SUBSTANCES
QUANTITÉS
totales
contenues dnns
1 mètre cube
d'eau d'égout
QUANTITÉS
restant
dans
1 mètre cube
d*eau épurée
QUANTITÉS
obtenues en dépôt
en traitant
1 mètre cube
d'eau d'égout
par le
sulfate d'alumine
Azote
kilogr.
kilogr.
kilogr.
Acide phosphorique ....
Potasse
Soude
Matières organiques
Matières minérales ...
Total
Les essais à grande échelle ont confirmé les résultats obtenus au laboratoire.
500 mètres cubes d'eau puisée à l'égout étaient additionnés de sulfate alumino-ferreux en dissolution, à raison de 200 grammes dissous dans l litre d'eau par mètre cube d'eau d'égout. Les eaux étaient envoyées dans des bassins à Asnières et y séjournaient en abandonnant leurs dépôts. Elles sortaient en filtrant à travers les talus de terre des réservoirs.
Les dépôts, de composition semblable à ceux du laboratoire, étaient retirés à l'écope et on les laissait sécher à l'air. Ils pouvaient être expédiés au bout de quinze jours; les eaux clarifiées étaient renvoyées à la Seine.
Sans résoudre complètement le problème, ces expériences ont montré qu'on pouvait, avec des agents chimiques, non seulement clarifier l'eau, mais lui enlever une partie notable de ses matières organiques et de son azote.
L'insuffisance des résultats a fait abandonner ces essais, cependant intéressants, et les efforts des ingénieurs chargés de l'assainissement se sont tournés vers la purification et l'utilisation des eaux par l'irrigation.
Procédé Rohard. — En 1883, M. Rohard fît connaître les résultats satisfaisants qu'il avait obtenus en traitant des eaux infectes : eaux croupies des mares, purins de fumier, au moyen de sulfate ferrique, neutralisé autant que possible par laddition de carbonates alcalins ou d'alcalis.
Procédé Boblique. — M. Boblique proposa de remplacer les alcalis par la magnésie qui pouvait être obtenue à bon marché, que son faible poids atomique contribue à rendre peu onéreuse et qui aurait l'avantage d'introduire dans l'eau un sel capable de donner, avec l'acide phosphorique contenu dans l'eau d'égout et avec l'ammoniaque, un précipité de phosphate ammoniaco -magnésien, rassemblant ainsi dans une seule combinaison les éléments fertilisants de l'eau d'égout.
Poursuivant cette idée, M. Boblique proposa d'enlever à l'eau d'égout toute l'ammoniaque libre et combinée qu'elle contient en employant le phosphate de soude ferrugineux et un sel de- magnésie.
Le phosphate de soude ferrugineux est obtenu par la fusion des nodules des Ardennes avec 60 p. 100 de leur poids de minerai de fer. Le phosphate de fer formé est mis en réaction avec du sulfate de soude, au rouge vif, avec une petite quantité de charbon, dans un four à soude. On obtient une masse noire sulfureuse qu'on laisse exposée quelques jours à Tair. Elle se délite et tombe en poussière. On lessive cette poussière qui cède à l'eau du phosphate de soude qu'on retire par cristallisation. Le sulfure insoluble produit, soumis au grillage, donne de l'acide sulfureux, de l'oxyde de fer et du sulfure de sodium.
M. H. Berge, professeur à l'Ecole Polytechnique et à l'Université de Bruxelles, a expérimenté ce procédé de purification des eaux, en employant du phosphate de soude ferrugineux obtenu au laboratoire par la réaction du phosphure de fer sur le nitrate de soude. Ce produit contenait 20 p. 100 de phosphate de soude, et environ 50 p. 100 d'oxyde de fer. Les résultats suivants ont été obtenus : L'eau d'égout sur laquelle on a expérimenté laissait, par litre, sur le filtre, 0^, 370 de matière insoluble contenant 2,24 p. 100 d'azote.
L'eau filtrée eontenait 0^% 038 d'ammoniaque en dissolution par litre. On a produit la précipitation en employant :
Pour 5 litres : 18',2S0 d'alun ;
10 de sulfate de magnésie ;
SO de phosphate de soude ferrugineux.
Le précipité produit pesait 19«',25 par 6 litres ou S^'jSS par litre; il contenait 3«^%933 p. 100 d'azote total.
L'eau filtrée ne contenait plus que 0,001 gramme d'ammoniaque.
Les expériences ont prouvé qu'il faut 20 grammes de phosphate de soude ferrugineux par 5 litres d'eau ; une moindre quantité de réactif ne permet pas de précipiter l'ammoniaque.
La présence de l'oxyde de fer désinfecte l'eau.
Le phosphate de soude ferrugineux a donc le double avantage de coûter moins cher et d'exercer une action plus complète que le phosphate de soude pur ; l'ammoniaque est éliminée de Teau presque en totalité, le dépôt s'opère très convenablement et la désinfection est satisfaisante, grâce à l'action du fer\
Il est donc possible d'enlever à l'eau d'égout, non seulement l'azote des matières organiques insolubles, mais encore la presque totalité de l'ammoniaque qui se trouve en solution dans ces eaux. Reste à savoir à quel prix cette épuration pourrait être obtenue, ce procédé n'ayant pas reçu, que nous sachions, de sanction pratique.
Procédé Schlœsing. — M. Schlœsing, partisan de Tirrigation, comme solution de la question des eaux d'égout, a proposé pour le traitement des eaux- vannes des vidanges la précipitation par l'acide phosphorique et la magnésie i qui eurait, sur l'extraction par la distillation, l'avantage de rester avantageuse, même en présence de l'augmentation croissante des quantités d'eaux de lavage qui viennent diluer considérablement ces eaux de vidanges.
L'acide phosphorique serait extrait des phosphates minéraux par le traitement à l'acide sulfurique, la magnésie des eaux des marais salants par le traitement à la chaux fait dans des conditions
* Extrait d'un rapport de M. H . Berge au bourgmestre de Bruxelles.
EPURATION DES EAUX RESIDUELLES 415
particulières que M. Sehlœsing a détaillées dans le mémoire présenté à r Académie'. Ces deux produits : acide phosphorique et magnésie introduits en proportion déterminée dans les eaux-vannes y détermineraient la formation du précipité ammoniaco-magnésien.
M. Sehlœsing a proposé également de précipiter la magnésie directement des eaux de la mer par la chaux, et de traiter la boue magnésienne par Tacide phosphorique, de façon à obtenir un précipité de phosphate tribasique de magnésie pouvant être recueilli au filtre-presse.
Ce phosphate tribasique précipiterait en quelques minutes Tammoniaque des eaux de vidange. Cette propriété résulterait de l'état de combinaison dans lequel se trouve toujours l'ammoniaque des vidanges ; elle est combinée à divers acides, fixes ou volatils, qui, en présence du phosphate tribasique, lui empruntent l'un de ses trois équivalents de magnésie pour lui céder en retour leur ammoniaque d'où résulte un précipité de phosphate ammoniaco-magnésien.
L'avantage des méthodes que nous venons de rappeler serait d'enlever à Teau ses éléments fertilisants., en les mettant sous la forme d'un engrais puissant dont la valeur a été mise hors de doute par les expériences de Boussingault et d'Isidore Pierre.
Jusqu'alors cette utilisation de l'ammoniaque par la précipitation est, malheureusement, restée à l'état de desideratum et ne parait pas près d'entrer dans la pratique.
Perchlorure de 1er avec chaux ou dolomie. — M. Le Châtelier avait expérimenté l'emploi du perchlorure de fer employé avec la chaux ou avec la dolomie. Il était arrivé à enlever avec ces agents chimiques 35 p. 100 de l'azote total et à désinfecter et clarifier des eaux d'égout au point que M. Belgrand, après les avoir dégustées, les assimilait aux eaux des puits de Paris.
On trouve aujourd'hui l'emploi de ces procédés dans certaines usines, notamment dans quelques sucreries qui traitent ainsi leurs eaux-vannes.
Procédé Oppermann. — Le procédé Oppermann, employé en Allemagne pour le traitement des eaux-vannes des sucreries, con-
* Notes à V Académie des Sciences^ juillet et août 188 J .
siste dans Temploi de protochlorure de fer, de dolomie -calcinée et de sulfure de sodium ou de calcium.
On fait couler dans l'eau à épurer le mélange de protochlonire de fer et de sulfure, qui transforme une partie du fer en sulfure. Après quelques instants de contact, Teau ainsi additionnée reçoit un lait de dolomie.
Nous empruntons à une note de M. H. Manoury, ingénieur, parue dans le Journal des fabricants de sucre\ une comparaison de ce procédé, expérimenté pendant une campagne, àla sucrerie de Lambres, avec le procédé au perchlorure de fer et à la chaux, préconisé par MM. Gaillet et Huet et employé à la sucrerie de Flavy-le-Martel.
9 Dans le procédé de Flavy-le-Martel, l'action du perchlorure de fer sur le lait de chaux donne lieu à une précipitation de peroxyde de fer hydraté insoluble qui entraîne par son poids considérable le coagulum de chaux et des matières organiques.
Fe« a' + 3 Ca = 3 Ga Cl + Fe« 0>
<K II n'y a là qu'entraînement mécanique et action de contact de la chaux caustique sur les diverses matières organiques et solubilisation de diverses matières qui, lorsque la chaux sera saturée par l'acide carbonique de l'air, fermenteront beaucoup plus rapidement, et les inconvénients, évités momentanément, reparaîtront avec beaucoup plus d'intensité.
« Dans le procédé Oppermann, les choses se passent tout autrement, ainsi que nous allons le voir. Le mélange de protocblorure de fer et de sulfure, venant en contact avec le lait de dolomie calcinée, donne du chlorure de calcium, de la magnésie hydratée, de l'hydrate de protoxyde de fer, et du sulfure de fer.
Fo Cl + Fo S + 6 (Ga -h Mg 0) =6 Fe -h F. S + 6 Ca Cl + 6 Mg
« La quantité de chaux employée étant très faible, la plus grande partie se combine au sel de fer soluble, ainsi que le montre l'équation des réactions indiquées plus haut. Le reste de la chaux non combinée se carbonate rapidement à l'air, ce qui fait que là nous n'avons pas une eau alcaline par la chaux seule, mais en grande partie par la magnésie.
• 4 juin 1890.
« Or, la magnésie est extrêmement peu soluble dans Teau, sa causticité est faible, aussi n'insolubilise-t-elle pas les matières fermentescibles en suspension et n*attaque-t-elle pas celles en dissolution, comme le fait la chaux; elle se carbonate lentement à Tair et n'a pas d'influence mauvaise sur la vie des poissons.
c Par suite de ces propriétés de la magnésie, les inconvénients dus à remploi de la chaux seule disparaissent, Teau se conserve sans se corrompre, ainsi qu'on a pu le constater dans les bassins de la sucrerie de Lambres ; on ne voit plus s'y développer, comme dans l'épuration à la chaux, des algues, des infusoires, des bactéries, etc.
a Outre l'hydrate de magnésie, le précipité renferme du protoxyde de fer hydraté et du sulfure de fer. Le protoxyde de fer absorbe rapidement Toxygène de l'air pour se transformer en peroxyde de fer, lequel cède son oxygène au sulfure de fer et le transforme en sulfate, qui se dissout.
« La dissolution du sulfate de fer, rencontrant des matières organiques, les brûle en leur abandonnant son oxygène. Le sulfure de fer qui prend naissance, par suite de la réduction du sulfate, se précipite ; il se trouve au contact du peroxyde de fer qui lui abandonne à nouveau de l'oxygène, et le fait rentrer en dissolution à l'état de sulfate de fer, qui brûle une nouvelle portion de matières organiques en leur cédant son oxygène, et ainsi de suite.
« On voit que, tant qu'il y a des matières organiques, l'oxygène de l'air est ainsi attiré pour les brûler. Cette action est tellement complète que les fosses à décanter et les boues qu'elles contiennent n'ont plus cette odeur désagréable caractéristique aux matières organiques en décomposition.
« Le procédé Oppermann est moins coûteux que le procédé à la chaux et au perchlorure de fer. Pour s'en convaincre, il suffît de comparer la dépense journalière à Lambres et à Flavy-le-MarteL
« A Lambres, pour une épuration journalière de 40 000 hectolitres d'eau on a dépensé 100 francs en chiffres ronds, soit, par hecto-
litre d'eau : ^ ^^ = f. 0,0025, tandis qu'à Flavy-le-Martel on a dépensé :
ml'qLq = fr. 004, soit fr, 0015 par hectolitre en plus.
« La perfection de Tépuration de la sucrerie de Lambres D*a rien laissé à désirer. Elle a été surveillée de très près par radministration, qui Ta reconnue parfaite, ainsi que le constate un rapport adressé au préfet du Nord par l'ingénieur des ponts et chaussées chargé du service du canal dans lequel se déversait Feau épurée. »
L'emploi de la chaux en excès présente, d'après cette note, comme d'après ce que nous avons dit plus haut, des inconvénients qui le rendent peu recommandable et l'addition de perchlorure aurait l'inconvénient de rendre le procédé coûteux, sans assurer la désinfection.
Dans le cas particulier des eaux de sucrerie l'avantage resterait à l'emploi du procédé Oppermann.
Procédés au fer de Bischof et de W. Andersen. — Nous avons décrit au chapitre qui traite de l'épuration chimique des eaux naturelles les procédés de traitement par le fer. Cette descriptiou pourrait également se reporter ici, le traitement au fer ayant surtout été appliqué à l'épuration d'eaux fortement polluées.
On purifie par ce système et on transforme en eau potable L'eau de la Nèthe à Anvers, rivière extrêmement souillée, l'eau d'un canal à Jabbeke périodiquement souillé parl'Espierreet destiné à alimenter Ostende. A Paris, les anciens établissements Cail et G'* purifient^ pour l'usage de l'usine et des habitations ouvrières de l'établissement, les eaux de la Seine prises sur le quai de- Grenelle et constamment polluées par les apports des égouts et des lavoirs. Pour le détail du traitement nous renverrons au chapitre IX. où nous indiquons également les résultats obtenus par cette remarquable méthode d'épuration •
Purification des eaux savonneuses. — Nous donnerons quelques détails sur l'épuration des eaux savonneuses à cause des intéressantes études auxquelles elles ont donné lieu en ces derniers temps et de la difficulté, en même temps que de Fintérèt, que présente leur traitement.
De grandes villes industrielles comme Roubaîx, Tourcoing, Reims, Fourmies, dont le travail de la laine constitue l'industrie principale, ont dû, en présence de la pollution des cours d'eau où
EPURATION DES EAUX RÉSIDUELLES 410
se déversent les résidus de leurs usines, se préoccuper des mesures à prendre pour purifier, soit les eaux résiduelles des usines, soit le cours d'eau lui-même, après qu*il a été souilla par ces eaux. On s'est heurté à de telles difficultés que, malgré la pression dé l'administration, les municipalités ont été longtemps indécises sur le choix d'une solution et que la question ne paraitpas encore bien tranchée aujourd'hui.
En Allemagne, l'administration et les municipalités ont imposé répuration des eaux résiduelles à un grand nombre de peignages de laines placés sur des cours d'eau peu importants.
La rivière de l'Espierre, dont nous avons parlé plus haut, qui entre en Belgique souillée par les résidus des fabriques de Roubaix et de Tourcoing, a été l'objet, de la part de la Belgique, de récla* mations réitérées et fortement motivées, à la suite desquelles l'administration, de concert avec les municipalités, a dû se préoccuper du moyen d'épurer ce cours d'eau.
D'après les analyses de MM. Gaillet et Huet, la moyenne de la composition des substances charriées par les eaux de l'Espierro était la suivante :
Ammoniaque 0^,02602
Matière grasse 905
Matière organique 267
i Carbonate de potasse 0595
Chlorure de sodium 137
Sulfate de soude 395
Carbonate de soude 234
/ Chaux \
Insoluble. ] Alumine et fer | 1 042
( Argile et sable )
Total 3 0395
Il ne faut pas songer à épurer de semblables eaux par l'irrigation^ comme cela se pratique pour certaines eaux d'égout ; ces matières grasses auraient tôt fait d'encrasser le sol, au point d'arrêter la iiltration.
Le sol des environs de Roubaix s'oppose d'ailleurs à une sem* blable tentative, la couche arable n'ayant que 0",50 à 1",00 d'épaisseur et étant supportée par une couche d'argile jaune compacte^ , fort peu perméable. . . .
Le système d'épuration chimique s'imposait donc, avec la difficulté résultant de la nature des impuretés et d'un volume quotidien de 30 000 mètres Cubes à traiter.
Divers procédés ont été proposés : la chaux vive à raison de 2 à 3 grammes par litre; un mélange de chaux et de sulfate d'alumine, la chaux à raison de 1 à 2 grammes, le sulfate à raison de 0^,125 par litre; l'argile bleue à raison de 7 à 10 grammes par litre ; la chaux et l'argile bleue, la première à 0^,250 et la deuxième à 1^,25 par litre ; les sels ferreux, préférablement le chlorure de fer et la chaux; les sels de manganèse (préférablement le manganèse résidu d'usine) et la chaux ; les sels ferriques et la chaux (entre autres compositions 200 centimètres cubes de chlorure ferrique à 40^ et 2 à 3 kilogrammes de chaux par mètre cube, etc.).
MM. Gaillet et Huet, qui préconisaient l'emploi du perchlorure de fer et de la chaux, estimaient le coût de l'épuration à fr. 07 par mètre cube, dont fr. 042 pour réactif. M. de Mollins, proposant l'argile bleue à 2 francs la tonne, arrivait à une dépense de fr. 02 seulement pour l'agent épurant.
MM. Declercq et Godine ont installé des appareils d'essai, épurant l'eau au moyen d'un traitement à la chaux, suivi d'un traitement par le sulfate alumino-ferreux avec décantation continue dans un appareil Howatson. Le traitement par 750 grammes de chaux au mètre cube donne un dépôt infiltrable qu'on laissait tasser dans un réservoir et qu'on proposait d'employer, soit pour production de gaz, soit pour amendement des terres argileuses après dessiccation, mais dont la valeur, certadnement fort minime, ne pouvait pas atténuer dans une large proportion les frais d'épuration.
L'administration des ponts et chaussées fit accepter un devis pour l'installation d'appareils d'épuration, s'élevant à 600 000 francs dont 300000 francs étaient supportés par les villes de Roubaix et de Tourcoing.
L'épuration se fait au moyen d'un lait de chaux et la clarification est obtenue par décantation après constatation faite de l'impossibilité d'employer les filtres-presses.
Il semble qu'on aurait pu abaisser cette dépense par des installations particulières faites dans les peignages de laine et obtenir de
meilleurs résultats, le cube total à traiter étant moindre, et les dépôts recueillis, sans couvrir les frais de précipitation et de récolte, ayant une valeur supérieure à celle des magmas obtenus par le traitement du cours d'eau tout entier.
Jusqu'alors <e travail en grand ne parait pas avoir donné de résultats bien satisfaisants, ce qui était à prévoir, étant données les difficultés de l'entreprise.
Les usines mêmes qui ont entrepris le traitement de leurs eaux grasses résiduelles y ont souvent trouvé de grosses difficultés, bien que le problème fût simplifié. En dehors du traitement des eaux provenant directement du lissage des laines, du dégraissage et du foulage des draps, ce traitement est loin d'être rémunérateur.
Une société s'était fondée cependant à Fourmies pour exploiter les eaux de peignage et comptait trouver dans la vente de la potasse, du suint, et de la graisse extraite des laines, dite « suintine », un produit assez élevé pour couvrir les frais d'extraction. La baisse de prix des potasses et des corps gras fit échouer cette entreprise.
Malgré les recherches entreprises sur la composition et l'utilisation des graisses de suint parmi lesquelles nous citerons les travaux de MM. Violette et Buisine et les essais de transformation en gaz des graisses de l'Espierre, faits par M. Barrois, la récolte de ces résidus est restée une charge pour les industriels qui ont dû traiter leur eaux.
MM. Delattre frères à Dorignies, près Douai, obligés par les réclamations des riverains d'épurer leurs eaux, les envoient dans un bassin où, soumises au repos, elles déposent une partie de leurs impuretés. Elles sont traitées ensuite par un excès d'acide pour saturer les acides gras et sont rejetées, après saturation de l'excès d'acide par la chaux. Le dépôt laissé dans le premier bassin ou décanteur est employé à la fabrication du gaz ; il a Tinconvénient de donner beaucoup de fumée.
La masse des acides gras bruts est traitée pour en extraire la suintine, employée comme graisse à voitures, à trains de laminoirs, fabrication d'allumettes-bougies, etc., et qu'on a tenté de faire entrer dans la composition des dégras et de certains savons communs dits savons bronzes. On obtient comme produit accessoire un engrais.
L'usine de M. Isaac Holden à Croix épure également ses eaux
de peignage et en retire en grande quantité des produits semblables; qui ont trouvé place dans le commerce à des prix que la baisse des corps gras et la concurrence des huiles de résine a rendu,, il est vrai, peu rémunérateurs.
' A Reims, comme dans le Nord de la France, on. a depuis longtemps cherché à tirer parti des graisses contenues dans les eaux résiduelles et des sels de potasse quç la laine du mouton abandonne par le lavage ou dessuintage.
En 1847, M. Evrard prenait un brevet pour l'utilisation de ces produits, qui jusqu*alors étaient perdus et constituaient un danger pour la salubrité publique.
MM. Maumené et Rogelet rendirent ces procédés pratiques et retirèrent des eaux de dessuintage, en rendant le lavage méthodique, des sels de potasse qui, calcinés, fournissent un carbonate de potasse très pur.
La découverte des gisements des sels de potasse de Stassfiîrth porta un grand coup à cette intéressante industrie.
Le lavage des laines est complété par un passage dans des bains chargés de savon.
Les eaux résiduelles de ce nettoyage contiennent les acides gras •du savon combinés à la soude, à la chaux et les substances graisseuses ou cireuses que contenait la laine.
Ou a retiré, à Reims, ces substances grasses des eaux et on les a employées, comme dans le Nord, à la production des gaz d'éclairage.
En Allemagne, ce traitement des eaux résiduelles savonneuses parait s'être beaucoup développé. L'administration et les municipalités ont d'ailleurs imposé l'épuration des eaux à nombre de peigneurs de laine dont les usines sont situées sur des cours d'eau peu importants.
A cause de l'intérêt industriel que présentent ces questions et pour en montrer la difficulté, nous décrirons un procédé de traitement employé en Alsace à Malmerspach dans un peignage de laine situé sur la Thur^
Les eaux de lavage passent dans quatre grands bassins munis de chicanes où elles déposent les boues, terres et sables ; de là
' Noie sur VEpuralion des eaux sales provenanl des lavages des laines brutes, présenté à la Société industrielle de Mulhouse par M. Jungck.
elles vont dans des réservoirs en bois de 12 mètres cubes où on leur ajoute une quantité convenable d'acide (de préférence de Facide sulfurique). On emploie, en acides des chambres (de 52 à eO""), de 0,3 à 0,5 p. 100 du volume des eaux.
On brasse le tout à Taidé d'un jet de vapeur, on laisse reposer une heure. Les graisses viennent surnager, on écoule les eaux ; la graisse est recueillie sur des filtres en toile de coco, on laisse égoutter, on forme des tourteaux de ces graisses et on les empile dans une étuve où la graisse fond et coule. On aide à son départ des tourteaux par une pression graduelle.
Les graisses sont purifiées et vendues sous le nom de suintine ou graisses de suint.
Les tourteaux contenant 20 à 25 p. 100 de graisses donneraient un gaz trop fumeux, et la graisse qu'on en pourrait tirer ne paierait [pas les frais d'extraction ; on les brûle sous les générateurs.
Les eaux acides qui s'écoulent des réservoirs où s'est fait le traitement par l'acide sulfurique contiennent cet acide en petite quantité ainsi que des sels ; elles sont rendues laiteuses par des acides gras en suspension, on les soumet à une nouvelle purification.
On emploie à cet effet des résidus d'usines de produits chimiques voisines, que l'on peut se procurer à bas prix.
En principe, on cherche à mettre en présence de la graisse, de la chaux et un sel soluble, de préférence un sulfate, que la chaux décompose en s'emparant de son acide sulfurique pour se transformer en sulfate de chaux. Ce sulfate, en se précipitant, entraîne par une action mécanique la graisse, les impuretés et les savons de chaux qui se forment.
Au besoin, on remplace les sulfates par des chlorures.
A l'usine de Malmerspach, on emploie un lait de chaux et une dissolution de kiésérite, résidu des fabriques de potasse de Stassfurth. Cette kiésérite contient 55 p. 100 de sulfate de magnésie, qui est l'agent actif de l'épuration.
Le mélange, étant brassé, est abandonné au repos et se clarifie aisément.
L'eau conserve une faible coloration brune due à des sels alca^
424 EPURATION DES EAUX
lins, mais est débarrassée de graisse et de matière organique et peut être envoyée à la rivière.
Les boues sont envoyées dans de grands fossés où on les laisse décanter. On enlève Teau de temps en temps, et on obtient finalement un magma assez compact que Ton sèche sur le sol pendant Tété. On le rassemble sous des hangars, et il forme le suinter que Ton emploie pour fabriquer du gaz d'éclairage.
Les usines qui sont à Fétroit comme emplacement remplacent cette décantation par un passage des boues au filtre-presse d'où on les retire sous forme de gâteaux à 25 ou 30 p. 100 d'humidité que Ton sèche dans des séchoirs spéciaux.
On peut remplacer la kiésérite par les eaux-mères des fabriques d'alun contenant du sulfate de fer et d'alumine.
Les résidus de chlorure de manganèse des fabriques de chlore, le chlorure de calcium des soudières travaillant par le procédé Solvay, peuvent également être employés.
Le choix de ces agents chimiques, comme précipitants, est le plus souvent une question de prix, que leur faible valeur intrinsèque fait dépendre surtout du transport.
Ces récupérations de graisses, avantageuses dès le début, devinrent onéreuses quand la baisse des corps gras fit tomber la suinline de 30 francs à 20 francs, et la baisse des houilles et le développement de la lumière électrique, tomber de 50 p. 100 le prix du suinter.
On a cherché, surtout en Allemagne, à utiliser les graisses contenues dans les tourteaux, en les reprenant par des dissolvants : sulfure de carbone, benzine, toluènes ou xylènes, pétrole, etc., dans des appareils à extraction méthodique.
Ces opérations, assez coûteuses, ne paraissent devoir être rémunératices que lorsque les graisses extraites proviennent seulement des savons du dégraissage et des huiles qui ont servi à l'ensimage. La graisse de suint, contenant des substances cireuses, non saponifiables, n'a pas une valeur suffisante pour rendre cette opération fructueuse.
Nous n'insisterons pas sur les travaux qui ont été faits pour tirer parti des corps gras extraits des eaux savonneuses, cette étude sortant complètement du cadre que nous nous sommes tracé.
§ 6. — PRÉCIPITATION CHIMIQUE AVEC CLARIFICATION ET UTILISATION PAR LE SOL
Cette question de la récupération des substances perdues par Tindustrie a provoqué, on le voit, de nombreuses recherches. Indépendamment des questions de salubrité qui sont en jeu et qui, sou« vent, priment toutes les autres et imposent la purification des eaux résiduelles, il est certadnement intéressant de chercher à tirer parti d*énormes quantités de substances, susceptibles de retrouver une valeur commerciale.
Ainsi, nous voyons TEspierre charrier quodiennement, non seulement une grande quantité de sels de potasse, de soude et d ammoniaque, mais encore 27 000 kilogrammes de matières grasses qui pourraient être utilisées et, au contraire, viennent souiller le cours d'eau qui les charrie au point d'en faire un véritable égout. Il est à désirer que les tentatives, jusqu'alors peu encourageantes, faites dans la voie de la récupération soient un jour couronnées de succès et délivrent les villes industrielles d'une source de soucis constants et de dépenses considérables.
L'utilisation des eaux d'égout des grandes villes a attiré, à ce point de vue, l'attention des savants qui se sont occupés de philosophie chimique. Des procédés qui permettraient de se débarrasser des eaux d'égout ne sont pas faits pour les satisfaire. Chevreul, Boussingault, Dumas, ont depuis longtemps proclamé la nécessité de rendre au sol les éléments fertilisants que lui enlèvent les récoltes, que les habitants des grandes villes assimilent et immobilisent ou détruisent, au grand détriment des générations futures, en les jetant à la mer par l'intermédiaire des cours d'eau. « Toute agriculture qui ne reconstitue pas le sol est dévastatrice; toute population urbaine qui perd ses immondices prépare son suicide, » a dit Dumas, et tous les chimistes éminents qui ont tourné leurs efforts vers l'application des connaissances chimiques au développement de la prospérité agricole ont approuvé ces paroles d'un des maîtres de la philosophie chimique.
426 EPURATION DES EAUX
Aussi, malgré Tinsuccës relatif du traitement des eaux d'égout des grandes villes par les agents chimiques, a-t-on continué à chercher à restituer à l'agriculture les énormes quantités d'azote, d'acide phosphorique et de potasse qu'elles contiennent
Sous ce rapport, l'irrigation parait devoir donner des résultats satisfaisants. On a cherché à la combiner avec une précipitation préalable, enlevant à l'eau d'égout une bonne partie de ses éléments fertilisants que l'on peut transporter au loin et rendre au sol. -Ce serait là, il nous semble, la solution la meilleure du problème ; mais, dans l'état actuel, elle a l'inconvénient d'être encore trop coûteuse.
Irrigation. — On est allé au plus pressé en cherchant à employer le système qui paraît, au premier abord, le plus simple et qui consiste à répandre ces eaux, sans aucun traitement préalable, sur de vastes surfaces cultivées auxquelles un système de canaux permet de les distribuer méthodiquement.
Le sol, agissant par ses propriétés physiques et par les réactions chimiques qui s'y passent, devient un agent d'épuration, en même temps qu'un intermédiaire actif entre les matières fertilisantes et les végétaux.
Ceux-ci ramènent ces substances, en les assimilant, dans le cycle incessant que les phénomènes de la vie leur font parcourir.
La déperdition est rendue ainsi, sinon nulle, du moins aussi faible que possible, et l'eau dépouillée des substances qui la souil* laient peut être restituée aux cours d'eau dans un état de pureté qu'elle n'avait pas le plus souvent avant son passage dans les grandes villes.
Depuis longtemps, la ville d'Edimbourg emploie ce système avec succès. Les prairies qui entourent la ville sont couvertes, en toute saison, par les eaux d'égout amenées à ciel ouvert. Les prairies reçoivent annuellement de 10 à 20 000 mètres cubes d'eau par hectare et sont couvertes de magnifiques récoltes.
Les odeurs exhalées par ces eaux sont un des inconvénients du système. On les atténue en étendant les eaux d'égout d'eau pure et les épandant à la lance au moyen d'une machine à vapeur, de conduites en fonte ou en grès et de raccords mobiles.
EPURATION DES EAUX RESIDUELLES 427
Ce système s'est promptement répandu. Un grand nombre de villes anglaises Tont adopté. Berlin» Breslau, Bruxelles, Dantzig, puis Paris, sont entrés dans cette voie et Font mis à essai sur une échelle plus ou moins vaste. On compte dans ces installations sur un débit de 10 à 50 000 mètres cubes d'eau d'irrigation par hectare et par an. Suivant la nature du sol, le plus ou moins de richesse des eaux, la température, ces chiffres ont varié et on en est arrivé à employer jusqu'à 100 et 200 000 mètres cubes à l'hectare.
L'installation de Gennevilliers (environs de Paris), faite sous la direction de M. Durand-Claye, emploie environ 50 000 mètres cubes à l'hectare. De l'avis des ingénieurs qui ont suivi les phases de cette épuration des eaux, les résultats seraient satisfaisants, la végétation magnifique, les habitants des communes intéressées, rebelles à l'emploi des eaux d'égout à l'origine, en deviendraient, au contraire, les défenseurs convaincus; les odeurs ne seraient nullement insupportables et l'eau sortirait du sol, pour être rendue à la Seine, plus limpide et moins riche en micro-organismes que l'eau de source de la Vanne. Aussi a-t-on proposé d'étendre ce système, non seulement à Gennevilliers, mais aux terrains perméables de peu de valeur qu'enserrent en aval les boucles de la Seine.
Si ce système a des défenseurs convaincus, il a des détracteurs non moins ardents qui, dans des débats publics récents, ont formulé des protestations devant lesquelles l'opinion publique à hésité.
Sans prendre parti dans cette discussion, il nous parait au premier abord bien difGcile de supprimer l'odeur des eaux livrées ainsi à l'agriculture et la décomposition putride des résidus qui doit se produire sur les berges des canaux d'irrigation tour à tour mouillés et mis à sec. On n'est pas sans inquiétude quand on songe au nombre formidable d'organismes nuisibles dont les micrographes ont décelé la présence dans les eaux d'égout, et que Ton met ainsi à la proximité des végétaux qui iront directement à l'ali* mentation sans que rien ne vienne, pour ceux du moins qui restent à la surface du sol, assurer la destruction de ces redoutables germes, ou au pis-aller en diminuer considérablement le nombre.
A ce point de vue» et Firrigatioii restant en principe le yéritable moyen d'enlever entièrement aux eaux d*égout leurs principes fertilisants et de rendre de Teau pure aux rivièreSy il semble que cette opération devrait être précédée d'une précipitation chimique ou d'un traitement quelconque qui désinfecterait les eaux et les débarrasserait des micro-organismes nuisibles qu'elles contiennent, avant de les livrer à l'agriculture.