‹ Traité de l'érysipèle épidémiqueChapitre 7 sur 19 · TO · texte numérisé non relu

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au contraire, même s'il revêt quelqu'une de ces formes, la rougeur érysipélateuse prélude à leur apparition. Il est difficile aussi de prendre pour un érysipèle un érythème que certains auteurs ont regardé comme le premier degré de Térysipèle,ou commeun espèce d'érysipèle très-simple. L'érythème, en effet, reste borné à la peau sur laquelle il s*est développé ; il ne gagne pas les parties voisines, comme le fait Térysipèle, la rougeur est très-superficielle ; la peau n'est ni indurée , ni épaissie ; elle ne présente pas le bourrelet saillant de Térysipèle; il est sans réaction, sans prodromes, et résulte tout simplement de causes irritantes ayaht agi sur la peau , et peut être produit artificiellement. Il n'y a pas d'engorgement des ganglions lymphatiques, et la résolution rapide se fait toujours. Nous devons en dire autaait de la roséole, de l'eczéma rubrum, de l'érythème noueux. Mais quand une rougeur diffuse se montre autour d'une plaie, le diagnostic peut devenir plus embarrassant. A-t-on affaire à un phlegmon diffus ou à un érysipèle? Or, le phlegmon diffus se distingue aussi, parce que la rougeur, qui est en nappe comme dans l'érysipèle, au lieu de se terminer par un bourrelet, se fond insensiblement avec les parties enflammées qui sont gonflées, tendues, empâtées, luisantes, même à une assez grande distance du centre de la rougeur. La rougeur, d'ailleurs, procède du tissu cellulaire et marche vers la peau , et si l'on examine ses causes , on voit , comme le dit Dupuytren , que le phlegmon est principalement la suite fréquente des saignées, des traumatismes surtout par piqûre, ou des petites blessures négligées.

Il est encore d'autres affections que l'on a confondues , et qui s'en distinguent parce qu'elles ne tiennent pas à une cause générale spéciale. C'est d'abord la lymphangite. Voici le dig^nostic différentiel donné par MM. Behier et Hardy (i) :

(1) Path,inL,tU, p. 1029.

« Comme dans la lymphangite, on trouve dans Térysipèle^ les ganglions lymphatiques engorgés, et<;es deux maladies ont assez de ressemblance entre elles pour qu'on ail pu, dans ces . derniers temps, rapporter Térysipèle à une inflammation des vaisseaux lymphatiques de la peau. (Blandin. )

Il feiut avouer qu'en effet, il se rencontre souvent, en même temps que Térysipèle, une inflammation des vaisseaux blancs sous-cutanés et un engorgement des ganglions voisins ; mais de ce que cette coïncidence de la lymphangite et de Férysipèle existe souvent, il ne s'ensuit pas que ces deux affections ne forment qu'une seule maladie, et nous sommes d'autant plus d*àyis de les différencier, que leur distinction est facile à faire sous le rapport pratique. C'est ainsi que, dans l'érysipèle, la rougeur est uniforme, continue, avec tendance à la production des phlyctènes, et cependant reste limitée à un espace assez circonscrit ; le gonflement et la rougeur commencent par un point et se dissipent à mesure que l'affection s'étend. Dans la lymphangite, au contraire, la rougeur paraît sous forme de stries rubannées ou de plaques arrondies, saillantes au-dessus de la peau , mais ordinairement distinctes les unes des autres et dispersées sur une étendue assez considérable. Ces plaques rouges s'étendent quelquefois; elles peuvent même se réunir tes unes aux autres; mais les premières ne s'effacent pas devant le développement des nouvelles. Si donc on veut considérer l'érysipèle comme une lymphangite , c'est, à coup sûr, une variété importante et qu'on pourra toujours distinguer du type général.

Quanta l'érythème noueux, ses plaques rouges, saillantes au-dessus de la peau, présentent une grande ressemblance avec les plaques rouges de l'érysipèle; mais, dans l'érythème , on n'observe pas l'engorgement des ganglions, et les phénomènes généraux n*ont jamais la gravité qu'ils acquièrent dan&; l'érysipèle. »

Reste encore la phlébite. Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter ici les moyens de diagnostic à M. Yelpeau. « Dans la phlébite , disait-il dans sa clinique de 4847, il n'y a pas toujours rougeur à la peau, et Ton sent toujours un cordon dur, douloureux au toucher, dans la veine enflammée, » et il ajoutait: « L'angéioleucite, la phlébite sont des maladies locales , tandis qne] Térysipëe n'est qu'un phénomène d'une autre affection. »

Mais nous devons insister sur un point important. C'est que la phlébite , qui complique si aisément l'érysipèle traumatique , est une condition de résorption purulente; que la lymphangite, qui s'y associe , à cause de la position des vaisseaux dans les t^ments, provoque souvent la résorption putride, et l'adynamie, qui suivent de si près l'état, en apparence sthénique, de l'érysipèle traumatique.

Enfin, certains auteurs ont autrefois confondu l'érysipèledes nouveaux nés avec le sclérème ou induration du tissu cdlu* laire. De ce nombre, sont Undervood, Horn, Sybel et Hemmer.

Voici comment J. Franck établit les différences : « Le sclérème des nouveaux nés paraît, dit-U, le premiw, le deuxième, rarement le troisième jour , et très-rarement plus tard. Il n'y a pas de signe de douleur par le contact; la fièvre est nulle et la peau froide; il n'y a jamais de gangrène, i^ Ajoutons que la peau ne change pas de couleur.

Mais on a souvent rapproché de l'érysipèle épidémique des maladies analogues, entre autres , des érysipâoïdes que nous aurons à caractériser et qui cèdent aux traitements les plus simples. Nous aurions encore à parler du diagnostic de l'érysipèle interne; sa place sera mieux choisie dans l'article que nous lui consacrerons.

Nous ne devons plus chercher qu'à détruire une confusion faite par plusieurs auteurs qui ont rangé dans Férysipèle le Feu Sacré de Celse et le Mal des Ardents. Cette erreur a sa

source dans là traduction latine d'Hippocrate qui rend le mot èptiçhrùKç par ignis sacer.

Au X® et au XIP siècle, une maladie t^rible ravagea certaines provinces de la France; vers Tannée 4230, elle se montrait dans nie Majorque, au rapport de Zucoita. On la nomme, dans les chroniques de Tépoque, mal des ardents, feu sacré, feupersique, parce que, dit Rodolphe, « c'était un feu caché qui, dès qu'il avait attaqué quelque membre , le détachait du corps après l'avoir brûlé, souvent dans l'espace d'une seule nuit (i) ; )> et plus tard feu Saint-Antoine , en souvenir d'une fondation de l'ordre de Saint-Antoine, établi par le pape Urbain II, et chargé de secourir les malades atteints de cette épidémie.

Cette affection paraissait assez peu déterminée lorsque, au mde dernier, l'Académie royale de médecine de Paris chargea une Commission d'étudier les causes et la nature de la maladie. La Commission ne s'est pas contentée de fournir les renseignements historiques.

Sauvages n'ose décider si Ton doit ra{^orter cette affection à l'érysipëe ou à l'anthrax.

CuUen suppose que c'était un érysipèle putride , etsoup^ çonne qu'il ne s'agit que d'une fièvre accompa^ée d'érythème symptomatique.

Ozanam croit qu'il s'agit de deux malades différentes, ou bien d'un érysipèle gangreneux , ou de la gangr^e produite par l'ergot.

Jusqu'ici nous ne voyons que des doutes exprimés;. mais de nos jours, les auteurs les plus autorisés, Lepelletier de la Sarthe, Requin, Vallejix, le Compendium de médecine, MM. Grisolle, Desprès, n'hésitent pas à confondre l'érysipèle avec le feu sacré, et tous admettent l'identité d'affection dans leur synonymie.

U) HisL, lib. Il , cap. 2.

En suivant ces errements, on se trouverait conduit à signaler des épidémies d'érysipèies gangreneux à Paris en 945 [^) ; en 993 et 994, dans l'Aquitaine et le Limousin P); en 1089, dans la Basse Lorraine (3) ; en H 28 et 1 1 30 , dans le Soissonnais (^) ; en 1 1 40, à Paris (5) ; en 1 230, à l'île de Majorque.

Toutefois , telle n'est pa^ notre opinion , et le moment est venu peut-être où, avec les quelques renseignements que nous possédons , nous sommes en état de dissiper les confusions et d'arrêter dans sa marche une erreur bien capable de se perpétuer par l'autorité des noms qui la patronnent.

Je ne voudrais pas anticiper sur mon travail , mais je dois cependant donner quelques explications à ce sujet. La gangrène des parties atteintes par le feu sacré , démontrée par la chaleur brûlante d'abord , puis par le refroidissement , enfin par la chute des membres , était le symptôme caractéristique et commun de cette grave affection. Or, de l'aveu de tous les praticiens , la gangrène est une des terminaisons les plus rares de l'érysipèle, à tel point que MM. Chomel et Blache (6) prétendent que la gangrène forme plutôt une variété de l'érysipèle qu'une de ses terminaisons propres. Le mal des ardents attaquait surtout les extrémités; l'érysipèle épidémique atteint plus particulièrement la face ou les surfaces traumatiques. Les symptômes signalés pour le feu sacré n'ont pas d'autre rapport avec l'érysipèle que la rougeur plus ou moins violacée qui cerne d'habitude toutes les plaques gangreneuses.

Si l'on considère de plus que le mal des ardents ne parut en France qu'au temps des Croisades et des guerres civiles , et en

(r Chronique de Frodoard.

(2) Méxeray,

{3) Chronique de Sigebert.

(4) Mézeray.

(5) Martyrologe.

(6) Dict de Méd. , t. XII , p. 225.

Espagne , à Tépoque des guerres de Ferdinand III contre les Almohades , on verra que les conditions de misère , les influences morales , jointes à l'oubli de toute règle d*hygiène , sont suffisantes pour expliquer l'apparition de ces affections gangreneuses qui , d'ailleurs , se compliquaient de convulsions.

Je suis donc ici de l'avis des Jussieu , Paulet, Saillant, Tessier , qui pensent que le mal des ardents est la même maladie que la gangrène sèche ou nécrosis de Sauvages, et même que la gangrène humide de Quesnay , et qu'on ne doit pas plus confondre avec l'érysipèle le feu sacré du Moyen-Age que Xignis sacer de Celse , considéré cependant par son commentateur , Baudoin Ronsseus , comme une forme d'herpès , et que M. le docteur Desprès vient décidément de rapporter à l'eczéma (i) , tandis que beaucoup d'historiographes, et principalement Gorter et Lommius, voyaient dans ïignis sacer des érysipèles buUeux ou ulcéreux.

M. Hœser déclare , d'ailleurs , que l'érysipèle d'Hippocrate a été désigné d'une manière fort indécise par les appellations de feu Saint-Antoine et feu sacré. En un mot , il existe des confusions dans la science qu'il était utile de faire cesser. Hignis sacer de Celse se caractérise par l'état raboteux de la peau , par des pustules très-rapprochées , fort petites , souvent accompagnées de rougeur et de chaleur , occupant plusieurs parties du corps; c'est de l'eczéma et peut-être même du zona.

Paul d'Egine commença à placer cette maladie dans l'érysipèle , et cette erreur s'est perpétuée. Le feu sacré du Moyen- Age était plutôt une gangrène , comme nous l'avons dit.

De Haen n'avait pas osé s'expliquer sur sa nature , et il doutait que le zona ou feu sacré , qu'il avait vu en Hollande , fût de même espèce que celui qu'on avait décrit sous le nom de feu Saint-Antoine.

(1) Traité de VErysip., p. 8.

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Ce qui a conduit à ces erreurs , c'est la couleur rouge qui a^ été trop souvent et trop long-temps considérée comme le signe distinctif de Téryâipèle.

En terminant cette étude générale de Térysipèle, nous devons dire que cette maladie épidémique marche fatalement. H. Velpeau n'a jamais pu te voir juguler par aucun traitement. Et cela ne doit pas surprendre, puisque Térysipèle n'est qu'un symptôme d'un état morbide général, comme nous le terrons plus tard.

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