‹ Traité de l'artério-scléroseChapitre 2 sur 25 · RUE IIAUTEFEUILLE, PRÈS LE BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

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L'étude de l’artério- sclérose a considérablement progressé dans ces derniers temps. Elle s’est enrichie d’observations nombreuses et d’expériences nouvelles. Elle a été mise à l’ordre du jour des congrès médicaux et a donné lieu h d’intéressantes discussions. Tous les problèmes qui se rattachent à cette question si importante et si complexe ont été soigneusement examinés et, s ils n’ont pas été complètement résolus, ils ont été repris et placés sur des bases nouvelles. Le moment est donc venu de coordonner les travaux épars, de passer au crible d’une critique serrée les faits contradictoires, de préciser les résultats acquis, de déterminer dans quelle voie doivent se diriger les investigations futures. Nul mieux que M. Josué ne pouvait prétendre à l’accomplissement d’une pareille œuvre, car nul plus que M. Josué n'a contribué au mouvement actuel.

En 1903, M. Josué signalait le fait nouveau qui a remis en question toutes les données relatives à l artério-sclérose. Il faisait voir que les injections répétées d’adrénaline déterminent chez le lapin des lésions artérielles , comparables à celles qu’on observe

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chez l’homme. Le fait fut vérifié par un nombre considérable d’expérimentateurs, et sa réalité est aujourd’hui hors de conteste. On a bien objecté que les lapins sont atteints d’athérome spontané. Pour exacte qu’elle soit, cette observation ne diminue en rien la valeur des résultats expérimentaux. L’athérome spontané du lapin est fort rare et ne se rencontre guère qu’une ou deux fois sur cent autopsies. L’athérome expérimental se produit d’une façon à peu près constante, il s’observe chez tous ou presque tous les animaux qui ont reçu des doses suffisantes d’adrénaline. J’ajouterai meme que si l’athérome spontané n’existait pas, on n’aurait probablement pas obtenu d’athérome expérimental. Il n’est guère possible de créer des réactions nouvelles. L’expérimentateur ne fait que reproduire ce qui survient dans les conditions habituelles de la vie. Son intervention hâte les évolutions, précipite les accidents, modifie leur marche ou leurs terminaisons ; mais à cela se borne sa puissance.

Quand on injecte de l’adrénaline dans les veines d’un lapin, on produit, en quelques semaines, des lésions qui auraient mis des années à se développer, qui, si les conditions pathogéniques capables de les provoquer avaient fait défaut, ne se seraient jamais produites. Cette remarque explique les différences qui séparent l’athérome expérimental de l'athérome spontané. Le premier se développe rapidement, en quelques semaines ; le second évolue lentement, en plusieurs années. Le premier est dû à des actions brutales, intenses, agissant par à-coups; le second, à des actions lentes, progressives, continues. Les lésions provoquées sont plus marquées et plus grossières, et ce résultat ne peut nous surprendre ; il cadre avec tous les enseignements que nous fournit la pathologie expérimentale. Le rôle du savant consiste justement à démêler ce qui dépend des conditions, ou plutôt des

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nécessités opératoires, et à saisir les caractères communs qui relient les lésions qu’on provoque à celles qu’on observe.

Les faits n'ont d’importance que s’ils conduisent à des conceptions ou à des interprétations nouvelles. Que l'adrénaline soit capable de déterminer des lésions artérielles, c’est une vérité incontestable et incontestée. M ais ce résultat comporte -t-il une déduction pour la pathologie humaine ? Peut-il expliquer le développement de l’artério-sclérose et de l'athérome? Voilà le problème qui se pose et qui mérite d’être longuement discuté.

Pour dénier toute importance à l'action de l’adrénaline , on a fait remarquer que bien des substances sont capables de provoquer des lésions analogues. L’objection n’est pas sans valeur, mais elle n’est pas irréfutable. Parmi les substances qui peuvent léser les artères, il en est quelques-unes qui, par leur constitution chimique , se rapprochent du produit surrénal ; il n’est donc pas étonnant qu elles agissent de même. Pour les autres, il est possible que leur intervention ne soit qu'indirecte ; il est possible qu elles portent leur action, non sur les artères, mais sur les capsules surrénales, qu elles provoquent ainsi une exagération de la sécrétion interne que ces organes déversent dans le sang. Dans cette hypothèse, toutes les lésions artérielles relèveraient d'un trouble capsulaire ; l’hypersécrétion d’adrénaline serait l'intermédiaire obligé entre l’action des causes pathogènes et l’altération du système vasculaire. Qu'une telle explication soit valable pour un certain nombre de faits, c’est possible, probable même. Mais en voulant généraliser, on dépasserait les bornes des déductions légitimes. Mieux vaut, à l'heure actuelle, chercher s'il est possible de déterminer cliniquement,

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chez quelques malades artério - scléreux , l'intervention des surrénales.

On a espéré résoudre cet important problème clinique par l’analyse du sang. On s’est appliqué à déceler dans le sérum des malades la présence de l’adrénaline ; on a utilisé des réactions chimiques plus ou moins sensibles et plus ou moins spécifiques. On s’est adressé ensuite aux réactions biologiques ; on a recherché si le sérum de certains artério-scléreux ne posséderait pas , comme l’adrénaline, un pouvoir hypertenseur ou un pouvoir mydriatique. Les résultats ont été assez contradictoires, et ces recherches, pour intéressantes qu’elles soient, ne fournissent encore aucune donnée précise.

M. Josué a abordé le problème par un autre côté. Il s’est efforcé de grouper certains symptômes qui permettraient de déterminer cliniquement une forme surrénale de l’artério-sclérose. Il est arrivé à créer ainsi un syndrome essentiellement caractérisé par une hypertension artérielle continue, et fréquemment compliquée par de la glycosurie et de l’œdème aigu du poumon. Cette triade symptomatique, les injections d’adrénaline permettent de la reproduire chez les animaux. Voilà donc une intéressante conclusion clinique qu’on peut appuyer sur des recherches expérimentales, et qui conduira peut-être à quelques déductions thérapeutiques.

Tandis que se poursuivaient de nombreuses recherches sur les animaux, les cliniciens essayaient de mieux préciser les symptômes qui traduisent les altérations des artères et d’en déceler les premières manifestations. On est arrivé ainsi à décrire les petits signes de l’artério-sclérose, caractérisés suivant la localisation du processus par des manifestations générales ou des

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phénomènes viscéraux, par de la fatigue et de l’apathie ou par des troubles nerveux, respiratoires, circulatoires, rénaux. En même temps , les perfectionnements apportés aux sphygmographes et aux sphygmomanomètres ont permis de mieux étudier l’état des artères et de préciser le fonctionnement de la circulation sanguine. Ainsi s'est complétée peu à peu l’histoire clinique de l’artério- sclérose.

Une pareille œuvre n’a pu s'accomplir sans le concours d’un grand nombre d’observateurs. Les publications sur l'artério- sclérose sont particulièrement nombreuses. M. Josué a eu la patience de compulser tous les ouvrages, de remonter aux sources, de parcourir et d’analyser les livres et les mémoires des anciens et des modernes. Ce travail considérable a demandé à l’auteur un effort soutenu pendant plusieurs années. Mais cet effort n’a pas été inutile. Le livre de M. Josué est destiné à devenir rapidement classique : c’est une œuvre consciencieuse, admirablement documentée, remplie d’observations intéressantes, de faits nouveaux, d’idées originales.

Sans doute, le dernier mot n’est pas dit sur les différentes questions que soulève l’étude de l’artério-sclérose. Les édifices scientifiques ne sont jamais terminés ; il reste toujours à réparer des brèches, à ajouter des annexes, à reprendre certains contours, à ciseler quelques détails. Parfois une découverte arrive qui semble en bouleverser l'ordonnance et en ébranler les assises. Mais certaines parties demeurent intactes, sur lesquelles s’appuieront les bâtisses futures. Les fondements inébranlables qui résistent à l’usure du temps deviennent plus nombreux et plus solides à mesure que la science progresse. Mais, que de détails à modifier ! Que de questions qui, dans l’histoire de l’artério-sclérose, sont encore obscures ou discutables! Ne nous plaignons pas trop de ces imperfections et ne nous désolons pas de

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ces lacunes. Connaître un défaut ou percevoir une erreur, c’est entrer déjà dans la voie de l'amélioration ou de la vérité.

Lisez le livre de M. Josué. Clinicien, vous y trouverez les indications nécessaires pour le diagnostic et vous y puiserez des conseils utiles pour le traitement. Si vous avez une ambition plus haute et si vous voulez contribuer au progrès scientifique, vous apprendrez quelles lacunes subsistent et vous apercevrez la voie que vous devez suivre. Le livre de M. Josué est un guide pour celui qui veut faire profiter ses malades des acquisitions actuelles, et pour celui qui veut prendre part aux conquêtes futures.

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