TION DU GENOU PAR ASPIRATION
Le degré de purulence d'un liquide est très-variable, depuis celui dont Taspect est à peine louche jusqu'au liquide franchement purulent, et comme on trouve plus ou moins de leucocytes dans tous les épanchements du genou sans exception, il serait difficile de dire exactement où commence la purulence ; toutefois, au point de vue clinique, il est facile de s'entendre, et on se comprend parfaitement quand on parle d'un liquide purulent.
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Il est probable que les épanchements de ce genre, réclament par fois l'intervention des injections modificatrices, mais je n'ai pas encore eu occasion de les employer, et je ne les vois nulle part signalées dans les observations, du reste peu nombreuses, que j'ai réunies sur ce sujet ; les aspirations répétées un certain nombre de fois ont sufjB pour épuiser la source du liquide purulent.
Observation I. — Hydârthrose avec liquide purulent, — Sept aspirations. — Guérison. (Dieulafoy.)
Une jeune femme de vingt-quatre ans entre, le 5 novembre 1870 , salle Saint-Paul , service de M. Axenfeld, à Fhôpital Beaujon. Depuis huit jours la malade éprouve des douleurs rhumatismales dans le bras droit et dans le genou gauche ; la douleur du bras disparaît, mais celle du genou augmente; en même temps l'articulation se tuméfie , elle mesure 38 centimètres et demi de diamètre.
Le 6 novembre, on retire 40 grammes d'un liquide couleur foncée; on y trouve au microscope une quantité de globules de sang et de pus. La malade fait sur son genou des applications d'eau glacée.
Le 7, le liquide a reparu, l'articulation est douloureuse, on retire la même quantité de liquide. Continuation des applications d'eau glacée.
Le 8, même état, aspiration de 35 grammes de liquide dont l'aspect ne varie pas. On fait sur le genou une compression modérée.
Le 9, la compression a été bien supportée ; la quantité de liquide retiré est un peu moindre, 30 grammes.
Le 10, aspiration de 25 grammes. Compression.
Le H, disparition de la douleur, diminution de la tuméfaction ; aspiration de 20 grammes de liquide qui présente toujours l'aspect purulent.
Le 14 , la tuméfaction n existe plus ; la malade allonge la jambe sans douleur. On continue une compression modérée.
Le 20, la malade marche avec facilité, on perçoit le choc rotulien sans qu'il y ait de liquide dans Tarticulation.
Voilà un exemple d'hydarthrose rhumatismale douloureuse, purulente, pour laquelle sept aspirations ont été nécessaires; le traitement complet n'a duré que quinze jours.
Observation IL — Épanchement purulent du genou. — Deux aspirations. — Guérison. (Ménard, de Vitry-le-Français.)
J'ai pratiqué l'aspiration à deux reprises différentes chez la femme d'un confrère atteinte d'arthrite spontanée avec épanchement considérable dans l'articulation du genou. On avait d'abord traité la malade pendant une quinzaine de jours par des vésicatpires répétés, et par des applications réitérées de sangsues. La première aspiration donna issue à un liquide lactescent, et les douleurs qui jusque-là avaient été intolérables se calmèrent aussitôt.
La deuxième aspiration fut pratiquée huit jours après la première, et je retirai un liquide rougeâtre Irès-flbrineux et très-coagulable. La compression fut faite immédiatement, et le genou fut entouré d'un
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appareil ouaté et amidoné. Quinze jours plus tard, la malade, bien qu'ayant encore un peu de roideur dans l'articulation, pouvait marcher facilement.
Observation III. — Épanchement purulent du genou, — Aspiration. — Guérison. (Jessop, de Londres.)
Un garçon de vingt et un ans entre le 19 septembre 1871 à Leeds gênerai Infirmary, avec une périostite aiguë de l'humérus droit; le pus fut évacué au moyen d'incisions.
Le 14 octobre, la fièvre se déclare, et une douleur paraît dans l'articulation du genou gauche. Le 27 octobre, le genou gauche se tuméfie et devient le siège d'une douleur violente; l'aspiration est pratiquée dans ce genou, le 1"* novembre, et on retire deux onces d'un liquide limpide. Mais l'état général du malade est toujours aussi mauvais, l'articulation se tuméfie de nouveau, et on retire, le 10 décembre, neuf drachmes de pus épais. L'opération eut un résultat merveilleux, les douleurs disparurent aussitôt, la santé s'améHora rapidement, et le 12 janvier 1872 le malade quitta l'hôpital.
ARTICLE V
MANUEL OPÉRATOIRE DE l' ASPIRATION DANS LES ÉPANGHBMENTS SÉREUX, HÉ.'tfATIQUES ET PURULENTS DE L* ARTICULATION DU GENOU.
Au moment défaire l'aspiration d'un liquide contenu dans l'articulation du genou, la jambe malade doit être placée dans l'extension, car dans cette position les
surfaces articulaires du fémur et du tibia sont appliquées l'une sur l'autre dans une assez grande étendue, et le liquide refoulé en avant fait saillir la rotule et le triceps. Il est bon d'entourer l'articulation avec une bande de caoutchouc, qui a sur la bande de toile l'avantage d'exercer pendant l'écoulement du liquide une compression uniforme et continue.
Cependant, faute de bande de caoutchouc, on se sert d'une bande de toile ordinaire, en ayant soin, bien entendu, de laisser à découvert le point sur lequel doit porter la piqûre. Ce point varie au gré de l'opéra^ leur; nous indiquerions volontiers le cul-de-sac externe de la synoviale articulaire, au niveau de l'extrémité supérieure de la rotule et à 2 centimètres environ en dehors de cet os.
Pour pratiquer la piqûre on se sert indifféremment de l'aiguille n" 1 ou n"* 2, mais jamais du n° 3 dont le diamètre trop volumineux pourrait entraîner des accidents, à plus forte raison faut-il proscrire 1 usage du trocart. L'aiguille n** 1 dont le diamètre ne mesure qu'un demi -millimètre nous paraît un peu trop fine, bien qu'elle ait souvent été utilisée avec avantage; nous préférons l'aiguille n° 2 qui remplit toutes les conditions et qui n'a jamais donné lieu au moindre phénomène pathologique.
L'aspirateur étant armé, c'est-à-dire le vide préalable étant fait, l'aiguille est mise en communication avec le corps de pompe au moyen d'un tube de caoutchouc, puis elle est introduite dans les tissus au niveau du point désigné pour la piqûre. On ouvre alors le robinet correspondant de l'aspirateur, et l'on pousse lentement cette aiguille, qui porte le vide avec elle^
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jusqu'à ce qu'un jet de liquide, traversant l'index en cristal ou apparaissant dans le corps de pompe, nous indique qu'on vient de pénétrer dans la cavité articulaire. Le liquide est aspiré jusqu'à la dernière goutte, il est inutile de presser Tarticulation ou de la malaxer, car cette manœuvre n'aurait que l'inconvénient d'irriter la séreuse, en multipliant ses points de contact avec l'aiguille.
Dès que le liquide a été évacué, on retire l'aiguille et Ton applique sur la piqûre (ce qui n'est pas absolument nécessaire) un petit carré de baudruche et quelques gouttes de coUodion.
Il faut alors s*occuper de la compression, et l'on doit porter à cette partie du traitement un soin tout particulier, car c'est un des éléments essentiels du succès. On entoure le genou avec une couche légère d'ouate, et une compression assez énergique est faite au moyen de bandes de toile, ou mieux de bandes de flanelle. Mais cela ne suffît pas : il faut encore entourer le pied et la jambe avec ime bande roulée, afin d'éviter l'œdème qui ne larderait pas à se produire, et il est bon de placer la jambe dans une position telle, que le pied en soit la partie la plus élevée.
Vingt-quatre heures après l'opération, on lève le pansement, et l'on observe ce qui s'est passé. Deux cas peuvent se présenter : dans l'un, le liquide ne s'est pas reproduit, ou du moins il ne s'en est formé qu'une très-petite quantité, une nouvelle aspiration n'est donc pas nécessaire, mais il faut, sans attendre, appliquer de nouveau la compression; si, au contraire, l'épanchement a pris d'assez fortes proportions, on pratique l'aspiration et l'on exerce la compression comme Fa
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veille. Le lendemain, on recommence la même manœuvre, et ainsi de suite durant plusieurs jours, en poursuivant le liquide et en l'aspirant à mesure qu'il se reproduit, jusqu'au moment de la guérison. L'introduction de l'aiguille provoque une douleur à peu près insignifiante ; il est très-facile de la rendre nulle (et les malades en ont toujours une grande reconnaissance) en anesthésiant localement le point sur lequel doit porter la piqûre, au moyen de l'appareil de Richardson ou à Taide d'un mélange de sel et de glace.
Le traitement que je viens de décrire est applicable aux épanchements du genou séreux^ hématiqiies ou purulents. Au moment d'introduire l'aiguille on ne saurait trop s'assurer de sa propreté et de sa perméabilité. C'est pour avoir négligé ces détails, qu'on s'expose quelquefois à des accidents ; en introduisant une aiguille oblitérée, on ne voit pas apparaître le liquide, on se demande alors si on a bien pénétré dans l'articulation, on imprime à l'aiguille des mouvements de va-et-vient qui irritent la séreuse, on a recours à une aiguille plus volumineuse, bref, on se livre à des manœuvres dont la conséquence est de déterminer des phénomènes d'arthrite.
L'aspiration ou les aspirations répétées, suivies de compression, nous paraissent devoir être le traitement rationnel des épanchements séreux, hématiques ou purulents de l'articulation du genou. Nous avons déjà formulé notre opinion à ce sujet. Quand un liquide, quelle que soit sa nature, s'accumule dans une cavité séreuse, et quand cette séreuse est accessible, sans danger pour le malade, à nos moyens d'investigation, notre premier soin doit être de retirer ce liquide ; è'il se forme de nou-
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veau, on le retire encore, et plusieurs fois si cela est nécessaire, de manière à épuiser la séreuse^ par un moyen tout mécanique et absolument inoffensif, avant de songer à en modifier la sécrétion par des agents irritants et quelquefois redoutables. Et si l'aspiration dans les limites que nous avons indiquées ne suffit pas, nous croyons qu'il faut, sans moyens intermédiaires, avoir recours à Tinjection irritante, dont le manuel opératoire est de la plus grande simplicité. Grâce aux aspirateurs-injecteurs, il nous est possible de doser l'injection à un gramme près, de la laisser à demeure ou de la retirer jusqu'à la dernière goutte sans avoir à redouter l'introduction de l'air, car l'aiguille qui a servi à extraire le liquide pathologique sert aussi à introduire le liquide modificateur.
Hydarthrose du genou droit, — Aspirations multiples, — Une injection, — Guérison, (Ghairou.)
M. *** était atteint depuis cinq ans d'hydarthrose dans le genou droit, mais les douleurs étaient si tolérables et la quantité de liquide était si minime que M.**' pouvait marcher sans aucune difficulté et se livrer à toutes ses occupations. Un jour,, après une fatigue excessive, il éprouva dans le genou droit une douleur des plus aiguës, et la tuméfaction de l'articulation prit en peu de temps d'énormes proportions; j'essayai de donner quelque soulagement au malade, au moyen de cataplasmes et d'injections morphinées, mais voyant que je n'arrivais à aucun bon résultat, je me décidai à pratiquer l'aspiration du liquide.
Le 12 novembre 1871, je retirai au moyen de Tai-
guille n** 2 de Dieulafoy cent grammes d'un liquide jaunâtre. Le soulagement fut immédiat, mais la collection ne tarda pas à se reformer.
Le 15, aspiration de quatre-vingts grammes de liquide.
Le 22, nouvelle aspiration ; alors, voyant que le liquide se reformait avec une telle ténacité, et en si peu de temps, je me décidai à injecter dix grammes d'alcool. L'amélioration fut graduelle, et le malade put être considéré comme guéri le 15 décembre. Depuis cette époque, j'ai eu occasion de voir M. ***, et la guérison ne s'est pas démentie.