‹ Traité de l'art des armesChapitre 78 sur 97 · SUITE DE LA LEÇON · texte numérisé non relu

SUITE DE LA LEÇON

Le maître , étant en garde, dit : « Parez le contre de quarte; si je change le fer en me relevant la main haute , évitez le changement en passant dedans , tournez les ongles, enlevez et tirez. En garde: parez le contre de quarte; si je change l’épée en me relevant, marquez la feinte une, deux. » Le reste se fait de suite,

comme aux leçons précédentes, depuis la feinte jusqu’au contre -dégagement doublé; tromper les deux contre. « En garde , continue le maître: parez le contre de quarte; si je me relève en changeant l’engagement, faites le faux battement , et , sur la pression adverse , dégagez dedans. » On suit encore depuis le dégagement jusqu’au contre-dégagement doublé pour tromper les deux contre. En garde : parez le contre de quarte ; si je change l’épée en me relevant, battez l’épée en tierce, ou croisez le fer au demi-cercle. En garde : parez le contre de quarte; si je me relève en changeant le fer, menacez quarte sur les armes. » On donne de la suite à la leçon en faisant succéder au menacé les coups compliqués.

CINQUANTE-TROISIÈME LEÇON

POUR ÉVITER L’ENGAGEMENT SUR CEUX QUI VEULENT PRENDRE LE FER EN MARCHANT.

Il y a des tireurs qui tirent sans s’assurer du fer et le quittent même en marchant; c’est un des plus grands défauts, cela expose à être blessé en se faisant arrêter sur la marche ; dans ce coup, il y a vraiment du danger; car les deux actions, celle de celui qui serre en courant, et celle de celui qui tire , font que le coureur se trouve baiser en quelque sorte la garde de celui qui

CE l’art des armes.

prend le coup d’arrêt , et si dans ce moment le fleuret vient à casser, il en peut résulter de graves accidents , qui sont moindres à la vérité quand le tireur qui développe le coup d’arrêt enlève bien la main.

Il y aussi à craindre le èoup pour coup avec les tireurs qui hasardent le coup d’arrêt sans savoir le prendre; il est vrai que le coureur appelle le coup d’arrêt; mais , s’il est mal pris , l’assaut devient des plus vilains, et présente l’image d’un affreux combat de gladiateurs où les deux antagonistes sont blessés à-la-fois. Et l’art des armes, comme nous l’avons déjà dit, consiste à toucher sans être touché.

Le maître commence , et dit : « Tirez dessus , je pare le contre. En garde : parez le contre de quarte dans votre retraite; rompez et dégagez; vous me faites ainsi perdre la mesure par une fuite simulée ( observez bien alors vos positions); je marche pour la regagner, la main basse; tournez vite la main, enlevez, détachez le pied droit, tendez le jarret gauche et tirez; c’est le vrai coup d’arrêt; en garde, en relevant précipitamment le bras gauche, qui, faisant balancier, aide beaucoup à la retraite. » Le maître ajoute : « Tirez quarte en dedans ; je prends le contre de tierce. En garde : parez le contre de tierce et quarte dans votre retraite; rompez et dégagez sur les armes, assurez-vous bien sur vos jambes , et, si je regagne la mesure la main haute, tirez seconde avec opposition , et la main aussi très haute. En garde à l’épée de tierce; si vous ne la trouvez pas, suivez -la au^contre de tierce et quarte, puis rompez et dégagez tierce; je marche pour regagner la mesure en prenant

igS TRAITÉ

l’épée quarte en dedans, sans m’assurer du foible adverse; tirez droit, en tournant les ongles tout-à-fait, la main au plus haut; partez, restez là un temps, dessinezvous sur le développement , la tête et le corps droits en cavant la hanche gauche, le jarret bien tendu , le pied d’aplomb. » Il faut que l’œil du maître soit partout. * En garde à l’épée tierce; parez le contre de tierce, rompez, dégagez quarte. Je regagne la mesure en marchant et en prenant le fer sur les armes la main haute; dès que je quitte l’épée, évitez l’engagement en passant dedans, tournez les ongles, enlevez, prenez l’opposition, développez-vous à fond sur ma marche; c’est un des plus beaux coups d’arrêt qu’il y ait. En garde: tirez quarte sur les armes; je pare le contre. En garde : parez le contre dans votre retraite, rompez, dégagez sur les armes ; je marche pour regagner la mesure en passant l’épée en dedans, évitez l’engagement en passant sur les armes, tournez les ongles, enlevez et tirez. En garde: tirez quarte en dedans; je pare le contre de tierce. En garde : dans votre retraite , parez le contre de tierce, rompez, dégagez quarte; je marche pour regagner la mesure en prenant votre fer en quarte sur les armes; faitesde-moi perdre par la feinte une, deux, tournez les ongles, enlevez, prenez l’opposition , et ainsi de suite; car sur ce changement on peut faire la double-feinte, le contre-dégagement, etc. »

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CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON

AUTRE MANIÈRE d’aRRÉTER LES TIREURS QUI COURENT ET QUITTENT LE FER EN MARCHANT.

Pour prendre des coups d’arrêt le long de la lame, et sur les pressions par un simple dégagement, pour marquer une feinte sur une marche et éviter l’engagement, il faut une grande habitude, un coup d’œil juste, une vivacité réfléchie. Tous les tireurs n’ont pas les mêmes moyens; celui qui se trouve en avoir doit s’occuper de parer long- temps avant d’entreprendre de tirer sur les marches, autrement il court le risque du coup pour coup. Un moyen moins brillant, mais plus certain , et que je conseille aux commençants d’employer, est le liement du fer, comme on l’a démontré en attaque. On revient toujours au principe en prenant les parades simples par jugement et les contre par habitude.

Le maître, à la suite des coups droits, des dégagements et des coups de vitesse, enfin de tout ce qu’il juge nécessaire, dit à l’éléve : « Tirez sur les armes, je pare le contre de quarte ; dans votre retraite , rompez et dégagez pour me faire perdre la mesure par une fausse fuite; je cours sur vous en marquant des feintes, liez l’épée au contre de quarte sur les armes ; à la fin du liement, vous rencontrez le fer; aussitôt que vous le

TRAITÉ

sentez , formez l’opposition en quarte sur les armes (vous pouvez de même tourner la main tierce, le coup en aura plus de hauteur, et c’est un avantage pour les petits hommes contre les grands ) ; soutenez la main et partez. » Le coup est d’arrêt s’il est pris dans Je mouvement d’une marche; car il se peut qu’après sa marche, le coureur ait le temps de développer; ce coup alors ne sera plus un coup d’arrêt, mais bien un coup de temps, puisqu’il aura été pris sur le développement. La cause en est qu’en formant la parade double , on peut donner à l’adversaire le temps de finir sa marche et de développer; le coup saisi est donc alors un coup d’opposition pris sur le développement du tireur.

« En garde : tirez quarte en dedans; je prends le contre de tierce. En garde : parez le contre de tierce; dans votre retraite, rompez et dégagez; je marche en formant de grands mouvements, prenez le demi-cercle qui vous fera rencontrer le fer, et liez-le en quarte sur les armes; enlevez la main au plus haut en prenant l’opposition en quarte sur les armes. En garde : engagez l’épée en quarte, frappez du pied sans que le corps remue, marchez et rompez. De même, cela vous affermira sur la partie gauche, tirez sur les armes; je prends le contre de quarte. En garde : parez le contre de quarte; dans votre retraite, rompez, dégagez; je cours sur vous pour regagner la mesure, en formant de grands mouvements; prenez le contre de tierce, prime, si vous ne trouvez pas le fer en prime, arrêtez en seconde, en-; suite tierce; si on ne trouvoit pas l’épée en seconde, il est difficile de ne pas la rencontrer dans une de ces

trois parades, d’autant qu’ayant coupé toutes les lignes, la parade a passé par-tout. Si cependant il arrivoit que le coureur trompât le contre de tierce , prime et seconde, et tierce, il faudroit de la parade de seconde lier l’épée au contre de quarte par un mouvement très petit et rapproché des doigts; mais il est rare et presque impossible qu’un coureur trompe encore le fer après le dernier mouvement de seconde; car, se trouvant trop près, il ne sauroit passer sa pointe, à moins d’avoir un fleuret extrêmement court ; d’ailleurs ces coups étant trop longs et trop compliqués , ne se font guère à l’assaut; on en fait la répétition au plastron pour donner de la main et de la retenue de corps à l’élève. On doit donc trouver le fer après les parades de prime et de seconde, et en employant le moyen de parades doubles sur les marches, on ne risque jamais de faire de coup pour coup. Les coups d'arrêt qui en sont la suite sont moins difficiles à piendre que les premiers que nous avons démontrés précédemment ; il faut être un grand connoisseur pour en savoir faire la différence; au surplus, la grande habitude et l’exercice donnent la facilité de bien faire les uns et les autres , et à juger sainement de l’ensemble d’un assaut.

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