‹ Traité de l'aspiration des liquides morbides; méthode médico-chirurgicale de diagnostic et de traitementChapitre 32 sur 79 · FOLET · texte numérisé non relu

FOLET

LÉTIÉVAÎiT.

Hernie inguinale, aspiration sans réduction, kélotomie.

Hernie étranglée, aspiration, kélotomie.

198 DE l'aspiration dans les organes.

En dehors de ces trois catégories, nous possédons encore trois observations qiii ne doivent pas figurer dans notre statistique, puisque l'opération du sac a seule été pratiquée et qu'elles ne rentrent pas dans la méthode telle que nous la proposons. Voici le résumé de ces observations, que nous donnons plus loin en détail :

M. Panas a fait deux tentatives d'aspiration dans Tétranglement herniaire : Tune chez une femme atteinte de hernie crurale, mais le liquide du sac a seul été enlevé, l'intestin ulcéré a été réduit et la femme a succombé ; dans Tautre cas, il s'agit d'un homme atteint de hernie scrolale, le liquide du sac fut seul aspiré, la kélotomie devint nécessaire et le malade mourut des suites de l'opération.

M. Fleury rapporte une observation d'après laquelle plusieurs aspirations furent pratiquées chez un malade porteur d'une hernie inguinale volumineuse qui était irréductible depuis quatre jours, sans être étranglée. Deux vomissements survinrent, qui firent craindre des symptômes d'étranglement ; puis le malade, fatigué de l'inefficacité du traitement, sortit de l'hôpital.

Si nous examinons les vingt-sept observations réunies dans nos trois catégories, au point de vue de Vinnocuité de la ponction aspiratrice, nous ne trouvons pas le plus léger accident à mettre sur le compte de la piqûre intestinale. Que l'intestin ait été réduit ou qu'il ne l'ait pas été, l'aspiration a toujours été parfaitement innocente, les opérateurs le déclarent, et la même conclusion est formulée dans les thèses de MM. Autun, Lecerf et Brun-Buisson. Les vingt malades de la première catégorie guérissent par le

secours seul de l'aspiration ; pour les quatre malades de la deuxième catégorie, la kélotomie devient nécessaire et la guérison en est la conséquence, ce qui prouve que la piqûre intestinale faite préalablement a été parfaitement innocente et n'a compromis en rien le succès de l'opération. Et cependant l'intestin avait été perforé trois fois chez le malade de M. Verneuil (obs. III), on voyait encore les traces de l'érosion dans le cas de M. Richet (obs. II), mais ces piqûres sont si fines, et la petite plaie faite par l'aiguille est si vite oblitérée, que M. Bourdy n'en retrouve plus vestige quand il pratique la kélotomie. Le cas de M. Dobleau (obs. Il) est encore fort concluant, puisque l'anse intestinale qui avait été réduite, et sur laquelle avaient porté les piqûres, fut placée sous l'eau et insufflée sans laisser passer la moindre bulle d'air.

Les trois observations de la troisième catégorie rentrent dans les cas de hernies étranglées opérées par kélotomie et doivent leur gravité aux suites de l'opération, mais l'aspiration est complètement étrangère à ces accidents, et M. Folet insiste spécialement sur l'innocuité de la piqûre intestinale et sur l'intégrité de l'intestin dont un examen minutieux a été fait à l'autopsie.

Dans nos vingt-sept observations, il n'est donc pas possible de retrouver un seul accident qui soit imputable à la ponction asf)iratrice, et l'innocuité en nous paraît définitivement démontrée. Cependant M. Fleury rapporte un cas dans lequel il met en doute cette innocuité, et voici dans quelle occasion :

Plusieurs aspirations sont pratiquées dans une hernie qui n'était qu'irréductible et nullement étranglée. Rien n'est sorti par les aiguilles, la tumeur a conservé son

200 DE l'aspiration dans les ohganes.

volume, elle est devenue douloureuse, deux vomissements sont survenus. Qu'est-ce que cela prouve? Qu'il n'y avait sans doute rien à aspirer dans cette hernie qui n'était qu'irréductible. Je ne dis pas que la manœuvre (sans doute compliquée du taxis) ait déterminé les deux vomissements; mais, d'autre part, je ne vois pas de raison suffisante pour les mettre sur le compte de la piqûre.

Ce qui est certain, c'est que sur vingt-sept malades dont l'intestin a été piqué par l'aiguille aspira trice, nous n'avons à signaler comme accident que deux vomissements sans conséquence, et justement dans ce dernier cas il ne s'agissait pas d'un étranglement.

Conclusion. La ponction aspiratrice d*une anse intestinale herniée pratiquée au moyen de F aiguille n° 1 ou 72° 2 est d'une complète innocuité. Le procédé a pu être parfois inefficace ou insuffisant, mais il a toujours été innocent.

ARTICLE III

DU ROLE ET DE LA VALEUR DE LA PONCTION ASPIRATRICE DANS LE TRAITEMENT DES HERNIES ÉTRANGLÉES.

Les observations que j'ai recueillies et dont je viens de parler peuvent ainsi se résumer : sur vingt-sept cas de hernies étranglées irréductibles par les autres procédés, les vingt réunies dans la première catégorie ont été réduites sans difficulté grâce à l'aspiration, alors que des tentatives de taxis répétées plusieurs fois avec le secours du chloroforme, et faites dans les meilleures conditions, avaient complètement échoué.

Chez ces vingt malades, la kélotomie allait devenir inévitable, si Taspiration des liquides et des gaz n'avait permis de remplacer par une simple piqûre Topération difficile et redoutable faite au moyen de Tinstrument tranchant.

La réduction de ces hernies s'est opérée sans accidents consécutifs et sans le moindre symptôme de péritonite ; les vomissements se sont aussitôt arrêtés, l'intestin a repris ses fonctions, laguérison a été immédiate, et cependant plusieurs de ces malades se trouvaient dans d'assez mauvaises conditions de réussite. L'un est un vieillard de 82 ans dont la hernie est étranglée depuis quatre jours (obs. Duplouy). Un autre est atteint d'une hernie inguinale congénitale (obs. Demarquay), cas extrêmement grave^ puisque M. Demarquay ne se rappelle pas avoir opéré avec succès un seul cas de hernie congénitale. La malade de l'observation III (Dolbeau) est en proie, à trois reprises différentes, aux symptômes de l'étranglement, et trois fois les accidents sont conjurés.

Chez la femme de l'observation VI (Dieulafoy), il s'agit d'une hernie ombilicale d'énorme volume. Les suites de l'opération ont partout été si simples, que ces vingt malades sont passés, sans transition, de l'état le plus grave à la guérison.

Pour apprécier à sa juste valeur le rôle de l'aspiration, il faut considérer que chez la plupart de ces malades le taxis avait été répété à diflérenLes reprises, et par plusieurs médecins, sans donner aucun résultat. Dans 1 observation VII (Demarquay), le taxis avait été appliqué à trois reprises différentes par trois médecins, le chloroforme avait été administré au malade,

et la hernie étranglée avait résisté à tous ces moyens, tandis que, après l'aspiration, elle fut réduite sans le moindre effort. Dans l'observation II (Duplouy), trois personnes avaient pratiqué le taxis et plusieurs fois de suite avec un insuccès complet; l'aspiration est faite et dès lors, dit l'auteur de l'observation, la réduction de la hernie n'est plus qu'un jeu. Dans l'observation XII (Ménard), nous voyons qu'il a été fait sept ou huit tentatives de taxis sans aucun résultat, et, grâce à l'aspiration, la réduction s'effectue sans difficulté.

Je pourrais accumuler les exemples ; ce que je tiens à bien mettre en relief c'est que l'intervention de l'aspiration n'a rien de factice, elle n'a pas été appliquée à des hernies faciles à réduire, nous voyons au contraire qu'on l'a presque toujours utilisée en dernier ressort, c'est-à-dire dans les conditions les moins favorables, à la réduction de hernies étranglées depuis plusieurs jours, et fatiguées par des tentatives répétées de taxis. Or, malgré ces mauvaises conditions de succès, l'aspiration a triomphé de l'étranglement sans difficulté, sans entraîner aucun accident, ce qui nous laisse entrevoir tout le succès qu'on doit attendre de ce procédé quand il sera méthodiquement pratiqué.

Ces faits nous prouvent encore que la présence des liquides et des gaz qui distendent l'intestin est presque toujours la vraie cause qui s'oppose à la réduction des hernies étranglées ; l'aspiration est donc le plus rationnel de toutes les procédés, puiscju'il supprime la cause et qu'il jouit en la supprimant d'une complète innocuité.

Examinons maintenant les observations réunies dans la deuxième catégorie ; elles sont au nombre de quatre.

L'aspiration a d*abord été tentée chez ces malades ; mais l'issue des gaz et des liquides n'a pas été suffisante pour permettre la réduction de Tintestin, car il existait encore d'autres causes d'irréductibilité telles que des adhérences (obs. Bourdy et Dugué). Toutefois ces quatre malades ont guéri après avoir subi la kélotomie, et la piqûre aspira trice n'a compromis en rien le résultat de l'opération.

Les trois malades de la troisième catégorie succombent aux suites de la kélotomie, sans- que la piqûre intestinale soit en rien cause des accidents. Quant aux observations qui ont trait seulement à la ponction et à l'aspiration du sac, et non à l'aspiration de l'intestin, elles ne font pas partie de notre statistique ; si je les mentionne ici, c'est pour montrer l'insuffisance des ponctions du sac, et nous ne pouvons mieux faire que de répéter à leur sujet les paroles de M. Dubreuil :

« Ces opérations ne prouvent rien contre l'opération proposée par M. Dieulafoy. »

Nous restons donc en présence de vingt-sept observations pouvant se grouper ainsi :

Hernies étranglées traitées par aspiration ... 27

Succès complet 20

Demi-succès 4

Insuccès 3

Ce qui nous donne une moyenne de 85 guérisons pour 100 dans le traitement de la hernie étranglée par aspiration ; or, la statistique des hernies opérées par la kélotomie, avant la découverte de l'aspiration, ne donnait que 50 guérisons pour 100 ^ : c'est donc 35 pour

* Thèse de M. Brun-Buisson, page 5.

204 DE l'aspiration dans les organes.

100 en plus, en faveur de l'aspiration. En d'autres termes : sur dix malades atteints de hernie étranglée irréductible par le taxis, on en guérissait cinq, tandis qu aujourd'hui, grâce à la nouvelle méthode, on en guérit de huit à neuf. Telles sont les conclusions imposées par Texamen des faits.

ARTICLE IV

DE l'opportunité DE l'aSPIRATION DANS LA HERNIE ÉTRANGLÉE.

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