du délivre, est souvent retourné, de sorte qu'il présente la face externe en dedans et la face interne en dehors; il faut donc pour l'étudier le placer tel qu'il était dans la cavité utérine, c'est-à-dire la face utérine du placenta en dehors et la face fœtale en dedans. — Le placenta peut être considéré comme un épaississement d'une portion des parois de l'œuf. Celui-ci se compose, comme nous l'avons déjà dit, de trois enveloppes : une externe, la caduque, une moyenne, le chorion, et une interne, Vamnios. Sur une certaine étendue, la caduque et le chorion se renflent et se modifient de manière à former une espèce de gâteau auquel on donne le nom de placenta, relié au fœtus par le cordon ombilical.

Nous avons déjà décrit la caduque (voy. p. ':210); il nous reste donc à étudier l'amnios, le liquide amniotique, le chorion, le |)lacenta et le cordon ombilical.

'i I. — De l'amnios

L'anmios, dont nous avons décrit le développement (voy. p. ;]01), est la membrane la plus interne de l'œuf ; au terme de la grossesse, elle constitue tout autour de l'embryon une poche à parois très-minces et transparentes, mais assez résistantes. LaCacc interne circonscrit une cavité qui renferme un liquide (le liquide anuiiotique) dans 1(M|uc1 baigne le fœtus; sa face externe esten rapport avec le chorion, ou plutôt avec un tissu situé entre le chorion et L'amnios : membrane intermédiaire de Bischoff, corps rilriforme ou magma réticulé de Velpeau. L'amnios tapisse la face lu'lale du placenta, se rénéchil de cet oigane sur h; cordon, au(iuel il fournit une gaine extérieure, puis va s'unir à la peau du fœtus au niveau de l'oudjilic.

L'amnios peut être séparé du chorion sur toute son étendue; mais lorsqu'on isole la membrane interne de l'œuf, on voit qu'elle adhère au chorion par l'intermédiaire d'une matière glulineuse, le magma réticulé (voy. p. 370). — Arrivé sur le bord du placenta, on constate que le chorion est confondu avec ce dernier organe, tandis que l'amnios s'en sépare aisément; si on poursuit le décollement jusqu'à la racine du cordon, on trouve qu'à ce niveau la gaîne amniotique est fortement adhérente et qu'il faut renoncer à l'isoler des éléments sous-jacents.

Structure de Vamnios. — Cette membrane se compose de deux tuniques : l'une interne, éi)ilhéliale, et l'autre externe rd)reuse. La tunique interne est formée de cellules pavimenteuses. Kôlliker a aussi rencontré quelques cellules d'épithélium cylindrique dans le voisinage du cordon. La surface interne de l'amnios présente des espèces de saillies désignées par Mûller sous le nom de caroncules amniotiques. Ces saillies amniotiques se rencontrent surtout dans le voisinagedu cordon. Ellessontconstantes: Winkler(l), sur deux cents amnios qu'il a examinés à ce point de vue, ne les a jamais vues manquer. Elles ont la grosseur d'un grain de millet et sont visibles à l'œil nu.

Outre ces caroncules^ on trouve parfois, mais non constamment, des villosités amniotiques, amnionzotten, comme lésa appelées Ahlfeld, qui les a bien étudiées. D'après cet auteur, les villosités seraient le résultat de la végétation des caroncules. Elles sont simples ou ramifiées, renflées en massue ou allongées comme des fils. Elles sont formées par une substance intercellulaire homogène, recouverte d'un épithélium qui se continue avec celui de l'amnios.

La tunique externe renferme du tissu conjonctif d'autant plus condensé qu'il se rapproche de la tunique épithéliale, et quelques fibres musculaires lisses (Remak et Kôlliker). La présence des fibres musculaires lisses explique la contractilité de l'amnios ; signalé d'abord par de Baër et Remak, ce phénomène a été de la part du professeur Vulpian l'objet de recherches nouvelles. Les contractions sont manifestes chez le poulet dès le sixième jour de l'incubation ; l'embryon exécute sous leur influence une espèce de mouvement de pendule dont les oscillations seraient au nombre de dix à vingt par minute.

La couche interposée entre l'amnios proprement dit et le chorion, membrnne intermédiaire de Bischoff, corps vitri forme ou magma réticulé de Velpeau, membrane limite (grenz membran) de Jungbluth, membrane lamiw^^s^de Joulin est formée aux dépens de l'allantoïde atrophiée et d'une partie du tissu nuiqueux interannexiel. Elle n'a pas de limites précises, puisque ce tissu muqueux n'en a pas lui-même. Elle adhère intimement à l'amnios et beaucoup moins au chorion.

Vaisseaux de Vamnios. — On avait jusqu'à présent considéré l'amnios comme dépourvu de vaisseaux. Les observations récentes de Jungbluth (3), de Waldeyer, de Wissotsky, de Dastre et de Campenon semblent, au contraire,

(1) Archiv fiir Gynœk. Band VII, S. 32."..

(2) Arcliiv fiir Gynœk. Band VIII S. 567.

(3) Beitrag zur Lelire voin Frnchtwasser und seiiier iibormiissigcn Vermehrung-. Inaugural Dissertation. Bonn, 1869.

prouver qu'il existe quelques vaisseaux dans l'amnios, ou au moins dans la membrane intermédiaire dont nous venons de parler.

Jung;bluth, en effet, a injecté les vaisseaux ombilicaux d'un placenta humain et a constaté dans cette membrane intermédiaire non-seulement des rameaux artériels et veineux, mais des capillaires auxquels il attribue un rôle important : celui de sécréter le liquide amniotique.

Ces vaisseaux, désignés par Jungblulh et Waldeyer sous le nom de rasa propria, s'atrophient ordinairement et deviennent hbreux dans les deux derniers mois de la grossesse; si par hasard ils persistent sans s'oblitérer, ils donnent naissance à l'bydropisie de l'anmios. D'après ûastre, qui a figuré dans sa thèse un rameau se détachant d'une branche allantoïdienne pour se rendre à la face externe de l'anmios, les vaisseaux que nous venons de décrire ne paraissent pas appartenir en propre à l'amnios, mais au tissu interannexiel qui lui est adhérent.

Les dissections de Peyrot et surtout celles de Campenon (1) semblent, au contraire, démontrer que, au moins chez certains animaux, porc, brebis, cheval, etc., l'amnios possède dos vaisseaux propres, de véritables vasapropria. Du reste, Wissotski (li) a pu suivre le développement des vaisseaux sanguins dans l'amnios du lapin, et y constater l'existence des cellules vaso-formatives que nous avons décrites en parlant du développement des vaisseaux sanguins en général (voy, p. 35-5).

Du liquide amniotique. — Caractères physiqups. — Dans les premiers mois de la grossesse, le liquide amniotique est de couleur claire et transparent comme de la sérosité; mais, vers la fin de la gestation, il devient le plus souvent d'une couleur blanchâtre par suite de son mélange avec des fragments de matière sébacée (voy. plus bas). Il prend une coloration verdàtre lorsqu'il est mélangé avec le méconium, et une coloration rouge lorsque le fœtus, mort depuis longtemps, dans la cavité amniotique, a macéré dans le liquide qu'elle renferme. Cette coloration rouge est due à la sérosité sanguinolente qui s'est échappée des phlyctènes situées à la surface du corps.

Le liquide amniotique répand une odeur fade, analogue à celle du sperme; sa saveur est légèrement salée; sa réaction est neutre ou faiblement alcaline. Il mousse lorsqu'on l'agite au contact de l'eau et forme un préci|)ité avec l'acide acétique.

La quantité du liquide amnioti(iue est très-variable. Ce liquide est peu abondant au début de la gestation; mais à partir du deuxième mois il augmente d'une fai^on notable. Le poids du fœtus et celui du liquide sont à peu j)rès les mêmes vers le milieu de la grossesse; mais à partir de cette époque, le poids du fœtus est plus considérable et devient, au terme de la grossesse, cinq ou six fois plus grand que celui du li(|uide amniotique, qui ne s'élève guère audessus de 500 grammes. Ainsi l'on peut dire ,que les eaux de l'amnios augmentent d'une façon absolue jusqu'à la fin de la grossesse, mais ([iic, relative-

(I) Voir les pièces du coiicoiirs pour le proscctorat (IS77; déposcos au luustio Orlila. {ij Traité d'hislolngie de fîaiivier. pajj;e G:]t.

ment au fœtus, elles augmentent dans la première moitié et diminuent dans la seconde période de la gestation. Du reste, au moment de l'accouchement la quantité du liquide amniotique est très-variable avec les sujets; .parfois elle n'est que de quelques grammes; tantôt, au contraire, elle dépasse un kilogramme, et constitue alors un état pathologique connu sous le nom d'hydro-amnios. Le poids de l'enfant est généralement en raison inverse de celui du liquide amniotique au moment de la naissance. L'excès du liquide amniotique coïncide souvent avec la présence d'un enfant chélif et même affecté de vices de conformation.

Caractères microscopiques. — Le liquide amniotique renferme des cellules épidermiques, des poils soyeux et des fragments de matière sébacée détachés de la surface du corps du fœtus ; on y rencontre même des cellules épithéliales du rein et de la vessie et quelques leucocytes (Robin).

Composition chimique. — Le tableau suivant, emprunté à Liégeois, donne une idée de la composition chimique de ce liquide.

Eau 991 à 975

Chlorure de sodium et de potassium 2,40 à 5,95

Chlorure de calcium Traces

Carbonate de soude Traces

gulfate de soude Traces

— de potasse Traces

Phosphates et sulfates calcaires et magnésiens 0,14 à 1,72

Lactate de soude (Vogt, Regnault) 2,00 .à 3,50

Urée (I ) Traces

Graisse (Rees, Meckel) 0,13 à 1,25

Créatine, créatiniiie (Scherer, Robin et Verdeilj Non dosées

Glycose (Cl. Bernard) N'on dosée

Albumine et mucosine (Ch. Robin) 0,82 à 10,17 (Robin)

Les analyses de Prochownick semblent démontrer que le degré de concentration du liquide amniotique augmente jusqu'au milieu delà grossesse, pour diminuer ensuite assez rapidement dans la seconde moitié de la gestation.

Origine du hquide amniotique. — Suivant les uns, le liquide amniotique a son origine dans l'organisme maternel. Suivant les autres, ce liquide est un produit exclusif du fœtus. Chaussier, Meckel et Béclard admettent une opinion mixte, et pensent qu'il est sécrété à la. fois par la mère et par le fœtus. Cette opinion nous parait être la vraie, car des faits d'une certaine importance semblent prouver que les eaux de l'amnios proviennent à la fois d'une source maternelle et d'une source fœtale.

En faveur de l'origine maternelle des eaux de l'amnios, on peut faire valoir que l'hvdramnios coïncide souvent avec l'anasarque et les hydropisies de la mère; que dans certains cas défausses eaux (voy. hydramnios), du liquide s'accumule entre l'utérus et les membranes décollées pour s'écouler au dehors et qu'il est remplacé sans cesse, à mesure qu'il s'écoule, par un liquide de même nature, qui remplit la petite poche résultant du décollement des membranes. Ce liquide ne peut provenir que de la transsudation de la sérosité hors des

{l) Mayewsky, dans deux cas, a trouvé la quantité d'urée égale à 0,34 et à 0,42 pour 100, c'est-à-dire 3,4 et 4,2 pour 1 000.

vaisseaux utérins, c'est-cà-dire des nombreux vaisseaux de la caduque. Il s'agit ici d'un cas anormal. Dans les cas normaux, le liquide amniotique, après avoir transsudé hors des vaisseaux maternels, filtrerait dans l'œuf à travers le chorion et l'amnios, dont le pouvoir endosmotique est certain, ainsi que nous le démontrerons par une série d'expériences dues à Tarnier, et que nous rapporterons à propos de la formation de la poche des eaux.

D'autre part, les faits suivants semblent être en faveur de l'origine fœtale des eaux de l'amnios. Pour Jungbluth le liquide amniotique serait le résultat d'une exhalation de sérosité à travers les parois des vasa propria que nous avons décrits à la face externe de l'amnios, et la preuve, dit-il, qu'il en est ainsi, c'est que si ces vaisseaux qui s'oblitèrent ordinairement à la fin de le grossesse restent au contraire perméables, il'se produit une hydropisie de l'amnios.

Pour Prochownik le liquide amniotique serait le résultat des phénomènes de nutrition du fœtus; il serait sécrété par la peau et par le rein ; la sécrétion cutanée commencerait dès les premiers temps de la grossesse, tandis que celle du rein ne débuterait d'une façon sensible et régulière que vers le milieu de la gestation. Certains faits incont.'^stablcs semblent prouver que l'urine peut être expulsée dans la cavité amniotique et même que cette évacuation est nécessaire à la vie fœtale. Ainsi Billard, T.-\Y. King disent avoir vu des cas de rupture de la vessie produite par l'imperforation de l'urèthre; Désormeaux, P. Dubois ont constaté sur deux enfants mort-nés une oblitération de ce canal, qui avait donné lieu à une distention énorme de la vessie, des uretères et des deux reins : ceux-ci se trouvaient transformés en deux kystes multiloculaires; Depaul et Moreau ont présenté à l'Académie de médecine des faits analogues.

Usages. — Pendant la grossesse, le liquide amniotique favorise les mouvements aciifs du fœtus et son développement qui aurait été gêné par la pression que, sans cet intermédiaire, les parois utérines auraient exercée sur lui; il met l'embryon et le fœtus à l'abri des chocs extérieurs et leur permet d'obéir aux lois de la pesanteur. Il favorise aussi l'expansion uniforme de la matrice, met le cordon ombilical à l'abri de toute compression et assure ainsi, pendant la grossesse comme pendant le travail, l'intégrité de la circulation fœto-placentaire.

Pendant le travail, il semble destiné à protéger le fœtus contre la violence des contractions utérines; il contribue à. la formation de la poche des eaux (voy. accouchement), dont l'engagement rend plus facile la dilatation du col ; il lidjrifie le canal pelvi-génital et facilite ainsi le glissenu'nt des parties fœtales.

JJ :2. — Du chorion

Le chorion, dont nous avons déjà étudié le développement (p. iîOl), est la membrane de l'fenf, qui est située entre la caduque et l'amnios.

Le chorion n'offre pas le même aspect aux diverses époques de la grossesse. Dans les premiers jours de la vie endjryonnaire, il est mince, transparent, et parfaitement lisse à sa surface extérieure. Celle-ci se ((uivre, vers

]li

la seconde semaine, de petites saillies granuleuses qui s'allongent et se développent avec rapidité, de sorte que le chorion est bientôt hérissé de nombreuses villosités appelées villosités choriales. Mais jusque-là ni le chorion, ni les villosités qui en dérivent n'ont d'appareil vasculaire qui leur soit propre. Ce n'est que plus tard, quand l'allantoïde s'applique sur le chorion, qu'on voit les vaisseaux ombilicaux (allantoidiens) pénétrer dans toutes les villosités qui sont creusées en doigt de gant.

Chaque villosilé contient une artère et une veine qui fournissent autant de ramifications qu'il y a de digitations villeuses; au fond de chaque cul-de-sac, l'artère et la veine communiquent par une série de petites arcades variables en nombre, et anostomosées entre elles.

Dans les premiers temps de la grossesse, le chorion est en rapport par sa face externe, en grande partie avec la caduque ovulaire qui le sépare de la caduque pariétale, et dans un point assez restreint avec la caduque placentaire (voy. Caduque, p. 220).

Les villosités qui sont en contact avec la caduque ovulaire s'accroissent d'abord et pénètrent dans l'épaisseur de cette membrane; mais bientôt elles s'atrophient et disparaissent presque complètement ainsi que les vaisseaux

FiG. 169. — Portion d'une villosité choriale (d'après Liégeois).

I, '1. — Artère et veine réunies entre elles par des anastomoses en arcades.

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