DU PATURAGE
Les avantages que présente ce système sont : 1° l'économie
de fauchage, rentrée, conservation des foins, de logement des animaux, de paille litière, L'économie de main-d'œuvre et de surveillance pour le bétail. 3° L'économie de transport des fourrages et des engrais, ceux-ci se trouvant naturellement transportés sur le sol, qui n'a besoin d'en recevoir du dehors qu'une quantité relativementbeaucoup plus faible. Mais il exige un climat plus doux, des enclos naturels ou artificiels ou un gardiennage assez coûteux, des qualités et connaissances spéciales. On distingue, en général, les pâturages, en pâturages de vallées, de montagnes et de plaines. Les premiers destinés par la nature à la vache laitière, au bœuf d'engrais, au cheval de gros trait, sont représentés en France par la Normandie ; ceux de montagnes propres surtout à l'élevage des animaux, aux chevaux légers, et aux moutons, se rencontrent en France dans l'Auvergne. Enfin les pâturages de plaines conviennent suivant la nature du sol aux divers animaux domestiques : au mouton dans la Champagne et le Berry, au cheval dans une partie du Poitou, à rélevage du bœuf, du cheval ou du mouton dans d'autres contrées plus restreintes et selon la nature du sol.
Dans les vallées on joint souvent à la production du lait et de la graisse l'élevage des poulains et l'engraissement des moutons à longue laine pour utiliser les refus des autres animaux; la Normandie et le Charollais tirent leur richesse de leurs embouches. Sur les pâturages de montagnes, on rencontre surtout le mouton d'élève pour sa laine , l'élève du cheval de cavalerie légère et de trait moyen, du bœuf pour le travail, et quand les vallées sont un peu fertiles, la vache laitière; exemples l'Auvergne , la Bretagne , le Limousin , le Jura et les Vosges.
Dans les pâturages où l'herbe est très-abondante et surtout , lorsqu'on veut faire consommer sans frais et sans perte des
fourrages naturels ou artificiels, on emploie pour le gros bétail à cornes et les chevaux, le pâturage au piquet. Les Normands entendent admirablement cette pratique qui demande assez de soins. Un piquet avec une douille mobile donne attache à une corde articulée à son milieu par un anneau de fer à attaches tournantes ; la corde se relie au licol du cheval ou au pied du bœuf, par un autre anneau tournant. L'animal ne peut ainsi s'empêtrer dans sa corde et il suffit de changer le piquet de place deux ou trois fois par jour, pour que l'herbe soit consommée sans danger comme sans perte. M. DuranJde Caen, dans le mémoire cité plus haut , a longuement et savamment établi les avantages de cette pratique ; il constate surtout a qu'une vache ou un bœuf en liberté dans une prairie couvre, « en vingt-quatre heures, au minimum, par ses bouses, une a surface de 1 mètre carré, ce qui représente 200 mètres carrés « pour deux cents jours, temps pendant lequel, à proprement « parler, il y a de l'herbe dans la prairie. » L'épandage de ces engrais est souvent négligé alors parce qu'il est assez long et que la nécessité en est moins visible. Il faut ajouter que les animaux gâtent au moins autant de fourrage par leurs mouvements sans but, qu'avec leurs pieds et leur bouche.
La condition économique essentielle du pâturage libre, c'est que les champs soient parfaitement enclos de haies mortes ou vives, afin d'épargner les frais de gardiennage. En Normandie, on met dans chaque herbage en même temps que les bœufs ou vaches, ou derrièis eux, un certain nombre de moutons qu'on empâture deux par deux, pour les empêcher de franchir les clôtures : une corde de jonc ou de mauvais foin réunit deux ou quelquefois trois bêtes par les paturons des membres opposés ; ou bien chaque animal est ainsi empêtré d'un ou des deux bipèdes latéraux. Grâce à cette précaution, on les laisse vaguer
le long des chemins ou dans les herbages dont ils ne peuvent franchir ni les haies ni même les fossés profonds. Un reproche à faire au système du pâturage, c'est que, base unique de la culture, il communique à la population des habitudes d'indolence et de paresse profondément invétérées. Mais quand il est suivi avec discernement et que les embouches sont convenablement soignés, que le bétail auquel on les livre est habilement choisi et bien proportionné , que la terre reçoit du dehors les engrais nécessaires à son entretien , le pâturage est à coup sûr, de tous les systèmes de production le plus économique.
L'alimentation au pâturage influe puissamment sur la conformation des animaux, surtout des chevaux et du bétail à cornes. Le cheval élevé aux champs et dans les herbages offre de la tendance à prendre l'encolure de cygne, par suite de la position que doit prendre cette région pendant l'action de manger; la tête est souvent massive et longue par l'afflux continuel du sang dans cette partie toujours portée vers le sol ; dans les pâturages humides, il a la croupe avalée , la queue attachée bas, les membres grossiers, les jarrets droits et empâtés, tant à cause de la nature aqueuse de l'herbe qu'à cause des efforts incessants qu'il doit faire pour retirer à chaque pas ses membres d'un sol mobile sous lui. Sur les pâturages des montagnes, il a bien encore la tête longue, mais beaucoup moins grossière; la croupe est plus droite, les reins plus horizontaux, la queue plantée plus haut, les jarrets plus coudés, les membres plus fins et plus secs, le ventre plus relevé ; les herbes en effet, sont plus nutritives sous un moindre volume , et les efforts exigés des membres et de la colonne vertébrale sont tout différents 5 courant tantôt selon la pente, d'autres fois contre elle, pti en travers, il prend des aplombs solides; ses membres
exercés dans des allures rapides deviennent secs et nerveux, la colonne vertébrale n'est plus chargée d'un abdomen volumineux et se relève 5 la croupe n'étant plus sollicitée par de pesants efforts des membres est ramenée en haut avec tout le rachis pendant l'action de pâturer. Le bétail à cornes subit des modifications à peu près semblables. Le pâturage des vallées selon qu'elles sont plus ou moins fraîches, plus ou moins riches exerce une action plus ou moins identique de celle des marécages ou des montagnes ; la taille est plus ou moins élevée , la laine plus ou moins longue, le lait plus ou moins abondant et riche, il favorise plus ou moins l'engraissement. En général, le pâturage des montagnes développe le tempérament sanguinnerveux; celui des plaines et des vallées, le tempérament nerveux-lymphatique 5 celui enfin des marécages, le tempérament lymphatique.