DES ALIMENTS PENDANT LA PREMIÈUE ENFANCE
anormalement se rencontrer dans le lait, soit sur les substances qu'on peut y avoir introduites dans un but frauduleux.
Nous avons déjà parlé de l'examen microscopique des globules graisseux, lait par Donné et par Boucliut en vue d'apprécier la richesse du lait. Il faut en outre chercher si ce sont les globules de moyen volume qui prédominent, ce qui est normal, ou si ce sont, au contraire, soit les gros, soit les petits. Enfin le microscope montre si les globules, ont leur forme régulièrement sphérique ou s'ils sont irréguliers. Nous verrons plus loin (p. 898) que toutes ces constatations peuvent avoir un intérêt clinique.
Donné a beaucoup insisté sur l'utilité de l'examen microscopique pour déceler la présence dans le lait des corpuscules du colostrum, du sang, du pus. Nous avons indiqué (p. 781) les caractères des corpuscules granuleux; ceux des hématies et des leucocytes sont bien connus. Ajoutons pourtant, pour éviter toute confusion entre ces derniers éléments et les globules de lait, que les globules de pus sont irréguliers, comme frangés sur les bords, insolubles dans l'alcool et l'éther, sohibles dans l'ammoniaque, et deviennent jaunes sous l'influence de l'eau iodée, tandis que les globules de lait sont ronds, bien réguliers sur leurs bords, solubles dans l'alcool et l'élher, insolubles dans l'ammoniaque, et ne changent pas de couleur sous l'action de l'eau iodée.
Le microscope permet de reconnaître dans le lait les infusoires dont nous avons parlé.
Enfin, on discerne au microscope les substances telles que grains de farine ou de fécule, cervelles d'animaux écrasées, que les fraudeurs ajoutent souvent au lait pour masquer l'addition d'eau.
§ 2 . — Aliments autres que le lait.
On a proposé un grand nombre de préparations pour remplacer l'aliniont normal du nouveau-né, c'est-à-dire le lait frais. Les principaux éléments du lait forment encore la base de quelques-unes d'entre elles, d'autres sont faites avec des œufs, la plupart avec des farines, des fécules, du pain. Dans les cinq on six premiers mois de la vie, ces préparations consliluont une forme tïalime7ilation prématurée malheureusement trop répandue, qu'on appelle la nourriture au petit pot. Tantôt cette nourriture est complètement substituée à l'allaitement, tantôt elle lui sert d'adjuvant ; dans tous les cas elle est nuisible et leé enfants qui, au début, la supportent et paraissent même se bien développer sous son influence, ne lardent guères à s'étioler, à présenter un gros ventre et à succomber en grand nombre.
L'alimentation prématurée est également mal supportée par les jeunes animaux, même lorsqu'on leur fait encore prendre une certaine quantité de lait de leur mère. D'Ardenne assure que les veaux nourris dans ces conditions ont de la diarrhée et le ventre volumineux; il ajoute que leurs chairs sont flascjues et se vendent à un prix inféiieur. Seulement la santé se rétablit |tius vite et plus facilement chez ces animaux que chez les enfants, parce que
chez eux le développement est plus rapide que dans l'espèce humaine (4).
L'alimentation au petit pot, donnée aux enfants nouveau-nés, en fait chaque année périr des milliers; on ne saurait donc la condamner avec trop de sévérité pendant le premier âge ; mais à partir de cinq ou six mois, le même régime devient utile et sert de préparation au sevrage (voy. p. 898). C'est à ce titre seulement que nous le décrivons.
Quant au choix à faire entre les préparations dont se compose cette alimentation, il ne repose sur aucune règle certaine; tel aliment qui réussit à un enfant peut n'être pas digéré par un autre du même âge. Il faut donc tâtonner et, si l'on échoue avec une préparation, passer à une autre, sauf à essayer de nouveau, quelques semaines plus tard, celle qui avait été primitivement mise en usage.
Lait condensé. — Un grand nombre de procédés ont été inventés pour conserver le lait de vache; la plupart d'entre eux donnent des substances qui peuvent être employées avec fruit pour l'alimentation des adultes, mais qui ne sauraient être proposées pour les jeunes enfants. Aussi ne parlerons-nous pas des conserves d'Appert, de Mabru, de Bethel, de Keller, etc. Nous ferons, au contraire, mention du lait concentré ou condensé, qui est quelquefois donné aux nouveau-nés. Cette substance n'est autre chose que du lait de vache auquel on a fait subir une préparation spéciale consistant principalement à ajouter une forte dose de sucre (75 grammes par litre) et à éliminer une grande partie de l'eau;, de façon à réduire le volume dans la proportion de 5 à 1 (2). Elle a la consistance du miel; quand on veut l'employer, il faut l'étendre d'une grande quantité d'eau, dont la proportion varie avec l'âge de l'enfant: pour une cuillerée de lait concentré, on en met seize d'eau dans le premier mois, douze dans le troisième ; peu à peu on arrive à n'en mettre que quatre, ce qui reconstitue à peu près le lait primitif, sauf que la proportion du sucre reste très-augmentée.
Les avis sont très-partages sur la valeur du lait condensé. Vogel, Peters le recommandent; Kehrer, Jacobi, Fleischmann en font peu de cas. La grande quantité de sucre qu'il contient diminue la proportion relative des aliments plastiques, de sorte que l'enfant n'est pas nourri suffisamment; si pour remédier à cet inconvénient on ajoute peu d'eau, la préparation est trop concentrée et d'une digestion difficile pour le nouveau-né. De plus, selon Kehrer, cet excès de sucre se transforme dans les voies digestives en acide lactique, et les enfants faibles contractent sous l'influence de cet agent irritant une inflammation intestinale qui peut conduire â l'athrepsie.
Certains enfants vigoureux supportent cependant bien le lait concentré et nous en avons été témoins, dans quelques familles anglaises où la mère, qui avait l'expérience de ce genre d'alimentation, ne voulut, malgré nos conseils, ni allaiter elle-même son enfant, ni prendre une nourrice. Mais d'après Daly (3), dont les observations ont été faites à Londres, où le lait
(1) D'Ardenne, Allaitement artificiel, p. 18.
(2) Bouchardat et Quevenne, loc. cit., p. 130.
(3) The Lancet, 2 novembre 1 872