‹ Traité de l'art des armes: à l'usage des professeurs et des amateursChapitre 70 sur 84 · DE LA GARDE ET DE CELLE RELATIVE AUX MAUVAIS JEUX · texte numérisé non relu

DE LA GARDE ET DE CELLE RELATIVE AUX MAUVAIS JEUX

Nous avons dit que la première garde étoit celle du plastron ; ellç doit être la plus belle puisqu'elle est celle du principe; elle donne aux tireurs la grâce, et leur apprend à tirer parti de tous leurs moyens de longueur et de vitesse. La position en est raisonnée et calculée, et met à même de prendre toutes les gardes possibles , parceque , d'après le plastron même, il n'y a pas de garde fixe dans l'assaut : la garde doit donc être relative à celle

D£ L^ÂRT DES ABMES. 21^7

de Fadversaire et yarier suivant le jeu des différents tireurs qu'il faut savoir combattre.

Si l'adversaire a ce^e belle garde qu'on appelle garde partagée, propre à défendre le dessus conune le dessous, on doit prendre son fer à la même hauteur. Il y a quelquefois des jeux si bizarres , qu'on est obligé pour les combattre de baisser sa garde et de ployer le corps au point que la poitrine se trouve à très peu de distance du genou. En général, les mauvais jeux tirent extrêmement bas : si vous preniez avec eux une garde plus haute que celle qu'ils présentent, leur fer vous échapperoit; régie générale, pour lesbeaux commepoiir les vilains jeux, il ne faut les combattre que par les mêmes positions. Les tireurs mal placés n'ont pas l'avantage de cette ressource, leur g^rde est toujours la même et ils n'ont pas les moyens de la varier à volonté. J'ai remarqué que les ti* reurs qui se sont Êiit l'habitude d'une garde raccourcie ne peuvent en prendre une étendue quand il le faut. Il en est de même pour ,se défaire de toutes les mauvaises positions auxquelles on s'accoutume.

Le talent d'un tireur f;st de savoir prendre le jeu convenable pour combattre celui qu'on lui oppose. Celui qui fait tout au plastron, qui attaque le fer en tous' sens, le ramassant et le rendant de même , ne trouvera rien qui puisse l'embarrasser. Il peut arriver pourtant que tel bon tireur manque de tête, mais il n'est plus alors qu'une belle machine, propre à tirer uniquement contre des jeux qu'il connott bien. Un foible écolier qu'il aura en tête pour la première fois l'embarrassera.

2!i8 THAITÉ

Dans une salle dWiues au surplus oo n'opposa jamais de semblables tireurs aux étrangers qui se présentent ; on choisit au contraire un tireur plein de confiance, malin et rusé.

Le maître ne sauroit donner Fintelligence ec le goût, ce sont des dons de la nature; Tart foit le reste« Dans les assauts on ne doit jamais se répéter, mais varier son jeu de manière à tromper son adversaire sur les intentions qu'on peut avoir; un tireur qui n'a que des coupa d'habitude auxquels il revient sans Qessa est à moitié battu par qui l'aura vu tirer ou seulement sera instruit de son jeu avant de tirer avec Iqi. >

Un élève d'une bonne force, et qui y est parvenu par un travail méthodique, ne doit pas choisir les jeux qui lui conviennent davantage, mais tirer indistinctement contre tous ceux qui se présentent. S'il rencontre un jeu difhcile, qu'il s'attache à le combattre jusqu'à ce qu'en s'y familiarisant, il finisse par n'avoir plus riea d'embarrassant pour lui. La première fois» et iorsqu'oa ne s'est exercé qu'avec de bons tireurs, ces s(»rtes 4d« jeux étonnent par leur irrégularité; vmis on o'est pas long-temps à s'y £siire, et bientôt; on eu vient à bout d'autant mieux que les difficultés qu'ils prédentent ne consistent qu'en des mouvexaents larges, des cioups répétés et des grandes marches^ qui pliAS ou moins doninent lieu à des jours^ et appellent le fr^nc dévoloppe^» ment. Daxis l'article consacré à la B^mève de coanbattre les mauvais jeux, ou peut vcôr que le tirenu* tiercé doit facilement sortir vainqueur de cette fattte^ Mais locs*qu'on y est parvenu, ces sortes de jeux n'ont plus rien

d^iiltëressantj attendu qu^ils n^offrent pas de OHjps brillants à iaire, mais d«s eottps bas et de raccroc, effets ioéyîtables d^aae garde basée; il Serait Traimenf dan* gereux d^en dé^tdopper d^enleiFés; car si Ton lîroît baut, Fadrer^re toucherait dessous. Oin ne fera pas mal , pour s'babîtoer au désordre et à rirrégularité de ces jeux , de faire tirer sur soi des personnes qui ne ^rent rien. C'est une précaution qu'il ne hM pas négliger; si Ton s'expoff>it à tirer sans aToîr fisiît cette étude préalable, atk pourroit se trouver bien embarrassé. Ha recommandacion fevi dire à ceux qui ne connotssent pas les armes qu'un homme «qui ne sait rien peut bien tirer, et inéflfte battre uiifbrt«ire«r; cela n'est pas tout^à-foit exact, le vrai est seulemetit que souvent l'ignorant étcHioe celui q«u est habitué à un jeu régulier. Au surplus, pour bien apprendre k tirer, on ne doit s'occuper des mauyais jeux quel(»«qiie l'on est arrivé à un fort degré, autresnent on ne fera jamais que ferrailler.

DES PRÉGAVTIOMS A I^ENDRE EN FAISAÏ^T ASSAUT AVEC UN TIREUR OONt O» NÉ CÔNNOÎT PAS LE JEU.

^ Après avoir tiré te mur et kk le salut , on met le talon à la chevillé du pied pour bien prendre l'aligneinent, en se tenant un peu loin; ensuite on se met en garde en )*6CuIdnt du pied gauche. Cette précaution a pour objet d'empé(Aer qu'un tireur de mauvaise foi , et bien sise de profiter de tout en voyant son adversaire se m«ttre en garde du pied droit, et en mesure, ne vienne à tirer, le pied à peine posé, et à toucher; c'est

a3o TRAITÉ

ce qui s^appelle tirer de surprise; mais ces tirears allé* guent pour raison que le fer étoit devant eux. Il est donc prudent 9 et sur-tout quand on ne connott pas ee«« lui avec qui Ton va tirer, de se mettre en garde tou^ jours hors de mesure; régie générale, il fiiut se placer de loin , et ajuster sa garde à la hauteur de celle de son adversaire en donnant très peu de fer. On tâche ensuite , et le plus légèrement possible, de croiser le fort dans son foible , et la pointe très près du talon ou du passage de Tépée, ayant la main droite demi-tierce; on place la gauche de manière à ce qu^^lle puisse venir à Fopposition , et pour cela le bras doit être ployé et la' main à la hauteur du milieu du corps. Dans le cas que Ton soit surpris et gagné par une grande marche de l^d^ versaire , cette position de la main gauche met à même de répondre à tout ce que le moment de crise semble exiger, comme cela va être expliqué. On a soin après de gagner la mesure par de très petits pas; d'abord pour ne pas s^exposer, et encore pour ne pas faire sauver Tadversaire. On Tamorce par des feux temps* qui sont des feintes faites finement près du talon du /er, en observant de retenir strictement le corps. Ces faux temps soiit pourvoir s^il se sauve, ou pour Fexcîter à tirer ; s'il est du nombre de ceux qui se plaisent à' tirer sur les mouvements, il donnera dans le piège; le tireur qui aura employé cette ruse prendra la parade dans laquelle il a le plus de confiance, le contre de quarte , par exemple, et il ripostera du tac au tac; mais' si cet adversaire résiste après la parade , comme il charge l'épée et que sa pointe n'a point d'écart^ ilfaut

. DE L^ART DES ABMES. 23l

dand ce cas lui tirer flanconade. S^il a traîné le pied gauche, il en résulte qu^au moment où il charge le fer, ou.qu^il veut remettre Tépée au corps sans se releyer, il se trouve un peu trop près, alors on oppose la main gauche en rendant la riposte qui le fiiit relever. Si sa pointe se trouve haute, on oppose la main gauche, le bout des doigts en Tair» à la hauteur de son fer; si au contraire le coup est bas, le bout des doigts sera incliné vers fa terre. On pare encore les tireurs qui dégagent dessous la main en les arrêtant en octave, de rengagement de quarte sur les armes pour tirer quarte basse en dedans.

S'il ne tait pas des mouvements trop larges, on peut lui lier le fer en quarte sur les armes, et tirer le long de la lame avec opposition, ce qui peut, comme je Tai déjà fait sentir, se trouver un coup d'arrêt, ou de temps.

Mais si ce tireur inconnu fait an contraire des mouvements larges, il iaut avoir recours au demi-cercle , riposter quarte ou lier le fer en quarte sur les armes , enlever, la main et développer. Si après la parade du demi-cercle on se trouvoit serré au point de ne pouvoir riposter fecilement en soutenant toujours la main au plus haut, on la feroit pivoter en tierce. Par ce moyen on est en prime; dans cette position, quelque serré que Ton soit , la pointe se trouvera toujours au corps du serreur, et plus la main sera haute, plus le coup deviendra sur. D'un autre côté, il ne faut pas négliger les opposition^ de main gauche contre ceux que nous appelons tireurs de jeux difficiles; ils profitent de

233 TllAtTÉ

tout, remettent VUpée au corps après av^ir été paré, sans s'ob^igéf à parer la riposte. Une excellente nianrère de les combattre, c^est de les tëtiir de très loin e^ qnarte en dedans, la garde md pea écrasée, un peu plus feûdù qne de coilturiie, avei: le corps mcltné eh vivant potii* être pins à même de j*àiiiàsser les coups tirés bas. On forme à cet effet des contres extrêmement petits et «vites sans écarter la pointe de là direction du corps, en ramenadt tout au mêihe poitit. J'observe qti'il est plus sArde ramener les inattrais jeux en quarte 0n dedans , p^r la raison que la main gaqche yiënt alors au secours pour empêcher les remises.

Cette manœutre est sétère et la setlle k employer contre ceiix ijtii teulent toujours i^meitre Tëpée au corps ou redoiJ|bler; ils risquent avec celui qui entend bien ce jeu-là , stiMdut s'il est vif et vigblireiix, de se faire briser des fleurets sur ïe corps; ils sont mênie exposés à $e fiiire blesser par la garde lorsqu'ils se sont trop avancés, '

Utie autre tactique qui n'est pas moins dangereuse polir le serreur où le rédoùbleUr est la suivante; elle leur àbyme là main, s'ils mettent trop dé di^relé et op-p posent uriè i*ésistiE^hce niai etitendue^ ^

A|)rès uiie paradé du contre, n'importe laquelle, si cefe tireurs résistfeht, oii leur feit un balten^ent ou un

croisé et un battemiefnl; il est impossible (Qu'ils continuent de FéSïster avec succès, leur tnairi est téllteniéht froissée qd^elle devient incapable de la moindre chose, et <|u'on se donne lé plaisir de les battre comme Aes en-

DE l'art des armes. 233

A&tè. Ces bâUements sont eoéore la ressource àes petit» h^mmei contre leè grAnd^i

Si ces tirrârs tirent très bas, il feut alors lenr oppo** sisr une garde encore plus basse ^e leurs cotlps, et on leur ferme ainsi Tendroit où ils peuvent toucher en les appelant en dessus^ où ils ne sauroietit arriver, n^ayanf pas Tart d'enlever la main ni assez haut, ni assez tite.

Il se peut qu^un tireur médiocre, après savoir donné plusieurs fois dans de feux temps, n'y réponde plus; il ftiut alors que le trai tireur fasse usage contre lui de sa longueur et de sa viteisse, qu'il développe dans lé jour un coup tiré jusqu'aux dents. Ensuite on revient aiix fisiux temps ^ pour ôter à l'adversaire l'envie de repartir. On a aussi recours aux menacés pour faire tendre lé fer^ et le battre de suite. 11 arrive quelquefois qu^un tireur bien battu court en désespéré ; on emploie alors contre lui tous les moyens deis coups d'àri'ét et dés coups de temps , et ^ur les mouvements larges qù*i1 (ait en marchant on fait un menacé, accôtnpagtaé de Tàppel et du cri, le tout avec violence; il est rare que cela fie produise pas Utt étbânèmént chez l^dvèrsaire qui le fasse répondre au fer; c'est un mouvement assez naturel à la suitie du menacé dont on profite pour tirer de vitesse dans le jour qui se présente. En rejoignant le fer, on le bat. En général, pour attaquer ces sortes de tireurs quand on parvient à les joindre, il ne faut jamais laisser leur pointe devant soi, mais toujours la détanger avant dé tirer, afin d'éviter le tîoup pour coup ; {tontes choses dont l'enëemble et l'e^iéécution ne laissent

a34 TRAITÉ

pas que de présenter de grandes difficultés. On edt trop heureux au surplus de Tenir à bout de pareils jeux , qui ne fournissent point par leur irrégularité Toccasion de développer de beaux coups.

Si Fadversaire pare mal en retirant le corps, mais ne recule pas, sa hanche reste en mesure, et, comme il ne peut que revenir lentement à la parade, après que son fer a été croisé et écarté vigoureusement , on a le temps de développer sur lui un coup de longueur et de vitesse. À cet effet, on jette la main en avant et la pointe à la hanche, en baissant le haut du corps; ce qui donne dix - huit pouces de plus d^extension. On se relève promptement, et dans la retraite on prend le demi -cercle, et on lie le fer en quarte sur les armes, et si Tadversaire ose marcher pour riposter, il est surpris par un coup d^arrêt ou de temps; tous ces coups qu^on ne pourroit tirer avec un fleuret court sont autant de preuves de Tavantage et de Futilité du fleuret long, qui vous dispense de vous exposer en marchant. Pour plus grande sûreté on donne très peu de fer, et que ce qu'ail en faut pour obliger Fadversaire à serrer, en joignant au menacé qu'on lui Sait le cri et Fappel tout à-la^fois pour Fébranler. Il feut nécessairement appuyer pour le forcer à répondre; ensuite on dégage , on fait la feinte une , deux, tirée de vitesse,' en tournant beaucoup la main qui doit pivoter et être soutenue au plus haut. Sur le me;iacé, la pointe doit toujours se montrer fixée au corps de Fadversaire; on a bien soin de retenir le sien, pour être en mesure et sur ses gardes contre une mazette qui viendroit k

DE l'art des armes. 235

tirer sur le mouvement du menacé; c'est pourquoi plus un tireur est mauvais, et plus il faut le &ire appuyer sur le fer quand on veut l'attaquer, afin qu'il ne tire pas en même temps. Un homme adroit sait éviter les accidents en ne donnant point de fer. Il a la main et la pointe voltigeantes, et après un menacé quarte sur les armes , accompagné de l'appel et du cri , il tombe seconde. . Ce coup excellent contre presque tous les ti» reurs réussit encore mieux contre un adversaire qui n^est pas fort. Je crois, assez me feire entendre par les expressions de main et de pointe voltigeantes; j'ai dit aussi que la grande habitude et le jugement dispensoient de suivre le fer, sur-tout quand on savoit déployer un jeu de longueur, au moyen duquel on est à même déjuger la distance de l'adversaire. Mais le coupd'œil, un maitre ne peut donner ces qualités à l'écolier; c'est le fruit du temjps , du travail et de la réflexion.

La garde la plus redoutable à opposer aux tireurs ordinaires, est celle qui ne présente pas de fer, parceque n'ayant communément ni main ni jambes, et ne trouvant point d'appui sur le fer, ils ne peuvent plus rien feire. Le bon tireur seul est habile à tirer de loin et vite, lui seul peut attaquer une garde si imposante. Celui qui sait tenir hors de mesure avec un fleuret long, qui défend I bien son terrain , qui juge bien et combat un adversaire digne de lui, n'a rien à redouter des tireurs dont nous parlons. Avant d'arriver à son corps ils ont trois grands dangers à courir : le coup de tenips, le coup d'arrêt, la parade et riposte. Leur pied sera à peine à terre , qu'ils 0uro))t reçu , et franchement développé, un de ces trais

l36 TRAITÉ

coupé. Tel est TavânUge du tireur prompt et exercé qui donne peu de fer, et dont la pointe ne cessé de voltiger^ U fera même à dessein des feintes un peu larges ; si Tad-^ versaire ne tire pas dessus, mais au contraire s'oblige à parer, au moyen de ce qu^il ne Tiendra à la parade que par des mouTements convulsifs ; le tireur malin, ayanf ébranlé cet adversaire , laissera sa pointe immobile fixée au corps et retenant le sien^ la main liante et légère, et demi-tierce pour attendre la jonction de son fer, qui se fait toujours avec force après un ébranlement. U passera aussitôt un coup de I^èreté du côte opposé à là prise du fer. Ces sortes de temps se font sur tous les ti-* rçurs, et on s^en sert aussi pour interrompredes centres Ou des liements de fer^ Comme nous ne saurions trop H répéter, si Ton tiroit un dégagement sur un liement, quelque vite que Ton fut , on pourroit ètte paré pàt un tireur médiocre, par la raison que le liemeàt auroit pu précéder Tinstant du départ du coup; il fa%it donc avant de le tirer iaire un temps qui force l'adversaire à s'ap-^ puyer sur le fer, tels que iwcnacé vigoureux, fauxbatte^ m^Dt^ enfin iln temps quelconque. Quand les épées sont tranquilles , on peut se dispenser de marquer ces temps et tirer des coo^ droits , ôû si Tadversaîre, est èouvért j faire dans ce œs dê^ dégagements de vitesse. S^il a la main basse, et qu^on soit en mesure, on jette son fo^t dans le foible jus^u^au bouton, en faisant un menacé accompa^ gné de Fappel et du cri. Le menacé, plus particulièrement , exige une grande i^traite du corps en arrière, et il est rare quand le tout est bien fait que celui contre Jequel on emploie les menacés ne seire pas de la

DE L^ABT DES AfiMES. 23^

pointe, et ne vous donne ainsi la fecUité de lui jet^ des coupés coraœe des balles, et avec d'antant moins de Ranger, que son foible est tenu. On sait toutes les fois qu^il y a moins de chemin à faire en passant sur la pointe, qu'en dégageant dessous, on doit toujours tirer le coupé. JW iiste sur ces coups, qu'on a constamment démontrés ^ans notre académie , parcequ'ils sont excellents à employa fréquemment ooptre des adyersaires lents à la parade. ^totrGeorges en a donné Texeraple.

Ils sont encore un moyen sûr contre les jeux dangereux, et contre ceux qui cherchât à faire le coup pour CQ0p* Commencez donc toujours par une attaque au fer ; UTiant de tirer, feites un menacé ou un faux temps pour q«ie Tadversaiee prenne un point d'appui et ne puisse pas urer;. comme nous l'avons souvent dit, on ne peut faire deux dioses à4a-Cois, et dès qu'il appuie, il pe tirera pas. Développez au moment de sa jonction sans cnsbindre qu'il en fasse autant : s'il se sauve , vous sierez ipjbli^ de Taitendre. J'ai déjà rettiarqué qu'il n'y avoit pusdemison pour toucher celui qui s'enfuit, tirer sur kii<;'est s'épuiser et tirer en pure perte.

Cepeadant il est un moyen ^e gagner 6 pouces sur celui qui s'est mis et se croit hors de portée. On tient l'épee devant soi, la garde bien liante, prêt à parer ou à tirer; on frappe plusieurs fois du pied, en le portant en avant par de tcès pepts pas , on s'assure de la fermeté de ses jambes , et on lient le fer légèrement dans rengagement où il se rencontre pour être prêt à tout ; ensuite on feit un fort appel avec le cri pour occuper l'adversaire etJ'empêbher de s'apercevoir de la ruse. Daiis le temps

et au moment de Fappel , on a soin de plier beaucoup 80U8 soi, et de rapprocher le pied gauche du droit à distance convenable pour pouvoir tirer vite : en s^ prenant ainsi >, on a avancé au moins de 6 pouces , ce qui est un avantage considérable. Ce mouvement est difficile , il demande une étude particulière. On recommande de ployer extrêmement au moment de Fappel, afin d^éviter en rapprochant le pied gauche , le moindre mouvement de corps qui puisse faire connoître que Ton gagne la mesure.

Voici un autre coup à employer contre les mauvais jeux : on fiait un menacé quarte en dedans, si l'adversaire répond avec la pointe hors de la ligne du corps , on lui tire quarte basse, et Ton se relevé vite à Fépée de tierce pour ne pas £aiire passer la pointe adverse devant le corps. Quoique ce coup soit reconnu dans les armes , cependant, comme il n^est ni beau ni brillant, rarement on s^en sert dans un assaut; les bons tireurs ne remploient qu'en riposte contre un tireur lent dans sa retraite et qui soutient sa main très haut , il n'y a même que cette riposte qui se rend du tac au tac ; de même qu'après la parade de tierce on ne peut riposter que seconde , si celui qui est paré se relève lentement.

Un tireur qui se relève en quarte en dedans , les ona gles en Tair , serrant ou écartant la main , et sa pointe s^éloignant de la ligne du corps , oq peut tirer le coup de quinte et revenir promptement à l'épée de tierce.

Voici un autre coup bien traître , bien dangereux , et qui n'est pas fecile à parer parcequ'il surprend. On tire quarte en dedans à demi , en chargeant le fer, en

DE l'art des armes. ^Sq

^yant Vattention de bien retenir le corps ; si Fadversaire résiste et répond au fer , on achève le coup en toumuit la main tierce. La seule parade est celle de quinte , et la riposte en quarte qui suit cette parade est datant plus tef rible et plus prompte > que les ongles tournés en dessous et en quinte , donnent un jeu et une élasticité infinis à la main. Cette riposte est difficile à parer autrement qu^en prime.

On ne montre aux élèves ces sortes de coups que fort tard , et lorsqu'ils en sont au point de ne pouvoir gâter leur jeu; si on les leur enseigne trop tôt, ainsi que les croisés et les battements , comme en général les jeunes gens aiment à ferrailler , ils en font leur seule occupation , leur main devient dure et ne fait plus que des mouvements larges.

Certains tireurs , après la parade de quarte , ont la lonauvaise habitude de riposter en dedans la main tierce. On convient qu'ils peuvent toucher un adversaire qui s'oblige à parer quarte, mais leur manière n'en est pas moins mauvaise et contre le principe , puisqu'elle ne présente pas d'opposition , et que si celui contre lequel ils ripostent la main tierce ne s'oblige pas à la parade , il y aura décidément coup pour coup. Le seul moyen contre une telle riposte est de prendre la parde de seconde à une bonne hauteur : je recommande une bonne hauteur pour éviter que la pointe adverse ne passe sur . la main.

La parade de seconde est celle aussi qu'il faut prendre contre ceux qui redoublent en dedans la main tournée , en perdant la ligne, ce qui a lieu au moyen d'une espè;*

a40 TRAITÉ

ce àe Fplta 4h pied gauche , à la suite de laquelle ils font fywsk»r leur poiute. Contre ces mauvais tireurs , les parpde9 du dedans écartent dij&ilenient leur pointe; celle 4e seconde, étant un denu-cercie en dehors, convient mwnx ; on ne sauroît^donc trçp s^habituer à Ja doubler contre le^ jeux difficiles.

Jjk tenue ordinaire des gens qui ne savent pas tirer est celle de la main tierce et basse. Ils cirent à bras rac* c)Qurci et en feuchant. Les parades du dedans sont incertaines contre cejtte. espèce de jeu; la parade de seconde ^t )a meilleure opposition è tout ooup tiré .en ftii^cjiant ; die pnésente Tavantage de ne pas faire pas* «e.r la poilMe adverse devant le covç», mais de la tenir toujours en d9hol*s ; une telle pointe d'ailleurs se ti^uve rarement au corps, parceque la main étant tierceet bas* $e, jie ÛDeur jpeut difticilement ajuster son coup, et le ^ire arriver au coi^s; c!est par cette position que sa .pointe est ^ujours tnès loin : la preuve est qu'un tireur ^^i ripoftte seconde et laisse tomber sa main dansl^ction de Fassaut, n'a juste pas , mais s'éloigne du corps enfau-

fjat parade de seconde , excellente contre ious ces jQ^uvais jfiux à main basse ne seroit pas sans ilanger si ■on s'en searvoit indiscrètement contre un fort «tireur .qui saunoît à propos .ticer sur les armes. On sent bien qu'avec ,un tri adversaire elle ne peut'étr^ que mau«vaise, puisqu'elle découvre entièrement le dessus; ce .qui n'a pas d'inconvénient avides tireurs à main basse ^ qui xr'ont ni Tarit m la manière >d'enlever un coup à propos. G'^t au<ireuryConsojpmé.à jv^ger des moyens

qu'il doit pr^f^rabl^nent employer contre tel ou tel adversaire. - •<.

Les armes, qomme tous les autres arts, out leurs liceuces, et les forts seuls peuvent se les permettre; par cette raison, elles n'entreront pas -dans le plan de notre déinoDstration. Nous aimons mieux n'en pas parler que d'ei^oser les écoliers à abuser de ce que nous pourrions dire, sinon pour autoriser ces licences, du moins pour les tolérer. Les élèves ne doivent se/ pénétrer que de cette vérité, c'est que l'art vient à bout de vaincre tous les jeux de routine et irréguliers, jeux basés sur un feux principe; il n'y en a qu'un de véritable, et c'est celui qu'il faut cônstamnient suivre.

On a vu autrefois un tireur très fort^ dont le jeu étoit fondé sur beaucoup d'habitude. Grand, bel homme , il étoit vif et vigoureux, mais coureur.' Il avoit rhàbitude d^iin battement en quarte en dedans qu^il ËEiisoit paHaitement; malheureusement il y joignoit. uiié grande faute , le battement feit , il se trouvoit corps à corps avec son adversaire ; au moyen de son extrême vitesse, le coup touchoit et étoit même très dif&cile ^ parer. Je tirois souvent avec lui ; comme je n^étois pas aussi vite qu'il auroit fallu Fétre, il ne la'étoit pas possible sur sa marche de passer ma pointe' sur les armes : cependant la fréquente répétition dé son coup fit trouver cet unique moyen de le parer ;; je lattendois engagé en quarte en dedans, avec une garde étendue et liawte, et une main l^gèk^ë. Dan^ cette position, je le tenoiS'de Ibin, et àpeitie faisoit-il un mouvement pour battre mon fer en marchant, que,

a4a TAAiTÉ

laissant tomber ma pointe eu dedans, je prenois prime extrêmement haute, et par ce moyen il se tronvoit touché avant qqe son pied fût à terre.

La première fois que Saint-Georges , qui ne se tronvoit point alors en exercice , tir^ avec lui , il 1 arrêta sept fois de suite sur son battement et sa marche, en dérobant adroitement s& pointé sur le battement; il dé* veloppoit un coup superbe de quarte sur les armes , qui n^étoit qu^un coup d^arrét, puisque le battement avpit lieu dans la marche; Tadvérsaire qui sèrroit trop, au Heu de pouvoir dév^c^per, se trouvott sutpris , au point de baiser la garde du fleuret.

Contre des tireurs ordinaires, il lui arrivott même fréquemment de manquer le corps, parcequ^ayant marché, il s^en trouvoit trop près et se faisoit toudier. Il eut une afEaure malheureuse où, se trouvant avoir man*^ que son coup jetant corps à corps , il fut victime du jeu et du faux principe qu^il s^étoit fait. Cet événement à fait dire qu'un fort tireur peut être tué par un foible; cela prouve seulement qu!e souvent un coup qui touche est Ëuix dans son principe, et que toutefs les fois qu^on a tiré il &nt, soit qu'on touche, soit qu'on né touche pas, se relever prompteme'nt pour éviter le danger, et c'est ce que ne faisoit pas le tireur dont nous parlons.

Des hommes ont été tués de coups d'épée dans Iq dos, sans témoins, et des maîtres d'sirmes appelés pour juger le coup n'ont pas osé «prononcer, parceqù'iis sayoieat que beaucoup de tireurs ont la mauvaise habitude de courir et de iesler sur le coup, et que, s'aper-

DE L^AàT DES ARMES. ^43

Tarn trop lard du daoger, ptr nû tnoUTémeàt natarel dtosla peur^ il» tooraent le dos, ^u ils reçoirënt Ih ri^ poste du tac au tac qa%>n n^a pie été raattre d'aiTèter; -c^est ce qui arrivé éouvent dans liss assauts , et prouve doublement le danger que lV>'n court à s'éloigner des principes.

On éprouve de f ratides contrariétés pour combattre les jeux d^babitade ou , de tempék^ttient qui tiennent plus k la force qu^à Fart, et présentent souvent de Tutti h Paittrè beaucoup de diffiérence. AVec ces jeux qui I^t^ tent des tireurs q[^i en battetit d'autres , ces dernière ont à leur tour Farau^age sur les preâiîers battants, et souvent battus par tes tireurs les plus (bibles. Ces dif** férences tiennent à la mauvaise routine qu'on s'est feite» et confirment les remarques que j'ai été à même de faire . que le plus fort, souvent pécbe contre les principes ^ et par cet écart donne prise sur lui.

J'ai indiqué avec détail les précautions et la p^délifiont à prendre ) les tnoydiis à employer pour combattre un tnau vais jeu; mais ai Ton s'aperçoit que l'adversaire què l'oB a en tête est ua tirets iqui a la belle manière , ou se ropiftce uvèc la grâce qu'exige «m bel assat^> en tft«* chèot, autant -qu'il éetipo8sibde,xlé toucher ta preiftiière botte. À cet effet 9 quand cm «'est assuré que te tireur resté eu place^ on lui Êiit un batteneut ou'tun croisé vi^^ 9ou^elilt |>oub avoir l'jiotiueur de cette preinière botte; fart et J'îu^elli^noe giââffivt peur le reate»

Geeent là iea précautiom qm j'ui cru devoir r^citu*^ ttiauder ^ur >Us àiéaus») et c'est *éu ne te^ ^Q^Q^nt

!i44 TBAITÉ.

pas qu^un tireur peut aller loin, parceque Part ù'à p^fd de bornes ; cent adversaires différents offriront en effet cent manières diflÇérentes de tirer.

Pénétre des difficultés de mon état, que j^exerce depuis que j^ai eu la fidrce de tenir un fleuret, peut-être me suis-je répété souvent; en réclamant Tindulgence du lecteur à cet égard, je dois le prévenir que je m'y suis cru obligé, ayant remarqué dans le cours de moii long enseignement que, malgré les plus. grands soins, les écoliers tombent sans cesse en faute; ce qui prouve que dans les armes, de même que dans les autres arts, on ne peut sortir de la médiocrité qu'à Taide d'une démonstration aussi sévère que suivie.

Page 1