‹ Traité de l'économie du bétailChapitre 62 sur 64 · STABULATION · texte numérisé non relu

STABULATION

La stabulation a sur le pâturage cet immense avantage qu'elle procure une plus grande masse d'engrais; mais aussi, elle exige un climat favorable à la culture des fourrages soit naturels, soit artificiels, un sol riche, des capitaux abondants, une population nombreuse, plus de soins et de surveillance. Autant le pâturage économise la main-d'œuvre, autant la stabulation est exigeante sous ce rapport. C'est ^oui remédier au manque de densité de population causé par l'émigration, que les Anglais qui adoptent de plus en plus la stabulation , recourent avec tant d'ardeur aux instruments perfectionnés mus par le bétail ou la vapeur, machines à battre, à faucher, à faner, à moissonner, à labourer, à drainer, à houer, à semer, etc., etc.

Disons encore que si la stabulation est à peu près indispen-

sable au bétail de trait, elle est souvent nuisible à la santé et au produit des vaches laitières, et surtout au développement des jeunes animaux, dans les races qui depuis un long temps sont entretenues au pâturage. A cet inconvénient, les Anglais remédient dans l'engraissement et l'élève, et dans l'entretien des vaches laitières, par l'emploi de straw-yard (cours à litière) et de paddocks (petits enclos), où les animaux trouvent de l'air et peuvent prendre de l'exercice tout en améliorant la qualité des fumiers dont par le tassement , ils rendent la fermentation plus égale. La vacherie d'élevage de l'école impériale d'agriculture de Grand-Jouan, celle de Dampierre chez M. de Béhague, offrent en France de bons modèles de ce genre de disposition ; les propriétaires éclairés du nord de la France, MM. Bazin, Decrombecque , entre autres l'ont également adopté ; Stephen dans son Livre de la Ferme, donne de nombreux modèles d'étables disposées d'après ces principes.

Un des grands reproches faits à la stabulation, c'est d'exiger l'emploi des pailles en litière, au lieu de permettre leur animalisation avec profit par la nourriture du bétail, et d'exiger de vastes logements pour abriter les animaux et leurs provisions fourragères. Au premier reproche, M. Huxtable, de Sulton-Waldren (Dorsetshire), fermier de deux exploitations importantes, répondit en construisant des box avec planchers mobiles à clairevoie. Les tringles sont écartées, pour les moutons, de O^.OIS les unes des autres j pour le bétail à cornes, le plancher en pente est formé de madriers écartés de 0".025, de manière à laisser passer les excréments solides et liquides qui sont reçus en dessous par du sable ou de la terre , tandis que les animaux sont toujours sainement et proprement. D'autres cultivateurs que M. Decrombecque a imités, construisent leurs box à un mètre en contre-bas du sol j on ajoute successivement et chaque

jour, dans cette fosse où Ton a descendu l'animal , de la terre argileuse et un peu de paille, qui absorbent toutes les urines et ne laissent dégager aucun gaz ni aucune odeur (1).

Au second reproche, tous les fermiers anglais répondent par des constructions économiques en sapin couvert de bruyères, et à claire-voie, ou fermées de branchages ou de planches brutes ; par la mise en meule du fourrage et en silo des racines. Voilà donc bien des objections dont l'importance diminue beaucoup dans la pratique; la Bretagne tout entière peut servir de modèle sous le double rapport de l'économie des constructions pour le bétail, et d'emmagasinage des fourrages et racines. Un reproche plus fondé, peut-être c'est que la nourriture d'hiver du bétail à 1 etable nécessite la culture des plantes-racines, le plus coûteux de tous les fourrages; mais outre que les racines sont la condition indispensable de l'entretien de tout bon bétail, elles font partie intégrante et presque nécessaire de toute bonne culture, dans les terres argileuses surtout. Ce n'est donc point à la stabulation qu'il faut s'en prendre, et il n'est point prouvé en somme et tout bien considéré, que la culture des racines soit onéreuse pour une exploitation.

La stabulation a pour effet de rendre les animaux plus doux et plus dociles ; elle fait épaissir la peau tout en la conservant souple; le poil devient plus gros et quelquefois frisé, tout en restant doux. Les chevaux élevés au râtelier ont le plus souvent l'encolure longue, rlroite, souvent même renversée ; la tête, en général est courte, fine et carrée 5 les reins sont quelquefois ensellés et la croupe horizontale avec la queue attachée haut, par suite de la position que prend l'encolure pendant le repas. Les

(1) Des dessins représentant ces diverses dispositions pour les étables, les bergeries et les porcheries sont insérés dans le Traité des constructions rurales, par L. Bouchard. 3 volâmes grand in-8% avec 150 planches.

membres présentent souvent des aplombs défectueux ou une conformation vicieuse, par le défaut de soin apporté aux sols d'écurie, et le manque d'exercice dont les jeunes chevaux auraient tant besoin, aussi rencontre-t-on souvent chez les sujets élevés ainsi les jarrets clos et étroits, les pieds plats ou encastelés, panards ou cagneux. Les inconvénients sont beaucoup moindres pour le bétail à cornes, et ne portent guère que sur l'ensemble de la constitution interne. Certaines races, celle flamande par exemple, se reproduisent cependant sous ces influences depuis un longtemps, sans qu'on ait observé de sensibles inconvénients. C'est le régime qui règle les aptitudes bien plus que le système d'alimentation, et le séjour permanent à l'étable n'est pas plus nuisible à la production du lait qu'à celle de la graisse. Les vaches laitières fortement nourries seules, sont disposées à la phthisie quand elles ont atteint l'âge de six à huit ans.

Un des sérieux avantages de la stabulation, et que nous avons omis de noter plus haut, c'est qu'elle permet de surveiller l'acte de la reproduction bien plus facilement que le pâturage. Dans ce dernier système, en effet, ou les mâles sont mis en liberté avec les femelles, et alors l'accouplement est livré au hasard; ou ils sont conservés à la ferme, et alors beaucoup de chaleurs passent sans être remarquées et les femelles deviennent ensuite stériles ; joignez-y les embarras que présente le retour des femelles du pâturage à la ferme, retour impossible quand les pâturages sont éloignés dans les montagnes, ainsi qu'en Auvergne. La stabulation est donc à peu près inséparable de toute œuvre d'améhoration dans le bétail. Nous ne parlerons point ici de la stabulation mixte, quoique ce soit la pratique, de beaucoup, la plus commune en France ; ses effets physiologiques sont moins marqués que ceux des deux

systèmes purs, et se résolvent dans la question du régime dont nous allons nous occuper.

Quant à la question économique, elle a été résolue à un point de vue par les expériences tentées par MM. de Dombasle, de la Tour et un boucher de Metz et desquelles il résulte que, si on fait exception des embouches de première qualité, le fauchage donne un produit plus abondant que le pâturage, c'est-à-dire que la même superficie nourrira un poids plus considérable de viande, étant fauchée, que pâturée. Cette conclusion est confirmée encore par le mémoire précité de M. Durand de Caen.

§ 5. Fixation et distribution des rations.

Les aliments qui doivent entrer dans la composition des rations sont de trois sortes :

V Aliments nutritifs à un haut degré (principes plastiques et respiratoires, — grains, tourteaux, farines, etc.).

2<* Lest solide (paille, balles de céréales, foin, siliques de colza, son, résidus demi-solides d'usines).

3° Lest dissolvant (eau, résidus fluides de distilleries, sucreries, féculeries, amidonneries).

La plupart des aliments remplissent en partie les deux premiers de ces rôles , mais à divers degrés ainsi que nous allons le voir. Nous avons examiné plus haut quelle devait être la proportion entre les principes plastiques ou azotés, et les principes respiratoires ou ternaires et carbonés. Cette portion de la ration doit subvenir aux exigences de la vie sécrétrice et à l'entretien des organes et appareils fonctionnels ; accroissement et réparation des muscles, des os; sécrétions de la graisse, du lait, de la laine, du veau, etc. Mais pour que la digestion puisse

s'exécuter régulièrement, pour que Tassimilation, par conséquent, puisse être aussi complète que possible, il ne suffit pas de fournir les principes nutritifs à l'état d'extrait, il faut qu'ils soient renfermés dans des aliments assez volumineux, d'une mastication et d'une digestion faciles, ou bien qu'ils soient accompagnés d'aliments ayant ces propriétés, et formant ce qu'on nomme lest. Le foin, la paille, la balle des céréales, le son, etc., remplissent en partie ce rôle, et ont surtout pour effet de remplir suffisamment l'estomac, de tendre les organes, quelquefois d'absorber une partie de l'humidité surabondante d'autres aliments composant avec eux la ration, en un mot, de rendre la digestion possible et efficace. C'est ce même rôle que remplissent en partie le pain et la soupe dans l'alimentation de l'homme. De même que chez lui, la digestion serait difficile ou incomplète avec l'ingestion exclusive de la viande, de même aussi pour un cheval qui ne recevrait que de l'avoine en ration, quelle qu'en fût la quantité; aussi ajoute-t-on à ce grain, du foin et de la paille ou tout autre fourrage naturel ou artificiel vert ou sec.

Le lest contient bien une certaine proportion de principes azotés, mais surtout des principes respiratoires et de la fibre ligneuse dont la plus grande partie ressort intacte du corps après la digestion. Les racines, les fourrages verts et secs peuvent seuls et sans inconvénient pour la plupart des animaux composer à eux seuls une ration d'entretien. Mais dès qu'on veut obtenir un produit quel qu'il soit, travail, vitesse ou sécrétions, 11 faut leur adjoindre d'autres aliments plus riches en azote.

La relation entre les aliments nutritifs et le lest doit être calculée avec le volume à ingérer dans l'estomac et suivant le but qu'on veut atteindre. Un animal qu'on veut simplement entretenir sans lui demander de produits, pourra recevoir plus

de lest et moins d'éléments nutritifs, mais les intestins et l'estomac seront distendus, et le ventre retombera volumineux. Un cheval qui doit faire un service de grande vitesse recevra sa ration presque exclusivement en aliments très-nutritifs avec fort peu de lest, aussi aura-t-il le ventre relevé et souvent levretté. Pour ceux dont on veut tirer des produits réguliers et économiques, le lest n'arrive qu'en supplément après la ration d'aliments nutritifs et le mieux est de le laisser, comme les Anglais, à la discrétion instinctive de l'animal.

Le lest liquide ou dissolvant n'est pas moins indispensable à l'accomplissement fructueux de la digestion; il ramollit les fibres ligneuses, mélange dans l'estomac les divers aliments grossièrement broyés, les prépare à l'action des sucs gastriques, etc. La proportion du liquide à ingérer varie avec le régime vert ou sec, et les aliments qui le composent. Les moutons boivent proportionnellement moins que le cheval, et celui-ci moins que le bœuf. M. Riedesel, cité par Villeroy, fixe la proportion du hquide absorbé à 4/30 du poids vif, pour la vache, en y comprenant l'humidité contenue dans la ration. M. Villeroy pense que pour les bêtes à cornes à l'engrais, cette ration doit être composée d'un tiers d'aliments solides, et deux tiers d'aliments délayés; mais il parle de résidus d'usines, et nullement, ce qui est le cas le plus ordinaire, de l'eau simple. 11 ajoute cependant qu'une vache de taille moyenne doit consommer 80 litres de liquide en trois repas, et cela sans doute, au régime sec. M. Coliot {Manuel de la vache lanière^ p. 89) dit qu'une petite vache doit absorber par jour 50 litres d'eau, une moyenne 70, une grande de 90 à 100; un bœuf de travail 120, un bœuf à l'engrais 150. Nous pensons que l'eau à introduire dans l'estomac, en dehors de la ration doit être laissée à la volonté de l'animal, en invitant pourtant, par certains mé- •I. 25

langes, les vaches laitières à en absorber la plus grande quantité possible, quand on spécule sur la vente du lait en nature. Mais si l'on voulait établir à cet égard quelques chiffres positifs il serait indispensable de tenir compte, comme M. Riedesel, de.rhumidité renfermée dans les aliments. M. Lefour est plus explicite que MM. Villeroy et Collot: « Les individus de Tes- « pèce bovine, dit-il, paraissent absorber 4 à 5 parties d'eau « pour une partie sèche. J'ai reconnu qu'en hiver, une vache « buvait 30 à 35 kilogr. d'eau. C'est également la proportion « observée par Tessier. En été, quoique la nourriture verte « contienne souvent les quatre cinquièmes d'humidité, l'animal « absorbe quelquefois une masse de liquide aussi considérable « qu'en hiver, mais sa transpiration est plus abondante. La a proportion de la partie sèche et humide, indépendamment « de la boisson, pourrait être fixée dans le rapport de 4 : 1 en a hiver, et de 3 : 1 en été. » {Annales de l'agriculture française, 3' série, t. XX, 1837, p. 86.)

Afin de pouvoir plus facilement calculer les rations, on a cherché à établir, tantôt d'après la composition chimique, et tantôt d'après les expériences pratiques, le rapport nutritif qui existait entre les divers aliments, en prenant pour type le bon foin de prairies naturelles. Mais d'abord quel sera l'étalon de ce fourrage typique, dont les qualités sont bien loin d'être identiques sur les différents sols et sous les divers climats delà France même. Et puis les mêmes aliments ne possèdent pas les mêmes qualités relatives à l'égard des animaux de nos différentes espèces domestiques. Il faudrait, pour arriver à une certaine exactitude, une foule d'expériences longues et coûteuses autant que difficiles. Tels qu'ils sont cependant, ces tableaux d'équivalents nutritifs, formés de la moyenne donnée par un grand nombre de cultivateurs ou de savants habiles, peuvent

rendre de grands services au praticien. Nous ne les- recopierons point ici, par la raison toute simple qu'on les trouvera partout.

Dans le calcul des rations donc, on a pris pour base, d'un côté la conversion des aliments en leur équivalent nutritif de foin, de l'autre, le poids vivant de Tanimal ; les auteurs sont généralement d'accord aujourd'hui :

1** Que pour entretenir un animal adulte dans un état moyen d'embonpoint et de santé, sans lui demander aucun produit, il fallait lui accorder par jour 1". 500 de foin par chaque 100 kilogr. de son poids vivant. C'est la ration d'entretien.

2° Que pour obtenir un produit quelconque d'un animal (travail, viande, lait, veau, etc.) il fallait lui donner une ration au moins double de la précédente, soit 5 kilogr. de foin par 100 kilogr. de son poids vif. C'est ce qu'on appelle la ration d'accroissement ou de production.

1 Nous croyons qu'en France on se resserre trop parcimonieusement dans ces limites, et cela, aux dépens de la production économique; aussi, verrons-nous plus loin un nourrisseur de Paris, M. Damoiseau, donner à ses vaches laitières une ration de 4.37 pour 100; M. Demesmay accorde à ses bœufs à l'engrais 5.40 pour 100; M. de Dombasle, 4.45; M. Hette, 5.39. Les animaux habitués à être bien nourris peuvent sans inconvénient être rationnés à discrétion ; or il n'y a que la ration poussée jusqu'au superflu qui donne la production économique; qu'on relise plutôt l'histoire de ce qui arriva à M. Riedesel avec les Suisses acheteurs du lait de sa vacherie. (Villeroy, Manuel de r éleveur de bêtes à cornes, 1'* édit., p. 179.)

Dans un remarquable mémoire sur Y alimentation et la respiration des animaux^ M. AUiberl, professeur de zootechnie àGrignon, a étabU et appuyé de chiffres et d'expériences cette loi que a la ration complète, exprimée en foin, d'un animal, est

« au poids de cet animal dans un rapport d'autant plus grand « que ce poids est plus petit. » Nous sommes loin de contester cette loi, mais nous pensons que le professeur l'a mal appuyée en se servant de chiffres donnés par les auteurs, MM. Boussingault, Weckerlin, etc. En effet de ce que nous voyons la vache de Simmenthall da poids de 811 kilogr. rationnée par M. Boussingault à 1.85 pour 100 tandis que la bretonne de 190 kilogr. est rationnée à 4 pour 100, s'ensuit-ii que la grande vache allemande est plus économique 5 qu'avec la ration de 1.85 elle donnera autant de lait que la bretonne avec celle de 4, ou en d'autres termes qu'on atteindra le même produit avec 185 kil. de foin donnés à la vache de Simmenthall qu'avec 400 kilogr. donnés à la bretonne? Non évidemment; mais évidemment aussi, la ration de 1.85 était mal combinée ou bien ce n'était qu'une ration d'entretien qu'on ne saurait comparer avec celle de production indiquée pour la vache bretonne. La vraie question à décider, selon nous, est celle-ci : deux vaches de 400 kilogr. poids vivant, chacune, et une vache de 800 kilogr. vif, toutes trois donnant le même produit relativement à leur poids, arrivées à la même époque de vêlage, également nourries jusque-là, toutes proportions gardées, étant nourries à discrétion des mêmes aliments, quels seront en fin de compte la consommation des deux petites et leur produit, comparés à la dépense et aux produits de la grande? Nous croyons pouvoir affirmer que les deux vaches de 400 kilogr. consommeront plus que celle de 800 kilogr., mais que les 100 kilogr. de foin consommés par elle fourniront aussi un nombre de litres de lait beaucoup plus élevé ; il en serait de même aussi de trois bœufs à l'engrais placés dans les mêmes circonstances relatives. Ainsi les petits animaux consomment davantage que les grands proportionnellement à leuf taille, mais ils s'assimilent plus complé-

tement la nourriture. C'est bien là la loi de M. Allibert, mais elle ne ressort point du tout de son tableau des rations.

En somme , avec des animaux bien choisis , et habilemen dirigés, plus on augmente la consommation et plus on élève le produit , plus aussi la production devient économique 5 or, nous avouons ne rien comprendre à ce qu'on appelle ration d'entretien ; que peut faire le cultivateur d'un animal auquel il ne demande rien que du fumier? Les demi-rations comme les demi-fumures sont ce qu'il y a de plus ruineux, et de même qu'il vaut mieux restreindre l'étendue cultivée afin de la mieux fumer, de même il vaut mieux diminuer le nombre de son bétail pour le mieux nourrir. Un sot amour-propre a pu seul jusqu'ici entraîner les cultivateurs français dans cette voie ruineuse. Pour nous, voici comment nous croirions devoir établir les rations de nos animaux :

Chevaux de labour 200 kilog. poidsr vif* 4.00 */•

Vaches laitières 200 — 6.00

Bœufs de travail et d'engrais 400 — 6.00

— , , 700'' poi'i* 4.50

Porcs à l'engrais , 40 kilogr. poids vif. 7 .00

Moutons à l'engrais et brebis portières. .30 — 6 . 25

Ainsi que l'a fort bien établi M. de Béhague dans une note sur l'emploi comparé du cheval et du bœuf, ce dernier ne doit point être traité par un cultivateur qui comprend son intérêt, comme un animal exclusivement destiné au trait; relayé au travail , bien nourri , il doit être maintenu en bon état de chair, ne jamais être forcé, et usé au travail; il faut prévoir les accidents qui le livreront à la boucherie à laquelle il doit toujours revenir en fin de compte, mais avec d'autant plus de profit pour Tagriculteur, que son engraissement aura été préparé, ou du moins n*aura pas été rendu impossible par un abus mal entendu de ses forces. Quant aux élèves, on ne saurait fixer en chiffres leur ration ; le mieux est de nourrir dans une complète abondance ceux que Ton destine à produire de la viande. C'est pendant la première période de leur existence que les jeunes animaux ont besoin d'une nourriture nutritive et abondante, si l'on veut qu'ils se développent promptement et avec de belles formes 5 c'est pendant ce temps aussi que d'une quantité donnée d'aliments ils tirent un meilleur parti ; l'assimilation est alors plus complète, pour diminuer successivement d'activité avec l'âge. Il y a donc tout profit à avoir des races précoces et à nourrir abondamment les jeunes animaux. Il en est autrement des races de travail et de lait, comme nous le dirons plus tard.

Dans la race de Durham, pour obtenir un accroissement moyen par jour, en poids vif de OKSOG, il faudrait d'après les expériences faites au haras du Pin et par M. de Torcy, rationner ainsi qu'il suit :

Du sevrage à un an. .

D'un à deux ans

De deux à trois ans. . , De trois h quatre ans

On obtient ainsi 1 kilogr. de poids vif par ISkilogr. de foin ou l'équivalent; en d'autres termes 100 kilogr. de foin produisent 6^666 de poids vivant;

Il n'y a peut-être que pour la vache laitière que Tabondance dans la ration doive être maintenue dans certaines limites au delà desquelles la lactation diminue et l'engraissement commence. Ce résultat cause de nombreux mécomptes et ne se présente point sur toutes les races : ainsi vous pouvez à peu près impunément forcer de nourriture une laitière hollandaise et flamande; elle augmentera en lait, mais n'engraissera pas; il n'en est pas de même de la bretonne ni de la normande et c'est un reproche qu'on leur a souvent fait, à tort ou à raison. M. Collot dit avoir expérimenté que si une vache laitière

Recevant 10 kilogr. de foin produit 4 litres 40 de lait,

avec 12 — elle en donnera 5 — 50 —

C'est-il dire qu'à ce point , il n'y aura plus d'augmentation dans le lait et que l'animal commencera à engraisser, puis le lait diminuera successivement.

Ce dont il importe de bien se persuader encore, c'est que la même ration ne donnera pas les mêmes produits sur des animaux de races ni d'espèces différentes; dans la même race ,

il faut tenir compte de l'aptitude et de la conformation spéciales aux individus, de l'habileté et des soins de ceux qui administrent la ration. Pour donner une idée de ces différences, il nous suffira de rassembler les chiffres suivants qui ne sont pas sans avoir leur utilité. Pour produire un kilogr. de poids vivant ,

Dans le mouton, il faut d'après M. R. Stephensou. 90^.000 de turneps,

— — ou 40^.000 de pommes de terre.

-~ — — OU 8^ .695 de grains (seig. ou orge).

— — —-OU 21''.794 de tourteau de coka.

— — M.Caffind'Orsigny 25^000 de foin. Sur les bœufs, vaches et moutons — ou IS^OOO d'avoine.

— — — ou 10^000 d'orge.

Sur les vaches, d'après M. Boussingault.. 11^.620 de foin. Sur les bœufs à Hohenheim d'après le d' Rueff. 18^338 de foin.

— surlaracedeMiirzthall d' Llabeck 29''. 940 de foin. Sur le porc, d'après M, Caffin d'Orsigny 10^000 d'avoine.

— — — ou 7''.300 d'orge.

Ces données cependant ont encore besoin de vérification ; c'est ainsi qu'il est hors de doute pour nous qu'il ne faudra pas à un mouton de race dishley ou southdown 25 kilogr. de foin pour faire 1 kilogr. de poids vivant , ni surtout 21''.794 de tourteaux; mais on sait combien ces expériences sont difficiles à faire et il serait presque impossible de les tenter sur chaque race. Ce qu'il importe de mettre ici en lumière, c'est que le porc est celui de nos mammifères qui assimile le plus complètement, puis vient l'espèce bovine, et enfin le mouton.

Connaissant à peu près la quotité des aliments nutritifs à faire entrer dans la ration , il est important encore de choisir les divers fourrages qui devront en faire partie. Le but proposé, Fespèce et la race auxquelles appartiennent les animaux, la

nature et l'abondance des aliments qu'on possède à sa disposition , leur valeur vénale actuelle, etc., déterminent surtout ce choix. Ainsi, pour les chevaux, on peut avoir à choisir entre le sarrasin, l'avoine, le seigle, les féveroles, le son, etc.-, pour les animaux à l'engrais , entre les différents grains et les divers tourteaux. Dès lors, c'est l'habileté et le tact de l'éleveur qui sont en jeu et doivent chercher la solution économique sans dépens pour la santé des animaux et la quantité ni la quaUté des produits qu'on leur demande. On ne saurait rien établir de positif à cet égard et nous nous bornerons à citer quelques exemples pris dans les exploitations les plus remarquables de la France, ou du moins les plus connues :

ESPECES d'animaux.

Chevaux de trait.

Bœufs de travail.

Vaches laitières .

Bœufs à l'en grais

Moutons et bre-' bis

Moutons à l'engrais

Porcs à l'engrais.

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