A M. L. L, A MARSEILLE
Les livres ont leur destin, mon cher ami, et il était écrit que ce travail dont vous connaissez une partie déjà, vous irait trouver sur les rivages de la Méditerranée. Quand vous le voudrez lire, installez- vous dans un bois d'orangers en fleur ; les parfums de Tair vous feront peut-être passer sur l'aridité du livre. C'est un ami que je vous envoie, un ami bien cher, croyez-le, mais auquel, pour assurer votre accueil, je crois devoir remettre cette lettre d'introduction ; c'est un fils pour moi, je vais donc tâcher de vous dire ce que j'ai voulu le faire et de vous faire pénétrer dans son cœur.
Quoique antique, le titre qu'il porte n'a rien de bien élevé ; zootechnie eût offert plus de piquant à ceux qui ne connaissent point le grec ; mais ce mot encore peu répandu ne dit pas à tout le monde ce qu'il est, et puis, Je le crois un peu prétentieux. Ce n'est pas que Traité de r économie du Bétail soit beaucoup plus modeste pour-
tant, mais voyez quelle a dû être ma perplexité en présence de la pauvreté de notre langue. Et puis , c'est qu'un titre, c'est souvent la fortune d'un livre, tant de gens jugent sur le titre I II est vrai que j'avais la ressource de créer un mot nouveau, ou d'emprunter un ancien titre, celui-ci, par exemple : Moyen infaillible de se faire plusieurs mille livres de rente, au moyen du bétail, ou encore , le véritable Art d'améliorer, multiplier et engraisser le bétail, et de s'en faire, etc. C'eût été là, pour lui, un brevet probable de succès (s. g, d. g.], si surtout j'avais ajouté : Ouvrage indispensable aux propriétaires, éleveurs, fermiers, etc., etc. Ce que c'est que de nous! Puisse cependant son titre sonore ne pas le compromettre dans le monde !
Et ici, nous allons nous trouver en désaccord formel ; vous m'aviez souvent conseillé de faire sur le bétail un livre élémentaire, écrit en style aussi fleuri que je le pourrais, qui sût se faire lire des gens du monde, un livre qui ne présentât que l'attrait de la forme et n'effrayât pas par le fond, la science enfin, cachée sous le plus de fleurs que possible. Vous aviez certainement raison de demander un semblable travail, mais je n'ai certainement pas eu tort de dédaigner votre conseil. C'est que voyez-vous, et cela entre nous, il est beaucoup plus difficile de faire de la géorgique, de la pastorale dans le style de MM. François Arago, Babinet, Victor Borie ou Edmond About, que de faire de la pédagogie. L'Académie française est plus difficile que l'Académie des sciences, et tel qui peut faire vingt lieues au pas dans sa journée, ne saurait franchir élégamment une haie pour cueillir une rose, ou bien il laissera ses vêtements aux épines. L'aristocratie foncière d'ailleurs, qui s'occupe fort peu d'agriculture et de bétail, ne veut que
des moutons bien peignés et bien frisés, des vaches parfumées et enguirlandées, et je ne me suis pas senti de force à seconder ces travestissements hypocrites. Il faut, pour réussir à faire digérer tout cela, trop de brillant de style, trop de vive imagination , trop d'habitude des trucs dramatiques ; bref, j'aime mieux vous avouer franchement mon impuissance, et laisser à d'autres ces difficiles lauriers.
C'est donc pour les cultivateurs seulement que j'ai écrit, en me plaçant le plus possible au double point de vue de la pratique et de l'économie ; et il m'a semblé qu'il pouvait y avoir quelque chose à leur apprendre, en les initiant aux applications des diverses sciences, en les faisant profiter de l'expérience des hommes progressifs. La routine et l'ignorance ont reçu de terribles échecs depuis vingt ans, savez-vous, et les agriculteurs sont partout maintenant à la recherche du progrès. Quelquesuns même, hélas! s'y acharnent avec trop d'enthousiasme et d'imprudence, s'embarquant inconsidérément sur une barque trop fragile et sans de suffisantes provisions de route. Que j'en ai vus sombrer ainsi, les uns en quittant le port, les autres au moment d'y rentrer, mais ces désastreux naufrages profitent toujours à quelquesuns : on indique les écueils sur les cartes, on place des fanaux, on allume des phares sur les promontoires, et désormais, nul ne veut plus naviguer à l'aventure et sans boussole.
Voyez, par exemple, quels merveilleux progrès ont amenés depuis vingt ans les concours de boucherie et de reproducteurs. Tout le monde a maintenant dans la tête et devant les yeux le type de conformation des races perfectionnées; c'est un progrès déjà, mais ce n'est pas le seul. Toute amélioration dans le bétail correspond pro-
videntiellement à une équivalente amélioration dans la culture, et la tache d'huile va désormais s'étendre lentement, mais sûrement, jusque dans nos campagnes les plus reculées. C'est toute une révolution, révolution paciflque cette fois, et dans laquelle tout le monde gagne, la plus belle loterie dans laquelle l'État puisse placer son argent ; mouche du coche, peut-être, c'est à ce progrès que j'ai voulu aider.
• La science du bétail est une science presque nouvelle ; c'est à coup sûr, de toutes les branches de l'agriculture, celle dans laquelle il y a le plus à faire, sur laquelle il y a le plus à dire. Heureux qui saura dire de bonnes choses : Pauca si bom, satis; s'il y a dans ce livre quelques conseils utiles, c'est assez. Malheureusement, l'économie du bétail ne repose encore que sur quelques bases parfois contestables, l'observation et la comparaison des faits ; les expériences, vous et moi savons comment on les fait trop souvent, et quelles inductions erronées on en peut tirer. Vous connaissez l'histoire de ce publicistequi, voyageant en hiver dans une chaise de poste hermétiquement close, mit par hasard le nez à la portière au relais d'un village espagnol, et apercevant la servante rousse plantée sur la porte de l'auberge, tira son crayon et ses tablettes, et inscrivit gravement ces lignes précieuses : « En Espagne, toutes les femmes sont rousses. » Hé bien I nous sommes tous un peu, plus ou moins, ce voyageur : un fait nous frappe, nous le généralisons pour en tirer des conséquences; nous torturons même souvent les chiffres pour les faire concorder avec nos idées, et nous écrivons glorieusement : La race mérinos
est celle qui produit la laine la plus fine, donc , etc.
Ce n'est pas, non plus, une petite affaire, que de tourner et retourner une question afin de l'envisager sous toutes
ses faces ; et le parti pris d'ailleurs, et les idées préconçues dont il est difficile de se débarrasser!
Conclure du particulier au général, est une des plus grandes erreurs qu'on puisse commettre en agriculture comme en économie du bétail; il y a tant de circonstances minimes en apparence, puissantes en réalité. Aussi, bien des cultivateurs qui lisent assidûment les divers journaux d'agriculture ne doivent-ils pas être médiocrement surpris de voir, chaque mois en quelque sorte, changer ce qu'on a jusqu'ici appelé les principes de la science.; ce qu'on a cru vrai en décembre devient souvent erreur en janvier. C'est que la science n'existe pas encore, c'est qu'elle tend à se constituer en prenant pour bases les expériences de tous, expériences faites avec plus ou moins de conscience ou d'habileté, sur divers sols, sous différents climats, etc.
Et puis, il faut le dire aussi, en France, l'action est enthousiaste, la réaction intolérante et fanatique. Les révolutions, plus que partout ailleurs, sont fréquentes, non pas tant en politique que dans les arts et les sciences. Ce qu'on adorait hier, on est tout disposé à le brûler aujourd'hui; les idoles d'un jour reçoivent des statues de carton-pierre ou d'argile, que le coup de pied du premier passant renverse bientôt dans la boue. Le Français n'éprouve pas un moins grand- plaisir à renverser qu'à édifier, et on l'a souvent dit : il n'y a chez nous de définitif que le provisoire./^
Voyez plutôt quelles vicissitudes a subies la question fondamentale des haras : organisée, tolérée, supprimée, rétablie tour à tour, recevant comme annexe une école bientôt renversée sous prétextes d'inutilité et d'économie. Attaquée par les uns comme une superfétation, soutenue par les autres comme indispensable à la production et à
la défense nationales, voyant son existence chaque jour mise en question, quel bien vouliez-vous que fît une semblable administration? L'existence des vacheries de l'État ne fut pas moins difficile, mais plus heureuse que V Institut agronomique, elles conquirent le droit de rendre des services. Mais patience, quand tous les États de l'Europe auront successivement organisé leur école centrale d'agriculture, nous relèverons la nôtre, et reconstituerons notre précieux muséum des races domestiques. Il nous plaît, à nous, de recevoir de l'étranger des idées toutes faites; il nous faut des Américains pour nous établir à Longchamps des courses au pas et au trot pour les chevaux de trait; il nous a fallu aller en Allemagne pour étudier l'organisation du crédit foncier, en Angleterre pour apprendre l'élevage et l'engraissement du bétail. Ce n'est pas que nous nous en plaignions, la France ne saurait prétendre au monopole des connaissances humaines ; * mais ce qui m'attriste, c'est de voir des entreprises fondées sur des bases mal étudiées et qui se terminent par une chute ; c'est de voir l'instabilité générale dans les idées. On court après le progrès et comme le chien de la fable, on lâche bien souvent la proie pour l'ombre.
C'a été souvent, mon cher ami, la conclusion de nos causeries, que cette recherche du progrès était une étude noble et belle, mais qu'en pratique, il ne fallait procéder • à une améhoration, quelle qu'elle soit, que par des transitions prudemment ménagées. On ruine un pays en substituant du jour au lendemain la liberté à l'escla- • vage ; on ruine une industrie en l'émancipant tout d'un coup de ses entraves; on ruine une terre en la faisant trop rapidement passer de la stérilité à la richesse. Il faut être préparé, depuis longtemps déjà, à la liberté et à la fortune pour en savoir jouir. Vous connaissez la fable
qui nous montre un chien de garde au cou pelé par son collier, et qui, sollicité à la désertion par un frère vagabond, repousse très-prudemment ses conseils. Le cultivateur en France, a besoin de tutelle, de direction, d'encouragement. Ce qui n'empêche pas un grand nombre de gens de se plaindre de ce qu'ils appellent un joug déshonorant, et de réclamer la liberté immédiate et complète, prétendant que, guidé par son intérêt, le producteur saura bien trouver la vérité. Et on ajoute : Voyez plutôt l'ingleterre où le gouvernement ne patronne, ne subventionne rien ! Ce qui est faux d'abord et ce qui ne prouverait rien ensuite, à raison des immenses différences que présentent les deux royaumes.
On est à peu près d'accord aujourd'hui, grâce aux prédications de MM. de Gasparin, Lecouteux, de Lavergne, que la meilleure agriculture est l'agriculture intensive ou ^améliorante; et cependant, ce n'est qu'implicitement qu'on a laissé entendre que la meilleure économie du bétail était l'exploitation intensive des animaux. Seulement, pour le sol comme pour le bétail, il faut agir avec réflexion, prudence et habileté. Ce n'est pas tout que d'être riche et bien intentionné, l'enfer est pavé de bonnes intentions; il faut surtout savoir dépenser son argent.
Pour nous, la question est celle-ci : tirer du cheval de trait le plus de travail efl'ectif, au meilleur marché possible; exiger beaucoup des animaux bien nourris; nourrir beaucoup pour avoir beaucoup de produits, et cela de même pour le bœuf, la vache, le mouton et le porc. Mais ceci suppose encore des races améliorées dans chaque spécialité, c'est-à-dire la spécialisation. C'est là évidemment qu'il nous faut virer, mais le chemin le plus court n'est pas toujours l'inflexible ligne droite;
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c'est souvent gagner du temps que d'en savoir perdre à tourner les obstacles; or, il n'y a guère de fortune qui ' puisse conduire bien loin son homme sur la route étroite et ardue du progrès direct et par des trains exprès. Les convois omnibus qui tournent la montagne au lieu de la gravir parviennent bien plus sûrement à planter leur drapeau sur son sommet. Ici, il faut l'avouer, les Anglais sont nos maîtres encore, et nous devons les imiter pour notre plus grand profit. Ils ont appliqué à toutes leurs espèces domestiques le principe économique de la spécialisation, ou comme qui dirait, la division du travail: races de trait au pas, chevaux de course ou de chasse, bœufs d'engrais ou vaches laitières, moutons, porcs et volailles, sont construits chacun pour la perfection en leur genrCi^^i i^-i^ aiyaiiiiOu. ~ium ii^iOqqm mq ^o-i}^' En Franc^év nous pôtivôins^dèâ à prtsent tendre à la création de cies divers types : améliorer nos races cheva- * lines et bovines de trait vers la vitesse d'allure au pas ; celles d'engraissement et de laiterie vers une aptitude plus précoce et plus décidée. Ainsi, les bœufs nantais, d'après M. Jamet, parcourent en moyenne 25.600 mètres par jour, étant attelés à une charrue et exécutant un labour de 0'".33 de largeur de bandé avec une profondeur de 0"*. 20, -soit tournées et dérayures comprises, 80 ares par jour de dix heures de travail, en sol de . moyenne consistance. Que de chevaux restent, dans nos fermes, au-dessous de ces chiffres. A l'institut de Versailles, les attelages de chevaux suffolks-punchs et clydesdales labouraient en moyenne un hectare dans leur journée, les percherons et les boulonnais 70 à 80 ares seulement. Pourquoi les races suffolk et clydesdale ne recevraient-elles pas entrée dans les dépôts de quelques-uns de nos haras? Pourquoi ceux de ces animaux qui avaient
été achetés pour l'institut de Versailles ont-ils été dispersés en Bresse et en Bretagne , où ils sont à peu près sans utilité, au lieu d'avoir été placés dans le Boulonnais, la Flandre ou le Perche, où ils auraient pu rendre de grands services? Pourquoi enfin ne pas encourager la création de races de gros trait au pas allongé, pour le roulage et la culture, de même qu'on a créé des races de trot et de galop ?
Mais quels progrès accomplis depuis quelques années! Ce qu'on estimait surtout dans une race, il y a quelque trente ans, c'étaient, avant tout, la sobriété et la rusticité ; aujourd'hui, on en tient beaucoup moins de compte ; on aime mieux des animaux qui mangent davantage et durent moins longtemps, à la condition que, par rapport à leur nourriture et à leur valeur, ils produisent une plus grande somme de travail, de viande ou de lait. La quantité de foin ou l'équivalent nécessaire pour produire soit un kilogrammèlre de travail, soit un kilogramme de viande ou de laine, soit un litre de lait, voilà le critérium pour les races actuelles; voilà ce qu'il faut déterminer par des calculs et des expériences, voilà ce qui nous conduira à la vérité vraie ; voilà en^in ce qui détruira bien des réputations usurpées, ce qui réhabilitera bien des races inconnues ou méprisées , jusqu'ici.
J'ai souvent été pris d'une miséricordieuse affection pour une de ces races que tant de gens prennent pour but de leurs railleries plus ou moins spirituelles, le pur sang anglais. L'a-t-on assez élevée sur le pinacle ! l'a-t-on assez accablée sous le mépris! Instabilité des choses humaines! Hier, l'hôte obligée de toutes les fêtes, demain peut-être proscrite de toutes les réjouissances; il y a trente ans, base de tout progrès; depuis vingt ans
accusée de toutes nos infortunes équestres. Pauvre race qui ne méritait sans doute
Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité!
Les fautes commises par l'homme sont rejetées sur une race calomniée et qui devra supporter sans se plaindre l'injustice des reproches en attendant le jour prochain delà réhabilitation. Du reste, nous devrions être habitués à ces revirements d'opinion publique. N'accuse-t-on pas aujourd'hui la race percheronne d'avoir dégénéré parce qu'elle s'est affinée, allégée enfin, avec l'infusion du sang oriental et anglais. Elle a dégénéré, cela est constaté par de récents documents officiels; les vétérinaires et les cultivateurs de la Beauce et du Perche l'écrivent et le répètent chaque jour, depuis quelque temps. Et d'abord, les races ne dégénèrent pas; elles se transforment suivant les besoins de l'époque. Or, la race percheronne suivait le progrès général en devenant plus légère, en recevant par les soins de Tadministration un peu de sang anglais ou arabe. Mais, voilà qu'un beau jour la compagnie des omnibus parisiens s'avise d'installer sur l'impériale de ses voitures des banquettes supplémentaires, et de recevoir vingt-huit voyageurs au lieu de seize ; il lui faut dès lors des chevaux plus lourds, plus massifs, et qu'elle doit payer un prix plus élevé. Grand émoi dans le Perche qui, à peu près seul, en reprenant son ancien type et l'alourdissant encore, pouvait fournir à. cette consommation importante et lucrative. Et les éleveurs de crier que la race a dégénéré, et de s'en prendre aux haras d'abord
et à la race ensuite. A quoi îiennent les révolutions I Et l'histoire de ces dernières années est pleine de faits aussi sérieux. Mais pourquoi les cultivateurs du Perche n'adoptent - ils point le croisement suffolk lorsqu'ils veulent faire des chevaux d'omnibus? Pourquoi ceux qui veulent faire des chevaux de cavalerie, de diligence ou de cabriolet ne continueraient-ils pas à donner un peu de sang oriental? Il y a là de quoi contenter tout le monde.
Disons-le donc franchement : tout disposés à imiter ce qui se fait ailleurs qu'en France, et à chercher le progrès, nous avons trop négligé l'étude des bases sur lesquelles repose toute amélioration du bétail, qu'on agisse par le régime ou la sélection, par le croisement ou le métissage. Point d'idée nouvelle qui n'ait eu ses adeptes, point de race qui n'ait eu ses adorateurs; tandis que derrière ceux-là marchait , en bataillon serré et invincible , la légion nombreuse des conservateurs , trop souvent bafoués du nom de routiniers. Car notez bien qu'il y a la bonne et la mauvaise routine : la bonne, celle qui gagne de l'argent et qui n'a pas assez de capitaux, cependant, pour faire mieux; la mauvaise, celle qui possédant tous les éléments du progrès, argent et sol riche, repousse, de parti pris toute amélioration connue, et s'en tient au statu quo de ses pères.
Que si la science du bétail commence seulement à pénétrer parmi nos cultivateurs , il ne faut pas s'en prendre à eux. Faites-leur connaître et procurez-leur de bons types, enseignez- leur l'art de produire beaucoup de bon bétail, et les cultivateurs, qui savent calculer, vous suivront dans cette voie. C'est ce que j'ai tenté de faire dans ce travail, mon cher ami, et à défaut de réussite, au moins me complerez-vous l'intention. Il m'a
semblé que, pour produire de bon bétail, il fallait connaître les lois de la physiologie; c'est là la base d'où tout découle, reproduction, alimentation, spéculations; mais il faut y joindre encore l'élément économique, le prix de revient comparé au prix de vente. Que de gens achètent au prix de dix francs, et sans s'en douter, une pièce de cent sous I Les lois de la physiologie sont unes ; celles du prix de production varient à l'infini ; aussi , si j'ai cherché à exposer les premières en me tenant, autant que je l'ai pu, au niveau des connaissances actuelles, je n'ai dû tenter, pour les secondes, que de fournir les éléments de calcul ou de rechercher le prix moyen. Je me suis, autant qu'il m'a été possible, rapproché de la pratique, et j'ai fait usage, comme vous le verrez, des utiles renseignements que vous aviez recueillis sur l'agriculture du Nord et que vous aviez bien voulu me transmettre ; j'y ai joint ce que la pratique m'a permis de recueillir dans les diverses stations de ma vie rurale, en Berry, dans la Bresse, le Gâtinais, la Bretagne, la Normandie, etc.; j'ai cherché à me rendre compte de l'opinion des cultivateurs anglais sur différentes questions , de leurs pratiques dans certains systèmes. Enfin j'ai cherché partout la vérité ou du moins les éléments qui pouvaient m'y conduire, et cela de bonne foi et, autant que possible, sans idées préconçues. Puissé-je être assez heureux pour être utile à quelques-uns, et obtenir votre plus ou moins complète approbation !
Tout à vous d'affection , etc.