‹ Traité de l'art des armes: à l'usage des professeurs et des amateursChapitre 14 sur 84 · ET USTENSILES NÉCESSAIRES POUR TIRER DES ARMES · texte numérisé non relu

ET USTENSILES NÉCESSAIRES POUR TIRER DES ARMES

' Peut-être les détails qui vont suivre parottront-ils minutieux; cependant ils ont leur utilité : rien n'est à négliger lorsqu'il s'agit d'arriver à la perfection dans tel genre que ce soit. Tout le monde connoît sans doute Une partie des vêtements que nous allons décrîw», et qui sont à Fusa^o Jaq armfK: tv><»^«9 tout le lùonde ne sait pas qu'il y a un grand choix à faire dans ces sortes d'objets, et c'est ce que nous allons indiquer.

Le gilet doit être en toile et d'une couleur foncée pour le travail; il le feut aisé, principalement des man-« ches, afin que dans l'exercice on n'éprouve point de gène; on aura soin que les boutons s<Hent à gauche , et le colet très montant. La culotte sera aussi en toile, aisée des cuisses , et aura une ceinture haute pour tenir les reins fermes; car c'est de cette partie que dépend toute la force; elle sera encore bien fendue pour la plus grande liberté des mouvements dans Passauti On aura

DE l'art DB5 ARMES. Il'

«oln de mettre à son cou un gros mouchoir, afin d^é- TÎter que Tadversaîre en marchent trop n'érafle cette partie avec la lame du fleuret.

Les sandales exigent ausBi du soin. Celle du pied droit doît être ouverte pour que le bout du pied soit à Taise. On la garnit de chapeau, cela est plus doux, fiitigue. moins les tireurs, et leur donne la fecilité d^employer tons leurs moyens de vigueur; on n^auroit pas cet avan« tage avec des souliers , les pieds en éprouveroient de la gène, et la fatigue ôteroit de la force, sur-tout si Ton tiroit long-temps; on recommandera au sandalier de mettre le poreux du cuir en dehors , afin d^empécher de glisser; il aura aussi l'attention de fisûre la sandale gauche plus haute du talon; basse, elle géneroit le ployë du jarret, il y attroit moins de réaction , et cela feroit perdi^e beaucoup de vitesse.

Un gand bien choisi doit être eu dessus rembourré de crin.; A le faut long et étroit, parceque s'élargissent toujours assez, il eA.jeésultecQit«>.j0i^'^ prenant trop large, des plis qui géneroient la tenue du fleuret. On exige qu'il soit long pour garantir le poignet, qui sans cette précaution seroit exposé aux coups de fi>uet8 , que la peau en soit mince et souple en dedans, parcequ'on en sent mieux le fleuret , et que l'exécution du tiré en

^st plus facile.

DE l'utilité des MASQUES.

C'est à feu M. La Boëssière qu'on doit l'inappréciable fiyantage des masques de fil-fer, généralement en usage

aujourd'hui. Avaut lui on se servoit de masques dé ferblanc d'où Ton tiroit le jour par une fente; mais la du* reté du fer étoit fort incommode sur la figure , par cette raison on s'en servoit peu, et les tireurs alors couroient risque de s'estropier; les nombreux accidents arrivés déterminèrent M. La Boëssière à donner l'idée des mas-

ques actuels : il y en a de deux sortes, ceux à ressorts et ceux à courroies. Je préfère ces derniers, parceque ceux à ressorts ont l'inconvénient de tourner ou de ballotter/ et que dans un assaut on court le danger de recevoir un coup dans la figure.

J'approuve aussi l'usage des galeries qu'on met audessus pour garantir la tête. Malgré les détracteurs, j'adopte celui des gilets en buffle, car on ne sauroit prendre trop de précaution pour éviter les accidents. Ce gilet doit être garni en buffle depuis le haut jusqu'à la ceinture, et depuis, les boutons jusqu'à quatre pouces derrière le dos. Le buffle s'étend aussi sous le bras droit à environ six pouces pour garantir FaisseUe. Ainsi muni du masque, du gilet et d'un gros mouchoir au cou, on n'a rien à craindre de l'adversaire, eût-il le jeu le plus dur, et fut-il un de ces tireurs à main basse et à bras raccourci , contre lesquels il est dangereux, mais néan«^ moins nécessaire de combattre pour devenir fort.

Dû CHOIX DES FLEURETS.

Pour commencer un élève, on choisira une lame plate ; celle d'assaut .est trop roide pour un commençant, et donne à la main une certaine dureté qu'il feut éviter.

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La lame plate est celle qn^il fiiut adopter pour les pensionnats , et en général dans les salles d'armes où se réunissent beaucoup de jeunes gens. La lame d^assaut, que nous appelons lame carrée ^ est dangereuse; neuve^ elle semble une tringle de fer, et il Êiut beaucoup de précaution pour la mettre en état de servir; autrement il en résulteroit des accidents.

La lame sera au moins de 3i pouces, et ne prendra son çerde que depuis la pointe jusqu'aux trois quarts de la longueur; quand elle ne ploie que du milieu, elle est mal feite. La bonne lame est forte du talon, et di« minue depuis cet endroit jusqu^à la pointe, alors die décrit par&itement son cercle. Celle qui ne ploie que du milieu a trop de fer à son foible; ce dé&ut la rend lourde , et la Ëdt fouetter ; il n'y a pas à s'y tromper, quand une lame n'est pas bien effilée , le cercle en est mauy.ais.

Une poignée de bonne longueur doit avoir 4 pouces 9 lignes. On évitera de les prendre rondes , elles tournent alors dans la main et obligent à serrer, cela fatigue et nuit à l'exécution; choisissez-la donc bien carrée; si les angles sont fortement pi;ononcés , vous la tiendrez avec facilité, sans .qu'il soit nécessaire de serrer, et les doigts auront alors tout leur jeu. Prenez-la aussi grosse du haut que du bas. Souvent les fourbisseurs font les poignées plus minces du bas, dans ce cas elles ne rem* plissent pas assez le petit doigt et l'annulaire, et on doit malgré soi serrer, et, je le répète, l'exécution en souffre. Ces détails qui paroissent vétilleux sont néanmoins utiles, et.c'est en s'en pénétrant bien qu'on par-

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ifiendra à acquérir ce bel ensemble qui &it la grâce et la force des armes.

IffOMINATION DES COUPS.

Tous les principes des arts sont pris dans la nature^ et sont le fruit de Tobservaticm. Il en est de même de Fart des armes. Le coup que tirent naturellement tous les hommes est celi^î de ffrime {vojrez planche II ). Deux individus qui n^ont reçu aucun principe tirent Fëpée dans un mouvement de colère ; ils tirent leur arme du fourreau la main tierce, Tun donne le coup, Pautre le pare dans la^ inéme position , ce qui est prime ^ premier coup dans Tordre de la nature. Dans la même position, le côté opposé, qui par son vide appelle la pointe, sera seconde où deuxième {voj, pi. III). Dans la même position, c^est-àdire, toujours les pointes basses, et la main tierce, le jour qui se trouvera au-dessus, et dans lequel on tirera, sera tierce ou troisihme {vojr, pi. IV )> dans laquelle la position de la main ne change pas, bien que la pointe soit haute; le jour en dedans appellera Fépée, et cette botte sera la quarte dans les armes ou la quatrième {voy. pi. V), qui se pare la main quarte.

Voilà à bien dire les coups naturels; c^est à Fart et à l'observation qu'on doit les autres , qui tous dérivent de ces premiers.

Si en parant quarte les ongles sont trop tournés en Fair, vous découvrez le dessous, et la pointe est hors de là ligne du corps« On i;ire alors la main tierce au-dessous

DE l'aAT des armes. jS

de la maio du parear en fiBiuchant, cela s'appelle quinte ou cinquième {vojr. pi. VI ). Ce coup, n^ayant point d^op* position y ne doit être tiré que dans le cas où la pointe du pareur se trouyeroit éloignée de la ligne du corps. Comme il est tiré en fiiacfaant, il se pare les ongles toat* à-fait tierce pour former un grand angk qui écarte la pointe du corps. Nous venons de dire quinte»

^ Lorsque le jour se trouve en dessus, c'est ce qu'ion appelle quarte sur les armes ou la sixte ( vojr. pi. VU ); elle se pare la main quarte, en opposant quarte à quarte» mais sans tac.

Supposons qu^on soit engagé en quarte en dedans, et qu'on tire au-dessous de la main, c'est la quarte basse (i/o/.pl.VIII), qui se pare au demi-cercle. CSe coup est le septième ; tirant quarte dans le jour du côté opposé à cette septième parade, on tire Voctave {vojr. pi. IX), coup humème, qui se pare la main quarte, les ongles entièrement tournés «n quarte, afin de bien former Fangle.

Ce sont là les coups d^arm^rfons toutes les positions où la main peut tirer ou parer; on ne sauroit en ajouter, encore moins en supprimer; qu'on les tire un peu plus haut ou un peu plus bas, ce seront toujours les mêmes.

Ces huit coups ont autant de parades et d'opposi-* tions. Les parades doubles coupent deux lignes*; le demicercle en coupe trois, même quatre. Les parades doubles se prennent dans l'incertitude , et par habitude on parvient à juger et à parer le simple. Dans Tassant, les coups étant très vites, on n'a pas le temps de prendre le contre, parade d'autant plus lente qu'il feiut foire passer la pointe devant le corps , où le pareur, d^apràs

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son coup-d^œil, prendra le simple, et cela sera toujours un des huit coups désignés ci-dessus ou une des huit parades.

Il est rare qu'on ne puisse parer un coup tiré de Titesse que par la parade du même nom , ou par l'opposition; c'est donc une raison pour ne supprimer aucun coup pi aucune parade.

Les maîtres ne doivent enseigner la nomination des coups qu'aux écoliers déjà en état. de les comprendre, c'est-à-dire, au bout de quelques mois de leçon.

QUALITÉS QUE DOIT AVOIR UN MAÎTRE d'aRMES.

Un mattre doit être doué de la plus grande douceur/ mettre beaucoup de clarté dans sa démonstration, et servir de modèle à son écoUer par sa r^ularité. Il em« ploiera tous ses moyens a gagner la confiance de ses élèves en leur rendant ses leçons agréables. Un jeune homme timide et craii^tif n'avanceroit pas , si le maître ne l'encourageoit. Que le démonstrateur évite donc rimpatience, l'emportement et la mauvaise humeur, pour ne pas &ire perdre la tète aux élèves. S'il en est un qui trouve de la difficulté dans un coup, il fout le distraire par quelque chose de plus simple, et ensuite le ramener par gradation à exécuter ce qui lui avoit paru trop compUqué au premier instant.

Le mattre sentira la nécessité de&ire travailler ses élèves lentement; celui qui veut avancer trop rapide*

ment un jeune homme, Thabitoe à tirer vite, mais sans justesse.

Il £aut démontrer aTec méthode, bien faire exécuter en détail tous les mouvements, tenir sur-tout à Félévatien de la main avant le départ du corps, chose aussi di£Scile à obtenir des écoliers que Taocord par&it de la main avec Teffet des jambes.

Dans les armes comme dans les autres arts, Texercice et Tobservation exacte des principes font réussir : Té* cuyer met son élève au pas pour le placer et lui &ire sentir le mouvement du cheval, de là au trot, ensuite au petit galop très raccourci; à la fin il le remet au pas pour le replacer, comme dans les armes on termine par le mur. Le musicien a soin en commençant un élève de lui ËEiire faire les notes lentement pour obtenir des sons justes, et lorsqu^il Papplique à des airs, sHl y a un passage difficile à faire exécuter, ce n^est qu^en le décomposant qu^il parvieui à le lui (aire comprendre.

Les danseurs de tbé^^ii^ travaillont sans cesse pour acquérir Faplomb et la liberté des mouvements, et c^est par un exercice continuel quHIs obtiennent la grâce et le moelleux qui les distinguent. Il en est de même dans les armes, un maître doit donc ramener continuellement relève aux premiers principes; il doit s^efForcer de vaincre en quelque sorte la nature; car il se trouve quelquefois des sujets mal conformés; il redoublera avec ceux-ci d'attention pour les placer en garde le mieux possible, sans trop les gêner; car il est essentiel que Félève soit toujours à son aise, et avec le temps et la persévérance ses membres s'assouplissent. J'ai vu

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plusieurs sujets étonner, au moment de Tassant , ceUx qui les avoieot tus commencer; mais ce n^est qu^aux soins constants du mattre qu^ils dévoient leurs avantages. Les commencements dans tous les arts sont ennuyeut et tristes ; le mattre doit donc s^attacher à égayer et encourager Téléve en variant à propos les leçons. Il écar-^ tera ainsi le dégoût inséparable des nombreuses répé* titions d^un même principe. Il est utile aussi qu^un mattre fréquente des artistes en tout genre; en aug" mentant par-là ses connoissances, il se convaincra de plus en plus que les arts reposent tous sur les mêmes principes, et qu^ils ont, si j^ose m^exprimer ainsi, un degré de parenté «ntre eux.

DES ËXSJIESSIONS Et TERMES PROt^RES A t^lRt

jii^oirde la main y cela veut dire tromper les paradei finement et avec adreséé.

Aifoir des doigt^y se dit du jeu que doivent avoir les doigts à mesure que la main s'enlève en déployant un coup, ou en se replaçant. On voit dans la démonstration que le fleuret doit jouer dans les doigts; lorsqu^on dit d'un tireur qu^il n'a pas de doigts , on entend qu'il serre trop le fleuret dai^s l'élévation de la main, la pointe perd ainsi la direction du corps. '

Asfoir des jambes y signifie être toujours prêt à paitîr étant bien ployé et sous soi| être stable et ferme sur It

DE L^ARt DES ARMES. I9

pied gauche qui ne doit pas bouger dans le développement ni dans la garde.

Avoir de la tête^ s^entend sans explication sans doute; mais dans les armes cette expression renferme autant la malice que le sang-firoid. Offrir peu de prise, profiter ties moindres avantages, avoir des desseins, et tromper pour les feire réussir, juger un jeu , et le combattre en conséquence, tout cela est avoir de la tête.

Main légère^ se dit d^une pointe toujours près du passage de Fépée, qui se sent à peine sur les engagements, et qui se dérobe à la moindre pression ou au moindre mouvement de Tadversaire.

Main dure , c^est la suite d^un mauvais principe : quand un tireur emploie la force, il est dénué d^agréments et de prestesse; les battements, les croisés dérangent promptement son fer, il n^ répond que par des mouvements convulsift,^etil ofire avantage sur lui par sa pesanteur.

Jeu dur; on en distingue deux : Tun est, comme on IV dit à Faiticle Main dure, une suite d^un mauvais principe; le second est un jeu de circonstance que Ton oppose aux mauvais tirenrs; il consiste en battements, croisés, pour ne jamais laisser Tépée devant soi avant d^attaquer.

Avoir de Tépaide^ t?e$t faire tous les mouvements avec cette partie dû t:orps : ces mouvements sont larges, faciles à juger, et par conséquent lents; c*est un des plus grands défeiuts.

Sauter^ se dit des personnes qui, dans le développet, levant le pied trop haut, au heu de raser le sol,

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décrivent un cercle et non une ligne droite; ils perdent du temps, dérangent leur corps, et ralentissent le déve* loppement.

Chasser les mouches^ s^entend des mouvements irréguliers, lorsqu'*au lieu de prendre des contre ou toute autre parade double, on pare à Faventure à droite et à gauche.

Tirer dans le for, est une faute commune aux commençants ; an lieu de tirer dans le jour que présente Fadversaire, ils tirent dans le côté où il est couvert, et par ce moyen se trouvent parés sans que le pareur en ait eu Fintention.

Avoir une grande mesure^ ou, ce qui revient au même, une grande étendue j c'est tirer de fort loin, dV près les moyens que la nature nous a donnés, et en y joignant les principes de Fart.

A\foir un beau développement j veut dire montrer de la grâce.

Avoir un bel apiomh yc^cst, après le développement, d'être ferme et immobile, de manière qu'il n'y ait point lieu à critiquer.

Tendre , c'est la ressource des tireurs foibles ; ne pouvant parer, ils tendent le bras dans tous les jours qu'ils aperçoivent, avec le dessein d'enferrer l'adv^ersaire; on les évite focilement en les faisant tendre par de faux temps; puis on dérange le fer, conmie on le voit à la fin des assauts.

Caver, ou tirer en cavant, c'est un grand dé&ut; c'est tirer sans opposition pour faire gagner la pointe au corps indépendamment de la parade. Le tireur court

risque de s'eqferrer lui-même, faute d^avoir opposé : chaque coup doit avoir Topposition du même coup.

Parer en tranchant lefer^ c^est parer avec les ongles tout-à-fait touniés en dessous , pour écarter le fer en fonnant un grand angle. Cette parade est bonne contre ceux qui tirent bas, dessous la main, sur-tout au mur à toucher; on Femploie en parant le coup de tierce et de quarte en dedans, maîtrisant ainsi le foible de Tadversaire sous |e fort.

Marcher^ ou gagner la mesure^ c'est porter en avant le pied droit, et le tedre suivre du gauche, en observant d^un pied à Uautre même distance que dans la garde.

Rompre y ou rompre la mesure y c'est reculer le pied gauche, et ramener «nsuite le droit; cela se fait sans s'écarter de la ligne.

Trop mifrehery trop serrer^ se dit du déftiut de certaines personnes qui, ne sachant pas tirer de leur place,* ni employer les moyeag de loqgAeuc àmtt ils sont susceptibles, sans remuer le pied gauche, approchent Fad^ versaire de très près; cette manière a des inconvénients graves.

Redoubkt, se dit de l'action de celui qui tnre plusieurs coups /de suite sans se relever; cek pèche contre la grâce et Fart des armes. ( Foyez aux articles dçs As*

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