MANIÈRE DE MONTER UN FLEURET D’ASSAUT
On place en travers dans un étau la soie de la lame , sans la serrer toutefois, de crainte de la casser en la courbant, et l’on tire à soi , de manière que la courbure soit en dessous. Il faut qu’en ployant toute la soie obéisse, et pour cela les mâchoires de l’étau ne doivent que la toucher; en s’y prenant ainsi, on courbe la lame sans risque, depuis l’appui de la garde jusqu’au milieu , en y procédant par plusieurs temps. D’abord de la main droite on tient la barre de l’étau, et de la gauche la lame, au long de laquelle on met le bras pour avoir plus de force; puis sans serrer, comme on l’a déjà dit, et les mâchoires de l’étau ne touchant que la soie, on courbe, on lève la mam droite en retirant la soie, pour ployer la lame jusqu’au milieu. Plus de courbure n’est
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pas nécessaire; s’il y en avoit trop on la redresseroit , on replaceroit la lame dans l’étau, la courbure en dessous , et on l’inclineroit en dedans de peu de chose.
On prend une poignée analogue à la main, à laquelle le fleuret est destiné; le choix de cette poignée n’est pas indifférent pour bien tirer. Grosse ou petite , elle doit avoir une forme unique, c’est-à-dire être aussi grosse du haut que du bas, et avoir les carres bien tranchants. Si elle est ronde, elle tourne dans la main. Une poignée bien faite doit pouvoir être tenue dans la main, sans qu’on soit obligé de serrer. Sa circonférence ordinaire est de 2 pouces 9 lignes , un peu plus , un peu moins , selon la main. La longueur en est à peu près la même pour tous les tireurs, c’est-à-dire de 4 pouces 9 lignes.
Pour monter le fleuret, on met la lame dans l’étau, le bout de la soie en l’air, et le courbe dû côté du monteur; c’est le sens convenable pour voir l’effet du coup de marteau. La garde doit être forte ; si le trou en est trop étroit, on l’ouvre avec une petite lime bien carrée, et on a l’attention de limer bien également; car si le trou n’étoit pas bien carré la garde seroit de travers.
Si la garde elle-même n’étoit pas percée juste dans le milieu, on mettroit le côté qui excéderoit en dedans des armes; car en dehors cela produiroit un vilain effet. On fait entrer la garde de force et à coups de marteau, poûr qu’elle n’ait pas de jeu; une garde qui remue dans le cour d’un assaut contrarie infiniment un tireur.
Quand le trou de la garde se trouve trop large , on le rétrécit en en serrant les côtés dans l’étau. Cette garde étant bien chassée et portant d’aplomb sur les talons de la lame, on s’occupe de la poignée, qui doit être percée également dans le milieu de son épaisseur. Quand le trou ne s’en trouve pas assez grand, on l’agrandit alors avec un outil à cet usage qui se trouve chez les fourbisseurs; ensuite on présente la soie dans la poignée, en observant les vides où devront se placer les coins, ce sont de petits morceaux de bois blanc, plus ou moins épais et proportionnés aux vides qui sont entre la soie et le bois de la poignée. Dans le cas d’inégalité d’épaisseur aux côtés de la poignée, il est clair que les coins les plus forts se placeront aux côtés foibles et les minces aux plus épais. La longueur de ces coins est de 2 bons pouces; on en met un sous le courbe du fleuret, et on le choisit même un peu fort, parceque la courbure de la lame forme un creux qui gêne pour la tenue et fait paroître la lame plus pesante. On aura soin d’éviter également ce vide du côté gauche, qui est le dedans des armes, au moyen d’un coin semblable et un peu fort; ce côté fatigue beaucoup à cause des parades. S’il avoit moins de bois que l’autre, le fleuret feroit mal à la main; il est même préférable que le plus épais du bois soit à gauche, la raison qu’il s’y trouve un creux provenant du tour. Il faut le plus qu’on peut placer la soie du fleuret dans le milieu de la poignée. On met communément les coins dessous et de chaque côté, mais rarement dessus. Ces trois coins bien placés doivent maintenir la poignée droite, et l’empêcher de tourner.
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Ils ne doivent pas être trop gros ; car en gonflant la poignée se briseroit. Pour éviter cet accident on prend un chasse-poignée ; c’est un morceau de bois rond, dur et percé, dans lequel passe la soie; quela ques petits coups de marteau suffirent pour faire descendre la poignée, mais il faut avoir soin que cela ne soit que de très peu de chose à chaque coup de marteau, afin qu’en dégageant le fleuret de l’étau on puisse observer la direction de la poignée, et y remédier si elle est fausse. Pour peu qu’elle tourne d’un côté ou d’un autre, on la replace en travers dans l’étau, la courbure devant le monteur; on prend une lime forte comme le carreau, qu’on passe dans la garde du côté de la poignée. Le bout de cette lime porte sur la lame, qu’on retourne autant et si peu qu’il est nécessaire. On remet ensuite le fleuret dans l’étau pour rechasser la poignée. Quand les jours sont remplis, que la poignée ne tourne plus, on coupe les coins à fleur de la poignée. Le coin de dessous se coupe en dernier. La poignée doit toujours être bien soutenue en dessous, mais sans gonflement; si on s’aperçoit qu’il y en ait on coupe le coin de suite, on regarde très souvent le fleuret en le prenant à la main avant de faire entrer la poignée jusqu’à la garde; si on agissoit comme beaucoup d’insouciants qui, après l’avoir ajustée tant bien que mal, la chassent à grands coups de marteau, et sans intervalle, elle se gonfleroit et se briseroit nécessairement. Une poignée bien faite n’a pas de prix, et , comme un fleuret bien monté , elle ajoute à la force d’un tireur.
Il arrive souvent, quand les coins sont trop forts,
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que la poignée se gonfle au premier coup de marteau; dès qu’on s’en aperçoit on coupe les coins à fleur de la poignée; on met la lame dans l’étau, quelques coups sur la garde ramènent la poignée; alors on fait d’autres coins plus minces, en observant que la soie va en augmentant d’épaisseur du côté de la garde, quand la poignée est enfin descendue sans gonflement jusqu’à la garde; car autrement il faudroit mettre l’endroit gonflé dans l’étau pour l’applatir; le fleuret se trouve monté, âu pommeau près qu’il s’agit de placer; mais avant de s’en occuper, on regarde si la poignée est droite; si elle ne l’est pas, on la redresse, comme cela a été indiqué. On la met dans l’étau près de la garde, et on donne un peu plus de courbe en dessous; on retourne ensuite le fleuret pour incliner la lame en dedans ; ce qui le rend plus agréable à la main, et lui donne de l’avantage pour aller au corps. Ce tour donné on reprend le chassepoignée et le marteau dont on donne quelques coups pour raffermir ce qui a été ébranlé; on remplit les vides qui peuvent exister entre le bout de la soie et la poignée avec des petits morceaux de bois blancs , qu’on enfonce aux quatre côtés du trou, afin de bien assujettir la soie dans le milieu du trou de cette poignée; on prend ensuite le pommeau , qu’il faut présenter et ajuster avant de le garnir de bois. Si la soie est trop grosse, on met dans l’étau un morceau de bois plat, auquel on fait une rainure avec la lime pour y fixer le bout de la soie. La lime avec laquelle on abat les carres de la soie sert aussi à arrondir. On coupe un peu delà poignée du côté gauche, en dessous en biaisant,
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pour pouvoir courber le pommeau de ce côté, pour qu’il ne gêne pas la main , et n’empêche la juste direction de la pointe. On ôte fort peu de bois, on aura soin que le pommeau soit d’une bonne force pour alléger la lame ; ensuite on fait deux coins f chacun de la moitié de la circonférence de la soie; on les place aux deux côtés opposés, l’un sur la carre du dedans en dessous , et l’autre sur la carre du dehors en dessus ; puis , à coups de marteau et à l’aide d’un gros pommeau destiné à cet usage, on chasse le pommeau à moitié descendu. S’il se trouvoit trop de bois, on le retailleroit avec le couteau. Après l’ajustement parfait , on coupe le bout de la soie qui peut être de trop, on n’en laisse qu’une ligne pour la rivure. Après qu’elle est faite , on donne un coup de marteau avec le gros pommeau pour plus de solidité. Le fleuret ainsi monté , on met le pommeau dans l’étau pour l’incliner à gauche, ainsi qu’on l’a recommandé. Il faut même avoir l’attention qu’il ne soit pas trop gros; car, dans ce cas, il feroit lever la pointe qui perdroit sa direction. Au fleuret d'assaut , on diminue le bouton qui est toujours trop large et mal arrondi; mais on se garde de le passer au feu, cela gâteroit la lame. Il vaut mieux se servir de vieilles limes. Un bouton ainsi diminué est plus joli, et donne la facilité de passer plus finement la pointe.
On se sert aussi d’une vieille lime pour abattre les carres de la lame, qui sont toujours tranchantes, et causent quelquefois des accidents.
Quand le fleuret est tout-à-fait monté , il ne s’agit
plus que de lui donner le tour, en passant la lame sous le pied et sous le bras. Quand on a fait prendre à la lame un pli déterminé, elle est moins sujette à se casser, est plus avantageuse à la main; en effet, la lame décrivant bien le demi -cercle, et le tireur tournant les ongles , on sent que la pointe gagne sur une ligne droite.
MANIÈRE DE TIRER PARTI d’üNE LAME TROP LONGUE, TROP LOURDE ET TROP MOLLE.
Gomme nous l’avons déjà dit, il y a beaucoup de choix à faire dans les lames. Quelques unes ont 33 pouces; mais à cette longueur, elles sont rarement bonnes. On les réserve pour le mur à toucher contre des adversaires qui donnent de la tablature, soit parcequ’ils parent bien, soit parcequ'en parant mal, ils esquivent le coup par un mouvement ou retraite du corps. On s’en sert aussi contre les mauvais jeux qu’il faut tenir de loin. Si cette lame de 33 pouces et d’un joli cercle se trouvoit un peu molle, on la réduiroit à 32 en ôtant un demi -pouce du côté du bouton, et un autre demipouce du côté du talon; en retranchant plus d’un demipouce du côté de la pointe, on gâteroit l’élégance du cercle. Sur une pointe foible , le demi-pouce supprimé ne fait que donner du corps à la lame. Voici la manière de la raccourcir par le talon : on commence par la mesurer à partir du bouton, et l’excédent de 32 pouces se marque avec une petite lime sur les carres près du talon; ensuite on place la lame dans l’étau; on y fait
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une entaille de chaque côté; pour bien s’assurer de l’égalité des talons, on met la lame à l’endroit d’une des entailles, mais plus bas que le bord supérieur de l’étau ou mâchoire, pour fixer la lime, qui de cette manière ne gâte pas le talon, en le refaisant plus bas qu’il ne le faut. Comme la lame se rétrécit du talon à la pointe, on se gardera bien d’ôter beaucoup de fer, afin de ne pas trop affoiblir le talon. Un petit rebord suffit pour arrêter la garde; si elle passe, on y jemédiera en y mettant un morceau de cuivre. 11 est vrai que, comme on opère à froid, on a beaucoup de peine à limer; mais si on mettoit la lame au feu, en la détrempant, on la détérioreroit. Pour avoir des fleurets montés et bien à la main, il faut donc n’épargner ni bras ni lime, et on ne tardera pas à reconnoître quel avantage cela donne pour la belle exécution dans les armes.
Peur remédier à la garde qui se trouve trop large, il faut prendre un morceau de cuivre jaune, préférable pour sa dureté au cuivre rouge, assez épais pour résister aux coups de marteau; on y fait un trou de forme carrée; on adoucit les traits tracés par la lime sur la soie qu’on a préparée, afin que l’assiette de cuivre puisse passer fort juste. Si la garde se trouve encore trop large, on la resserre dans l’étau; ensuite on la fait entrer de force. Après son ajustement parfait, on lime l’excédent de cuivre qui la déborde, et pourroit blesser le pouce.
Les lames arrangées de cette façon sont ordinairement meilleures que celles où l’on croit n’avoir rien à faire. Je n’en monte guère que de cette manière; j’en
corrige les défauts, et par ce moyen elles se trouvent plus légères.