‹ Traité de l'art des armesChapitre 5 sur 97 · SUR FEU LA BOËSSIÈRE · texte numérisé non relu

SUR FEU LA BOËSSIÈRE

M. La Boëssière naquit à Maran en Bas-Poitou , le 23 juillet 1723. Il étoit assez bien fait, et de la taille de 5 pied 3 pouces, brun, d’une figure fort agréable, l’œil vif et spirituel, très instruit et rempli de goût. 11 se plaisoit à sacrifier aux Muses : on a de lui une foule de jolis vers de société ; il publia en 1786 un poëme élégiaque sur la mort du prince de Brunswich, petite pièce qui lui fit beaucoup d’honneur -, il composa aussi une comédie sous le titre de Crispin valet d’autew\ et un opéra intitulé : la Coquette à la campagne; mais, par une suite de son caractère insouciant et modeste, il négligea de mettre ces deux productions au théâtre.

Ses parents l’avoient destiné dès sa jeunesse à l’état ecclésiastique ; mais l’amour de la liberté l’éloignant de toute contrainte, il vint h Paris, et prit du goût pour les armes. Ses talents lui acquirent bientôt une grande réputation. Il fut reçu en 1709 maître en fait d’armes des académies du

jcij NOTICE HISTORIQUE

roi* Sa réception fut très brillante. Comme oti connoissoit sa force et la finesse de son jeu , on lui avoit opposé les trois maîtres qui avoient alors le plus de réputation, MM. Vaucours^ Delasallë et Itonadieu ; ce dernier étoit le plus fort des trois.

M. La Boëssière tira avec lui , et fut reçu à la seconde botte touchée, en exécution de f article X des statuts de la compagnie*

On rechercha les leçons de M. La Boëssière, et bientôt il eût une salle brillante. Pénétré de son art, il employa toutes les ressources de l’analyse pour établir la théorie complète de cet art; il calcula les avantages dans les positions, afin de fixer des principes certains. Le détail des démonstrations dans les leçons qui suivront fera connoître aux gens de l’art l’avantage et la supériorité de sa méthode; ce qui en prouve incontestablement le mérite, c’est la réputation de ses écoliers; car de son académie sont sortis les plus célèbres tireurs ; on se souvient encore de MM. Pomart, Cauvin^ gendarme de la garde, de La Madeleine, gentilhomme polonois, et de beaucoup d’autres qui étonnoient par leur force et leur adresse. Mais l’élève qui a fait le plus d’honneur à M. La Boëssière est sans contredit l’inimitable Saint-Georges. Il est vrai que jamais la nature n’a doué un individu de plus de moyens physiques, ni de plus d’aptitüde pour tous les exercices. Au surplus on

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trouvera ci-après une notice sur cet homme surprenant.

On a beau avoir en partage les dispositions les plus favorables, ces dispositions n’éclatent dans tout leur jour que lorsqu’elles sont dirigées par des principes sûrs; M. La Boëssière a eu la gloire d’avoir développé celles que M. de Saint-Georges apportait. Cet illustre élève étoit si bien pénétré de cette vérité qu’il a toujours fait hommage à son talent, et, quoique l’envie ait tenté d’affoiblir cette reconnoissance , jamais M. de Saint-Georges n’a cédé aux lâches insinuations de la médiocrité jalouse. Il fut toute sa vie l’ami de mon père; ces deux hommes étoient faits pour s’estimer; M. de Saint-Georges se plaisoit à répéter qu’il devoit ses grands succès aux excellents principes qu’il avoit reçus.

Bon par caractère , M. La Boëssière étoit étranger à toute espèce de médisance et d’intrigue; modeste à l’excès, il ne parloit jamais de lui, et connut si peu la haine qu’il oublioit facilement l’offense. La bienfaisance étoit aussi une de ses vertus. Plein d’ardeur pour obliger, c’étoit le servir que de lui en offrir l’occasion : on l’a vue accueillir et secourir des malheureux qui l’avoient miné par un procès injuste; ce trait rare, sans doute, suffit pour faire connoître la bonté de son cœur.

xiv notice sur feu la boessière.

Il vécut toujours avec la simplicité du sage; aimant la retraite, il ne la quittoit que pour se livrer à des délassements conformes à ses goûts.

Ap rès l’amour de son état, la passion qui domina le plus M. La Boessière fut celle de la chasse; excellent tireur, il trouvoit dans cet amusement un exercice salutaire. Sa société étoit extrêmement douce; et bien que par caractère il fût porté à la mélancolie, sa conversation étoit aimable et gaie, ses reparties promptes et heureuses, sur-tout dans un cercle de dames. Sa constitution étoit robuste; il a joui constamment d’une bonne santé jusque dans l’âge le plus avancé ; trois mois avant sa mort il donnoit encore des leçons ; il mourut avec la tranquillité d’un homme de bien , étant dans sa quatre-vingt-quatrième année, le 1er mai 1807, et il emporta au tombeau les regrets de tous ceux qui l’avoient connu.

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