‹ Traité de l'aspiration des liquides morbides; méthode médico-chirurgicale de diagnostic et de traitementChapitre 47 sur 79 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DU TRAITEMENT DE l'hYDARTHROSE ET DES ÉPANCHE- MENTS DU GENOU PAR ASPIRATION.

Sommaire. — Article I^. — Historique. — Exposé de la méthode. — De rinnocuité des ponctions àspiratrices. — La cause des accidents peut résider daQS le manuel opératoire. — Article II, — Du traitement de l'hydarthrose par aspiration. — Observations. — Durée du traitement. — Valeur et critique du procédé. — Manuel opératoire. — Article III. ^- Du traitement des épanchements hématiques du genou par aspiration. — Observations. — Article IV. — Du traitement des épanchements purulents du genou par aspiration. — Observations.

ARTICLE PREMIER

HISTORIQUE. — DE l'iNNOCUITÉ DES PONCTIONS ASPIRATRICES. — LA. CAUSE DES ACCIDENTS PEUT RESIDER DANS LE MANUEL OPÉ- RATOIRE.

Il est curieux de voir avec quelle facilité certaines idées thérapeutiques, alternativement trouvées bonnes et mauvaises, sont successivement admises et abaiidonnées. Quand on lit les travaux que nous ont laissés des maîtres de la génération précédente, Velpeau et Bonnet (de Lyon), on constate les bons résultats qu'ont donnés entre leurs mains la ponction et Tinjection iodée dans certains cas dhydarthrose du genou, et Ton se demande si c'est par le fait d'une prudence un peu

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timide qu'on préfère le plus souvent les traitements interminables et si peu efficaces du vésicatoire et du badigeon à la teinture d'iode.

L'emplâtre vésicant et le badigeon iodé, dont on fait un tel abus, nous paraissent en général aussi peu favorables à la suppression du liquide dans Fhydarthrose, qu'ils sont peu utiles à la résorption de l'épanchement dans la pleurésie ; c'est le plus souvent une expectation mal déguisée, et qui n'est pas toujours exempte de douleurs et d'accidents. Que de malades atteints d'un épanchement de la poitrine ou du genou, qui en sont à leur troisième, quatrième, cinquième vésicatoire, ayant le derme dénudé sur une large surface, étant exposés aux mauvaises chances de la suppuration, de la cystite ou de Térysipèle, sans que cette médication ait pour elle des avantages qui puissent lui servir d'excuse.

Si la ponction de l'article, suivie de l'injection de substances irritantes, est un procédé qui n'est pas généralement plus suivi , c'est qu'à côté de résultats incontestables il est bien des circonstances dans lesquelles le remède est pire que le mal. Il suffit de lire les vingt-quatre observations recueillies par M. Boinet » et publiées par Roux, Velpeau, Bérard, etc., pour se convaincre que l'injection iodée entrame le plus souvent des accidents inflammatoires intenses, réaction vive, douleurs violentes, si bien qu'il devient nécessaire, pour remédier à la tension et au gonflement rapide de l'articulation, d'employer un traitement antiphlogistique énergique. On comprend donc que celte

* Traité (Tiodothérapie.

méthode, qui est loin de triompher toujours du mal, soit tombée en discrédit, et on la réserve avec raison pour les cas exceptionnels, ou pour les vieilles hydarthroses qui ont résisté aux traitements habituels.

Quant à la ponction simple de Farticle, qui à plusieurs reprises avait été essayée sans succès par divers chirurgiens, Boyer, Denonvilliers, Malgaigne, etc., elle a complètement été délaissée, parce qu'on ne possédait pour la pratique que des moyens d'exécution imparfaits : le trocart ordinaire et le volumineux trocart de M. J. Guérin n'offraient l'un et l'autre que des garanties insuffisantes, et s'il arrivait qu'on pratiquât par exception une ponction articulaire avec ces instruments, on se gardait bien de recommencer plusieurs fois de suite l'opération sur la même articulation; aussi, on comprend que les observateurs qui voyaient l'épanchement se reproduire après une première et une deuxième ponction aient pu croire à la reproduction indéfinie du liquide et se soient préoccupés de rechercher ailleurs que dans la simple ponction de l'article un moyen thérapeutique.

Il en résulte que tout procédé chirurgical était proscrit, et que les épanchements aigus ou subaigus du genou, de nature séreuse, hématique ou purulente, ainsi que les hydarthroses d'origine traumatique, blennorrhagique ou rhumatismale, étaient soumis jusqu'à ce jour à un traitement uniforme, lent dans son action, insuffisant dans ses résultats, et pouvant se résumer en deux mots : révulsifs et compression.

J'ai alors proposé d'appliquer l'asjoira/ioii aux épanchements articulaires, et dans ma présentation à l'Académie de médecine (séance du 2 novembre 1869), je

dis qu'il est possible « d'aspirer les collections articulaires au moyen d'une aiguille capillaire armée du vide préalable, sans qu'on ait â redouter l'introduction d'une seule bulle d'air, et sans qu'une piqûre aussi minime soit capable d'entraîner des accidents de traumatisme: »

C'est la première fois qu'il était question de ce procédé. Je l'avais déjà expérimenté dans le courant de Tannée 1869 à l'hôpital Necker dans le service de M. Potain dont j'avais Thonneur d'être l'interne; je le décrivis ensuite dans un mémoire publié en 1870, et plus tard, le 10 novembre 1871, je donnai dans la Gazette hebdomadaire un article détaillé sur les indications, les contre-indications et le manuel opératoire de la méthode aspira trice appliquée au traitement de 1 hvdarthrose.

Dès le début, M. le professeur Gosselin en patronnant cette opération ^ en avait assuré le succès, M. le D' Aubry en fit le sujet de sa thèse inaugurale '^, les journaux étrangers, en Danemark ^, en Angleterre, * en Russie, ^ reproduisirent les articles pu-

* Gazette des hôpitaux^ 8 janvier 4870,

2 Du traitement des épanchements du genou par aspiration. — Thèse de Paris, 1871.

3 Hydartrus, béhandlet med. aspiration. Hospitals-ridende. Copenhague, décembre 1871.

* Observations Illustrative of the use of Dieulafoy's aspirator. By D' Laffan, Physician to the union Hospital, Gashel. Mareh. 1872.

lUustrations of the surgical uses of the aspirator. By T. Jessop, in the British médical journal. Déccmb. 1872.

5 Applications et usages de l'aspirateur de M. Dieulafoy en Russie, rapport de M. de Kieter, professeur émérite de clinique chirurgicale à Saint-Pétersbourg. Décembre 1872.

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bliés à Paris, firent connaître leurs propres observations et nous prouvèrent que ce procédé opératoire était adopté dans les autres pays. A ce sujet, qu'il me soit permis de remercier nos savants confrères MM. de Kieter et Yanovitch-Tschamsky (de Saint-Pétersbourg), Bilroth et de Mosetig(de Vienne), Rasmussen (de Copenhague), James Little (de New-York), dont Tautorité a si bien contribué à la vulgarisation de la nouvelle méthode.

Cependant, malgré la quantité de documents recueillis de toutes parts et malgré les nombreux succès qui ont été enregistrés, plusieurs chirurgiens mettent encore en doute 1* innocuité de la ponction aspira trice dans l'articulation du genou, et cette question de l'innocuité vient d'être soulevée à la Société de chirurgie de Paris au sujet d un fait rapporté par M. le D' Dubreuil. De sorte qu'avant déjuger la valeur des ponctions aspiratrices comme moyen curatif de 1 hydarthrose, notre premier • soin doit être d'en discuter Y innocuité.

Les plaies articulaires, même les plus simples en apparence, ont toujours inspiré des craintes sérieuses. Les exemples ne sont pas rares, d'individus chez lesquels des blessures insignifiantes du genou ont été le point de départ d'accidents graves, et les faits de ce genre expliquent la répugnance que quelques chirurgiens éprouvent à plonger dans une articulation un instrument quel qu'il soit, même une aiguille aspira- Irice. Comme les théories n'ont jamais convaincu personne, je pourrais parler longtemps de la tolérance de la synoviale à l'état pathologique et de l'extrême fi* nesse des aiguilles, sans rallier à mon opinion ceux

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qui doutent, tandis que si j invoque les faits cliniques, preuves absolues et incontestables, j'espère arriver à faire partager mes convictions et à établir Y innocuité des piqûres aspiratrices dans le traitement des épanchements du genou. Cette première partie du problème étant résolue, nous aurons à discuter la valeur de l'aspiration comme moyen de traitement.

Pour avoir une idée exacte de l'innocuité des ponctions aspiratrices, il suffit d'examiner attentivement toutes les observations qui ont trait au procédé qui nous occupe, en mettant en regard les cas dans lesquels l'opération a été innocente et les cas dans lesquels elle a déterminé des accidents, et, de Texamen consciencieux de ces faits, ressortiront des conclusions qui s'imposeront forcément. En réunissant les observations qui ont été publiées ou qui m'ont été communiquées sur ce sujet, nous arrivons à un total de plus de 150 ponctions aspiratrices pratiquées dans l'articulation du genou pour des épanchements de différente nature.

Nous avons divisé ces observations en deux catégories : dans la première sont réunies les opérations n'ayant déterminé aucun accident ; dans la seconde sont consignés les insuccès, c est-à-dire les ponctions suivies d'accident.

Les observations de la première catégorie sont réunies dans le tableau suivant; on verra qu'elles ont trait à des épanchements de toute espèce : séreux, hématiques et purulents, de nature blennorrhagique, traumatique et rhumatismale.

DE l'aspiration DANS LES CAVITÉS SÉREUSES.

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