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DES ÉPÉES

COMMENT ELLES DOIVENT ÊTRE POUR QU’ELLES SOIENT BIEN EN MAIN; DE LEUR DÉCENCE.

Autrefois l’épée faisoit en France partie de la parure. On n’étoit point habillé décemment sans avoir l’épée au côté : aussi y avoit-il des épées de bien des façons différentes. Celles dont on faisoit le plus de cas étoient celles d’acier incrustées en or et sculptées en relief; il y en avoit d’un très grand prix : nous avions alors en ce genre des artistes fort habiles qui coupoient l’acier avec

une étonnante dextérité ; mais l’usage de porter l’épée ayant cessé, ces artistes ont été obligés de changer d’état ou d’appliquer leur industrie et leurs talents à d’autres objets. Après cette sorte d’épée venoit l’épée d’argent, étendue d’or moulu ou d’or de couleur, par conséquent imitant l’épée d’or. L’épée blanche venoit ensuite et étoit regardée comme la plus riche après l’épée incrus a tée. C’étoit l’épée ordinaire des officiers. Elle se l’abri quoit sur des proportions fixes et très bien conçues. La grandeur décente de la garde étoit de ibbgnesdechaque côté, à l’endroit le plus large , en mesurant du côté de la lame; plus de grandeur étoit un défaut, et on appeloit ironiquement les gardes trop grandes des plats à barbe. Le corps de la branche doit être fort bas, épais, pour que la soie de la lame puisse y passer dans toute sa force sans qu’on soit obligé de limer. Pour conserver la solidité1, l’épaisseur du corps est aussi d’une grande nécessité ; il faut qu’il soit de niveau avec la poignée, autrement cela causeroit un faux point d’appui au pouce. La solidité de la soie est la partie essentielle, étant aussi la partie qui fatigue le plus. Le pommeau ne doit pas être trop gros ; il faut qu’il soit en forme d’olive. Trop gros, il feroit un appui là où il passe à l’extrémité de la main et empêcheroit la direction de la pointe au corps. C’est pour cela que, malgré le calcul de la forme du pommeau, on le renverse en dedans pour qu’il touche le moins possible la main.

TRAITÉ

MANIÈRE DE CHOISIR UNE LAME d’ÉPÉE.

Pour qu’une lame d’épée soit bonne, il faut d’abord que la soie ait beaucoup de force , parceque c’est là que porte tout l’effort des parades, battements et croisés; il faut aussi que la lame ne soit pas trop large, qu’elle ait de la force et de l’épaisseur, de la solidité, en un mot , qu’elle soit bien affilée jusqu’à la pointe, qu’elle prenne son pli depuis la pointe jusqu’au fort, et qu’elle soit en même temps roide et liante. II faut bien examiner tout le long dessus et dessous s’il n’y a point des pailles ou des piqûres indiquant quelque paille interne. L’épée se monte de la même manière que le fleuret. Sa longueur ordinaire varie de 32 à 33 pouces ; si l’on passe cette dimension, il faut du moins qu’un fourreau noir corrige l’effet désagréable résultant d’un surcroît de longueur.

Observations sur les nouvelles épées .

Les épées que l’on fabrique actuellement sont, je ne crains pas de le dire, on ne peut plus défectueuses ; les poignées sont trop courtes, d’une forme mal raisonnée, et d’une grosseur hors de toute juste proportion. Le pommeau qui représente un casque ou un vase est trop gros à l’endroit où il appuie dans la main , ce qui fait écarter la pointe de près d’un pied de la direction du corps. Des défectuosités non moins blâmables sont celles que présente la garde. Cette pièce qui doit garantir la

main et les doigts de tous les coups qu’ils sont exposés à recevoir, cette pièce, dis-je, dans les nouvelles épées, laisse à découvert les doigts et tout le dessus de la main. On conçoit tout le danger qui en résulte. On objectera que ces épées ne doivent point servir pour se battre : objection frivole ; un homme d honneur ayant 1 épée au côté pourra se trouver dans la nécessité d’en faire usage, au moment où il s’y attendroit le moins; tant qu’il existera des impertinents, des brouillons, des querelleurs et des méchants qui, le cas échéant , profiteront des défauts de l'arme qu’ils auront fait tirer contre eux, et estropieront la main restée à découvert. Les anciens fourbisseurs , qui savent ce que c’est qu’une belleet bonne épée , conviendront sans doute que c’est avec raison que je blâme les nouvelles épées , et que c’est à tort qu’on a changé la forme à laquelle l’art s’étoit arrêté, et qu’il étoit impossible de rendre meilleure.

J’observerai encore que les poignées de Sabre , surtout celles des sabres de cavalerie, sont actuellement trop courtes et trop rondes. Une main forte ne peut point s'étendre sur ces poignées, et leur rondeur fait qu’elles tournent même lorsqu’elles sont fortement serrées , si on vient à porter de violents coups. Elles devroient être carrées , garnies d’un fil de cuivre; autrement, lorsque le cuir est mouillé, il est impossible d’empêcher qu il ne glisse et ne tourne dans la main ; enfin , toute poignée , pour peu qu’elle soit ronde, n’a pas de tenue.

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