‹ Traité de l'art des armesChapitre 83 sur 97 · DU GAUCHER · texte numérisé non relu

DU GAUCHER

Les anciens maîtres ne se sont pas assez occupés de la manière d’exercer les droitiers à tirer contre les gauchers. Cette insouciance dans cette partie de l’enseignement ne laisse pas que de causer de l’embarras à celui qui n’a pas reçu des leçons de la main gauche.

Un droitier bon tireur, pour écarter les difficultés que lui présente un gaucher, est obligé d’avoir recours continuellement à des battements, des croisés, qui rentrent dans ce qui constitue proprement les jeux durs ; mais si le gaucher est fort malin il ne donnera point de fer, et le droitier, ne trouvant point d’épée à battre, n’a pour s’en tirer que les ressources réelles du talent et de l’exercice, qui sont le développement et la vitesse, ou,

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pour mieux dire, des coups de mur, le fond et la base des armes.

Le tireur qui n’a que de la main se trouve continuellement dans le fort adverse, et quelque fort qu’il soit, celui qui voudra être vrai conviendra que quelque bien qu’il puisse avoir tiré avec un gaucher, il a eu beaucoup à desirer. En effet, ce ne sont plus les mêmes à-propos que de droitier à droitier; c’est toujours au contraire un livre à l’envers, le toucher du fer est absolument différent; on a dit, et il est même prouvé, que le droi tier, qui dans l’assaut se montre l’égal du gaucher, est parle fait et sous le rapport de l’art et de l’exercice, beaucoup plus fort que lui. Le grand avantage du gaucher est de n’avoir jamais ou presque toujours que des droitiers à combattre, tandis que ces derniers au contraire ne trouvent que très rarement à tirer contre un gaucher; l’avantage de celui-ci tient tellement à cette cause que s’il arrive à deux forts gauchers de faire assaut ensemble, ils se trouvent très embarrassés, et que leur assaut est ordinairement aussi détestable que cette espèce de rencontre est rare. Aussi voit-on difficilement deux gauchers aimer à tirer ensemble. Leurs positions de gaucher à gaucher sont les mêmes que celles du droitier au droitier.

Il résulte de tout ce que nous venons d’observer qu’il est indispensable à un maître qui embrasse toutes les difficultés que présente son état de savoir donner leçon de la main gauche.

Un droitier ne tirera jamais bien avec un gaucher, à moins d’avoir appris à tromper le fer en tous sens sur

TRAITÉ

line main gauche, comme il sait le tromper sur une main droite; autrement dans l'assaut, au moyen de ce que le toucher du fer est contrariant, après la parade il ne sait où rendre la riposte; la plupart du temps il tire dans le fer, et cette indécision, donnant au gaucher le temps de redoubler ou de se relever en défense, ne laisse plus rien à faire au droitier ; si le gaucher est attaqué, son contre de quarte et son demi-cercle qui se trouvent dans la position de la quarte sur les armes du droitier dérangent beaucoup la main de ce dernier, attendu que son pommeau y trouve un point d’appui ; aussi une attention particulière du droitier contre le gaucher est de tenir toujours la main demi-tierce pour diminuer l’effet de ce point d’appui. Les droitiers ont sur les gauchers le même engagement. Quant à la position, l’avantage est le même; mais le gaucher, par une plus grande habitude de cet engagement, en est moins surpris que le droitier auquel le fleuret échappe souvent de la main. Les reprises et la manière de tromper le demi -cercle ont aussi pour lui des difficultés, puisque ces mouvements se font dans le sens contraire du droitier. Il faut donc beaucoup de travail et d’exercice pour parvenir à employer avec prestesse dans l’assaut les moyens à opposer au gaucher.

C’est pour vaincre et faire surmonter à mes écoliers ces difficultés bien reconnues, que je me suis décidé à donner leçon de la main gauche, et plus j’ai été en avant, plus cela m’a intéressé. On conçoit qu’un maître ne peut tirer aussi vite de cette main que de la droite;

mais il suffit qu’il parvienne, comme gaucher, à bien tromper et bien faire tromper le fer.

CINQUANTE-CINQUIÈME LEÇON

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