‹ Traité de l'érysipèle épidémiqueChapitre 5 sur 19 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ÉtULdo séxtéx^alG de l*É!rysipèle.

Description, ■— Divisions.

Une rougeur diffuse de la peau, accompagnée de gonflement, de tension, de chaleur, de douleur cuisante de la partie affectée, s'étendant de proche en proche, et d'une manière progressive , et se terminant ordinairement par la chute de répiderme, caractérise localement la maladie désignée sous le nom d'érysipèle , nom aussi ancien que la médecine , et dont pourtant Tétymologie n'est pas encore bien décidée ; car tandis que les uns croient trouver dans cette dénomination ridée de la diffusion de la maladie: i/av», j'attire; ns^àç, proche; d'autres y voient l'idée de la couleur : èpxtQpoç^ rouge ; nD^ç , proche. Quoi qu'il en soit de sa signification primitive , ce mot a vieilli , et a été toujours conservé dans la science, si ce n'est pas Sennert qui décrit cette maladie sous le nom de Rosa anglicana.

Souvent sporadique et susceptible de se montrer périodiquement chez certains sujets , avec des formes différentes , des boutons miliaires, des phlyctènes, des bulles, de l'oedème, elle règne , comme nous l'avons déjà établi dans le chapitre précédent , asse? fréquemment d'une manière épidémique.

Pour étudier cette affection d'une façon convenable , nous diviserons les érysipèles en trois groupes.

Dans le premier , nous étudierons Térysipcie dit médi dans le second, l'érysipèle dit chirurgical; dans le troisit enfin , l'érysipèle àïXpmrpéral ou spontané. Nous y joind rérysipèle interne.

Cette division répond parfaitement aux trois conditiong nous indique Tobservation , comme occasions de dévelo ment des épidémies d'érysipèles.

Et, en effet, l'érysipèle épidémique se rencontre dans taines ôirconstances où les sujets atteints n'offrent ai traumatisme, ou ne présentent que des lésions insignifiai lesquelles, dans d'autres circonstances , n'avaient jamais voqué l'éclosion de l'érysipèle ; ou bien on les constate les salies de chirurgie pendant un certaiti temps, ou en ville pour les moindres blessures , ou , enfin , dans les ternités , pendant le règne des fièvres puerpéi^ales.

Siège.

Toutefois , avant de commencer la description de ces é pèles qui , somme toute, ne varient que par leurs condi de développement , nous devons traiter une question prc naire qui n'est point encore résolue : c'est celle du siég l'érysipèle.

En consultant les auteurs modernes , on voit que t sans exception, considèrent la peau comme Tunique sur lequel l'érysipèle puisse se développer.

Les anciens, au contraire , et surtout Hippocrate , Bai Sydenham , Prosper Martian , Lommius , parlent d'é pèles internes frappant les organes , comme le poamoi foie , les intestins , la matrice.

Barthez a décrit une péripneumonie épidémique qu

pait à Carentan , dans ie Cottentin , en 4 756 , et qu'il considérait comme érysipelateuse.

Pierre et Joseph Franck ne révoquent point en doute l'existence de Térysipèle interne , et ce dernier donne même une raison qui peut convertir à cette opinion beaucoup d'incrédules : c'est le fait de l'extension de l'érysipèle de la face , par exemple , au pharynx , au larynx , aux fosses nasales, de la vulve au vagin.

M. le professeur Trousseau a vu une angine , qu'il nomme érysipelateuse, précéder l'apparition de l'exanthème sur la face.

MM. Yelpeau et Rayer ont signalé , en 4 846 , à la Charité , des morts à la suite d'angines œdémateuses , conséquences de l'extension d'un érysipèle de la face.

M. le docteur Desprès ne peut s'empêcher aussi de r^ connaître que , comme Selle, il a observé un cas de glossite qui ressemblait beaucoup à un érysipèle de la langue se continuant ensuite sur les lèvres.

M. Trélat a rencontré une laryngite oedémateuse durant le cours d'un érysipèle de la face.

B en est de même de M. Leveillé, constatant dans la clinique du professeur Bouillaud, un œdème de la glotte dans des circonstances analogues.

M. Labbé a remarqué la rougeur des muqueuses buccale et pharyngienne.

Mackensie a décrit une conjonctivite et une blépharite érysipelateuses.

En un mot, il résulte des faits que nous venons de rapporter et de ceux que nous avons observés nous-même que l'érysipèle de la peau peut s'étendre aux muqueuses. Ce fait est d'autant plus appréciable et plus fréquent que l'érysipèle siège près des ouvertures naturelles , autour desquelles se trouvent toujours des réseaux lymphatiques plus déliés et plus abondants.

— ar —

Mais if en résulte aussi qu'on érythème des muqueuses p précéder rapparition sur la peau d'un érysipèle, et qu'il bien plus naturel de considérer cet érythème comme le ce mencement de l'érysipèle externe^ que comme une infl] mation simple , sans aucun rapport avec te traTail qui le s sur la peau, ainsi que le voudrait M. Desprès^(^).

Les relations , les analogies des membranes muqueuses a la peau rendent un compte suffisant des analogies qui ào\\ exister dans l'état pathologique entre ces deux parties d même tout, lequel se continue sans interruption à l'intéri comme à l'extérieur du corps humain. Car ce a'est pas s raison qu'on a pu dire des muqueuses qu'elles ne sont qu< peau rentrée.

Ce fait m'a toujours tant frappé que je n'avais pas h< à employer les mots d'exoderme et d'endoderme , pour peler les rapports d'analogie qui existent entre les deux | ties externe et interne du tégument commun , désignées s les noms ds peau et de membranes muqueuses P).

L'observation d'un côté, le raisonnement de l'autre, litent donc en faveur de cette opinion des anciens , qu'il des érysipèles internes ; mais je borne au tissu muqueu possibilité de fournir accès à l'érysipèle. Je limite ains pensée trop générale de certains auteurs, et entre autre Kuhn , Rust , John , qui écrivaient dans la Gazette médi « qne l'érysipèle, simple procédé exanthématique , p en sa qualité de maladie spéciale , affecter les organes i rieurs , comme les autres exanthèmes , l'arthritis , etc. , et revêtir alors un caractère propre , bien que souvent i joigne une complication inflammatoire (3). »

(1) Op, cit. , p. 147.

(2) Daudé. — Thèse inaugur&le : Du Derme au point de vue anatom physiologique et pathologique ^ Montpellier, février 1854.

(3) 1833, 1. 1,2« série, p. 17.

Une pareille conception est basée sur l'existence d'une fièvre érysipelateuse , laquelle , maladie iotitis stébstanUm , fourmi alors produire, comme Tarthritis, le rhumatisme, les manifestations les plus variées , et c'est en cela qu'elle est trop exagérée.

Cette théorie ne serait, d'ailleurs, que la consécration trop absolue de cet aphorisme d'Hippocrate : « H est fâcheux qu'un érysipèle répandu au dehors rentre en dedans , mais avantageux que de dedans il vienne en dehors (^). »

En songeant aux ravages que Térysipèle peut produire sur les muqueuses , nous ne pouvons qu'applaudir à la sagacité d'Hippocrate , mais nous ne saurions nous ranger à l'avis des médecins allemands que nous avons cités plus haut. Pour nous, l'érysipèle peut avoir lieu sur la peau comme sur les muqueuses, mais pas ailleurs ^).

HH. Gabier et Trousseau ne mettent pas en doute l'inflammation érysipelateuse de ces dernières membranes , et se gardent bien de la confondre , comme M. Desprès , avec d'autres espèces d'inflammations qui ont le même siège.

Leprieur (3) avait déjà cherché à établir les différences qui séparent l'inflammation érysipelateuse des muqueuses, des autres espèces d'inflammation.

Toutefois^ quand on voit, à certaines époques, les blessures les plus régulières , les traumatismes les plus nets , au lieu de se réunir par une inflammation franche adhésive, ne plus présenter les caractères d'une inflammation vraie; quand on voit l'inflammation la plus facile à suivre dans sa marche s'arrêter et pr^dre une tournure fâcheuse , pour la plus simple opéra-

ci) Sect. VI. , aph. 25.

i^) Erysipelas mtegumenta eorporis externa, vel et membranaceas par' tes intimas, ohsidet , avait dit Van Swielen , § 380. (3) l'Homme considéré dans ses rapports avec l^ atmosphère , t. II , p. 55.

— nation , n'est-il pas logique de penser que les autres ind mations, même intérieures, prendront, pendant un cei temps, le même cachet, et se rapporteront plutôt à rci pèle qu'à une phlegmasie franche ?

Les modifications subies par les organismes , sous, des fluences que nous n'avons pas encore à étudier , sont là indiquer que , par analogie , lorsque, dans un service , aurez une épidémie d'érysipèles traumatiques , il se man tera , en même temps que des érysipèles spontanés, des p montes, par exemple, qui n'auront plus le même cortég symptômes que la pneumonie vraie.

Voilà ce qu'avait vu Barthez , voilà ce ^que nous a constaté nousrmême. Et c'est ainsi qu'il faut compren dans la pratique, les constitutions érysipelateuses épid{ ques ; car, comme l'a dit avec beaucoup de sens M. Trouss fidèle interprète des idées de l'antiquité, « il y a incont( blement certaines conditions , un je ne sais quoi dans 1 qui disposent les individus à prendre, sous l'influence de ca occasionnelles , des érysipèles qui, dan& d'autres circonstai ne se seraient pas développés P). »

Si donc ces conditions provoquent l'éclosion d'érysi] cutanés , et que l'on admette avec nous l'érysipèle des muq ses, on comprendra facilement que, sans exanthème extéri il puisse , pendant un certain temps d'épidémie , survenir côté du tégument interne, des inflammations de nature éi pelateuse.

Ecoutons, à ce sujet, M. Vidal de Cassis : « Les i d'érysipèles internes reprennent cours , et non-seulement faut pas renfermer l'érysipèle dans le cercle étroit des m festations locales , mais il est permis de supposer qu'il n'es spécial à la peau. Et d'ailleurs, ajoute-t-il, qui oserait imp

(1) CUniq, méd.y t. l" , p. 298 , 1861.

des limites à une maladie, dont les causes sont assez générales pour frapper en même temps des masses d'individus , comme on le voit dans les épidémies d'érysipèles (i) î »

En résumé , le sicge exclusif de Térysipèle , c'est le tégument externe ou interne; Térysipèle ne peut se montrer que sur la peau ou les membranes muqueuses , et c est en cela qu'il se rapproche des exanthèmes.

Mais à notre époque, où Ton pousse si loin la curiosité scientifique, où tant de découvertes faites en anatomie et en physiologie ont permis de diviser , de subdiviser tous les tissus, on ne peut pas se contenter de cette seule attribution. La peau , comme les muqueuses, est un composé très-délicat de couches superposées et renfermant des éléments divers.

Les anciens , peu versés dans Tanatomie , se contentaient de désigner la peau comme aboutissant de Férysipèle. Galien dit: « Erysipelas exquisitum quandà circà solam cutim dispersum est , minime lœdens subjectam camem. . . Exquisitum erysipelas est solius cutis affectus (2). »

Callisen, Lamothe,Lassus, Boyerplacentle siège deVérysipèle à la superficie de la peau.

Renauldin croit que , le plus souvent , Tinflammation érysipelateuse est bornée aux papilles du derme , c'est-à-dire au système vasculaire et nerveux qui se ramifie à la surface de ce tissu membraneux et y forme de petits mamelons.

Suivant M. Rayer, cette inflammation n'atteint que la couche vasculaire la plus superficielle de la peau , quoiqu'elle puisse s'étendre à toute son épaisseur.

D'après Ribes, les petites veines du tégument sont surtout affectées , les ramuscules des artérioles le sont moins , et les vaisseaux lymphatiques encore moins.

(1) Path, extern,, 1. 1" , p. 547.

m M^K med., m). II. od Glaucm, cap, 4, Charter , t. X , p. 369.

Lorry place Tcrysipèle dans les couches superficielles de (d peau et dans le réseau de Malpighi.

En un mot ^ les plus petits vaisseaux de la superficie cutanée imperméables au sang , les conduits sudorifères les plus ténus ^ les glandules et les follicules sébacés^ le réseau de Malpighi ont été tour-à-tour considérés par les anciens comme le siège précis de Térysipèle.

Si nous y ajoutons la pensée de Borsieri , qui admettait que les vaisseaux rouges et blancs , que le tissu cellulaire de la peau et le corps réticulé ou muqueux sont également affectés , vu leur connexion et leur complication mutuelle; la théorie de l'Ecole Italienne qui range l'érysipèle dans les phlébo-artérites capillaires , nous aurons indiqué les diverses id^es qu'on a eues sur le siège delà maladie, jusqu'àl'époque où estnée en France la localisation de l'érysipèle dans les vaisseaux lymphatiques.

Cette opinion , soutenue par Blandin en 1 837 (^) , acceptée par M. Nélaton , vient d'être encore brillamment développée par M. Desprès qui, dans son Traité de l'Erysipèle, conclut que l'érysipèle est aux capillaires lymphatiques ce que le phlegmon est aux capillaires sanguins ; qu'en définitive , ce n'est qu'une angéioleucite s'étendant seulement aux capillaires. « C'est ainsi qu'on peut différencier, dit-il, l'érysipèle de l'angéioleucite proprement dite qui siégerait sur les vaisseaux plus volumineux. »

Que les vaisseaux lymphatiques capillaires soient surtout atteints dans l'érysipèle , c'est un fait incontestable. L'engorgement des ganglions voisins de l'érysipèle, qui est si fréquent, la présence du pus dans les vaisseaux blancs , la rapide diffusion et l'extension si facile de la rougeur érysipclateuse , l'aspect granulé de la peau , siège de l'érysipèle , la formation de phlyctènes remplies de sérosité, la tendance voyageuse de

(!) Journal des Connaissances médico-chirurgicales.

i'érysipole, sont des preuves Irès-séduisantes en faveur de cette conception. Si nous ajoutons que rérysipèle spontané est surtout fréquent dans les endroits où les capillaires lymphatiques forment le réseau le plus délié , le plus multiplié , nous aurons acquis une présomption de plus.

L'anatomie nous enseigne encore que les réseaux lymphatiques superficiels communiquent , dans certains points , avec les réseaux profonds , et ce fait nous explique pourquoi, dans certains cas , Férysipèle laisse après lui des abccs petits souscutanés , et dans d'autres , au contraire , produit des inflammations profondes désignées sous le nom de phlegmoneuses. Enfin , la rareté des abcès dans Férysipèle de la face s'explique par le petit nombre de lymphatiques profonds qu'on trouve à la tête et au cou comparativement aux superficiels , et si Ton ne devait pas tenir compte de la pesanteur qui rend la circulation ascensionnelle plus difficile , ne pourrait-on pas supposer que rérysipèle ne devient plus souvent phlegmoneux aux membres qu'à cause de la communication plus fréquente des vaisseaux lymphatiques superficiels avec les profonds à travers les épaisses aponévroses des membres?

En somme, les connaissances anatomiques et physiologiques que nous devons aux travaux des Rudbeck , Mascagni , Hunter , Panizza , Sappey , Longet, sont d'accord avec l'observation clinique, et autorisent à placer définitivement le siège précis de férysipèle dans les capillaires lymphatiques. Mais si, primitivement, férysipèle paraît se fixer sur ces vaisseaux déliés , il ne tarde pas à gagner les tissus voisins , de manière à envahir avec rapidité toute l'épaisseur de la peau ou du tégument interne. Leur gonflement, leur épaisseur, indiquent suffisamment que toutes les couches sont soumises à faction de la maladie.

Nous aurions aussi à rechercher les endroits de prédilection de férysipèle ; et , d'après cela , nous pourrions encore con-

dure à son siège dans les capillaires lymphatiques. C'est d*; la face , le cou , les parties génitales qui sont le plus so atteints ; puis les membres inférieurs , les membres supéi et^ enfin , le tronc , oii il est rare de le voir paraître d'em Je ne parle pas évidemment des érysipèles traumatique peuvent se manifester partout où il y a une lésion , ni de sipèle puerpéral , qui commence presque toujours, quoi < «en dise, par la région ombilicale ou sous-ombilicale.

Syiïxptdnxes cozrLZXiuxis a.ux érysipèles.

Quelles que soient les causes occasionnelles sous Finfli desquelles se manifeste Térysipèle épidémique , cette afTe présente un ensemble de symptômes communs que nous a •examiner.

L'érysipèle épidémique débute brusquement par un fr plus ou moins long, bientôt suivi d*une réaction fébrile a térisée par la chaleur intense de tout le corps : céphda vomissements bilieux, vomituritions, soif, propensioi sommeil, prostration, abattement général, agitation; quel fois rêvasseries, délire. Ces phénomènes durent deux ou jours , sans qu'on puisse déterminer le genre de maladi cale qui va se manifester. Cependant , le plus souvent malades accusent un endolorissement plus marqué vers taines parties du corps et au voisinage des paquets dès \ glions lymphatiques. Une tuméfaction douloureuse gên< mouvements de la partie.

F. Hoffinann, Borsieri ont particulièrement insisté su phénomène que M. Chomel et M. Trousseau considèrcoit raison comme un des plus constants , des plus r^narqual des plus caractéristiques , et sur la présence duquel on i souvent se baser pour prédire l'apparition d'un érysipèle.

Après deux ou trois jours , pendant lesquels la Gèvre s'élève et s'abaisse alternativement » mai& ne quitte jamais complètement la malade , on voit apparaître sur une partie de la peau une rougeur plus ou moins circonscrite , variant depuis le rose tendre jusqu'au rouge écariate ou foncé. Elle disparaît momentaném^t par la pression du doigt ; la peau est Iqisante, tendue , gonflée > épaissie , si bien qu'aux limite^ de la rougeur exista un bourrelet saillant très-^ppréciable ; eliô présente aussi un aspect chagriné. Le gonflement paraît surtout trà-considérable dans les parties les plus doublées de tissu fîellulaire , d'où les difficultés de mouvements , Tobstruction des ouvertures naturelles. Les fonctions de la peau midade ^9t €m»pendues , la transpiraiioA y est supprimée , et la partie afiioeiée est plus chaude qu^ d'habitude ; el(a donne à la main la sensation d'une chaleur sèdie et cuisante. Parfois on voit se développer, sur la plaque érysipelateuse » des boutons millaires , et le plus souvent des phlyctènes remplies d'une séro- BÎté lactescente , ou même purulente. Le malade éprouve sur la partie affectée une dialair acre, brûlante; une douleur tensive, cuisante et surtout prurigineuse qui s'exaspère par la moindre pression et )e contact des corps les plus lég^^. Cette rougeur , dlMit la dimen^n yarie d'aiUeurs , ne reste pas stationnaire. L'exanthème envahit de prodie en proche les parties voisines , dorant trois ou quatre purs, sur un point, puis s'écoulant sur un ioitre point pcmr diminuer encore et disparaître* Ces poussées suecessisres ae font de tdle sorte que « pendaet qu'une partie diminue de tensi^, de chaleur, de rou^nr « que la peau se ride et que l'épiderme s'éeaille , <pie d^ démangeaisons se manifestent, les marnes phénomènes locaux sa renouYellenl; dans le voisinage.

M II est peut-^e inouï , dit Requin , qu'un érysipèl^ en^ vahisse de prime abord toute la surface oii il doit régner. On voit d'abord se développer , dans up espa^ plus ou moins

circonscrit , une plaque érysipelateuse , puis à celle-ci s'eA joint une autre , puis une autre , et ainsi de suite,. . . et on ne peut prédire quand et où doit s'arrêter un érysipèle , tant qu'il est encore en pleine activité sur quelque point (^). y^

Il arrive aussi que Térysipèle cesse sur une partie du corps y pour en atteindre une autre quelquefois éloignée. -Cette variété erratique est peut-être aussi rare que l'érysipèle universel. Pendant l'évolution de ces phénomènes locaux, l'état général du malade est pénible.

Tous les praticiens ont observé que les accidents généraux ^ont d'une vivacité remarquable. Le mouvement fébrile est très-intense ; il ne se calme pas par l'éruption exantbématique, dure jusqu'à la desquammation , et s'il s'apaise un peu pen* dant le jour , il reparaît plus énergique le soir et pendant la nuit , de même qu'au moment de chacune des nouvelles pousisées. L'agitation et la chaleur sont persistantes ; la céphalalgie «st pénible ; le malade s'as50upit , rêvasse , délire par moments; sa langue est saburrale, bilieuse, sèche; la soif est intense. Le patient appète les boissons froides et acides ; il a des nausées provoquées souvent par la présence de mucosités filantes adhérentes au palais. Les malades sont le plus souvent constipés , quelques-uns cependant ont de la diarrhée. Tous ces troubles cessent ordinairement au bout de neuf jours, en même temps que la peau se desquamme et conserve, pendant plusieurs jours encore, une coloration brunâtre des tissas afifectés, qui ne se dissipe que graduellement. H en est de même de la tuméfection des parties atteintes. Pareil fait a lieu au sujet des ganglions lymphatiques. Us ne disparaissent pas par l'apparition de l'exanthème. Leur gonflement diminue progressivement ; ils deviennent de moins en moins douloureux , mais ne cessent de présenter une altération pathdo*

(1) Pathologie médicale , 1. 1*' , p. 544.

gtqne que lorsque l*érysipèle a fini de prendre tout son développement. En un mot , la fièvre précède l'exanthème, l'accompagne et ne se trouve pas calmée par son apparition sur les téguments. On ne constate pas de crises bien marquées. Les urines charrient souvent de Talbumine pendant le cours de la maladie.

Différence cle& éi^sipèles , svaivant l'état général-, concoiiciitant. .

Telle est la description de Térysipèle épidémique à son état ie simplicité. Mais comme toute maladie varie , quoique épidémique , suivant les dispositions individuelles des sujets qui. sont frappés, comme ces dispositions individuelles ne sont, en. définitive , que le résultat des modifications subies par les organismes sous rinfluence des causes générales qui leur sont propres ou qui agissent sur les masses, on. concevra aisément: que Térysipèle pourra , suivant la préparation du terrain sur lequel il doit se développer,, prendre des allures différentes ,, qui cocrespondront aux constitutions médicales régnantes. La variole , par exemple , bien que maladie épidémique , quoique eatité morbide bien. déterminée, apparsut quelquefois avec une simplicité remarquable ; d'autres fois , l'éruption languit parce qu'il y a embarras gastrique ; dans d'autres circonstances, . l!adynamje se manifeste dès l'invasion de la maladie.

Ces faks d'observation clinique ont été signalés par les plus; grands praticiens au sujet de toutes les affections épidémiques.

L'ilhistre Bretonneau a fait les mêmes observations pour la scarlatine; d'autres ont vu que la rougeole, quoique présentant les mêmes caractères anatomiques , acquérait, à certains moments , une gravité insolite. Le secret de ces changements; se trouve dans la différence desconstitutions médicales qjii oofc^

préparé de longue main les organismes à des condifions dij rentes.

Or, ce que l'on a vu pour <^ maladies existe ausd pi rérysipèle épidémique. Quelques-uns se manifestent avec i incroyable simplicité ; dans certaines circonstaùces , des p nomènes bilieux intenses viennent enrayer la marche de maladie ; dans d'autres , on reconnaît la tendance asthénie ou adynamique ; ici c'est l'état pléthorique qui domine ; là, contraire , on constatera l'ataxie la plus complète.

Il faut avoir bien présents à l'esprit ces divers changemc pour ne pas errer dans la pratique , et comprendre les di renoes essentielles du fond des épidémies d'érysipèle, ^la i sence d'une forme identique d'ailleurs.

Ces divers états généraux sont si connus de tout le mo que j'aurais mauvaise grâce à vouloir les décrire compl ment. Je vais me contenter d'une analyse sommaire , ; qu'on puisse bien saisir les différences qui en résultent p l'état local , que nous étudions en ce moment ; car il est possible qu'avec une différence si radicale , l'exanthème ér pelateux suive les mêmes phases , présente les mêmes aspc

L'état inflammatoire, que j'appellerai plutôt le fonds infl matoire ^ se caractérise par une céphalalgie gravative , rougeur générale de la peau et surtout de la &ce ; le bstten prononcé des carotides , l'état presque normal de la lang une soif vive, une légère oppression de la respiration, l'anx la diminution des urines, leur rougeur, la chaleur franc la sécheresse de la peau , la fréquence , la dureté et la r< tance du pouls.

Le f(Hids bilieux se reconnaît à la teinte jaunâtre dé la ] et notamment sur les côtés du nez et de la r^ion des lèv sur la sclà'otique ; à un état de la langue qui est large , pie, humide, mais recouverte d'un enduit jaunâtre, et sou verdâtre à sa base ; à ramertume de la bouche , aux naus

— seaux TOfnituritioQs , aux voœissemeots bilieux , à la sensibilité- <te répigastre, aux borborygmes , à une diarrhée bilieuse âocoraps^ée de coliques , aux urines safranées , à la dialeur sèche et mordicante de la peau , à la fréqmnce, au développement du pouls qpi pourtAnt n*est jamais dui:;

L'élément adynamique est caractérisé par la résolution des^ nombres , la stupeur du vissée, la faiblesse de la voix , la diffieuHé de la 4^utition , les fuliginosités de la langue , des lèvres , des dents , les exsudais des gencives , la petitesse et le peu de consistance du pouls , la surdité , les bourdonnements d'oreilles » le délire sourd , les rêvasseries , la diarrhée , la dififcultédela déglutition, l'irrégularité des symptômes, la tendance au sommeil , les urines involontaires , la rougeur et la sécheresse de la langue, les hémorrhagies passives, etc.

An sujet de la rougeur et de la sécheresse de la langue , il me paraît utile de dire qu'il y aurait peut-être lieu à une confasion, surtout dansl'érysipèle de la fade. Comme presque toujours le nez est bouché , il en résulte que , chez les érysipelateux , la respiration ne se fait que par la bouche , et qu'il y a , dans ces cas , un état de sécheresse qui pourrait bien en imposer, si l'on n'était pas averti de sa cause naturelle; De sorte qae ce seol symptôme n'a de valeur que tout autant qu'il se renconijre accompagné des autres phénomènes de l'adynamie.

&ifin, il est des cas où Férysipèle se montre avec un cortège fébrile qui ne rappelle aucun desâalsque nous venons de si^rfcr. Aucun des éléments n'est apparent quoiqu'il y ait réaction fébrile. C'est alors l'érysipëe simple que l'on peut appeler catarrhal , et qui ne modifie en rien ni les symptômes locaux , ni la marche , ni la terminaison naturelle et normale 4e la maladie.

On n'aura donc qu'à réunir l'état général avec l'exanthème érysipélateux , que nous avons séparés afin d'éviter des répétitions, pour arriver à la description clinique de l'érysipèle

épidémique. Dans ces combinaisons vitales , l'exanthème ofi quelques légères nuances.

L'érysipèle inflammatoire se fait remarquer localement f une turgescence , une coloration rouge vif, une chaleur br lante , la rapidité de révolution et la régularité de la marc 4e Texanthème.

Dans rérysipèle adynamique ou typhodes des auteurs , rougeur est terne, noirâtre , violacée, bronzée , la peau < peu tuméfiée , h plaque érysipelateuse n*est pas très-tendu ^Ue offre une consistance pâteuse ; les limites de la rougeur sont pas nettes , la rougeur n'est pas continue , et Térysipi paraît plutôt se faire par plaques laissant des intervalles des mterstices très-^pâles. Cette rougeur ne disparaît qu'a^ peine sous l'impression du doigt , ou si elle s'efface , elle reparaît qu'avec lenteur. Les phlyctènes qui se manifeste sont larges, flasques, aplaties, et contiennent une sérosité gri tre, quelquefois rougeâtre; quand elles sont vidées , elles laissa à leur place des plaques noires, comme ecchymotiques , qui dessèchent ou deviennent l'origine de petits ulcères gangrénei La chaleur , vive au*début, cuisante , cesse bientôt ou dimin progressivement ; la douleur suit la même marche , et est re placée par un état d'insensibilité relative; sa marche est len

L'érysipèle bilieux se caractérise par le peu de gonflem< des parties , la rougeur vive , circonscrite par un cercle ja nâtre très-manifeste , la présence des phlyctènes remplies sérosité jaunâtre ; la chaleur est très-vive, la douleur acre, parties sont dures et semblent, par leur coloration, plu hyperémiées qu'enflammées.

Ces diverses modifications constituent ce que les autei appellent les variétés de l'érysipèle. Nous, ne nous arrêtons \ sur celles qu'on a décrites à part, suivant le siège qu'occu la lésion locale. Nous aurons plus d'une fois à en tirer < conséquences pratiques.

Pour nous , nous ne mettons pas en doute que l'érysipèle e&i toujours un , malgré les différences que nous venons de signaler , et nous pensons que ces différences ne tiennent qu*à la diversité des terrains sur lesquels la maladie vient se greffer. Kous adoptons complètement la pensée de MM. Rayer , Monneret et de la Berge , qui ne croient pas que Térysipèle phlegmoneux soit une espèce à part , pas plus que le gangreneux. Ces états ne sont que des terminaisons d'une même maladie , et ne se rencontrent que dans quelques circonstances. Mous arrivons de suite aux complications de Térysipèle épidémique.

G onaplicsition s .

M. Velpeau avait dit : « L'érysipèle n*est pas grave par luimême y mais bien à cause de ses complications. » Et cependant presque personne ne s'est occupé de ce sujet ; peu d'auteurs classiques ont répondu à l'appel fait par le vénérable et illustre chirurgien de la Charité.

Si l'on consulte l'observation , on peut résumer de la manière suivante les complications de l'érysipèle : ou bien elles ont lieu dans le voisinage de la maladie , dans des tissus homologues , ou bien elles se développent sur des tissus différents.

Dans la première classe , nous rencontrons la lymphite qui , dans certains cas, précède l'érysipèle et l'accompagne (ce fait est surtout remarquable dans les érysipèles dits traumatiques) ; l'adénite consécutive , qui n'arrive presque jamais à la suppuration ; la phlébite , très-rarement observée , mais signalée pourtant par Ribes , Sanson , Cruveilhier ; enfin , comme conséquence de ces diverses lésions , on doit mentionner l'infection purulente , dont le mécanisme , dans ce cas , est très-bien décrit par M. le docteur Desprès.

Ifanà ïa seconde classe , no«s indiquerons suriont lesisontt^icatiofis du coté des séreuses et des membranes muqueuses.

Tout le monde connaît les travaux de MM. Piorry et Malle ^ publiés dans ia Gaxette médicale en 4833. Il en résulte <pie^ les accidents cérélMTaux , le délire devraient être rapportés ,, dans Térysipéle de la face , à la transmis»on aux méninges de Tinfiammation des téguments. S'il est vrai que souTent le délire n'est que sympathique , il est aussi incontestable que y dans quelques cas rares , la méningite a été constistée et ne peut être révoquée en doute. Je ne m'arrête pas sur le mode de production de cette méningite donné par les auteurs ; je ne signale qu'un fait que je ne cherche pas à expliquer; car, à part la méningite , on voit survenir des épanchements^ pleurétiques , des péritonites , même dans des cas d'érysipèle de la face , sans qu'aucune loi de contiguïté de tissus puisse être invoquée.

MM. Martinet et Parent-Duchâtelet disent dans leur ouvrage ^] qu'ils ont vu l'arachnitis dévdoppée par la disparition subite d'un érysipèle , ou consécutivement à un érysipèle. Leur 21 ® et leur 22® observation relatent l'histoire de deux adultes, dont Tun vit , par le fait d'un refroidissement , disparaître un érysipèle spontané de la face. Tout à coup , il est pris de céphalalgie , de délire, d'agitation convulsive des memlH:es; le lendemain, eoma, convulsions , mouvements désordonnés des lèvres et des yeux , insensibilité. Le quatrième jour , résolution des membres , respiration stertoreuse , mort. L'autopsie démontra de fausses membranes sur l'arachnoïde qui couvre la convexité des hémisphères cérébraux , la face supérieure du cervelet ; infiltration séreuse de l'arachnoïde , surtout au ventricule gauche ; injection et rougeur de la pie-mère. L'autre , après avoir eu un érysii>èle qui n'était pas terminé , sortit de l'hôpital,

fl) Recherches sur l'inflam. de l'arachnoïde, etc., Paris , 18^1 . p. 11.

vil reparaître son ârysipèie , qui se supprima brusqueneût à la face , et fut pris d*un coma apoplectique ; la place de l'érysipèle était Utide; la tête était renversée en arrière; trismus, ciHitulsioifô des membres , respiration stertoreuse , fréquence et petitesse du pouls* Mort le même soir. On constata qtie raradinoïde , d*un rouge vif dans la moitié postérieure des héolisphères , élaît, dans leur moitié antérieure , tapissée d'une couche albumineuse assez épaisse.

L'observation 28® relate encore un arachnitis de la convetîté de l'hémisphère gauche avec paralysie commençante , conséquence d'une plaie de tête , compliquée , au quatorzitoie jour de l'accident, d'un érysipSe de la face. On trouva que le péricrâne était détaché de l'os et couvert de pus , et que le pariétal gauche était nécrosé et fêlé ; une inflammation correspondait , dans Taradinoïde , à cette lésion. Ce troisième fait est bien la ccmsécration de cet aphorisme d'Hippocrate : « Avec la dénudation d'un os , érysipSe (^).

On me dira peut-être que cette complication n'est pas ap{dicaUe à des cas d'érysip^e épidémique. Il est vrai que rien ne le démontre dans ces trois observations ; mais l'état épidémique ne peut que foyoriser cette tendance ^ et M. Trousseau lui-même, qui répugne tant à admettre cette complication dans l'état sporadique, déclare qu'elle s'est souvent manifestée dans l'érysipèle épidémique. Elle se reconnut, d'ailleurs, aux symptmnes ordinaires , marche concurremment avec l'éryâpMe , ou le supprime par son explosion soudaine. '

Quoi qu'il en soit, la méningite peut être une complicafion ou une terminaison de l'érysipèle.

De plus, du côté des membranes muqueuses, il survient quelquefois des complications dont on n'a pas même pris la peine de faire mention, et qui , cependant, se recommandent

il) Sect. VII , aph. 19.

par letir gravité. &est l'extension des érysipèles cutanés aux: membranes muqueuses voisines; c'est la pharyngite avec^ aphthfô et même avec plaques diphtéritiques; c'est la laryngite^ la bronchite , la pneumonie , la vulvite ; ces diverses manifestations offrent un œdème sous-muqueux considérable , et souvent aussi des sécrétions plastiques constituant de fausses* membranes. Dans tous les cas, jedevrais une mention spéciale à ces complications qui, bien que^ n'étant pas très-fréquentes y nesont pourtant pas très-rares dans Tcrysipèle épidémique spontané de la face.

Il existe d'autres complications qui semblent résulter de la^ contiguïté des tissus envahis. Gubler cite, à ce sujet, un cas trèsremarquable. «J'ai conservé, dit-il^ l'histoire d'une femme qui) eut successivement des inflammations érysipelateuses du pharynx, du larynx, des bronches et plus tard du péritoine, puis, finalement de la peau. Chez ce sujet, l'érysipèle cutané apparut d'abord dans une localité insolite, sur le côté gauche du ventre* c'était, chose remarquable , au niveau de la plaque d'érysipèle interne qui couvrait une partie du péritoine pariétal. »

M. Thoinnet signale encore le cas d'un voyageur qui , consécutivement à l'application d'un vésicatoire sur la poitrine ,. voit survenir un léger érysipèle sur les bords de la plaie , et meurt en trois jours avec les lésions constatées de la pleuropneumonie et de la péricardite.

H. le professeur Combal, de Montpellier, raconte, dans sa thèse inaugurale , que , pendant une épidémie de fièvres typhoïdes qui régnait à l'hôpital Saint-Eloi, en 1842 , on vit, chez les typhiques, se manifester des érysipèles qui ne tardaient pas à passer à l'état gangreneux , d'où résultait plus tard une suppuration extrêmement abondante qui favorisait l'exhaustion des forces. Dans ces circonstances, on comprend que l'usure des forces , par l'action si débilitante de la fièvre typhoïde , soit cause de cette complication.

L'érysipèle peut survenir, au milieu de maladies chronicfuei^^ pendant une endocardite , une affection du foie ou toute autre lésion, et, dans ce cas , elle agit à la façon de toute affection aiguë qui réveille la marche d'une maladie chronique.

On a même parlé , mais je n'ai jamais observé de ces faits , d'érysipèles qui, gagnant un cancer ulcéré du sein et se terminant par une gangrène limitée, ont produit Tablatibn naturelle de la tumeur.

Lorsqu'un érysipèle survient pendant le cours d'une maladie aiguë, il peut agir de plusieurs manières différentes : tantôt il suspend le cours de cette maladie , comme on le voit , par exemple, dans certaines bronchites; tantôt elle l'influence de manière à métamorphoser ses symptômes et à lui donner quelque chose de saspécifité; cela se voit dans quelques pneumonies; tantôt, enfin, il marche concurremment avec la maladie, sans l'influencer et sans subir lui-même aucune modification dans son évolution.

Le phlegmon , qui accompagne assez souvent l'érysipèle , surtout traumatique, est une complication très-sérieuse , nonseulement au point de vue des désordres, mais encore des mutilations qu'il peut entraîner. Dans ce cas, comme l'indique avec précision M. Martin, une tuméfaction i»*ofonde, sousaponévrotique , diffuse, accompagne la tuméfaction cutanée; puis vient tout ce cort^e qui se déroule , ces fusées purulentes, ces clapiers, ces gangrènes, ces destructions complètes de tous les tissus , ces suppurations de veines et de lymphatiques, et les accidents généraux mortels.

Nous devons encore signaler une complication que l'on remarque dans quelques épidémies, et qui n'est pas décrite. Nous l'avons indiquée dans notre Traité des Affections sudo" riUes, et nous résumerons cemme il suit le résultat de nos observations.

Pendant le règne d'une épidémie suettique , on voit toutes

\m maladies se ressenUr de rkifluenoe catasiatique. t^ en pèles n'échappent pas à cette loi. Dans ces circonstances , de premier jour d*un érysipèle , surviennent des sueurs abond tes, torrentielles, fétides, colliquatives , non critiques ; Té sïfUtf qui se montrait dans de bonnes conditinns , suspend marche rogulike ; il prend une teinte violacée, s'afiaisse; < boutons miliaires paraissent souvent sur le cou , le dos poitrine; la fièvre n'augmente pas; le malade est pris de déli d'agitation , et bientôt la mort survient comme dans les cas suette simple et sans complication.

Nous avons été témoins plusieurs fois de cette terrible co plication, et nous avons toujours remarqué la disparition rérysipèle avant la mort.

Au rapport de Lind (^) , on vit une fièvre rémittente ] tride, se manifestant chez les Hollandais, à Batavia, s*acco pagner, sur les personnes qui oJffiraient la moindre ble$su d'une sorte d'érysipèle gangreneux et serpiginwix trè^rap dans sa marche et terriUe dans ses effets. L'empoisonaan général par les effluves paraît r^idre compte de cette tâulai à la mortification, et cette complication est digne à*i retenue.

Certains médecins ont parlé de complications cardiaqu mais les faits accumulés dans la Gazette des Uôpitawifs 22 décembre 4866, bien examinés, quoique trop sucoîncts, nous paraissent pas de nature à i^ous convaim^. l^ manif tations cardiaques, le bruit de souffle plus ou jmim s^ , sont manifestés chez des individus ribtumatisés et atteinte à'é sipèles. A quoi faon aller ûiire inlarvenir id im érysipèle p< expliquer ces phàiomènes qm dérivent si naturell^nent, ( du rhumatione, soit de Tanémie, soit de la (jatorose,

Ceci BOUS ramène à parler de la eosiplieation du xbw

(1) On the Disecues incident to Europeans in hot climats, lonq 1768, p. 84.

— âô —

tisme et de 1 erysipèle , et à nous poser la question de savoir s'il est possible d'admettre , avec J. Franck, Meza et Richa, un erysipèle rhumatismal.

Si Ton examine avec soin les faits et la description de ces auteors , on s'aperçoit vite que la rougeur qu'ils appellent erysipèle n'est pas autre chose qu'on érythème, ainsi qu'on en constate souvent et qu'en a décrit Devergie, comme symp- (omatique du riiumatisme.

Ici nous ne pouvons pas plus admettre un erysipèle rhumatismal changeant très-fréquemment de place , suivant lésine des douleurs, et offrant un aspect lisse sans bourrelet, que la fixation de l'érysipèle sur le cœur. Si l'on réfléchissait aux antécédents des malades, qu'on les examinât avant le début ou an début de l'érysipèle , et non pas vers la fin , ou même pendant la convalescence , on verrait que ce serait trop forcer Tanalogie, et généraliser trop subtilement, pour arriver à une conviction que les lois de Tanatomie , de la physiologie réprouvent, et qui n'a d'autre raison d'être qu'une spéculation de Tesprit et trop de rapidité dans les conclusions à prendre sur des phénomènes observés.

Enfin, nous devons ajouter que l'érysipèle, surtout traumatiqae, se complique assez souvent de lymphangite, ainsi que l'ont observé MM. Thoinnet et Pujos. Dans ces cas , il y a tendance plus marquée à la dégénérescence en phlegmon diffusi et uxu suppurations des ganglions lymphatiques superficiels.

Après tout ce que nous avons dit touchant l'évolution des symptômes de l'érysipèle, nous serons brefs sur sa marche. Cette affection est essentiellement aiguë, et parcourt ses périodes très-rapidement. « Dans l'immense majorité des cas, dit avec

raîson Valleix , Térysipèle s'étend d'un point à un autre sans abandonner le premier ; il y parcourt , au contraire , ses périodes jusqu'à la desquammation; puis, du point occupé en second lieu , il en gagne un troisième , et ainsi de suite , de telle sorte qu'on voit, aux limites de l'inflammation, des tissus encore rouges , durs et douloureux , tandis qu'au centre ou à l'une des extrémités, la peau s'est ramollie, s'est ridée et s'est couverte d'une desquammation plus ou moins marquée. )►

Dans quelques cas rares, ajoute M. Trousseau , une fois un premier tour accompli , l'érysipèle en recommence un autre partant ordinairement du premier point affecté. Enfin , il ne feiut pas oublier que qqelquefois l'érysipèle devient erratique ou ambulant, et que, vu sa grande tnobilité, il peut se transporter d'un point à un autre plus ou moins éloigné. Tel est \& magnifique exemple fourni par P. Franck (i).

« Nous venons, dit-il, d'observer chez une femme un érysipèle au treizième jour; la phlogose s'est manifestée à la face, delà au pied, peu de temps après du pied à la cuisse, d'où elle est revenue au visage ; elle est ensuite descendue aux intestins, pour retourner une seconde fois au pied; elle s'est jetée après sur le côté et le poumon; enfin , elle s'est fixée , par une dernière et mortelle métastase , sur le cerveau, »

La marche de l'érysipèle épidémique médical présente quelquefois des phénomènes bizarres. Tantôt l'érysipèle gagne du terrain de proche en proche: c'est l'érysipèle serpigineux, qui se limite à une région, et produit sa révolution en neuf jours; tantôt, au contraire, il envahit tout le corps successivement: c'est l'érysipèle général; tantôt, enfin, il quitte une partie pour aller en atteindre une autre: c'est l'érysipèle erratiqueoufugace. Chaquepousséeest caractérisée par une reprise de fièvre.

il) Méd. prat., t. H.

L*érysipèle Iraumatique offre surtout la marche envahissante; il débute aux environs de la plaie. Une rougeur, quelquefois blafarde , quelquefois d'un jaune paille, apparaît près des bords après un état de gonflement presque œdémateux et douloureux des lèvres de la solution de continuité ; la suppuration est diminuée , supprimée ou remplacée par une sanie séreuse , ichoreuse, fétide. Les ganglions correspondants ont déjà été douloureux, ou bien le deviennent après l'apparition de traînées ronges sur les lymphatiques. Tous les jours, la plaque érysipélateuse s'étend, monte vers le tronc, ou plutôt vers les ganglions, et ne s'arrête le plus souvent que lorsqu'elle a atteint ces paquets glandulaires; quelquefois elle les dépasse ; mais un feit digne de remarque, c'est que la rougeur n'abandonne pas sa place primitive, et que la rougeur de la plaie devient terne et blafarde, tandis que le gonflement persiste. Les ganglions engorgés restent stationnaii:es , et ne diminuent que lorsque le raal a cessé. Cela se comprend puisque l'érysipèle traumatiqueest si fréquemment accompagné de lymphangite ou primitive, ou secondaire.

Mais la marche de l'érysipèle épidémique présente quelques traits dignes d'être signalés. Tout-à-coup, par exemple, dans une salle de chirurgie, on observe auprès des blessés que chaque plaie, de proche en proche, se trouve menacée d'érysipèle , et que le moindre coup de bistouri, chez les opérés, semble les atteindre d'infection purulente et les frapper de mort. La maladie s'étend, se propage , reste quelquefois bornée à une salle ou sévit sur tout un hôpital , quelquefois même sur toute une ville. Les autres espèces d'érysipèles se comportent de même chez les enfants ou chez les adultes. Ces épidémies durent un mois , deux mois , trois mois , et , pendant ce temps , toutes les maladies paraissent être marquées du même sceau.

Tel est le tableau de l'épidémie observée, en 1856-1857, à l'hôpital de Nantes , dont M. le D^ Thoinnet a fait le sujet de

sa thèse inaugurale , et que nous allons analyser ici : « A la suite de Tapplication de sangsues ou de ventouses , les malades étaient pris, après quatre ou cinq jours, de vomissements, céphalalgie, prostration des forces, frissons plus ou moins intenses suivis de chaleur , d'accélération du pouls , même de sueurs. Bientôt après, la fièvre redoublait , sans localisation déterminée. Dès le second jour , douleur peu marquée aux aines ou aux aisselles, avec tuméfaction des ganglions de ces régions. Les plaies , qui paraissaient cicaltrisées , se rouvraient ; leurs lèvres se désunissaient, se gonflaient, offraient un peu de suppuration et devenaient, au bout d'un ou deux jours, le point de départ d'un érysipèle , qui se développait , parallèlement à la direction des vaisseaux^ lymphatiques de la périphérie, vers le centre. Ces vaisseaux s'enflammaient, formaient des lignes rougeâtres , et l'érysipèle apparaissant , s'étendait jusqu'aux ganglions qui paraissaient limiter sa marche envahissante. Ces érysipèles avaient une tendance manifeste à la suppuration des ganglions qui devenaient de véritables bubons, suivis de décollements. La fièvre était intense ; mais le pouls devenait bientôt petit, dépressible, misérable, très-fréquent; la langue était sèche , non encroûtée , la soif vive ; quelquefois, il y eut de la diarrhée, des vomissements, délire nocturne; l'adynamie était profonde, et la mort arrivait dans les conditions d'une infection générale du sang au cinquième, au huitième ou au dixième jour. Trois décès ont eu lieu sur vingt et un malades atteints de cet érysipèle épidémique à forme adynamique , que l'auteur a désigné sous le nom d'érysipèle traumatique par infection. Ceux qui guérirent avaient beaucoup de peine à reprendre leurs forces ; ils conservaient long-temps des symptômes d'embarras gastrique et de l'anorexie. »

La marche de l'érysipèle traumatique a, de plus, quelque chose de spécial. Un cas se déclare spontanément. Aussitôt le chirurgien doit se tenir dans la circonspection.

Souvent le voisin de lit sera pris dans deux ou trois jours, et bientôt, dans la salle , on comptera dix à douze cas d'érysipèles. Il arrive que Tépidémie ne quitte pas ce quartier ; mais le plus ordinairenfient , soit que les médecins, les infirmières aient à soigner des malades d'une autre salle,' soit même parce qu'il s'établira, par Tair ou par les malades , des comjnunications , rérysipèle se développera dans ce nouveau quartier jusques-là indemne. Dans d'autres circonstances , et le plus souvent , c'est un ttalade, entrant pour un érysipèle médical, qui sera le signal et le point de départ de l'épidémie.

Presque toujours , d'ailleurs , la marche de la maladie présente un fait remarquable. C'est qu'avec une fièvre intense , un aspect sthénique, les malades tombent très-rapidement dans l'adynamie , et voici à peu près les symptômes généraux qu'on observe : Le pouls est faible , petit, dépressible intermittent, la soif est vive , la langue est sèche', brunâtre , tremblotante ; les dents et fes lèvres fuligineuses , les narines pulvérulentes, l'œil terne et éteint , la coloration do la peau jaunâtre ; elle est sèche ou humectée , dans quelques parties et surtout vers la tête ou le cou , d'une sueur visqueuse ou froide ; il y a du coma ,des rêvasseries, de la prostration , des soubresauts des tendons, de la dysurie ou de l'incontinence d'urine , dessudamina , de la diarrhée , des vomissements. Le décubitus est horizontal , et des escarres se manifestent ordinairement sur les endroits où la pression du corps s'exerce. Cependant on ne trouve pas les symptômes intestinaux de la fièvre typhoïde. Cela ne doit pas nous étonner; car si l'on réfléchit que ces symptômes adynamiques n'aiTivent pas d'emblée, on sera plus porté à admettre qu'ils ne sont que la conséquence soit de la gravité du traumatisme , s«it de la déperdition produite parla suppuration, soit surtout de la résorption de quelque quantité de pus qui amène une intoxication lente et progressive. Et si on y joint Tkifluence septique de rérysipèle épidémique, on comprendra plus facilement que

cet état adynamique, même en dehors des conditions médicales et météorologiques, doive plus spécialement se rencontrer dans rérysipèle trauftiatique et lui communiquer une physionomie spéciale. D n*est pas nécessaire qu'il règne des fièvres typhoïdes pour voir Férysipèle chirurgical prendre cet aspect particulier. Toutefois, dans de pareilles circonstances, il est sûr que les blessés ressentent, comme les autres, cette influence , et que leurs érysipèles doivent s'aggraver d'autant. Un fait digne de remarque j c'est que le gonflement de l'érysipèle épidémique est moindre que celui de l'érysipèle sporadique. Il ^n est de même de la coloration. Cette différence est d'autant plus apparente que l'érysipèle se rapproche plus de l'adynamie.

Durée.

Si l'on considère l'épidémie, on voit que l'érysipèle peut régner pendant plusieurs mois de suite , et que, la plupart du temps , il ne persiste pas moins d'un mois dans les localités ou les quartiers atteints. Observé chez les malades , l'érysipèle poursuit ordinairement ses périodes dans l'espace de neuf jours, excepté quand il est ambulant ou erratique. Dans ces cas, en effet, il n'y a aucune limite fixe. Il en est de même de la durée de l'érysipèle traumatique et des autres, où il survient, soit une suppuration , soit une gangrène. Alors la durée des accidents consécutifs, ou des compUcations n'a rien de fixe ou de régulier. L'érysipèle typhoïde dure ordinairement jusqu'au vingt et unième jour; le bilieux , jusqu'au quatorzième.

Teraminaisons.

Les terminaisons de l'érysipèle sont : i "* la résolution, qui se fait progressivement et arrive à la desquammation de la peau ;

2^ la suppuration , qui n*est pas commune et qui forme alors rérysipèle dit phlegmoneux ; 3® la gangrène , qui est encore plus rare et qu'on ne trouve que dans certaines conditions spéciales. Lorsque la guérison suit Térysipèle , il reste souvent sur les parties qui en étaient le siège un empâtement œdémateux , et quelquefois des plaques indurées , tenant soit à l'infiltration du tissu cellulaire sous-cutané , soit à sa condensation^ qui gênent long-temps le jeu des parties, les rendent impropres à leurs fonctions de sécrétion et d'exhalation , et y déterminent un refroidissement très-marqué. Les moindres plaies qui s'y manifestent ont une grande tendance à passer à l'état d'ulcères. La mort peut survenir, soit par l'importance croissante de l'état général , par les diverses complications que nous avons signalées plus haut, et, enfin, par une sorte d'asphyxie lente , comme dans la bronchite capillaire , lorsque l'érysipèle est généralisé.

Delamotte {^) et Desprès citent des exemples de ce genre^ et ce dernier auteur ajoute que les « érysipèles généralisés , qui deviennent funestes , tuent tout-à-fait à la manière des urémies ; ils en ont les caractères , comme ils sont accompagnés de ces manifestations morbides que l'on observe chez les animaux enduits d'un corps gras , dont on vient à supprimer tout d'uiîtîcoup la perspiration cutanée p). »

La terminaison par suppuration n'a pas lieu dans l'érysipèle simple : elle ne peut se faire que lorsqu'il y a complication de phlébite, de lymphangite et surtout lorsque l'érysipèle de la peau , au lieu de s'étendre, gagne en profondeur , comme on le voit spécialement dans l'érysipèle traumatique. De sa nature, l'érysipèle ne paraît pas pyogénique. Toutefois , on voit assez, souvent des abcès des ganglions lymphatiques dans l'érysipèle?

(1) Eph, des Curieux de la nature . sect. H , a. 3: ^) O^.cit.^p.MO.

traumatique , comme te raconte M. Thoinnei dans sa thèse inaugurale. Ils sont alors l'effet de la lymphangite et de Tadénite ceosécutive. La suppuration ne se montre que chez des individus scrofuleux ou lymphatiques. Les cas où Ton avait renciHitré des abcès graves se rapportent à renvahissement en profondeur qui amène la complication phlegmoneuse , et ceux qu'on a trouvés en grand nombre sur la surface cutanée sont principalement des abcès critiques, comme on en constate souvent après les maladies graves.

Nous pouvons encore signaler un mode de terminaison assez rare , il est vrai , mais néanmoins incontestable , q«i a été observé par quelques auteurs. Ce sont tantôt des accidents albuminuriques , comme en a signalés M. Thoinnet dans sa cinquième observation , où , un mois après l'apparition d'un érysipèle traumatique du membre inférieur, survint un anasarque accompagné d'urinea albumineuses et d'une augmen* tation des globules blancs du sang; tantôt ce sont des épan* chements des cavités séreuses , qui ne tiennent pas à la nature spécifique de Térysipèle, mais bien plutôt à la cachexie qui accompagne les maladies aiguës adynamiques , ou dont la durée a été longue.

Ces terminaisons n'auraient-elles pas pour origine la suppression des fonctions de la peau soumise à l'érysipèle , puisqu'il est reconnu que l'application seule d'enduits imperméables sur une large surface cutanée peut amener très-rapidement la présence de l'albumine dans les urines, ou bien devrions-*nous en chercher la cause dans la nature spécifique et infectieuse de l'érysipèle épidémique ? Car il est aujourd'hui démontré que l'albumine se rencontre dans toute affection fébrile très-intense, de même que dans toute septicémie, dans toute affection de mauvaise nature ; et , dans ce cas , l'albuminurie et l'anasarque de la convalescence ne seraient que l'exagération et la persistance d'un symptôme inaperçu pendant la maladie ,

et qui ne ferait que s'accroître par un mauvais étal discrasique de rindivîdu. Notons, toutefois, que cette terminaison par anasarque est plus fréquente à la suite des érysipèles ambulants , dans rérysipèle typhoïde , dans Térysipèle puerpéral , et enfin dans les érysipèles marchant de pair avec la fièvre pyogénique, comme on le voit chez les blessés et les accoucbées.

Roux nous apprend dans son Journal (i) que , dans l'hiver de 1707 , les érysipèles furent très-fréquents , et que , quoique^ traités méthodiquement , ils se terminaient le plus souvent par hydropisie.

Nous devons ajouter que ces hydropisies du tissu cellulaire^ guérissent cependant par un traitement approprié , surtout quand elles ne se compliquent pas d'albuminurie.

Des trois espèces d'érysipèles que nous avons signalés , Térysipèle spontané est, sans contredit, celui qui, même à l'état épidémique, est le plus susceptible d'une heureuse terminaison. La résolution est presque toujours le résultat plus ou moins éloigné de rérysipèle cutané. Cependant, dans des épidémies à fond typhoïde , la mort est souvent la conséquence de la maladie. Et dans ces cas , elle arrive par plusieurs procédés : ou^ bfen^par l'aggravation de l'adynamie et l'usure pr(^ressive des. forces , que les toniques ne peuvent pas soutenir ; on voit ,. dans ces cas, la diarrhée, desaphthes, des* parotides , des. gangrènes soit sur la plaque érysipélateuse , soit sur les parties, soumises à la pression, précipiter la terminaison fatale ; ou; bien par la propagation à l'intérieur de l'érysipèleet par l'apparition sur les muqueuses , soit d'une angine gangreneuse , soit d'une pneumonie grave , soit d'un œdème de la glotte , ou des autres complications que nous avons déjà étudiées.

Fabrice d'AquapenJente avait dit, il y a bien long-temps :

(1) T. XVUI , janvier 1763.

« L'érysipèle qui vient sur le coi produit une esqainancie en allant dans la gorge ; celui qui va vers la trachée » ce qui arrive assez souvent , tombe dans les poumons et produit une péripneumonie ou toute autre maladie, (i). »

Dans les autres espèces d*érysipèles épidémiques , la mort n'arrive guère que par des complications intercurrentes , ou par le fait d'un traitement irrationnel.

Toutes choses égales d'ailleurs , l'érysipèle interne offre plus de chances de mort , surtout quand il est logé dans des parties profondes. A part les difficultés du traitement, naissent des difficultés du diagnostic ; les organes atteints étant plus impor-* tants , et leurs fonctions plus essentielles , il en résulte une tendance plus marquée à une funeste terminaison.

Quoiqu'on ait dit que l'érysipèle puerpéral est fatalement mortel, j'ai vu un cas che^ un enfant de huit jours qui a cédé à une ca,utérisation au nitrate d'argent de la plaie ombilicale, à des pansements consécutifs aipec la pommade au perchlorure de fer, et à des badigeonnages fréquents, sur la plaque érysipélateuse, avec le collodion riciné. Ces moyens me paraissent dignes d'être expérimentés , à cause de l'heureux résultat que j'en ai obtenu.

La terminaison des érysipèles tr^uiuatiques a lieu quelquefois par la guérison. C'est lorsque, par exemple, l'érysipèle se développe autour d'une petite piqûre. Et encore , dans ces cas, le nombre de morts est assez considérable. Les trois cas de mort cités par Thoinnet ont été marqués : deux, par les progrès de l'adynamie ; l'autre , par une sorte d'asphyxie lente pendant une complication de bronchite.

Toutes les fois que l'érysipèle traumatique épidémique se lie et se joint à l'angéioleueite , la terminaison est beaucoup plus chanceuse. Ce sont alors de vastes décollements dans les fhm

■ (l) Pentattuchus , 1 part., lib. I , cap. 8.^

des opérés, des^ clapiers , des abcès, soit ganglionnaires , soit sous-aponévrotiques , qui surviennent , compromettent la vie des malades et les prédisposent à Tinfection purulente. La guérison est surtout possible dans Térysipèle traumatique, lorsque les symptômes locaux suivent une marche progressivement décroissante , tandis que les symptômes généraux graves s'^éliorent. Quelquefois une plaque gangreneuse , suite de. rérysipèle, devient une terminaison favorable en ce qu'elle fixe la maladie sur un point donné oii Télimination peut se faire sans danger , pourvu que l'état général du malade soit satisfaisant.

Finissons cet article par les conclusions prises par M. Peter : « L'œdème de la glotte est une terminaison possible et redoutable de l'érysipèle du pharynx. Si l'inflammation érysipélateuse se propage aux replis aryténo-épiglottiques , elle en détermine l'infiltration œdémateuse , accompagnée d'une oblitération du larynx capable de provoquer des atcès de suffocation et de déterminer la mort. Trois fois cet érysipèle du pharynx a produit la bronchite capillaire et une fois une phthisie galopante mortelle, en agissant, comme cause occasionnelle, chez un individu prédisposé aux tubercules. Enfin , elle s'est terminée plus d'une fois par gangrène, laquelle a amené presque constamment la mort , soit par l'état général fâcheux de l'organisme, soit aussi par l'absorption infectante des détritus gangreneux. »

Nous ne devons pas passer sous silence la terminaison de l'érysipèle par l'acutisation d'une autre affection préexistante. Tel est le cas d'endocardite , cité par M. Duroziez (i) , dans lequel un érysipèle ambulant, qui finit par se fixer sur Je sein, vint ranimer l'endocardite et amena rapidement la terminaison fatale. Il est sûr que , comme toute affection générale aiguë ,

[D archives générales de Médecine, du mois d'octobre 1862.

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Térysipèle est susceptible de donner un coup de fouet à une' ancienne affection chronique , qui même n'avait aucun rapport avec elle et précipiter le dénouement. Mais nous ne pouvons , avec M. Duroziez , admettre un érysipèle du cœur.

Lésions suna,toxxiic[\ies.

Lorsque la mort est la conséquence de Térysipèle , Yoici les^ quelques altérations anatomiques que Ton découvre :

C'est d'abord l'épaississement de la peau, sa coloration brunâtre et violacée , la friabilité de l'épiderme , l'œdème , l'injection rougeâtre, l'infiltration , le boursoufflemenl du dermeet du tissu cellulaire, les capillaires sanguins et lymphatiques enflammés, contenant du pus, se déchirant avec facilité. Nous^ ne parlons évidemment pas des abcès, des ulcères , des plaques gangreneuses, qui ne sont que le résultat de la terminaison de rérysipèle, ni des lésions consécutives aux complications. Nous signalerons cependant la diffluence du ^ng qui , même pendant le temps de la maladie , est plus liquide et n'offre pas: un caillot aussi consistant que dans les inflammations franches. Ce fait y indiqué par Grorter, Borsieri, Callisen, a reçu une démonstration rigoureuse par les découvertes de l'hématologie moderne, et M. Andral nous a appris que, dans les érysipèles, la fibrine oscille entre 3,6 et 7,3, tandis que le nombre des globules est descendu à \ 03.

Dans quelques autopsies , on a rencontré des épanchements pleurétiques. Doit-on trouver un rapport avec l'érysipèle et ces épanchements? Si l'on en excepte les cas dans lesquels la pleurésie a été, pour ainsi dire, une extension en profondeur d'un érysipèle du tronc ou du sein, il ne nous paraît pas

possible d'expliquer ces épanchements (i). Je dois dire, d'ailleurs , qu'on les rencontre surtout dans les cas où , pendant un érysipèle , est survenue une méningite, soit à titre de complication , soit comme terminaison de la maladie. C'est peut-être alors la vérification de cette loi pathologique que, toutes les fois qu'une séreuse devient le siège d'une inflammation, les séreuses des autres cavités ont une grande tendance à s'enflammer.

A part ces diverses lésions anàtomiques qui se rapportent plus spécialement à Térysipèle cutané , nous devons indiquer celles qui se montrent dans l'érysipèle des muqueuses. L'épithelium disparaît facilement sur les plaques colorées de la moqueuse. Ici ce sont surtout des infiltrations sous-muqueuses ofl&rant une coloration pourpre ou blafarde , avec ou sans exsudations , des gangrènes plus ou moins limitées , et tous les accidents ordinaires qui suivent la mort , soit dans la pneumonie , soit dans l'œdème de la glotte ou dans la k'onchite. ' Les lésions anàtomiques sont , d'ailleurs , comme les lésions observées pendant la maladie , d'une analogie saisissante sur la peau et les muqueuses. D'un côté , érythème , phlyctènes , gangrène; de l'autre, rougeur, bulles, mortification. La différence n'existe que dans la texture différente des deux tissus. Certains auteurs ont cependant vu des cas dans lesquels

(1) « Si on demande pourquoi , dans la plèvre , la congestion érysipé- [ateuse aboutit à une exsudation plastique , tandis qu'à la face, une simple infiltration séreuse est la conséquence du travail inflammatoire , n'esl-ce pas Tanalogue de ce qui se passe dans le rhumatisme aigu , où les localisations rhumatismales de la plèvre et du péricarde aboutissent à des exsudais qu'on ne retrouve pas dans les articulations malades? L es dififér^ices de structure et les destinations fonctionneUes des organes ihoraciques , qui ajoutent à incitation phlegmasique le stimulua d'un mouvement nécessaire, sont probablement la cause de ces terminaisons différentes dans la fièvre érysipélateuse. » (Guéneau de Mussy. Gazette des Hôpitaux, janvier 1867 , N» 10 , p. 38. )

il n'existait aucune sécrétion bronchique ni laryngienne la sécrétion muqueuse n*était apparente que dans h buccale ou le pharynx ; témoin le fait que nous relaterc loin , et qui a été publié , au nom de M. le docteur Jules dans VUnion médicale et la Gazette des Hôpitaux ei Dans ce cas, la mort paraît devoir être rapportée à u gestion cérébrale , en présence de la congestion sangi senrée vers cet organe. Enfin , nous trouvons dans les ai toutes les traces de désordres produits par la mortificat tissus. Dans quelques cas, malgré les signes ordina rinfection purulente, on n'a pu découvrir du pus d vaisseaux.

En résumé, Ton peut dire qu'à part la difiQuence c et les lésions observées pendant la vie , Térysipèle épid< ne présente pas d'altérations anatomiques constantes , ractéristiques, et que, si Ton en excepte l'état des muq envahies , les autres phénomènes sont les mêmes qu qu'on remarque dans des accidents analogues , mais ne tant pas de l'érysipèle. Le pus des phlegmons, les métastatiques , l'inflammation des vaisseaux lymphatic sanguins, les adénites n'offrent rien de pathognome Si l'on songe que les lésions des affections essentiellem rulentes , comme la syphilis , ne diffèrent pas chimiqi des autres, on comprendra que l'érysipèle , quoique spé( ne jouisse pas non plus du privilège d'altération sui g

U n'est donc pas étonnant que M. le docteur Pujo trouvé aucune lésion anatomique remarquable, dans le^ vres des individus qui ont succombé à l'épidémie de Y Saint-André de Bordeaux.

Les autopsies faites avec beaucoup de soin par M. A Desprès ne nous révèlent pas non plus d'altérations spé( l'érysipèle. En voici les résultats : Dans un érysipèle ti tique qui a gagué la face et a présenté des symptômes atai

un peu de congestion du cerveau ; dans un érysipèle de la face après opération de cataracte , avec ataxo-adynamie , caillots mous dans le sinus latéral et dans les veines des membres inférieurs, pus dans Tarticulation du genou et du cou-depied droits ; dans un érysipèle des lèvres , suite de carie maxillaire , fusées purulentes rétro-pharyngiennes ; dans un érysipèle de la face , pas d'altérations ; dans un érysipèle traumatique du membre inférieur droit , pus dans le tissu cellulaire de la jambe et du pied, dans les lymphatiques et les ganglions de la cuisse, poumons congestionnés ainsi que le foie; dans un érysipèle traumatique du sein, caillots fibrineux dans le cœur et les vaisseaux voisins de Térysipèle ; dans un érysipèle de la face , suite de brûlures , accompagné d'accidents cérébraux, congestion des membranes et du cerveau , avec exsudation plastique sous l'arachnoïde ; dans un érysipèle consécutif à une plaie contuse du crâne , exsudât de lymphe plastique à la convexité des hémisphères cérébraux , sérosité abondante sous l'arachnoïde , congestion du cerveau et de la dure-mère ; dans un érysipèle , suite d'une fracture du frontal , injection des méninges et de la substance cérébrale, contusion des lobes cérébraux antérieurs , infiltration du tissu cellulaire , traînée purulente aux environs de la plaie ; dans un érysipèle de la face et du cuir chevelu , injection des méninges et du cerveau ; dans un autre , infiltration séreuse de Farachnoïde.

Toutes ces altérations n'ont rien , comme on le voit , d'univoque. M. Desprès déclare que les lésions qui sont le propre de l'érysipèle ont déjà disparu sur le cadavre. Mais, avouonsle , l'érysipèle est peut-être , comme le disait Lepelletier , une des maladies que l'anatomie pathologique a le moins éclairées jusqu'ici. Elle ne nous fait voir que les altérations de ses complications , mais ne nous édifie nullement sur la nature de la maladie elle-même.

Type.

Pour terminer ce que nous avions à dire sur Férysipèle , considéré d'une manière générale, nous devons obserrer, pour ne plus avoir besoin d y revenir, que quelquefois son type, qui est continu rémittent, prend un autre caractère, etqu'il est possible qu'il se manifeste des accidents périodiques pendant l'érysipèle. Ce n'est pas à dire que l'érysipèle épidémique paraisse et disparaisse , suivant une forme déterminée , avec la régularité des accès de fièvre ; mais de véritables accès peuvent se manifester soit sous l'influence d'anciennes fièvres intermittentes , soit sous l'influence de certaines résorptions ; et si je signale ce fait, qui est commun à beaucoup d'autres maladies, c'est que, plus d'une fois. Ton pourrait confondre ces exacerbations avec une tendance à une méningite , et appliquer un traitement qui ne serait plus en rapport avec la nature des accidents.

Il est évident, que je ne parle pas ici des érysi pèles périodiques que l'on rencontre chez certaines femmes à l'époque de la menstruation ; que je ne fais pas allusion à ce cas d'inflammation périodique de la joue gauche et guérie par le sulfate de quinine , cité par Durande (i) , ni au cas raconté par M. Piorry (^) et qui était caractérisé par un érysipèle de la face reproduit pendant neuf mois consécutifs, tous les quinze jours , chez un homme de trente-quatre ans. Cet individu fut guéri par l'avulsion de dents cariées, et par l'emploi du sulfate de quinine. Mais je tiens à constater que l'érysipèle, quoi qu'en

[1) Journal complémentaire du Diclionnaire des Sciences médicales y t XX , novembre 1824.

(2) lanceiU française , 1832.

disent LepoUetier de la Sarthe et J. Franck, peut paraître comme symptomatique de la fièvre intermittente et se manifester pendant les accès , pour suspendre son cours dans la rémission. ^

Roche et Sanson ont écrit que Térysipèle paraît souvent pendant les paroxysmes des gastro-entérites, et s'efface dans l'intervalle; qu'il est quelquefois régulièrement intermittent (i).

M. Rayer observe P) que, quoique le fait soit trèsrare , il a observé un cas d'érysipèle intermittent précédé et accompagné d'accès névralgiques , et que , quelque type qu'il affecte, il cède aux préparations de quinquina et de sulfate de quinine.

Morton avait déjà signalé une fièvre intermittente pernicieuse dans les paroxysmes de laquelle une rougeur paraissait sur le corps (3). Et qu'y aurait-il d'étonnant dans ce type, alors qu'on voit des pneumonies suivre les paroxysmes et les rémissions des fièvres intermittentes? Certains faits que j'ai observés en indiquent la possibilité. Nous nous bornerons à citer des exemples d'érysipèles accompagnés d'intermittences bien marquées.

On dit {^) que Kaiman a vu un érysipèle récidiver périodiquement au bras d'une femme.

Mongellas (^) raconte l'observation suivante qui lui a été communiquée par le D"" Georgiadi : Un cuisinier de quarantedeux ans, pléthorique, fut pris, le 11 février 1817, d'un érysipèle du côté droit de la face et du cou , après les prodromes ordinaires de cette maladie. Une large saignée fut pratiquée le matin; l'insomnie, le malaise, l'anxiété, la chaleur

(1) Nouveaux Eléments de Path. » 1. 1, p. 297.

(2) Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques , t. VII , p. 489.

(3) Hist. XXIII et XXIV,

(4) Actes des Curieux de la nature, t. III.

(5) Hwiogrotphie des Irritatiom intermittentes , 1339, p. 96 , t. I.

de la peau, la fréquence et la dureté du pouls, le brillant àes yeux, cessèrent bientôt, surtout après des évacuations provoquées par un émétique. Le soir, tout avait disparu; la tête resta seulement lourde. Le malade dormit, et le lendemain, il se trouvait comme en parfaite santé. Il sort le 1 5. L'érysipèle revient presque instantanément et augmente en étendue. Le soir, insomnie , délire , agitation, qui durèrent jusqu'au matin. Nouvelle saignée, lavement purgatif; vers le soir, amélioration sensible. L*érysipèle a diminué. Peu de chaleur et de rougeur, sueur pendant la nuit, sommeil paisible, et le 17, il n'y a plus de traces de Tinflammation. Il vaque à ses affaires. Le 18, l'érysipèle reparaît avec les mêmes symptômes vers le même temps de la journée ; la fièvre est peu intense, mais l'inflammation gagne la partie latérale de la tête. Cet état dura la journée du 1 9 : et le 20 , pendant que le malade était revenu à son état presque normal, on donnai gros de quinquina en poudre , qu'on répéta à la dose d'un gros le lendemain, une heure avant le moment présumé du retour. L'érysipèle reparut encore , mais moins intense et en retard de deux bonnes heures. On revint, le 23, à 6 gros de kina; le remède fut continué , et l'affection , qui se présentait sous le type tierce , n'a pas reparu.

Le D"* Mongellas ne met pas en doute que des phlegmasies cutanées de cause interne , ou liées à d'autres phlegmasifô viscérales , ne puissent se montrer aussi bien sous le type intermittent que sous le type continu.

Dumas a publié, dans les Mémoires de la Société médicale d'Emulation (i^année), un travail très-curieux et très-pratique, sur la nature et le traitement des fièvres rémittentes qui compliquent les grandes plaies, et qui peuvent être assimilées aux fièvres intermittentes ou rémittentes pernicieuses. Il démontre que ces fièvres éprouvent des redoublements qui anticipent les uns sur les autres , de telle sorte qu'elles peuvent se changer

en continues. Aussi quand, avec une rougeur érysipélateuse plus ou moins prononcée, on verra la plaie fournir un pus de mauvaise nature et la fièvre persister, doit-on se méfier de rintermittence, bien observer le malade, et se hâter de donner le quinquina pour parer au danger d'une pareille complication.

« L'impression nuisible que la fièvre rémittente porte sur la plaie se fait d'abord sentir dans les pariies qui suppurent. Son effet direct est d'empêcher la formation du pus, d'en altérer la matière ou de la transporter ailleurs par une métastase dangereuse. L'état des plaies et de leur suppuration, après quelques paroxysmes , manifeste bientôt de terribles changements. Leurs chairs , arrosées jusqu'alors d'un pus bien élaboré, s'avançaient d'une manière heureuse vers leur régénération ; mais elles se dessèchent tout-à-coup et prennent une fort mauvaise apparence. Altérées dans leur consistance , dans leur couleur , elles deviennent tantôt rouges et enflammées , tantôt molles et livides; si elles ne sont pas affectées d'un prompt dessèchement, elles se couvrent d'one matièi*e séreuse, fluide, grise, cendrée ou verdâtre , exhalant une odeur infecte, mêlée à des globules de sang et divisée en petits flocons qui occupent inégalement la surface des plaies. Ces effets sont généraux et constants et pourraient servir à mesurer la violence de la fièvre. Il est possible de l'annoncer, d'après la seule inspection des plaies. Le pernicieux état que la fièvre produit dans les organes blessés est d'autant plus réel , qu'ils sont déjà ti'ès-disposés à recevoir son impression , et qu'ils doivent d'autant plus facilement être affectés par l'acte fébrile, que leur faiMesse relative, entretenue par la blessure, est plus considérable (1). »

La fièvre érysipélateuse des blessés , survenant avec la distraction des forces , concentrées sur le traumatisme , ne jouit ,

(1) Soeiét. méd. d'Emul., t. IV, p. 22.

pas plus qu'une fièvre bilieuse , du privilège de la continuité. Elle peut être rémittente , comme la fièvre traumatique compliquée décrite par Dumas.

Enfin , personne ne conteste que le périodisme ne puisse se manifester en dehors des conditions palustres. On le rencontre dans des campagnes exemptes du paludisme , mais qui laissent s'exhaler des miasmes animaux des fumiers établis à proximité des maisons , et Ton peut croire, avec le docteur Délioux, que le périodisme peut aussi bien s'établir par des émanations telluriques , pendant les saisons régulièrement humides suivies de sécheresse , que par les miasmes animaux , comme on en trouve dans les salles d'hôpital , où la décomposition des produits organiques peut favoriser le développement de cet élément morbide.

Arrivons maintenant à d'autres exemples qui ressemblent plutôt à des complications, mais que nous avons réservés à dessein pour l'étude du type.

J'ai vu , en 1 852 , au mois de j uîn , une femme de vingt-cinq ans , bien portante d'ailleurs , qui avait eu pendant un mois , l'année précédente, en automne , des accès quotidiens de fièvre palustre, entrer à l'hôpital d'Avignon, avec les prodromes d'un érysipèle de la face qui ne tarda pas à se développer. La maladie poursuivait son évolution , et était arrivée , au cinquième jour, à envahir tout le côté gauche de la face ; l'oreille était excessivement rouge et tuméfiée, les paupières très-gonflées. Vers trois heures du soir , la malade, qui était en bon état le matin , estprise de délire; elle s'agite , et cet état dure deux heures. J'appliquai de la moutarde , et administrai 1 gramme de calomel. Le calme se fit ; de la moiteur, puis de la sueur parurent, et le purgatif ayant produit son effet, je- laissai cette jeune femme dans le bon état où elle était la veille. Dès le lendemain matin , l'amélioration persistait. Vers deux heures , reparurent les mêmes accidents que la veille, mais plus intenses, plus

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longs i plus violents. Le délire dura quatre heures ; la sueur ne discontinua pas de toute la nuit. Dès que la rémission eut lieu, nous administrâmes, en quatre doses, avant midi, 1 gramme de sulfate de quinine. Le délire ne revint pas à deux heures ; mais j à six heures du soir, la fièvre augmenta, la tête était plus douloureuse ; la peau moins sèche que la veille. La sueur ne persista que trois heures. Une nouvelle administration de sulfate de quinine arrêta les accidents , et la malade arriva franchement à la convalescence. Toutefois , avant de quitter l'hôpital , elle eut deux autres accès qui cédèrent au vin de Seguin et aux préparations de quinquina.

Ce fait démontre une fois de plus que la fièvre intermittente peut s'associer à toute sorte de fièvres.

D'ailleurs , la périodicité ne reconnaît pas seulement pour cause l'intoxication marématique. Lorsqu'il existe, par exemple , des produits gangreneux au gosier , lorsque l'on n*a pas soin, dans certains érysipèles bilieux ou adynamiques, détenir toujours le ventre libre , et de nourrir un peu les malades , il se fait , par l'intestin ou par l'estomac , une absorption de ces produits, et de véritables phénomènes d'empoisonnement, qui se traduisent souvent, à chaque pénétration putride, par un accès : ou bien , l'économie , trouvant en elle un foyer d'infection , et saturée de ces éléments pernicieux , produit des réactions le plus souvent périodiques et susceptibles encore d'être heureusement influencées par les toniques et Tantipériodique. Ce que l'on observe dans ces circonstances ressemble assez bien aux phénomènes signalés dans l'infection purulente.

M. B. , quarante-trois ans , atteint d'un érysipèle à la face , à forme bilieuse adynamique , quoique évacué et soutenu par le quinquina et le bouillon, présenta, au septième jour , un affaissement marqué de l'exanthème qui devint un peu violacé. Le pouls perdit de sa force ; le malade avait de la peine à avaler ; il gardait le décubitus dorsal , et s'inquiétait de son état ; som-

nolence dans le jour , agitation la nuit. Le malade répondait bien aux questions , mais se fatiguait même à parler. Cet état, combattu par des vésicatoires aux jambes et les toniques , persista cinq à six jours. L'examen du gosier montra des aphtbes nombreux, quelques-uns cernés d'une auréole brunâtre. L'érysapèle était efliacé , les paupières désenflées. Vers le quinzième jour, le malade est saisi d'une impression de froid général sans tremblement ni frissons. Chaleur consécutive intense , gêne pour respirer ; les accidents durent dix heures. Lorsque je vis le malade , il était calme , sa peau un peu moite , loais lél sclérotiques étaient jaunâtres et ternes. J'insiste sur l'extrait de quinquina, j'associe à la potion 50 centigrammes de sulfate de quinine. La journée du lendemain est meilleure; mais, yers une heure du matin , un véritable frisson s'empare du malade, qui meurt dans la même journée avec tous les signes d'une congestion des deux poumons , du délire et des convulsions. Le cadavre se putréfie avec une immense rapidité.

J'ai vu un autre fait analogue , où les accidents typhoïdes étaient moins marqués; mais oii , sous l'influence d'un refroidissem^t pris au cinquième jour d'un érysipèle facial, survinrent des accidents périodiques , qui en imposèrent d'abord pour une méningite , et qui cédèrent aisément au suUate d^ quinine. Le malade n'avait jamais eu les fièvres.

Rappelons, à ce sujet, que la périodicité est assez souvent observée dans les traumatismes, et qu'il n'y a rien d'étonnant qu'elle puisse se manifester de même, durant le cours d'un érysipèle qui vient compliquer une opération chirurgicale.

Et, d'ailleurs, l'infection purulente produit aussi des paroxysmes.

Il est une autre affection, appelée par Bérard infe(jtion putride, qui donne lieu à des paroxysmes, et qui reconnut pour cause la résorption de la sérosité du pus vicié et dev^u fétide par le contact de l'air. Or, nous savons que la qualité

iw pfus est toMemeot changée dans les plaies envahies par férysipèle. N'est-ce pas là une raison pour nous tenir en garde contre la possibilité du périodisme dans toute sorte d'érysipèles? Car le pus, la sérosité résultant soit des phlyctènes , soit des abcès, soit des gangrènes, soit du traumatisme, sont complètement adultérés, par là cause spécifique et septique de Fcrysipèle lui-même. Ajoutez à cela les chances d'infection par les produits absorbés par les muqueuses et digérés par Festomac , et vous aurez toutes les conditions favorables à un empoisonnement purulent, putride, septico-pyœmique , bien capable de développer , soit un périodisme très-régulier, soit des accès incomplets , mais tendant toujours à s'enchevêtrer jusqu'au moment où la. continuité de l'empoisonnement rendra inutiles les plus précieuses ressources de la. thérapeutique.

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