‹ Traité de l'art des armesChapitre 91 sur 97 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

En suivant méthodiquement la marche tracée dans cet ouvrage, et avec quelques connoissances et de pratiques dans l’art des armes , le goût de cet art et de l’intelligence, on pourra se rendre capable de donner leçon. Il faudra d’abord prendre des élèves qui ne sachent absolument rien ; le maître aura la facilité de se former lui-même à mesure que les élèves apprendront, d’autant mieux que pour bien saisir et suivre tous les principes exposés , la régularité des positions , l’ensemble des mouvements , il faudra user d’une lenteur sage et ne rien précipiter. On peut être un excellent démonstrateur sans être un tireur fort , et tel tireur qui touche beaucoup ne sera qu’un mauvais maître si sa force n’est fondée que sur ses moyens physiques et sur de faux principes. Toutes les fois qu il aura affaire à un tireur d’un vrai talent, il éprouvera de grandes contrariétés. Pour se rendre bon démonstrateur il faut plus de temps , d’étude et d’observations que pour devenir bon tireur.

Tillagorie qui a formé les plus forts élèves de son temps, entr’autres Donnadieu, étoit d’une petite taille, mal fait et dépourvu de moyens pour tirer; il s’est néanmoins rendu célèbre dans la démonstration.

Rien de plus utile à un tireur que de se faire un amusement de donner leçon. C’est ainsi que se sont formés

Saint-Georges et les plus forts tireurs de notre académie. Tous ils donnoient leçon à des commençants et les exercoient à l’assaut. Toutes les fois qu’on a l’habileté de proportionner sa force à celle du tireur qu’on exerce, on est à portée de faire des observations sans nombre, et d’acquérir des connoissances infinies, qu’on n’eût point acquises autrement. Il y a du mérite et de l’art à battre un tireur bien plus foible que soi, en le battant d’après son jeu même; et il faut beaucoup d’aptitude et un talent très étendu pour bien tirer avec tous les jeux indistinctement ; le plus fort tireur enfin peut faire quelque école profitable en travaillant avec le plus foible.

Il n’y a qu’une manière de tenir le fleuret , c’est celle qu’une longue expérience a fait adopter. Ceux qui mettent l’index sur la garde, qui s’entourent la main d’un mouchoir pour mieux tenir, et qui serrent leur fleuret, sont des tireurs qui n’ont ni main ni doigts ; ils sont obligés de marcher ou de serrer la mesure, et comme ils n’ont point de doigts, la pointe s’écarte. Tout cela est contraire à un beau et fort jeu.

Dans la démonstration des coups, j’ai expliqué les huit positions dans lesquelles la main pouvoit tirer et parer; elles sont raisonnées , calculées et pratiquées depuis des siècles, sans qu’on ait trouvé le moyen d’y ajouter, encore moins d’en ôter quelque chose. Ces huit coups ont leur huit parades et leur huit oppositions. L’homme savant en fait d’armes , et celui qui sans rien savoir s’amuse à ferrailler, quelque coup qu’ils puissent tirer, ne tirent jamais qu’un des huit coups démontrés. Il est également impossible de rien changer aux parades , et je ne crains

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pas de dire, qu’après Saint-Georges et son maître, il est impossible d’innover en ce genre avec succès.

Les coups droits sont les premiers qu’on fait tirer aux élèves. Dans l’assaut , ces coups sont les plus beaux, les plus simples et en même temps les plus difficiles, ceux qui décèlent le plus de grâce et qui exigent le plus de moyens. On ne parvient à les bien tirer que par beaucoup de travail et d’application. Rien de plus beau que le jeu d’un tireur qui est parvenu à les bien développer de sa place. Si on lui fait un dégagement, sans être bien assuré de son foible , il est toujours prêt à enlever la main et à partir : qu’il fasse un petit faux temps de la main, il en résulte un ébranlement qui suffit pour tirer le long de la lame; c’est alors qu’on reconnoît tous les avantages du mur tiré dans son vrai principe, qu’on ne sauroit tiop détailler.

Viennent ensuite la feinte , la double - feinte , les faux battements , les contre-dégagements , puis les coups compliqués , qui ne sont guère d’usage dans l’assaut, mais de la plus grande utilité au plastron, pour donner de la main et la retenue du corps dont manquent assez souvent les meilleurs tireurs. Des côups compliqués d faut revenir aux coups simples : après tel coup que ce soit on ne peut finir que par un coup de quarte ou de tiei’ce , qu’on doit tirer vite, le principal mérite consistant dans la vitesse.

Si les coups compliqués ne peuvent se faire trop près du talon adverse , les coupés exigent aussi la plus stricte attention. On ne doit faire un coupé que dans le cas où i! y auroit "moins de fer à passer par-dessus la pointe qu’à

dégager dessous; autrement on est exposé aux coups de temps ou d’opposition. Il est toujours dangereux de lever la pointe sur un tireur qui a le fer bien devant soi, et qui est toujours prêt à efilever la main; c’est pourquoi nous n’avons jamais fait faire de feinte de coupé.

La pointe en l’air appelle trop le coup au corps , et rien n’est plus hasardeux devant une main légère qui sait prendre l’opposition juste.

L’engagement, ou attaque au fer, veut autant de légèreté que de justesse; il peut en résulter le plus grand avantage ou le plus grand désavantage, selon l’aptitude ou l’inaptitude avec laquelle il est exécuté.

Le salut donne au corps certaine grâce d’attitude et aux membres de la souplesse. 11 est bon de le faire répéter à la fin de chaque leçon , sur-tout par les jeunes enfants. Lorsqu’ils l’exécutent avec goût, ils ne peuvent être qu’intéressants.

Le mur est le premier exercice des élèves ; celui qui leurparoît le plus simple et le plus ennuyeux , c’est pourtant le plus difficile et le plus étendu: il mène à tout. Celui qui ne sait pas bien tirer le mur ne connoîtpas jusqu’à quel degré de force il auroit pu s’élever. Le plus grand secret des armes est de tirer'vite tierce et quarte.

Les ripostes du tac au tac sont les moins difficiles et les plus naturelles. L’homme même qui ne sait rien, dès qu’il a paré un coup en vend un autre. La riposte en temps perdu est une combinaison de l’art. Après avoir paré on ne peut pas toujours riposter; quand l’adversaire ne se relève pas de suite, et qu’il charge le fer, il faut attendre la retraite pour tromper le fer; cela ne

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s’opère pas sans une grande retenue du corps et beaucoup demain, parceque celui qui se relève doit toujours se relever en défense. La riposte en temps perdu équivaut à un coup d’attaque. Dans cette riposte, dont on ne sauroit trop faire l’éloge, on acquiert la parade, la retenue du corps , de la' main , et le développement.

Après avoir fait mettre en garde, et sur-tout dans la retraite, un maître est obligé de répéter tout ou une partie de ce qui suit : En ligne, étendez la garde, couvrez-vous, relâchez le bras à la saignée, la main demitierce, le fort dans le foible, la pointe basse, légère, relâchez la dureté du bras, de la main , des doigts, effacez-vous, ployez sur la partie gauche, soulagez-la aux dépens de la droite en tournant les hanches, le bras gauche en place, tournez les ongles, enlevez la main , partez, prenez l’opposition, relâchez la dureté, baissez l’épaule, la pointe au corps, la tête droite, le bras gauche détaché de la cuisse, le pied gauche d’aplomb, le jarret tendu, le genou droit perpendiculaire au cordon de la sandale; en garde d’un seul temps, ployez sous vous, etc. Le coup-d’œil réglera ces diverses indications.

Il y a quatre demi-cercles: prime, seconde, demicercle en dedans et octave; employés à-propos, ils sont d’une grande utilité. La parade déprimé est excellente contre les mauvais jeux, d’autant meilleure qu’en la formant, la main se rapproche du corps, et que le fort vient au-devant du foible.

Le dégagé sous la main est vicieux, quoique difficile à parer. Pour l’opérer, on se découvre, et l’adversaire.

tirant aussitôt qu’il sent quitter le fer, il en résulte un coup pour coup. Il est bon de n’admettre de coup tiré que lorsque le foible adverse est pris, en développant le coup avant que le pied soit à terre.

Les faux battements sont des attaques au fer produisant un ébranlement qui le fait serrer, interrompt les contres, et donne la facilité de profiter du faux temps que peut faire un pareur qui ne doit répondre aux faux battements que par des contres, en liant le fer, par des changements d’engagement et le demi-cercle.

On les appelle faux battements pour les distinguer du battement réel.

Les menacés sont plus violents que les faux battements. Ils font aussi plus d’effet, si on ne s’écarte point du sévère principe qui prescrit une grande retenue du corps , et d’opérer de la main seule en tournant. 11 faut le cri et l’appel, remettre de suite la main dans la position demi-tierce, afin de pouvoir tromper le fer sur le produit du menacé. Il est rare que ce produit ne soit pas un faux temps sur une attaque ou une retraite : sur une marche trop grande, le menacé étonne et laisse la facilité de former une attaque; il s’emploie encore utilement sur les changements d’engagement.

Les contres sont un des premiers exercices auxquels les élèves doivent s’appliquer. Il faut y insister longtemps, ne pas aller trop vite, ni à coups multipliés, observer la régularité. Cet exercice, de meme que le mur, donne des jambes, la retenue du corps, de la main, et le bel ensemble des mouvements.

Pour éviter les engagements ou changements d’epée,

il faut beaucoup de finesse, de retenue du corps et d'ensemble. Le maître doit faire répéter cela souvent, sans tirer, en faisant passer la main la première, le corps en place sur le changement; s’il n’est pas fait du fort au foible, il n’y a qu’à tourner la main et enlever. Si le changement est fait du fort au foible avec force, une main légère évite l’engagement , et ne souffre jamais de point d’appui , sans passer du côté opposé à l’engagement fait avec dureté.

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