‹ Traité de l'érysipèle épidémiqueChapitre 4 sur 19 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Que rérysipèle se montre à Tétat épidémique à certaines époques , c'est-à-dire que , pendant un temps donné et sous l'influence de certaines circonstances, on ait vu et Ton voie encore, tous les jours, Térysipèle frapper à la fois un grand nombre d'individus dans des conditions diverses et sur des parties différentes ; que les maladies offrent , pendant la durée de la constitution médicale dominante, une forme identique et semblent être jetées dans un même moule; voilà un fait incontestable , aperçu par la généralité des médecins. Il est rare que chacun de nous, après dix ans de pratique, n'ait pas assisté à un pareil spectacle; presque tous les auteurs en font mention, et ce n'est pas sans surprise que nous voyons Baillou, Huxham , faire exception au concert des auteurs qui signalent la forme épidémique de l'érysipèle, ou qui nous ont même transmis la relation de certaines épidémies. Ozanam lui-même déclare 4( que l'érysipèle est une maladie très-commune et des plus anciennes que l'on connaisse; que tous les médecins , depuis Hippocrate, en ont parlé ; mais qu'elle est bien rarementépidéniique, surtout comme maladie primitive (i). » C'est ainsi qu'il explique la pauvreté des renseignements qu'il peut en donner.

(1} Oztnaœ. Traité dei Mélodies ^idémiques, t. IV ; p. 1^-

La rareté des relations d'épidémies d^érysipèles ne viendraitelle pas plutôt du peu de gravité relative des érysipèles dite spontanés, signalée par certains médecins, qui font une dasse à part des érysipèles dits traumatiques , et ne peut-on passoupçonner aussi le manque d'habitude de relier certains faits, en apparence différents, avec les causes générales qui provoquent Tapparition des érysipèles?

Quoi qu'il en soit, le premier monument, par rang de date et de valeur, que nous trouvons à ce sujet, est inscrit tout air long dans les œuvres toujours inépuisables du Père de la Médecine. Les documents qu'il nous fournit sont tellement explicites , qu'on ne comprend pas que le tableau qu'il donne de l'érysipèle épidémique ait pu échapper à la perspicacité de M. le docteur E. Auber. La relation de cette épidémie méritait une aussi belle place que la description des diverses maladies que ce distingué confrère a colligées dans son livre tout récent des Institutions d'Hippocrate. C'est une lacune regrettable que nous signalons , et que l'auteur ne manquera pas de combler. En attendant, comme ni Ozanam, ni Lepelletier de la Sarthe, ni M. H. Martin , ni même M. le docteur Desprès n'ont indiqué cette source d'études dans leurs divers travaux sur l'érysipèle, je crois indispensable d'en donner une traduction fidèle :

« La quatrième année ay&^t été australe , humide eH douce , la santé publique fut bonne pendant l'hiver. Vers le printemps, et en même temps que les froids qui régn^ent dors, survin^ rent beaucoup d'érysipèles paraissant sous l'influenee d'une légère cause apparente ou sans cause appréciable; ils étaient

de mauvaise nature et enlevèrent beaucoup de monde Ils

régnèrent ^idàniquement L'érysipèle ée dévdoppait,

pour une cause occasionnelle quelconque, sur les lésioni^ lés plus vulgaires , sur de toutes petites plaies, en qtldque point du corps qu'elles siégeassent, mais surtout chez les personnes d'environ soixante ans, et à la tête; chez beaucoup^ pour peu

qu^on négligeât le traitement de ces léftioDâ y chez beaucoup auBsi, màne pendant qu'on les soignait, de grandes inflammations survenaient, et rapidement Térysipèle étendait ses ravages dans tous les sens. Chez la plupart, le dépôt de la maladie aboutissait à des suppurations, et les chairs, les tenons et les os éta^t largement détruits. Le flux qui se formait ne ressemblait pas à du pus; mais c'était une autre espèce de puU*ilfi^ et un flux abondant et ymé* Chez ceux a qui il arrivait que la tête fût le siège de quelqu'une de ces lésioiM», le cuir chevelu entier et le menton étaient dépouillés de poils; les os étaûent dénudés] il en tombait des fragments; il s'écoulait des flux abondants , et cela avec fièvre ou sans fièvre. Ces accidents étaient plus effrayants que dangereux; car, parmi ceux chez qui la maladie aboutissait à une suppuration par l'intermédiaire delacocti^n, la plupart échappaient; mais, parmi ceux chez qui l'inflammation et l'érysipèle s'en aMaient sans faire aucun dépôt semblable , beaucoup en mouraient. Les accidents étaient semblables sur quelque endroit que ce mal errant allât se fixer. Chez plusieurs, le bras et l'avfimt-bras tout entier étaient dépouillés; si le mal s'établissait à la poi^ine^ il en entamait les parois, ou à la partie antérieure, ou à la partie postérieure; chez d'autres» la cuisse entière, ou le tour de la jsuube , ou le pied entier é^it dénudé. De toutes Cês lésions , les plus fâdieuses étaient celles qui avaient pour siège le pubis ou les parties génitales. Voilà ce qu'i) eu était pour les érysipèles nés autour des plaies et par une cause occasionnelle; mais il en survenait beaucoup et en même teiaips que les fièvres , et avant les fièvres , et pendant le cours des fièvres. Parmi ces érysipèles aussi , il arrivait que ceux oii il s'étaUissait soit un dépôt par suppuration , soit quelque évacuation alvine opportune , soit une émission d'urines favorables, y trouvassent leur solution; mais que ceux où rien de pareil ne survenait et qui disparaissaient sam soulagement

manifeste, se terminassent d*une manière funeste. Ce surtout pendant le printemps que i'érysipèle r^na; cepenc il se prolongea aussi durant Tété et jusque dans l'automne (i

Après la lecture d'une description si nette, si précise, est en droit de se demander comment Haeser a pu soutenir la maladie nonunée érysipèle par Hippocrate est encore éi matique, et qu'on pourrait conjecturer que c'était une afieci de nature scorbutique , ou bien le résultat d'un empoison ment par des céréales avariées P).

Galien se contente de dire que c'est au commencement l'été et à la fin du pnntemps que les érysipèles paraissent plus souvent. Mais il ne donne pas de descriptions d'( démies (3).

Silvius de le Boê parle des érysipèles épidémiques, n^s o décrit pas non plus (^).

Il faut arriver au XYIII® siècle pour trouver des épidén écrites.

Tozzi, mort en 1747, est cité par Ozanam (^) comme contant , dans ses commentaires sur les aphorismes d'Hip crate (lib. VII , aph. XX) , que, sur la fin de l'automne l '^ et pendant tout l'hiver suivant , on vit régner à Naples i espèce d'épidémie meurtrière extraordinaire; c'était érysipèle qui affectait principalement le visage, avec ûè aiguë, veilles, délire , hémorrhagies nasales et autres symptoi des plus pernicieux. Peu de ceux qui en furent attaqués éch pèrent. Les érysipèles , ajoute-t-il, régnèrent aussi épidémiq ment à Breslaw la même année.

/l) Hippocrate, Trad. Littré, 1841 , t. III, p. 71.

(2) Hiitorisch-^athologùehe untersuehungm. Erster Theil, Dret und Lnpxig , 1839.

(3) Àd Glaueon , lib. II , et Meth. med. , lib. XIV,

(4) Praxeos Medicinœ , tract. X.

(5) Traité des Mal épid, , t. IV , p. 148.

Richa, au rapport du même auteur , observa aussi, en 1 72< ^ une épidémie d'érysipèles à Turin, laquelle commença en automne 1720 ,se modéra en hiver et reparut au printemps , sévissant sur la ville et les campagnes. « Cette maladie survenait sans prélude , et paraissait inopinément sur une partie quelconque du corps ; quelquefois une fièvre violente précédait l'éruption qui éclatait au moment de la rémission. L'érysipèle attaquait de préférence le visage, les épaules ou les jambes; la partie affectée se tumâiait aussitôt; ensuite le ventre, qui était constipé , se relâchait doucement , et , en peu de jours , la maladie était jugée. Chez un grand nombre de malades , il survenait des hémorrhagies nasales qui amenaient heureusement la guérison ; elles étaient annoncées par la dureté , Tenflure et la douleur des hypocondres , ou par une douleur violente à la tête avec rougeur des yeux et tintements des oreilles ; les autres crises étaient imparfaites ou nuisibles. On aidait les mouvements dépuratifs par des remèdes appropriés. Dans quelques cas, le besoin de la saignée se fit sentir. y>

Darluc rapporte qu'on érysipèle épidémique se déclara, lors de l'été de 1 780 , dans tous les villages qui bordent le golfe de Saint-Tropès et surtout à Caillan. L'été avait été constamment pluvieux , nébuleux , très-chaud et sans le moindre vent.

L'érysipèle se montrait à la face, parcourait les joues, les lèvres, les paupières qui étaient le siège d'un gonflen|ent considérable ; la fièvre était véhémente , la langue jaune et crevassée, la peau brûlante , la soif ardente ; anxiétés , inquiétudes; épistaxis abondantes chez plusieurs malades; chez d'autres, gêne de la déglutition, raucité de la voix, sentiment de suffocation, avec gonflement des muscles externes du cou, et tous les autres symptômes de l'esquinancie. La fièvre continue ofl&rait des redoublements av^c délire , soubresauts de tendons , déjections bilieuses et vermineuses. Urines troubles et épaisses. Le sphacèle des parties érysipelateuses et les convulsions ter-

minaient la vie dans les cas graves. La maladie se terminait au vingt et unième jour par la desquammation farineuse de rérysipèle après des évacuations spontanées , des sueurs f^ides et TÎsqueuses et la diminution progressive de l'enflure. Les applications locales furent toujours dangereuses. Les saignée, suivies rapidement de Témétique et des purgatifs, les tisanes diapborétiques, furent les moyens les plus sqppropriés dans cette épidémie.

Sauvages cite aussi, d'après Deslandes (^)\ une affection épidémiqueet peut--être contagieuse , oii Ton voit que Tépiderme de la face tombait à la convalescence , et. qui aurait affligé Toulouse (^).

Les professeurs Fmto, de Vienne, en Autriche, ^ Raggi , de Pavie, ont observé dans ces deax villes» en 178CM783, Férysipèle épidémique qui s'annonçait par tous les symptômes de la péripneumonie, laquelle succédait parfois à l'érysipèle. M« Ferro a vu aussi l'érysipèle suivi de coliques et de diarrhées.

P. Hoilmam , tant cité pour ses études sur hi fièvre érysipelateuse, admet que l'érysipèle ^t épidémique à la manière de la peste (3).

Witfirid vit, au printemps de 4 770, les érys^les se succéda dans ses salles (^).

Bromfield (^) a vu régner épidémiquement l'érysipèle sur les nouveaux nés, et chez les adultes ; la tête était surtout aiiectée.

Undervood dit aussi les avoir constatées sur les enfants , dans les hôpitaux des femmes en coudi^ (^).

(1) HUt. de VAcad. des Sciences, 1710.

(^ NQS9hgia,tl,p.^^.

mM4d,rat.,t.lY, p. 1, § r.

(4) Wells. Trans. for the impr, for med. and Surgeri , Knowledge , t. II.

(5) Hed. communicattons f ITld, t. II et t. III. ^ ûa ^dUeateâ 9f Ckildrm, 1780.

CuUau m repousse la contagion, mais il semble admettre réry^ipèle pestilentiels Cependant son traducteur dit qu*il est certain que Térysipèle est sporadique, qu*il ne parait pas oommanément être contagieux ou épidémique, et qu'il est probatde qqe Téry^pëe pestilentiel doit être rapporté à un autre genre indéterminé.

J. Franck raconte que, par une gelée sache, il a vu plusieurs fois en Lithuanie Térysipèle épidémique, et il ajoute que, parfois, cett$ maladie, sous Tinfluence d'une constitution inconnue, se présente d'une manière épidémique (^).

Gbélius (^) assure que Térysipèle se produit surtout en été et en automne sous forme épidémique.

M. Rayer (*) dit: « Il faut reconnwtre, et c'est là un des points les plus importants, qu'il existe des constitutions médi** cales sous le règne desquelles les érysipèles naissent en si grimd nombre qu'ils ont un caractère vraiment épidémique ; c'est alors que presque toutes les lésions cutanées , même les plus légères, comme Tapplication d'un séton , d'un moxa, d'un cautère, d*un yésicatoire, de quelques sangsuee, Touverture d'un abcès, une saignée, la moindre incision, la plus petite plaie à la peau, amènent immédiatement cette fâcheuse complicatioUt U n'y a pas d'années où nous n'ayons l'occasion d'observer dans nos hôpitaux cette singulière et malheureuse disposition, tantôt étendue à la fois à toutes les sal)es> tantôt iM^mée àujaeseule, quelqu^ois renfermée dans un hôpital, d'autres fois commune à plusieura établissements, et appréciable ïussi dans la pratique partiouU^e, »

Le même auteur ajoute (p. 447) : « Cette année (1828) a été singulièrement remarquable sous ce rapport Depuis six

a) M4d, pr<i#, , trtd. BosquUlon, t. I, p. 441. 1785.

(2) Op.cit., t. II, p. 75.

(3) Path. chirurg., art. ErysipèU,

(4) Jfalod. de la Peau, t. II. p. 48,

mois, les infirmeries sont encombrées d'aliénés érysipelateux } la maladie se manifeste sur un point quelconque du corps , quelquefois sur une partie saine de la peau, le plus souvent dans le voisinage d'un cautère... Des faits du même genre ont été observés àBicêtre, à l'hôpital Saint-Louis, à la Charité, dans certaines saisons et à certaines époques où les érysipèles se sont montrés en tel nombre, que cette maladie paraissait véritablement épidémique. y>

Ajoutons-y ie Val*de-Grâce en 1 848, et rappelons qu'une épidémie terrible pour le corps médical a régné à Paris en 1 86i (i) .

M. Gintrac nous apprend , d'ailleurs , que l'érysipèle épidémique se rencontre aussi dans les pays lointains. Nous copions textuellement : « Au commencement de l'année 1 842 , une épidémie d'érysipèles se répandit dans les provinces de l'est du Canada, plutôt dans les villages que dans les villes, et dans les contrées les plus élevées , les plus sèches, les plus salubres. Elle atteignait principalement les enfants et les femmes, surtout les femmes enceintes ou en couches. Elle avait été précédée de scarlatines , et coïncidait avec la fièvre puerpérale. Elle se terminait souvent par des suppurations du conduit auditif, ou des abcès au cou, aux aisselles, sur les parois du thorax. La convalescence était difficile ; elle rendait nécessaire l'emploi précoce des toniques.

)► D'autres régions de l'Amérique septentrionale étaient visitées par des épidémies d'érysipèles. Vers la même époque , et même long-temps avant , comme aussi quelque temps après , c'est-à-dire de 1837 à 1852, N.-H. Bennet les avait vues se développer à Bethel (Gonnecticut) dès le mois de novembre 1 837, en coïncidence avec une angine scarlatineuse. L'érysipèle parut à l'hôpital de New-York , en 1841 , dans les salles de chirurgie en même temps que les fièvres typhoïdes régnaient

(1) GaxêUê des Hôpitaux ^ 1861.

dans leà autres services. It existait, la même année, à Mildeburg, accompagné d'angine et d6 glossite. Cette épidémie s'étendit à Horiah et à Aurora (Indiana) ; elle fat remarquée dans les provinces septentrionales de la {»^vince de Yermont et dans le New-Hampshire en 1 843 et 1 843 ; en 1844 , sur les bords du Mississipi et du lOissouri , à Varenton et dans le comté deDelaware; en 1847, dans le Hichigan; en 1851 , dans les comtés deMontgomery, de Blair, de Sabanon, et en 1852, àNewcastle, oii elle attaqua beaucoup de femmes en couches , et fit de nombreuses victimes (i). »

Mais quittons Fétranger pour revenir en France.

En 1834, M. Chauf&rd P) signalait les érysipèles épidémiques dans les salles de l'hôpital d'Avignon , au commencement du printemps.

La même année, H. Quissac était témoin, à Montpellier, d'une épidémie d'érysipèles qui se développaient chez les malades de l'hôpital Saint-Eloi P).

Le professeur Serre en signalait encore une dans le même hôpital en 1840 (4).

A la même époque, une constitution médicale de même nature fit sentir son influence à l'Hôtel-Dieu de Paris dans le service de M. Blandin, à la Pitié et à la Charité. Elle reparut encore à l'Hôtel-Dieu et à la Pitié en 1 842.

On en remarqua d'autres à Paris dans l'automne de 1844 , et le commencement de l'hiver de 1845 , à Saint-Louis, à la Charité, à l'hôpital du Midi et à l'Hôtel-Dieu, comme le prouve le journal de M. Rognetta (5).

(1) Pathologie et Thérap. méd.

(2) Œuvres de méd. prat. , t. I, p. 82.

(3) thèie sur la généralisation et la loeaUsatUm des maladies. Montpellier , 1852 , p. 65.

(4) Hubert Rodrigues. Montpellier. Cliniq. méd. , 1852 , p. 69.

(5) Rognetta. Annales de Thérapeutique , t. II , p. 27 , 374.

Le même auteur indique une autre épidémie à l'Hôtel-Dieti .en décembre 1 846 et janvier 1 847.

En 4 853, je fus témoin, dans un grand hôpital du Midi, d'un érysipèle épidémique adynamique qui parut aussi en janvier , n'atteignit presque pas les services de chirurgie, et fut accompagné et suivi de pneumonies érysipelateûses qui répugnaient absolument à la saignée et guérissaient par. les vésicatoires et le quinquina. Ces pneumonies ressemblaient parfaitement à celles décrites par Barthez.

En i 855, M. Lorain, dans sa Thèse sur la fièvre puerpérale chez les nouteaux nés, déclare que Térysipèle est de sa nature épidémique.

La thèse de M. Aubrée (1 857) constate le même fait.

En 1859, M. Thoinnet décrit, dans sa thèse, une épidémie qui régna à Thôpital de Nantes et qui amenait souvent des adénites suppurées.

Les thèses de MM. Fenestre et Obé répètent , à Tenvi , que rérysip'èle est épidémique.

Nous avons vu à Marvejols plus de cent érysipèles se manifester à la face au mois de décembre 1864 et de janvier 1865. Cette épidémie était bénigne et n'enleva pas un seul malade.

Dois-je dire encore que l'on a vu des épidémies d'érysipèles à Beaujon, dans le service de M. Huguier ; à la Pitié, dans le service de M. Gosselin; à Lariboisière , dans le service de M. Voillemier ; qu'en 1 861 , la Gazette hebdomadaire signalait une épidémie d'érysipèles à Paris, tandis qu'au même moment, la Gazette médicale de Lyon constatait la même influence dans les hôpitaux de cette ville? Je n'en finirais pas si je voulais rappeUr toutes les épidémies de ce genre décrites par les praticiens dans les recueils périodiques.

On peut lire dans le Journal de Médecine de Bordeaux (1844, 1845) que l'hôpital Saint-André fut maltraité, au printemps de ces deux années, par l'érysipèle épidémique.

Abrs, soit dans lès salles de médecine, soit dans les salles de chirurgie, la vésication, les solutions de continuité, la cautérisation du tissu cutané, devenaient Toccâsion d*érysipMes. M. Gintrac observa onze érysipèles spontanés de la face ou du cuir chevelu, six consécutife à un vésicatoire, et le» saignées du bras n'éôhappai^nt pas à cçtte influencç. Ces épidémies, quoique moins marquées, reparaissaient de temps en temps.

Mais, en 1863, Fhôpital Saint- André fut le centre d'une épidémie plus importante relatée par M. le Dr Pujos dans sa thèse inaugurale. Tous les ca3 se présentèrent avec prédomir nance de la forme typhqijde pendant cette épidémie. C'était, d'ailleurs, le cachet imprimé à cette époque, par la constitution médicale, à toute sorte d'affections. Dans cette épidémie, il n'y eut pas de morts par infection purulente , tandis que, l'ann^ précédente , on avait eu à déplorer onze décès dus à cette cause,

M. Lorain, pendant son internat à la Maternité, putobserver, concurremment avec une épidémie de fièvres puerpérales , une série d'érysipèles sur les nouveaux nés , compliqués de péritonite, de gangrènes, de méningites, d'abcès multiples, de pWegmons , etc.

Arrêtons cette longue liste d'épidémies d'érysipèles de toute sorte, et consultons les auteurs.

Graves (i) accepte largement l'épidémicité de l'érysipèle.

M. Bouillaud est partisan aussi de l'épidémicité P).

Le Compendium de Médecine se prononce pour l'épidémicité, et cite même Sydenhamqui prétendait que l'érysipèle est plus commun en automne et en hiver.

MM. Chomel et Blache acceptent franchement l'idée de constitutions médicales et d'épidémies érysipelateuses.

(1)T. II, 462, Climque.

d) Nosogr. méd. . t. Il, p. 184.

M. BoucMt (^] paHe 3'^piâémieft d*éry$ipèles sur les nou- Teaux nés.

HH. Hardy et Bdier (^] admettem une cause prédisposante capitale I une constitution médicale , une condition atmosphé rique inconnue dans le dérelqppemenit de i'érysipèle.

Requin {^) dit que Férysipèle est tanîtôt sporadique, tantôt épidémique.

Yalleix Ifj ne doute pas que férysipèle ne se montre fréquemment à rétat épidémique.

M. Grisolle (^) déclare qu'on voit de temps en temps les érysipèles devenir épidémiques.

H. Honneret affirme des constitutions médicales érysipe*

H. Trousseau fj s'exprime d'une manière formelle à ce snjet: a Au mom^t , dit-il (et c'est en 1858) , où la gravité d'une «pidémie puerpérale a forcé les médecins de la Maternité de fermer cet établissement, pour envoyer les femmes foire leurs couches dans les autres hôpitaux , on voit, dans un grand nombre de services chirurgicaux, se déclarer chez les blessés des érysipèles de forme très grave. »

M. Henri Martin, dans son excellente thèse sur la contagion de l'érysipèle, admet aussi l'épidémicité ; mais il dédare, en terminant, que rien ne saurait l'expliquer.

Et c'est en présence de ce concert d'observations de tous les jours, c'est en présence de ce'concours presque unanime des praticiens, que M. Desprès, dans sa récente monographie, élève la voix pour nous apprendre que l'érysipèle n'est pas épidémi-

(1) Traité des Maladies des Enfants, p. 682.

(2) Path interne, t. III.

'3) Path, méd. , 1. 1, p. 546.

(4) Guide du Méd. prat, , t. V. , art. Erysipèk,

(5) Path. int., t. I , p. 554.

(6) Cliniq.méd., t I,p. 298.

que; Voici ses preuves : « C*est aller trop loin que d'attribuer ' à un génie épidémique inconnu, à la disposition d*un lieu, à la grandeur d'une salle, à son insalubrité, le développement d'un certain nombre de^ maladies analogues. La constitution; médicale jouit dîun trop grands crédit. . . Notre statistique, lyoute-t-il» ne confiriûepa» la doctrine desépidémies^dans toute Bàcception dumot, ni; pour Térysipèle traumatique , ni pour

Uérysipèle spontané lln'yapasdeconstituticminédicalebien^

démontrée . • • . Une seule chose démontrée, c'est que l'érysipMe, comme les phlegmons , est peut-être plus fréquent au re- Bouvellement'des saisons si influent pour toutes les maladies,, quelles qu'elles soient,.et, en particulier^ pour la pitôumonie qui existe surtout en mars et avril. Voilà tout (i). »

Il e^ vrai que , pour arriver à de pareilles conclusions, Fauteur nous donne comme prémisses l'idée suivante : que l'érysipèle n'est qu'une inflammation, et, partant de ses statistiques personnelles, il ne voit aucun caractère épidémique à l'érysipèle.

Ai-je besoin de combattre une prétention si- en désaccord avec les faits observés tous les jours? Ecoutons, à ce sujet, H. Trousseau. Voici ce qu'il disait à ses élèves : « Ceux de vous, qui suivent les services de chirurgie savent que, tandis que,, p^adantun certain temps, un an, dix-huit mois, deux ans, H est rare de voirsurvenir cette affection , à la suite des opérations même les plus graves , à un autre moment , le chirurgien ne peut pas donner le moindi*e coup de bistouri sans exposer te midade à cette complication. »

Or, à part cette considération, si Yon examine les maladies qui régnent pendant ce temps, on s'aperçoit vite qu'elles effirent toutes une même physionomie. Nous voyons qu'à Paris même, la Gazette hebdomadaire, que nous citions tout-à- Hheure, n'admet pas une distinction entre l'érysipèle trauma-

(1) Traité de l'Erysipèk.. ?àss\m.

tique et l'érysipèle médical. Dans répidémie que signale cette feuille très-autorisée , nous remarquons que les escarres gangreneuses, les anthrax, les angines pultacées, les abcès métastatiques, les épanchements purulents dans les membranes séreuses ou synoviales, sont considérés comme les expressions multiples du génie spécial de Fépidémie , concourant à marquer sa phy" siononiie générale, sans conserver entre elles aucune subordination , aucun rapport de succession.

L'existence des épidémies d'érysipèles est donc incontestable^ et c'est peut-être tin des faits scientifiques de la médecine le plus sûrement établis et démontrés depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours.

Qu'on se souvienne de ce que disait Guillemeau dans son chapitre : Des Signes de la Peste future et advenir. « C'est lorsque l'air qui nous environne est infecté et corrompu et qu'il s'aparoist, des dissenteries , fièvres putrides et autres maladies inusitées, qui trompent les médecins, et qui n'en peuvent bonnement en donner la raison , comme nous voyons dans malignes coqueluches , quand plusieurs femmes grosses avortent, quand nos corps sont saisis d'une lâcheté, imbeccilité et défaillance, et qite les blessez, pour légère playe, meurent, lesdiles playes se pourissans, eigangrenans facilemanty devenans venimeuses (}). y>

Comme la médecine humaine n'a qu'à gagner à la comparaison de ce qui s'observe chez les animaux , il nous a paru convenable de rechercher l'épidémicité dans les épizooties signalées par MM. les médecins vétérinaires. Or , voici ce que nous trouvons dans le Dictionnaire vétérinaire, article Erysipèle (^) :

(1) Œuvre de Chirurgie, 1649 , iû-fol. , p. 818.

(2) Dictionnaire général de Méd. et de Chirurg. vétérinaires f par Lecoq, Rey,Tisserant, Tabourin. - Lyon, 1850, gr. in-8% verb. Erysipèle, p. 464.

4t L*érysipèle gangreneux ou crysipèlc épizootique est une variété qui se termine par la gangrène de la peau et qu'on observe spécialement sur les bêtes à laine et sur le porc. Elle est produite soit par Thumidité froide, soit par les grandes chaleurs. Cette forme est la seule contagieuse. La maladie marche rapidement et amène la mort en peu de temps chez les bêtes à laine , mais plus lentement sur le porc. Il n'y a pas de traitement bien avantageux pour combattre cette affection dont les causes sont internes le plus souvent et qui est toujouri^ précédée d'un malaise général. »

J. W. Rohlwes , dans son Traité complet de Médecine vétérinaire, en parlant des maladies des porcs, signale la fièvre inflammatoire caractérisée quelquefois par la tuméfaction du cou, surtout dans la région du larynx, l'enrouement, la perte d'appétit, des taches rouges sur la peau qui se terminent par la gangrène et qui tuent les malades dans moins de quatre jours, n ajoute qu'il n'y a pas de remèdes , qu'il faut isoler les animaux; car cette maladie, qui reconnaît pour causes les chaleurs continuelles, accompagnées du manque d'eau, les fortes gelées ou les herbes échauffantes, se communique avec une telle rapidité, qu'elle détruit en peu de temps la moitié d'un troupeau (^).

Enfin , nous lisons dans le nouveau Dictionnaire pratiqua de Médecine, de Chiru/rgie et d'Hygiène tétérinaire p) que, en 1841 et 1821, l'érysipMe gangreneux du porc sévissait d'une manière terrible dans le district agricole d'AlIost. A son début, cette maladie avait une intensité très-grande; sur dix animaux, neuf en moururent. En 1844, elle reparut dans le même district pendant le» mois de juin et de juillet, et tuait

(1) Cours complet d*AgricuU. pratique, traduit de l'aUemand, par. L. Noirot. — Paris, 1836, in-4% p. 409.

(2) T. VI, p. 320.

■fiBOL.

les viclimes avec une grande rapidité, quelquefois dan» ou dix heures. On doit séparer les individus malades de que la maladie n*a pas encore atteints. D'ailleurs, s H. Raynal, auteur de l'article , Férysipèle gangrés^ quoique très-gr^v^ chez le porc, est moins violent que | la brebis, |

Toutefois, quoique les symptdmes de Térysipèle épizoei soient bien déterminés, touis le» aûteiirs» qui en traj s'accordent à reconnaître que Térysip^e passe souvent perçu chez les animaux domestiques, et que la science v^ paire présente, à ce çujjet, une lacune ir^rçttable à comU

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