NOUVELLE INDICATION DU TAXIS
Dans quel cas et à quel moment doit-on pratiquer l'aspiration d'une hernie étranglée?
L'accumulation de liquides ou de gaz dans le sac herniaire ou dans l'intestin étant un des principaux obstacles à la réduction des hernies étranglées, le type le plus favorable à la réduction par aspiration serait donc une entérocèle sans épiplocèle récemment étranglée et libre d'adhérence. Plus la hernie se rapprochera de ce type, et plus l'aspiration aura chance de réussite. Mais si l'entérocèle est compliquée d'épiplocèle, si l'étranglement est déjà ancien, si les tuniques intestinales sont augmentées de volume, si des adhérences existent entre l'intestin et le sac, ce qui est rare, ou entre le sac et l'anneau, ce qui est plus fréquent, les conditions de réduction par aspiration deviendront moins favorables. La question de traitement paraît donc, au premier abord, subordonnée à une question de diagnostic ; mais comment avoir des notions exactes sur les détails anatomiques que nous venons d'énumérer?
La matité ou la sonorité de la tumeur sont des signes bien trompeurs; la matité due à Thydropisie du sac peut simuler une épiplocéle, tandis que quelques gaz, malgré la prédominance de Tépiploon, peuvent faire supposer une entérocèle.
Nous serons donc parfois exposés à plonger l'aiguille un peu au hasard, sans connaître bien exactement la composition ou l'état de la tumeur ; mais peu nous importe, puisque nous savons que la piqûre est par elle-même inoffensive. Le pire qui puisse arriver, c'est que l'aspiration soit insuffisante, comme dans les quatre observations de la deuxième catégorie ; mais elle ne sera pas nuisible, et si nous sommes aussi affîrmatif, c'est que nous parlons avec des faits et non avec des théories. On ne peut pas alléguer que cette innocuité soit due à une habileté particulière ou à un artifice spécial, puisque vingt opérateurs différents sont arrivés au même résultat. On ne peut pas prétendre que la réussite du procédé soit imputable au choix de cas particulièrement favorables, puisque sur le nombre nous trouvons des hernies de toute espèce, ombilicale, crurale, inguinale, scrotale, et des étranglements de durée variable de, trois, quatre et cinq jours. Or, nous avons établi que la piqûre de l'intestin étranglé est d'une innocuité, je ne dirai pas absolue (rien n'est absolu en chirurgie), mais d'une innocuité telle qu'on peut la pratiquer sans crainte et sans danger; donc la question d'oppoWHTîité nous paraît pouvoir être formulée en une seule proposition, et nous dirons : l'aspiration doit être tentée dans tous les cas de hernie étranglée, quels qu'ils soient, un seul excepté, c'est quand il s'agit d'un étranglement assez ancien pour
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faire craindre la gangrène ou les ulcérations intestinales.
Une autre question se présente : faut-il pratiquer l'aspiration avant ou après le taxis ? La logique nous indique que Taspiration doit être tentée avant toute autre manœuvre. En effet, notre but en aspirant les liquides et les gaz est de placer l'intestin dans les conditions les plus favorables de réduction. Les vingt observations de la première catégorie nous paraissent fort significatives ; voilà vingt malades atteints de hernie étranglée : le taxis plusieurs fois répété, aidé du chloroforme, fait dans les meilleures conditions, ne donne aucun résultat, et il suffît d'aspirer quelques gaz et quelques grammes de liquide pour obtenir la réduction de Tanse herniée.
L'aspiration est donc l'auxiliaire le plus direct et le plus effîca:ce du taxis; reste à savoir si elle doit en devenir l'auxiliaire indispensable. Je prévois les objections : on dira que toutes les hernies qui, jusqu'ici, avaient été réduites par le taxis simple, s'étaient fort bien passées de l'aspiration, et qu'il n'y a, par conséquent, aucune nécessité à imposer comme règle un procédé qui pourrait n'être considéré que comme une exception. Cette façon de raisonner consisterait à proposer l'aspiration quand tout espoir de réduction par le taxis serait perdu. Ainsi, étant donnée une hernie étranglée, on commencerait par faire une première tentative de taxis, puis on administrerait des purgatifs, on recommencerait ensuite le taxis à l'aide du chloroforme, et enfin, comme dernière chance, on tenterait l'aspiration. Telle n'est pas notre opinion. Ah ! si l'aspiration entraînait par elle-même un certain danger, je comprendrais qu'elle
fût réservée comme moyen ultime ou exceptionnel. Mais je me demande si le taxis répété, si la temporisation apportée par des essais infructueux, si Tétat de rintestin qui en est la conséquence, ne constituent par une situation plus redoutable pour le malade que la manœuvre, en somme, si innocente de Taspiration.
Je pense donc que le taxis, tout en conservant son utilité incontestable, doit être relégué au second rang. Les préceptes si savamment posés par M. Gosselin ne perdent rien de leur importance ; le procédé proposé par M. Lannelongue n'en trouve pas moins son application ; mais, en présence d'une hernie étranglée (avec les restrictions que j'ai établies), notre premier soin doit être de pratiquer l'aspiration sans retard, dès qu'une première tentative de taxis a échoué, et sans fatiguer l'intestin et le malade par des manœuvres nouvelles qui nous entraînent trop souvent à temporiser.
Le traitement d'une hernie étranglée (avant d'en arriver à la kélotomie) comprendrait donc trois temps : l" l'aspiration, 2° le taxis, 3** la réduction. Nous allons examiner chacun de ces trois temps en décrivant le manuel opératoire.
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