‹ Traité de l'art des armes: à l'usage des professeurs et des amateursChapitre 8 sur 84 · XVJ NOTICE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XVJ NOTICE HISTORIQUE

progrès avoient été si rapides qu'il battoit les plus forts tireurs. Â dix-sept ans il avoit acquis la plus grande vitesse. Avec le temps il joignit encore à sa prompte exécution des connoissances qui achevèrent de le rendre inimitable.

Dans les autres arts il reste des monuments de l'habileté de ceux qiii s'y sont distingués: les tableaux survivent au peintre^ les marbres au statuaire^' l'œuvre de musique et de poésie au musicien et au poôtej il n'en est pas ainsi des exercices du corps : la danse , les armes , l'équitation ne laissent point de traces de l'exécution paifaite de ceux qui s'y sont distingués. Les contemporains seuls, témoins de ces prodiges, ep gardent le souvenir. Beaucoup de personnes qui ont vu Saint- Georges existent encore, et peuvent attester que tout ce qu'on ci (croit de cet homme merveilleux seroit au-dessous de ce qui les a étonnés.

Moi qui l'ai vu de prèà, moi qui ne l'ai jamais quitté, j'avoue que je suis encore dans l'admiration des assauts qu'il a faits, et qui tous étoient plus surprenants les uns que lés autres.

Saint-Gcôrges étoit parvenu à la taille de 5 pieds 6 pouces, très bien fait, doué d'une force de corps prodigieuse, et d'une vigueur extraordinaircj vif, souple, mince, élancé, il étonnoit par son agilité. Jamais personne dans la leçon n a dc-^ ployé plus de grâce, plus de régularité.. Il avoit

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un développement superbe ; sa main soutenue au plus haut Je rendoit toujours maître du foible de son adversaire ; son pied gauche solidement établi ne varioit jamais^ et sa jambe droite restoit constamment perpendiculaire; cette réunion de moyens lui procuroit ce bel aplomb qui le facilitoit à se relever d'un seul temps et à repartir aus* sitôt avec la vitesse de l'éclair.

On l'admiroit particulièrement dans sa manière de tirer le mur à toucher; il étoit si sûr de ses moyens qu'il touchoit indistinctement des deux cotés et franchement^ observant les principes démontrés au chapitre du mur à toucher. Sa quarte sur les armes étoit sur-teut étonnante. Il surprenoit davantage lorsque l'épée engagée en dedans, il étoh à bonne portée et en garde 4'ASsaut. Il recommandoit de ne fka^^'ébi^nleiv^ forisant un Sé^ voir de ne pas tricher^ c'est-à-dire de ne point faire de faux mouvements avant de partir» Si par hasard il eût fait le moindre temps, le coup ne coinptoit pas ^gagé en dedans, dis-je; il passoit le coup de quarte sur les armes si promptement, tôucboit et repassoit son fleuret dans sa main gauche avec tant de vivacité que le pareur n'avoit pas eu le temps de rencontrer le fer pour la parade. Une telle prestesse doit parottre incroyable à qui ne l'a pas vue.

Qu'on s'imagine ce que peut un tireur avec une

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vitesse pareille ! qui tire à botte nommée y d'une portée folle! qui tient toujours hors de mesure^ avec une garde des plus imposantes! Vouloit-on prendre son fer, on ne trouvoit rien; sa pointe avoit une telle légèreté qu'on ne pouvoit la sentir;, si malheureusement on vouloit s'emporter on étoit pria d'un coup d^arrêt avant que le pied eût touché à terre; enfin on n'osoit rien tenter : les coups droits, les dégagements se succédoient et accabl oient.

Ménageant bien sa vitesse, il ne l'employoit qu'à coup sûr. Contre un adversaire qui lioit bien la parade, il ne tiroit qu'après avoir fait un temps, afin de passer tin coup de légèreté au moment où l'on joindroit le fer. On sait qu'en tirant sur un liement, quelque prompt qu'on soit,. on peut tirèf trop tard, et être paré; en conséquence il fout tâcher de faire serrer le fer, et interrompre le liement par un temps quelconque; c'est ce que Saint- Georges exécu toit avec une grande précision. Il étoit impossible de lui faire dés coups pour.coups,. quelque déterminé qu'on fût. Il avoit l'esprit présent à tout, et ne tiroit jamais sans être assuré du fer. S'il s'apercevoit qu'on lui opposât un mauvais jeu, le fer étoit dérangé par des croir ses et des battements si vigoureux et si élastiques que les bras en étoient brisés; qu'on juge des développements hardis qui s'ensuîvoient, ainsi

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que des coups de temps et d'arrêt qui se succédoient comme des coups de foudre.

Il sauvôit aux plus forts le coup d'arrêt et le coup de temps, et l'attaque^ ne se réservant que la parade et la riposte, et aucun ne pouvoit le touclier. Dans cet exercice où il déployoit toute la grâce et les moyens que lui avoit accordés la nature, il surprenoit les spectateurs. En tirant avec ses amis , il avoit une complaisance, dont cependant il ne falloit pas se prévaloir ; car s'il s^en a^ercevoit il prenoit sa revanche avec intérêt j il ne sufiSsoit pas de le voir tirer pour juger son talent, il falloit être assez avancé dans les armes pour tirer avec lui , c'est alors que l'on reconnoissoit toute sa supériorité.

G^ te supériorité, il l'a conservée jusqu'à quarante ans, âge atrepi ^l W f >n t ]f> malL é^tii Je sB casser le tendon d'achille du pied gauche en dansant, det accident influa beaucoup sur sa vitesse; ne pouvant plus ployer le jarret, il avoit moins de réaction dans la partie gauche; malgré ce désavantage , il coi^servoit encore une grande supériorité sur tous les tireurs; sa main étoit toujours la même; il Tavoit si légère et la soutenoit à une si belle hauteur qu'il n'a jamais blessé personne dans le temps où les masques n'étoient point en usage.

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