‹ Traité de l'art des armes: à l'usage des professeurs et des amateursChapitre 68 sur 84 · EN FAIT LA BEAUTÉ · texte numérisé non relu

EN FAIT LA BEAUTÉ

Avant de mettre les ëlèves à Tassaut, le mattre a Tattention cle les prëvenir qu^ils doivent mettre de côté un amour-propre ou une ambitipn mal entendue ; s^ils ont Fun de ces défauts , Ils peuvent renoncer d'avance à Ta. vantage de devenir forts : ils seront tout au plus des ferrailleurs. Pour recueillir le frui^ de leur travail , il feut moins chercher à toucher que s'attacher à bien conserver les positions dont lés écoliers , même avancés , ne sont pas exempts de s'écartet.

D'après cet avertissement , ceux qui commencent à feire assaut doivent principalement s^assurer de la fermeté de leurs jambes, et déparer en ramassant le fer par des parades serrées et très petites , sans que la pointe s^é- ' carte d'une ligne delà direction du corps; ils doivent aussi rendre la riposte chaque fois qu'ails auront trouvé le fer 9 et sur-tout ne jamais parer deux fois de suite sans riposter, attention nécessaire pour empêcher Fadverslaire de redoubler.

En attaque on peut feire tout ce qui vient dans Tidée et tirer sur-tout beaucoup de coups droits et des dégage, mets de vitesse» Si les fleurets sont tranquilles , si Tad-

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versaire forme des liements, il ne faut pas tirer dedans sans ftiire une attaque au fer, parçeque, sans cette at- / tention et quelque vite que Ton soit, on est exposé à partir au moment du liement et à tomber dans le talon du fer adverse. De cette manière on voit une masette parer souvent un tireur très fort et très vite. 11 feut donc , ainsi qu^il vient d^ètre dit, £adre une attaque au fer, comme feux battements , menacés > titte feinte que Ton feit quelquefois même un peu large diaprés la conqoissance que Ton a de son adversaire. 11 feut aussi retenir le corps bien en arrière pour attendre la jonction de son fer , qui a lieu souvent avec force, accompagnée presque toujours d^un mouvement convulsif. Au moment de cette jonction, on développe un coup de vitesse du côté opposé à la prise du fer , coup qui ne peut réussir qu'à la suite et au moyen de la.ruse employée qui produit Tinterruption du liement par le point d'appui trop fort de Fadver^airç à rinstant de la prise du fer.

Pans Tétude de Tassant, il faut s'armer de beaucoup des^ng-froid, et ne pas s'emporter, comme quelques ignorants, qui s'imaginent qu'il n'y a qu'à tombersur l'ad. versaire pour le toucher.

La combinaison sert à examiner le jeu , les positions de son tireur, à voir ce qu'on peut opposer de mieux à tel ou tel coup qu'il se platt à répéter. Pçu importe d'être touché à celui qui a bonne envie d'apprendre pourvu qu'il finisse par parer les coups qui l'avoient d'abçrd emharassé: uuq difficulté surmontée. mène à en vamcre d'autres.

Quand le principe est bon, rien n'est impossible , et il

nV a pas de coup qui ne puisse être paré. Il n^y a eu qu^ùn Saint-Georges contre lequel Fart a été insuffisant ; mais comme il feisoit exception et que son second né se 7 ,^ présentera pas de long-temps , je suis fondé à soutenir / qu'il n'y a pas de coups qui ne puissent toucher quand ils sont tirées de la manière et au moment convenable , et alors tous sont bons , et tous sont mauvais d'après Fàpropos ouïe manque d'à-propôs.

II £aut dé la patience, du zèle et se mettre en tête que lès plus forts ont été battus long-temps avant d'en battre d'antres. C'est un tribut à payer dans presque tous lés arts.

Lé jpoint principal est d'avoir les mouvements réglés; s^ils sont convulsifs, la pointe s'écarte du corps , on perd du temps pour revenir au corps, et l'on ajuste mal. Il ne suffît pas de tromper le fei* pour toucher, il faut encore ajuster. J'ai vu des tireurs le tromper souvent et ajuster fort peu ; qu'arrivoit-il alors , ifs étoient touchés sans pouvoir se plaindre, et quoique l'adversaire n'eut pas paré \ le côtip passoit , celui-ci étoit autorisé à leur métti^e le bouton sur le corps. En général , dans tous les mouvements d'attaque , comme dans ceux des parades , là pointé doit toujours se montrer fixée au corps. Tout en étaiit pétulant , iFfàut avoir une vivacité réfléchie et ne jamais s'écarter du principe. Un tireur ferme sous lui , ' comme on l'a recommandé, sera toujours prêt à partir; sa niâln seule agira, et comme il qe fera aucun faux temps, iTaùra là facilité de saisir les jours qu'il obtiendra d'un tireur en désordre et qui se verra atteint avant qu'il lui fût possible de se développer.

DBB PRÉCAUTIONS QUE LES TIREURS DOIYENT PRENDRE AYANT OE FAIRE ASSAUT, ET DU GENRE D^EMPLAtEMENT . ET DE TERRAIN CONVENARLES.

Pour ftiire un bel assaut, il faut nécessairement avoir confiance dans son terrain. Celui qui convient le mieux pour une salle d^armes, c^est le salpêtre battu. A défaut , du premier, c^est le carreau sur lequel, quand il est humide, on jette de la cendre ou de la poix-résine mêlée de • blanc par parties égales ; mais ce mélange finit par porter , à la gorge et incommode beaucoup. Si on ne veut pas fbire les frai^ de mettre en salpêtre une salle carrelée , ou y supplée avec du plâtre que le ibaçon étend dessus . ayec une truelle , et la sandale alors tient parfaitement.

Avant Tassant , on doit se précautionner de blanc pour mettre dans le gant; car, quelque bien choisie que soit . la poignée du fleuret , elle devient lisse et tourne dans . la main et, si on est obligé de serrer le fleuret, une grande , partie de Texécution est manquée, 1^ main perd de soa ;. élévation , et la pointe s^écarte de la direction du corps , par la défaut de jeu dans les doigts.

La peau du gant doit être fine et 'moelleuse, si elle étoit épaisse ou dure, on ne sentiroit pas le fleuret. Le gant doit être étroit, long et juste à la main ; il s^élargit toujours assez. L^usage des sandales est de faciliter à tirer plus vigoureusement sans se Beiire de mal, le bruit qu'elles font anime dans Taction. Saint-Georges n'auroit pas tiré sans sandales: diaprés la vigueur qu'il mettoit . dans cet exercice, il se seroit fait beaucoup de mal en

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tirant ayec des iouliers. En gënëral , et comme tons lés bons artistes 9 il étoit très difficile dans le choix de tods

'les ustensiles dont il se servoit.

Dans nn assaut, deux bons tireurs doivent commèncer par se présenter avec grâce ; ils tirent ensuite le mur , et dans cet exercice , qui est le prélude de Tassaùt , its ont soin que le mouvement de la main précède toujours celui du corps. Leur main parvenue une fois au plus haut, ils développent à fond et tomJbent d^aplomb en (de- 'meurant sur les temps pour laisser voir la beauté du développement. Ils resteront aussi un temps dans la garde après là retraite, ensuite faisant le salut, ils en marqueront ensemble tous les temps. S^il y a une personne dé distinction à droite deTun des tireurs , celui-ci commencera contre Fordinaire par saluer en tierce , ensuite eh quarte , et retournant la main tierce pour repasser Fépéè devant lui , il remettra le chapedu. Le salut JGni, les tireurs se mettent en garde horâ de mesure pour éviter les surprises, ils la regagnent par de très petits pas. Une fois en mesure, de vrais tireurs ne doivent marcher ni rompre d^une demi -semelle, mais de leurs places faire franchement des attaques qui peuvent être précédées d^engagements et de quelques petites attaques au fer avec finesse, qui doivent finir par un coup tiré à fond. Ce coup parti, à peine est-il paré que la riposte est rendue de suite. Plusieurs coups bien attaqués et disputés se succèdent comme une balle de paume envoyée et' renvoyée par la raquette. Les forts tireurs se touclient peu. An surplus, le véritable intérêt d^un assaut est de voir dis-

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jputer les coups par tout Part pos3ibIe9 aussi les personnes d^une grande force n^en tirent-elles guère plus de trois ou quatre de suite : comme elles^nt usage de toute leur vigueur y elles ne pourroient la soutenir long-temps en Élisant succéder sans discontinuation des coups qui dégénéreroient dans leur quantité de vitesse et de résur laritë.

Les tireurs suspendent un moment et remettent le talon à la cheville gauche; c^est toujours à cette .positioqi quHls doivent prendre leur repos ; par ce moyen Taligne^ « ment est parfaitement conservé, et le pied gauche, à la fin d^un assaut, se trouve être à la même plate que celle qu^il occupoit au commencement. Sans cette attention» il y a toujours du désordrç.

Dans le temps où il se fisiisoit beaucoup d^assauts dap^ notre académie, j^ai vu la salle si remplie de spectateurs^ que |es deux assaillants n^avoient au juste que Fespac^ nécessaire pour 'tirer, aussi ils commençoieut et finis* soient leur assaut à la même place , sans avoir touché ou dérangé les personnes qui étoient derrière eux. Il suffît qu^un tireur soit régulier pour que Tautre le soit et ne remue pas.

De bons tireurs dissimulent toujours ce qu^ils veulent faire , loin d^indiquer , comme il y eu/a beaucoup , par des préparatifs quHls vont attaquer de telle ou telle ma^ nière. J^ai dit qu^il falloit toujours être prêta tirer; si Pon trouve la position trop fatigante , il faut alors sç reposer plus souvent ; mais dès qu'on voit un tireur sç préparer c'est le moment de le surprendre par une atta^

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-qae vigoturease, la réussite en est rarement incertaine, A-tâl Pair de vouloir f^àrer y on retient le corps trts en arrière , on £ut des engagements et on gdgne la mésare «par de très peim pas en s'asstiraiit bien du frir dans le cas où il TÎendroit à tirer; car on ne doit se dissimuler -qnè ces ^petites marcheis et ces engagements peuTènt Fex- «iter à partir et à tire>r dans lésîotti^ ; cVst pourquoi il Carat être sur ses gardes pour être en mesure de parer et derîposter, oiiméme depfrendre le temps, si on est assez beilreux pour le juger; miais s^il ne se décide pas, une -fois en ilnesuk^ on profite des circonstances en enlevant des cotips droits dans les jouira qui se présentent on dans ceux qu'on est parvetiu à se faire par quelques petits faux temps. Les grands tireurs se distinguent toujours par une belle simplicité , ne foht (tes coups que le long de laUamie ou de simples dégagements ; célk a toujours été recoilnu pour la belle manière.

Quand on tiré aVec un tireur qui enleTe bien le coup droit) il tie iaut pas laisser son fer tranquille; le tourmehter pBt des changements d'engagements, des lie* meuts de feV jît des battements, le tout exécuté finement, é'fest lé liïàyën d^évîter quelques coups droits.

Lorsque de deux bons tireurs, Fun a du désavantage, cela peut être lefFet d'un peu plus de nerf de Tadvere plus de malice; peut-être aussi celiii-ci a-t-il plus de régularité, et par-là plus d'occasions de tirer en feisant nboihs de temps perdus. Un maître doit ayoir toutes ces qualités"; ce jeu tient à Fart, et c'est celui qrfil doit enseigner et donner à se^ élèves, et non tin

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jeu qui dépende do physique et de la fen*e, qu^on appelle jeu de tempérament^ dont Tait Tient toujours à bout.

Vous trouvez des personnes qui, faute de connottre les arts, disent qu^il est impossible de tirer aussi régulièrement qu^on Fexige dans la leçon ; elles yont même jusqu^à soutenir que deux tireurs qui sont animés ne pensent plus aux principes; autant dire qu^un mncisien ne peut jouer à livre ouvert, ou qu^un éeuyerne sauroit venir à bout d^un cheval qui fiât une faute ; Fart ne donne-t-îl pas les moyeps de le corriger et de Tamener adroitement à son but. Tous les arts ont, il est vrai« leurs difficultés; mais par le travail on s'accoutume à les vaincre, et cette habitude devient une seconde nature. Dans Passant, il fiiut que le coup-d^œil commande à la main, et que de suite les jambes obéissent.. On se souvient encore de tous les forts tireqrs qui ont été feits dans notre académie; j^ai déjà cité M. de Saint-Georges le phénix des armes, et par cela inémehors de la ligne; mais parmi ceux qui, quoiqu'après lui, se sont distin-* gués par une très grande fo^e, on citera MM. Cauvin et Pomard, gendarmes de la garde du roi, et de La Magdeleine, gentilhomme polonois. Ces .messieurs combattoient un jeu quel qu^il fût, et dès la première fois comme s^ils eussent tiré dix fois avec les adver-^ saires.

M. de La Magdeleine sur-tout é toit un d^s pUis beaux pare^rs;il rendoitla riposite avec autant d^intelligen<:e que d'à-propos. Cn tîreùi^ qui s'avisoit de vouloir re^ doubler sur lui se feisoit casser deè fleurets sur le corps,

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«et se TOyoit oblige de se releyer pour ne pes courir le , risque de se &ire blesser. U De paroit jamais qu^une .fois; il étoit ud de ceux qu'on yoyoit avec plus de plaisir . tirer contre M. de Saint-Georges.

• Ces trois messieurs ëtoieot élèves du même maître y

M. de La Boëssière. J^aorois une trop longue liste à ^feire si je citois tous les ëcohers qui ont marqué dans notre école , sans y comprendre même les jolies forces courantes y dont les talents reconnus ont prouvé que le principe seul constamment pratiqué donne un avantage décidé dans Fexercice des armes.

Ceux qui douteroient de la possibilité de cette bdle exécution, de cette régularité , peuvent , pour savoir à jquoi s^en tenir, venir voir mes élèves; ils leur trouve^ ront de la grâce et un beau développement ; ils s^aper* cevront que leur pied gaucbe ne remue jamais , qu^ils se replacei|t d^ua seul temps et, sont toujours prêts à partir. A la vérité, je ne les garde pas assez long-t«aops pour qu^ils soient. encore d'une grande force; mais formés dans les bons principes, ils peuvent continuer avec Tespoir fondé de devenir forts. Beaucoup , m'ont fait bonnçur dans les régiments où on les a placés; l'on s'est bientôt aperçu qu'ils étoient élèves de la bonne école.

L'exercice de l'assaut mène à tout feire et à combattre tous les jeux; un tireur doué d'intelligence a la Ceicilité de varier le sien autant de fois qu'il se présente de nouveaux adversaires; car le mérite est.de.savoir opposer à ^el ou tel jeu celui qui lui convient; pour bien tirer, il ji^ faut jamais êtâre le même.

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Lorsqu^OQ 9e dispose à fiiire Vassaut un joar ouTautne avec UD tireur dont on ne connott pas le jeu , on a doin de prendre des informations sur sa manière de tirer; si Ton apprend que c^est un jeu mcmotone, d'habitude, et qui se répète, pour peu qu'on ait de talent un tel adirwsaire Qe peut être que battu; il n'en est pas de même et on n'aura pas si bon marché de celui qui n'a pas^de coup$ d'habitude, mais feit indistinctement tout, eelui-là est Téritablement un tireur.

Pour acquérir et conserver même une belle exécution, il faut être fidèle au plastron. M. de Saint-Georges a pris leçon tout le temps qu'il a tiré des armes ; de quelque force que l'on soit, si on néglige de plas^ tronner, le corps, la main, la pointe se dérangent, ht tireur sur-*tout qui n'est pas fini ne devient plus stip<^ portable s'il fait assaut sans continuer à prendre leçon* lïous n'avons cessé de répéter qu'il fialloit toujours en revenir au principe pour resserrer le jeu de la pointe, replacer le corps, et remettre de l'ensemble dans leç mouvements qui plus ou moins dégépèrent toujours dans l'action de l'assaut. Il feut joindre à cet exercice celui du mur, strictement tiré et bien décomposé,

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