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SIGNES OBTENUS PAR L'INTERROGATION DE LA FEMME ENCEINTE

Nous avons vu (p. 242) que toutes les grandes fonctions de l'organisme étaient modifiées par la grossesse. Parfni ces modifications, quelques-unes seulement sont assez importantes pour constituer des signes de grossesse : ce sont celles que Ton observe du coté de la menstruation, de la gl.uide mammaire, de l'appareil digestif et du système nerveux. Il suftit d'interroger la femme enceinte pour connaître leur existence.

Des modifications de la menstruation. — On peut dire d'une manière générale (juc les règles se supiiriment pendant la grossesse. C'est là un fait tellement fréquent que s'il survient chez une femme jeune et bien portante, on doit immédiatement soupçonner une grossesse. Nous indiquerons, à propos du diagnostic différentiel, les causes qui, en dehors de la conception, peuvent produire la suppression des règles.

Parfois les femmes enceintes présentent pendant le premier et même le second mois, beaucoup plus rarement durant ciini ou six mois, un écoulement sanguin à peu près périodique qui a les apparences d'un flux menstruel. Ce fait, dont la fréquence est singulièrement exagérée par les femmes dans les récits qu'elles se l'ont entre elles, a fait dire que l'apparition des règles pendant la gestation n'est pas rare. C'est là une erreur contre laquelle on ne saurait trop s'élever. D'une part, ces écoulements sanguins sont exceptionnels; d'autre part, ils ne constituent presque jamais de véritables règles, et correspondent très-rarement aux époques cataméniales ; il faut donc les considérer comme de simples hémorrhagies.

{1} Annales de fjijnécolofjie, 187 i, p. I!H)

i76 TROISIEME SECTION. — DE LA GROSSESSE

Dans certains cas cependant, les règles peuvent se produire pendant la grossesse. Cette anomalie s'observe principalement au premier mois de la gestation, plus rarement pendant les deux ou trois premiers mois, et beaucoup plus rarement encore pendant toute la grossesse. Mais les règles sont alors modifiées : l'écoulement dure moins longtemps; le sang n'est pas aussi abondant ni aussi coloré qu'avant la fécondation. En d'autres termes, les règles qui se produisent dans le cours de la gestation sont modifiées en durée, en quantité^ en qualité. Ainsi Tarnier a donné des soins à une multipare dont les règles, en temps ordinaire, revenaient tous les quinze jours et duraient chaque fois pendant une semaine. A chacune des grossesses, les menstrues continuèrent, comme par le passé, à se produire tous les quinze jours, mais leur durée n'était plus que de cinq jours. Cet amoindrissement dans la durée del'écoulement menstruel était pour cette dame un signe certain de grossesse.

Cependant Cazeaux dit avoir vu plusieurs femmes enceintes qui étaient réglées, certaines pendant quelques mois seulement, d'autres dans tout le cours de la gestation, absolument comme avant leur grossesse. Le sang était aussi abondant, aussi rouge, et apparaissait à des époques fixes, tout à fait comme le sang menstruel ordinaire. D'après le même auteur, Haller, Mauriceau et Dunal (de Montpellier) citent des observations semblables. Enfin, il existe des cas plus extraordinaires encore dans lesquels des femmes ordinairement non réglées le sont exclusivement pendant leur grossesse. Deventer, Baudelocque, Chambon, Perfect, Churchill, cités par Cazeaux, rapportent des observations de ce genre. Mais la plus curieuse est certainement celle de Deventer, qui a pu constater l'apparition des règles, chez la même femme, pendant quatre grossesses successives, et leur absence dans l'intervalle de ces grossesses.

Nous ne saurions trop répéter que ces derniers faits sont exceptionnels, et nous dirions volontiers que, dans la pratique courante, il faut presque les oublier ([uand on a à faire le diagnostic différentiel de la grossesse. — En définitive, la suppression des règles chez une femme bien portante constitue un des meilleurs signes de grossesse ; mais nous reviendrons plus loin sur sa valeur séméiologique.

Des modifications de la glande mammaire. — Quelques femmes enceintes se plaignent d'élancements douloureux dans les mamelles et racontent que leur linge est parfois mouillé par un liquide lactescent. Nous n'insisterons pas sur ces phénomènes, parce que la vue nous permettra de constater du côté des seins une série de changements qui ont une plus grande importance diagnostique.

Des modifications de V appareil digestif. — On observe du côté de l'appareil digestif les phénomènes suivants : anorexie, nausées, vomissements (voy. p. 244).

Des modification!^ du système nerveux. — On constate du côté du système nerveux parfois un sommeil invincible, fréquemment des lipothymies, une répugnance pour certains aliments, une prédilection marquée pour d'autres (envies des femmes grosses), etc. (voy. p. 254).

ARTICLE II

Quand on examine une femme enceinte en regardant successivement toutes les régions du corps, on observe un certain nombre de particularités qui sont le fait de la grossesse. — Le visage attire d'abord l'attention : les traits sont souvent tirés, les yeux entourés d'un cercle bleuâtre; le front, les joues et le menton sont parfois le siège de taches jaunâtres qui forment par leur ensemble le masque de la grossesse (voy. Pathologie, seciion VIII).

Il suffit ensuite de jeter les yeux sur la poitrine pour constater le gonflement des seins, la coloration des aréoles mammaires, l'hypertrophie des tubercules de Montgommery, etc., parfois la présence d'une goutte de liquide transparent dans le cours de la grossesse et jaunâtre à la fin, qu'on voit sourdre du mamelon ou tacher la chemise (voy. p. Î240 et suiv.) ; on observe l'augmentation de volume du ventre, son changement de forme, parfois les bosselures formées par les parties fœtales qui se déplacent, la ligne brune, les vergetures, l'effacement de la cicatrice ombilicale; au niveau des parties génitales, la pigmentation des grandes lèvres, la teinte violacée de la muqueuse vulvo-vaginale ; enfin, sur les membres inférieurs, des veines variqueuses accompagnées de gonflement des extrémités, surtout marqué vers le soir. Nous avons étudié toutes ces modifications (voy. p. 23:2 à 243) ; nous n'avons pas à les décrire de nouveau, mais nous apprécierons plus loin leur valeur séméiologique.

ARTICLE III

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