DE LA LONGUEUR CONVENABLE DES FLEURETS POUR
l’assaut.
J’ai dit et répété qu’un avantage réel dans les armes, étoit la longueur ou la grande mesure. Une personne qui joint à cet avantage une pointe légère, qui lapasse
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près et vite, possède un beau développement, et tire bien le mur, régulièrement tel qu’il a été démontré; cette personne, dis-je, peut se servir d’un fleuret de 32 pouces, 32 et demi, et même de 33 pouces; mais je fais observer qu’il faut être un tireur fini pour se servir de cette dernière longueur ; car l’avantage d’enlever des coups droits avec un fleuret bien long ne s’obtient pas sans beaucoup d’adresse. Il est prouvé que celui qui sait employer les moyens indiqués tiendra son adversaire hors de mesure ; il défendra son terrain de manière à l’empêcher d’en gagner sur lui sans s’exposer à être arrêté sur la marche; il l’obligera au moins à deux temps; en sorte que s’il ne le prend pas au premier, il ne le manquera pas au second. En un mot, on échappe difficilement à un bon tireur, dont l’occupation continuelle est de tenir l’adversaire hors de mesure, pour prendre un coup d’arrêt, dès qu’il marche sur lui sans précaution. Par cette raison, dans l’assaut un fleuret long est préférable.
On a dit au chapitre de la démonstration des coups d'arrêt , qu’on ne pouvoit marcher ni tirer à-la-fois. La marche fait toujours perdre des temps, et elle expose à être touché ; par la raison que si on se couvre d’un côté, on est nécessairement découvert de l’autre, et que dans l’ébranlement presque inséparable de cette marche, un tireur adroit qui sait profiter des fautes et du jour qu’il aperçoit développe un coup de longueur.
Pour tirer de loin , l’avantage d’un fleuret long est donc incontestable ; il est impossible d’enlever des coups aussi brillants avec un fleuret court. Les coups de
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ce dernier, qui ne peuvent gagner en avant, sont d’ailleurs faciles à parer.
Un tireur connoissant sa mesure comme il doit la connoître , ayant un beau développement , trouvera bien du désavantage, si par hasard il se sert d’un fleuret ayant un demi-pouce de moins que la longueur accoutumée; il n’osera plus entreprendre ni coups droits, ni dégagements de vitesse. Son coup-d’œil lui indiquera que la mesure est incertaine, et son assaut alors ne sera pas aussi beau qu’il devoit l’être. Obligé de recourir à d’autres moyens, il se réservera la parade et la riposte, et attendra que l’adversaire soit assez près pour pouvoir développer quelques coups droits; mais on sent bien qu’ils ne seront pas aussi fréquents qu’ils l’auroient été avec un fleuret plus long.
Le moins donc qu’il puisse avoir est 32 pouces de lame, longueur calculée depuis la garde jusqu’au bouton, et 3%2 pouces et demi en grand exercice. On peut la porter jusqu’à 33. Une main vite et légère est dangereuse avec cette longueur, dont on ne se sert pas souvent par la difficulté de trouver des lames assez légères dans cette dimension??
Comme un fleuret trop lourd rend la main paresseuse, nous nous sommes plus souvent fixés à 32 pouces de lame; Saint-Georges se servoit plus fréquemment de cette longueur que de celle de 33 , par la raison que nous en avons donnée.
Un professeur doit avoir la précaution de se pourvoir de beaucoup de fleurets, et s’attacher à les monter lui-même; car ils ne peuvent être bien montés que par
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qui sait s’en servir. Un fourbisseur, comme nous l'avons déjà fait remarquer, ne les monte pas, il les emmanche. Un tireur doit aussi conserver la même grosseur pour toutes ses poignées; quant à la forme, on sait qu’elle est toujours la même. On sent la nécessité de ces précautions ; car si un fleuret vient à casser dans un assaut, on ne se trouve pas exposé à se servir d’un fleuret dont la poignée, différente en grosseur, peut donner du désavantage. Celui qui prend donc l’habitude de monter ses fleurets lui-même a bien plus d’agrément dans ses assauts; son exécution est plus facile, parcequ’il a mis son fleui’et parfaitement à sa main. Si l’on ne peut prendre sur soi de les monter, il faut au moins les faire arranger devant soi par un fourbisseur adroit. On ne sauroit trop le répéter, il est aussi indispensable à un tireur d’armes d’avoir un fleuret bien à sa main qu’au musicien d’avoir un violon bien monté, et un archet à sa convenance. ïl faut en monter beaucoup, et si dans la quantité on a mieux réussi pour quelques uns, on les mettra de coté pour les assauts de prédilection. La confiance dans la bonté de son fleuret est beaucoup pour un tireur. Quand on ale bonheur de renconr trer des lames de 33 pouces, il faut s’en emparer; si elles sont bien proportionnées et de la légèreté convenable, elles sont précieuses contre certains jeux, surtout contre les tireurs qui courent, et sur lesquels il faut développer de toute la longueur possible, et encore contre ceux qu’on a de la peine à joindre par l’habitude qu’ils se sont faite de s’enfuir; on surprend les uns avant qu’ils ne pensent à la retraite, et on arrête
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les autres quand ils se disposent à prendre leur course ou à s’enfuir.
Ces laines de 33 pouces sont bonnes aussi pour tirer le mur, à toucher sur ceux qui ne parent pas franchement, mais qui esquivent le coup en retirant le corps ou en le tournant, ce qui n’est pas parer. On parvient à les toucher facilement avec une longue lame, et on en viendroit difficilement à bout avec un fleuret court. Il est donc bien d’avoir toujours des fleurets de réserve pour les assauts urgents. Il y a des personnes qui rejettent les longs sous le prétexte que si bon est serré leur longueur devient gênante ; je conviens que cela peut être pour le tireur borné, mais le vrai tireur n’en sera point embarrassé, parcequ’il se laissera rarement serrer, et que son attention continuelle est d’empêcher qu'on ne gagne son fer et son terrain. Il doit connoître toutes les ressources de l’art : trop serré il aura prime et seconde, ces positions rapprochant la main du corps , et en la soutenant extrêmement haute le bouton se trouve sur le corps du coureur ou serreur ; il y a en outre les oppositions de main gauche qui garantissent de tout. Supposeroit-on qu’un tireur veut serrer , loin de lui laisser l’épée devant soi on la lui dérange par des battements ou des croisés ; s’il ne donne presque pas de fer, il cherchera alors à gagner la mesure par des petits pas, on le laisse approcher et ensuite on lui développe des coups de longueur et de vitesse : rien ne résiste à ce moyen. Au chapitre de la maniéré de combattre les mauvais jeux on trouvera plus de détails.
L’opinion de ceux qui rejettent les fleurets longs tient
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à ce qu’ils n’ont pas l’art de s’en servir , ou à ce qu’ils manquent des facultés physiques : leur objection n’est qu’une partialité qui se détruit par le sentiment du plus grand nombre des tireurs. En insistant ils prouveroient qu’ils ne savent pas tirer le mur dans son vrai principe. Le mur seul donne la manière de développer de loin sans que le pied gauche traîne ou tourne ; le mur seul procure l’élévation de la main dans la perfection et conduit à l’entière connoissance de la mesure, réunion d’avantages qui fait le mérite du tireur proprement dit; car il y en a qui connoissent la mesure sans l’observer.