‹ Traité de l'art des armes: à l'usage des professeurs et des amateursChapitre 6 sur 84 · SUR FEU LA BOËSSIÈRE · texte numérisé non relu

SUR FEU LA BOËSSIÈRE

JVf . La Boêssière naquit à Maran en Bas-Poitou | le ^3 juillet 17123. Il étoit assez bien fait ^ et de la taille de 5 pied 3 pouces^ brun, d'une figure fort agréable, Tœil vif et spirituel, très instruit et rempli de goût. 11 se plaisoit à sacrifier aux Muses: on a de lui une foule de jolis vers de société; il pu*blia en 1786 un poëme élégiaque sur la mort du prince de Brunswicb, petite pièce qui lui fit beaucoap--^attamieiîr ;. il composa aussi une comédie soûs le titre de CnSpuê uu^t wùhAuivU7\et un opéra intitulé : là Coquette à la camptigne; mais, par une suite, de son caractère insouciant et modeste, il négligea de mettre ces deux productions au théâtre.'

Ses parents Favoient destiné dès sa jeunesse à l'état ecclésiastique; mais l'amour de la liberté l'éloignant de toute contrainte, il vint à Paris, et prit du goût pour les armes. Ses talents lui acquirent bientôt uHe grande réputation. Il fut reçu en 1759 maître ed fait d'armes des académies du

roi. Sa réception fut trèâ brillante* Gomtnë ott connoissoit sa force et la finesse de son jeu 5 ou lui avoit opposé les trois inaltres qui avoienf alors le plu^ de rëplitation^ MM« Vaucoars^ Delasalle et Donadieu j ce dernier étoit le plus fort des troisi M« La Boëssière tira aye<:; lui ^ et fut reçu à la seconde botte touchée^ en exécution de Tarticle X des statuts de la compagnie^

On rechercha les leçons de Mi lia Ëoéssière , et bientôt il eut une salle btillantei Pénétré de son art^ il employa toutes les ressources de Fanalysa pour établir la théorie complète de cet art j il cal'^ cula les avantages dans les positions ^ afin de û%et des principes certains. Le détail des démonstra^* tions dans les leçons qui suivront fera connoitrd aux gens de Fart l'avantage et la supériorité de sa méthode^ ce qui en prcmve inccMitestablpw^at le mérite > c'est la repui«iiluu ac ses écoliers; car de son académie sont sortis les plus célèbres tireurs i on se souvient encore de MM. Pomart ^ Gauvin ^ gendarme de la garde ^ de La Madeleine^ gentil' homme polonois^ et de beaucoup d'autres qui étonnoient par leur fott^e et leur adresse. Mais l'élève qui a fait le plus d^holineur à M. La Boës^ sière est sans contredit l'inii^itable Saint^eorges^ Il est vrai que jamais la nature n'a doué un indi^ Vidu de plus de moyens physiques > ni de plue d'aptitude pour tous les exercices* Au surplus on

, • • • fc • V

• • • • <• •• te

trouvera ci-après uùe notice eur cet homme sur^

prenant.

On a beau avoir en partage les dispositions leë plus favorables^ ces dispositions n^ëclatent dans tout leur jour que lorsqu'elles sont dirigées par des principes lùrs; M. La Boëssière aeu la gloire d'avoir développé celles que M. de Saint-Oeorges ap* porioit. Cet illustre élève étoit si bien pénétré de celte vérité qu*il a toujours ftiît hommage h son talent^ et^ quoique l'envie ait tenté d'ftfFolblir cette reconnoissance j jamais M. de Saint-<3eorges n'a cédé au3t lâches insinuations dé la médiocrité ja«* louse. 11 fut toute sa vie Tatoî de mon père} ces deux hommes étoieot ^its pour s'estimer; M. de Saint-Georges se pîaisoit à répéter qu'il devoît ses grands succès aux excellents principes qu'il avoît

reijuSi ^^^"^ ^ -'

Bon par caractère > M. La Boëssière étoit étran«« ger à toute espèce de médisance et d'intrigue; mo« deste à l'excès^ il ne parloit jamais de lui^ et connut si peu la haine qu'il oublioit facilement l'offense. La bienfaisance étoit aussi une de ses Vertus» Plein d'ardeur pour obliger^ c'étoit le servir que de lui en offrir l'occasion t on l'a vu ac-^ cueillir et secourir des malheureux qui l'avoient ruiné par un procès injuste; ce trait rare^ sans doute> suffit pour faire connoitre la bonté de son cœur* I u.

SCiv NOTIQE SUR FEiU LA BOESSIÈRÈ.

Il vécut toujours avec la simplieité du sage^ aM mant la retraite^ 11 ne la quittoit que pour se li-' vrer à des délassements conformes à.ses.gQÛts.

Après Famour de son état^ la passion -qui do^ mina le plus M. La Boëssière fut celle de la chasse; excellent tireur, il trou voit dans cet amusenient un exercice salutaire. Sa société étoit extrêmement douce; et bien que par caractère il fût -porté à la mélancolie, sa conversation étoit aimable et gaie,* ses reparties promptes et heureuses, sur-tout dans un cercle de dames. Sa constitution étoit robuste; il a joui constamment d'une bonne santé jusque daps l'âge le plus avancé ; trois mois avant sa mort il dpnnoit encore des leçons ; il mourut avec la tranquillité d'un homme de bien , étant dans sa quatre-vingt-quatrième année, le i®^ mai 1807,. et il emporta au tombeau les regre*» ^« tous ceux qui l'avoient connu* * '

Page 1