‹ Traité de l'art des armesChapitre 71 sur 97 · DU MUR A TOUCHER ET DU MÉRITE DE LE BIEN TIRER · texte numérisé non relu

DU MUR A TOUCHER ET DU MÉRITE DE LE BIEN TIRER

Le mur à toucher, comme nous l’avons déjà dit, est ce qu’il y a de plus essentiel et de plus beau dans les armes; le bien tirer est le fini, la perfection de l’art, auxquels on ne peut atteindre sans connoître et suivre les principes qui y conduisent. Je peux assurer que j’ai vu peu de personnes le tirer comme il faut. On sentira par tous les détails où j’entre à cet égard combien les jeunes gens ont tort de ne pas s’y appliquer, puisqu’on peut toujours parvenir à le tirer, sinon très bien, du moins relativement à ses moyens , et qu'il est d’un avantage réel, comme nous le démontrerons.

On pourra trouver ces détails extrêmements longs ; mais lorsqu’il s’agit d’approfondir un art quelconque, il se présente des difficultés et des défauts dont il faut expliquer les causes et les inconvénients, afin d’apprendre à surmonter les unes et à éviter les autres. C’étoit le principe de M. La Boëssière père, principe soutenu et bien justifié par le célébré Saint-Georges, son élève, et par tous ceux qui ont eu le bon esprit d’imiter celuici, sans cependant approcher de sa perfection.

Ce principe ne peut être contesté, trop de preuves en ont constaté l’excellence pour qu’il soit attaqué. Aussi

ai-je pris toutes les précautions nécessaires pour bien l’établir, et garantir ceux qui méditeront cet ouvrage du désagrément de tomber dans les fautes qui les éloigneroient de la perfection.

L’écolier arrivé au degré d’instruction convenable pour tirer le mur à toucher, c’est-à-dire quand il est bien assoupli, qu’il a la retenue du corps exigée, que sa main passe bien la première, peut commencer à s’y exercer. La plus grande difficulté que les tireurs ont de la peine à surmonter est le départ de la main la première. Quand on voit un élève retirer son bras dans l’exercice du mur, on peut juger alors qu’il n’est pas encore en état. Il faut l’exercer de nouveau en détail, à l’imitation des meilleurs tireurs. M. de Saint-George lui- même, quand il se remettoit aux armes, droit le plus lentement possible pour bien rétablir l’ensemble des mouvements, et les bien sentir.

Le mur à toucher exige un fleuret d’assaut, qu’on appelle lame carrée , dont on détermine la longueur une fois pour toutes. La bonne est de 3a pouces, 32 pouces et demi , et même de 33 ; mais à cette dernière longueur il est peu de lames convenables; elles sont rarement bien faites, et le plus souvent lourdes et roides. Lorsqu’on en rencontre de bonnes, il faut les bien conserver, parceque l’on trouve des pareurs et des tireurs plus difficiles à toucher les uns que les autres.

Les fleurets longs sont plus avantageux pour combattre les mauvais jeux qu’il faut tenir de loin. On parlera ailleurs du mérite de ces sortes de fleurets.

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On met en présence deux élèves; ils prennent leur mesure, comme cela a été expliqué.

Celui qui se met à tirer commence par déployer quelques coups en détail pour s’assouplir et mettre le juste ensemble dans ses mouvements; à cet effet, il passe la main, la tourne, l’enlève, et prend l’opposition sans tirer. Quand il sera juste en mesure et à portée de toucher, il se mettra en garde, l’engagement en quarte ou en tierce une fois posé, il ne doit plus remuer; la garde doit être une garde d’assaut; il faut que le corps soit bien assis sur la partie gauche, que les hanches soient effacées pour procurer la vitesse du développement. Plus le jarret gauche est ployé, plus il fait ressort, et plus vite il chasse le corps. Le bras , la main assouplis doivent être continuellement relâchés et placés demitierce. La main dans cette position en a plus de tour et de jet, et conséquemment l’action plus de vitesse. La pointe doit être légère et basse, afin de n’avoir que le bouton à passer. Si l’épée est engagé en quarte pour tirer dessus les armes, le pareil r doit prendre le fer du tireur près du bouton avec son fort, mais doucement et légèrement sans prendre de point d’appui. Il aura l’attention de donner un peu de jour. Cependant il en donnera plus ou moins, selon la force du tireur. Comme c’est un jeu de convention, si l’on ne donnoit pas de jour, il ne seroit pas possible de toucher; la ligne d’opposition y mettroit empêchement. Le tireur doit attendre que son fer soit joint, pour ne pas surprendre; mais quand il l’est, le tireur passe son bouton, en frisant

très près du fer et en y mettant autant de légèreté que de vitesse; l’élévation de la main doit être au plus haut, en tournant les ongles au plus vite, le pied droit doit raser le sol, et à l’instant qu’il se détachera de terre, le jarret gauche tendra et fera l’arc. Le pareur tournera la main tierce au plus vite; ce qui formera l’angle et maîtrisera de son fort le foible de son adversaire : il aura attention à ce qu’il n’y ait que la main qui agisse. Si le départ est précédé du moindre petit mouvement, ce n’est plus tirer le mur franchement; c’est une feinte, ou, comme on le dit communément, c’est tricher. Il faut alors recommencer le coup jusqu’à ce qu’il soit développé franchement; car le plus foible mouvement ébranlant un pareur, il n’y a pas de mérite à le toucher, puisqu’il y a surprise.

Après plusieurs coups tirés, comme la main baisse, et les jambes perdent leur ensemble, il faut revenir à tirer le mur en détail pour tâcher de regagner la précision et l’harmonie de tous les mouvements.

À cet effet, passez la main en tournant bien les ongles, enlevez, baissez le bras gauche, laissez la pointe au corps, le tout sans tirer, ne négligez pas non plus d’assouplir et de faire jouer les bras pour vous donner de la facilité dans le développement. Que le pied gauche sur-tout ne remue pas, et ne retarde pas ainsi la rapidité du développement. Il a déjà été dit que la partie gauche ne pouvoit faire deux choses à-la-fois , tendre le jarret et lever le pied, ou le tourner. Il faut donc ne s’occuper uniquement que de cette tension du jarret,

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puisque d’elle dépendent la chasse du corps et l’élastique rapidité du développement, après l’élévation de la inain.

Le pareur n’est pas plus dispensé que le tireur d’être régulier. 11 doit être ferme sur ses jambes, ne pas s’ébranler; s’il retire le corps en parant, ou tourne l’épaule droite à droite, il ne pare plus alors, mais il esquive, il n’y a pas de raison pour qu’on le touche, cela est même impossible si l’on veut considérer que le tireur n’a que bien juste la mesure qu’il faut pour toucher, et que le pareur, par ses faux mouvements et retraite de corps, met vraiment le tireur à un pied de lui. Il vaut mieux dans ce cas abandonner la partie que de continuer à tirer contre un tel adversaire. Il y a plus à gagner à s’exercer avec le plus foible écolier.

Il faut donc avoir soin que le pareur soit lui-même placé régulièrement, pour trouver, en s’exerçant aux parades du mur, les moyens de s’y affermir et d’acquérir du coup-d’œil. En prenant le fer en quarte sur les armes, qu’il pare la quarte en dedans uniquement de la main ; que pour parer tierce il ne fasse que la tourner au plus vite pour former l’angle. La tierce ou le coup sur les armes est plus difficile à parer au mur à toucher, parceque le tourné de la main la rend plus lente qu’à la parade de quarte en dedans. Par cette raison, et parceque le dessus est plus difficile à défendre contre une main légère, on tient plus communément dans l’assaut le fer en dedans.

Celui qui devra parer quarte en dedans laisse mettre le tireur en garde l’épée bien devant lui. Quant à lui, il

s’affermira sur ses jambes; car, pour parer comme pour tirer, la position est la même, le corps plutôt un peu en avant qu’en arrière pour plus de solidité; il prendra le fer en quarte sur les armes, la main ni tierce ni quarte, mais les ongles légèrement tournés en dessus, afin que la main ait plus de tour et de jeu pour parer.

À peine le tireur, dont l’épée est tenue légèrement et sans appui, en quarte sur les armes, passe le bouton pour développer quarte en dedans, que le pareur détermine sa parade en tournant les ongles demi-tierce , et formant l’angle pour maîtriser le fer de son fort; cela s’appelle encore trancher le fer. Dans cette parade, la main seule doit agir. Le pareur comme le tireur doit s’occuper d’assouplir ses bras et sa main, et de mettre beaucoup de liant. Il faut mieux se décider à être touché que d’employer des moyens contraires aux principes.

Pour bien apprendre l’exercice du mur à toucher, on tire avec les différentes forces, et même avec des écoliers foibles; en parcourant ainsi tous les degrés, on arrive plus sûrement au but.

Quelques personnes qui croient bien tirer le mur ont le tort de se mettre trop près, ce n’est pas là s’exercer franchement. 11 n’y a qu’une garde à prendre, c’est celle de l’assaut. Au surplus, toutes les licences qu’on peut prendre en tirant le mur ne servent à rien dans l’assaut, où, en général, il ne faut se laisser trop approcher. Il y a de mauvais tireurs de mur, qui pour toucher passent le coup sous la main en faisant des temps; quand on s’aperçoit de cette ruse, on passe dans

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la garde du fleuret un mouchoir dont on laisse pendre le bout que ces tricheurs ne manquent pas d’attraper à chaque coup. Un bon tireur, au contraire, touche rarement le mouchoir , parceque son bouton passe sous le talon du fer adverse, et que l’action de sa main précède toujours le mouvement du corps. On laisse toujours mettre le premier en garde un tireur de mur, qu’il soit fort ou foible, afin d’éviter d’être surpris. On prend alors son foible juste à la hauteur où il se trouve. Avec toutes ces précautions, il est bien difficile d’être touché.

Avec les tireurs qui tirent mal le mur à toucher, passent en dessous et déploient le coup bas, le pareur doit avoir l’attention de tenir sa main plus basse encore que leur garde; comme ils n’ont pas l’art d’enlever la main , ils ne sauroient tirer que bas. On doit donc couvrir tout-à-fait le seul endroit où ils se dirigent , et donner tout le jour en dessus. Si au contraire on tenoit la main haute, il seroit possible que par habitude, tirant vite, il touchassent en passant dessous. Il y a plus de ces tireurs que de ceux qui sachent enlever et passer la main franchement. Pour cette raison, on avertit de les laisser mettre en garde les premiers, afin de n’engager leur fer que de la manière que l’exige leur tenue et leur garde.

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