‹ Traité de l'érysipèle et des différentes variétés qu'il peut offrirChapitre 20 sur 21 · DE L'ERYSIPÈLR DES VIEILLARDS · texte numérisé non relu

DE L'ERYSIPÈLR DES VIEILLARDS

tempérament lymphatique , stature moyenne, chair molle, formes musculaires lâches, maçon au Mans, tombe, il y a deux mois, d'un échafaudage de dix à douze pieds sur des bois de construction; le nez, Tab-' domcn sont les parties les plus violemment frappées dans la chute. Depuis ce temps, il éprouve d'assez vives douleurs vers la tête. Le 8 novembre 1824, voulant faire des expériences avec un briquet phosphorique, il met le feu dans l'appareil, et se brûle profondément l'indicateur de la main gauche.

10. Entrée à l'Hôtel-Dieu dans l'état suivant : brûlure de l'indicateur gauche intéressant toute l'épaisseur de la peau dans une certaine étendue, commencement de suppuration; cataplasmes, bains énioUiens locaux, repos de la partie, le quart.

i3. Dégoût pour les alimens, symptômes d'irritation gastro-intestinale; boissons acidulés, diète au bouillon.

i5. Amélioration locale et générale.

18. Probablement^ après quelqu'imprudence de régime, que nous avons tout lieu de supposer, céphalalgie assez forte, inappétence, insomnie, langue moins large, rouge aux bords^ jaune au centre; pouls assez développé, mais régulier ; point de nausées ni d'amertume à la bouche , selles rares, épigastre à peu près indolent, région duodénale sensible à la pression , rougeur de la peau déjà marquée dans jtoate son étendue : quinze sangsues à la région duodénale, boissons gommeuses , fomentations éraoliientes sur tout l'abdomen,

â64 DE L'ÉRYSIPÈLE DES VIEILLARDS.

19. Érysîpèle général, mais très-superficiel, au plu» faibledegré: augmentation des symptômes duodénauXj même prescription.

20. La coloration de la peau se soutient avec chaleur mordicante et prurigineuse, bien que les symptômes de la duodénîte n'aient pas augmenté : même prescription.

22. Résolution graduée de l'érysipéle , plus aucune douleur vers la région duodénale, la langue se nettoie, ses bords ont repris leur coloration normale, cessation de la fièvre.

:î3. Légère furfuration de la peau, surtout aux bras, à la poitrine, apyrexie, retour de l'appétit: soupes , fécules.

^b. Le malade est complètement guéri, bien qu*îl ait fait hier des imprudences de régime. Il sort de riiôpital.

Obs, XLII. — Au mois d'août i683, je fus demandé pour voir un jeune enfant de neuf à dix ans , qui était attaqué d'une violente démangeaison, qui s'étendait sur tout le cuir chevelu , le front et les oreilles, avec une rougeur citrine, et une tumeur considérable. Je le saignai d'abord , et lui fis prendre un lavement quatre heures après, et boire de l'eau panée, avec un linge en double trempé dans le vin tiède , et exprimé, que j'appliquai sur la partie malade ; la tumeur , la rougeur et la douleur piquante s'étendirent jusqu'au cou. Je réitérai la saignée et le lavement rafraîchissant, la boisson et le linge trempé dans le vin, comme le jour précédent; le cou et les

DE L^ÉRYSIPÈLE DES VIEILLARDS. 266 épaules se trouvèrent ensuite atteints des mêmes accidens , pendant que le cuir chevelu et une partie du visage s'en trouvèrent délivrés, et ainsi successivement; et h mesure que cet érysipèle s'emparait d'une partie inférieure, il abandonnait la supérieure, en sorte qu'il n'y en eut aucune à l'extérieur du corps qui ne s'en sentît atteinte , jusqu'aux doigts des mains et des pieds qui en furent attaqués les derniers ; après avoir, pendant trois semaines, fait tout ce progrès, pendant la durée duquel je saignai cet enfant trois fois, et lui fis prendre plusieurs lavemens, je continuai le linge trempé dans le vin, et lui donnai aussi trois fois un demi-gros de rhubarbe en bol, avec une demi-once de manne dans un bouillon par-dessus, ne pouvant prendre aucun autre purgatif qu'il ne le vomît, et je le tins dans un régime convenable. (Lamotte, loc, cit, p. 4o4-)

C'est donc le plus ordinairement dans l'une ou l'autre des régions de la surface dermoïde que se trouvent circonscrits les caractères locaux de l'érysipèle.

Aux mamelles ^ chez les femmes, il est souvent produit par Firritalion du mamelon pendant les efforts de succion que fait l'en faut, par l'action répercussive de l'air froid chez les nouvelles accouchées, il devient alors assez fréquemment érysipèle phlegmoneux circonscrit, et ses symptômes sont compliqués des altérations plus ou moins prononcées qu'il entraîne alors dans la sécrétion du lait. Toutefois il ne faut pas le confondre avec la rougeur de la peau

qui naturellement accompagne le développement de la mammile. *

^ux parties génitales : il attaque surtout les vieillards, les sujets affectés de maladie des voies urinaires^, de blennorhagie, etc., etc. Il se fait remarquer par le gonflement œdémateux souvent considérable du scrotum 5 de la verge chez l'homme^ parfois avec complication de phymosis symptomatique; des grandes lèvres chez la femme , avec extension chez quelques-unes dans le vagin, et gangrène chez les petites filles. Pour les vieillards livrés à l'incurie , sa terminaison est souvent gangreneuse et suffit quelquefois pour entraîner l'épuisement et la mort.

jéu pli de Vaine : Il se rattache fréquemment à l'existence d'une perforation intestinale etsecompliqued'un état emphysématetix du tissu cellulaire voisin .

Dans ces divers lieux les modifications relatives aux indications thérapeutiques sont trop faciles à saisir pour qu'il soit nécessaire d'en présenter des histoires isolées; il n'en est pas de même des érysipèles de la tête, du tronc et des membres qui vont actuellement fixer notre attention.

L'érysipèle de la tête peut occuper le crâne ou la face, reconnaître la plupart des causes, dont nous avons fait l'énumération, présenter les caractères progressif, erratique, simple^ œdémateux, phlegmoneux,traumatique, etc., c'est particulièrement sous ces derniers rapports qu'il nous offrira l'un des points

les plus importans dans l'histoire de cette maladie , en raison des modifications que peuvent y revêtir les accidens, et de celles que devront nécessairement éprouver le choix et l'application des moyens thérapeutiques.

Callisen : « In capitis lœsionibus, nunquàmtuta fides. » ( T. II , p. 612. )

Desault : « L'érysipèle est en général une complication assez fréquente des plaies.... Mais nulle part l'influence de cette complication n'est plus marquée que dans les plaies de tête , la plupart des blessés l'éprouvent dans une plus ou moins grande étendue , avec des symptômes plus ou moins alarmans. » (Loc. cit.^ P- ^* )

Renauldin : « La face est singulièrement sujette à l'érysipèle ; dans ce cas , on voit les paupières, le nez, les lèvres, les joues, les oreilles, comprises en partie ou en totalité, dans l'affection érysipélateuse , ce qui altère toujours plus ou moins les traits du malade. Souvent alors l'inflammation est telleque lesorganes adjacens ne remplissent leurs fonctions qu'avec difficulté, c'est ainsi que les paupières gonflées se ferment, les narines se dessèchent, la bouche s'ouvre avec peine et laisse couler une salive visqueuse, la parole est embarassée, l'oreille devient dure, on perçoit un bruit semblable au bourdonnement des abeilles, au son des cloches, la gorge participe à la phlegmasie qui même parfois étend ses ravages jusqu'aux membranes du cerveau, dernier accident qu'accompagne tantôt un délire furieux , tantôt une affection comateuse et qui peut se terminer par un

épanchement humoral entre les méninges. (Jjoc. cit. y p. 261. )

Boyer : « L'érysipèle du visage est rarement produit par une cause externe, presque toujours c'est une cause interne qui lui donne naissance. Il survient quelquefois à la suite des plaies de tête ou des opérations pratiquées sur cette partie, mais le plus souvent alors la plaie ou l'opération quMl vient compliquer, ne doit être regardée que comme la cause occasionnelle ou déterminante de l'érysipèle, qui probablement se serait développée partout ailleurs , si la même irritation y eût existé.... Au bout de deux ou trois jours, le malade ressent de la douleur dans quelques points du visage, et plus ordinairement aux paupières.... La rougeur n'a pas d'abord une grande étendue, mais elle gagne progressivement, et couvre communément le visage tout entier, elle se propage fréquemment sur le cuir chevelu ou descend sur quelque partie du cou. Le visage se tuméfie considérablement et les paupières sont quelquefois tellement gonflées qu'elles ne s'ouvrent plus.... L^érysipèle se termine ordinairement par résolution, quelquefois il se forme des abcès dans les paupières , enfin la gangrène peut aussi s'emparer de ces parties et s'étendre à d'autres.» ( Loc. cit. p. 23, 25, 26. )

Chomel et Blache : « L'érysipèle borné à la face n'est pas grave en lui-même, la crainte qu'il ne s'étende plus loin est presque le seul danger qu'il offre. On a lieu de redouter cette extension quand il existe un appareil fébrile de quelque intensité. Quand

l'érysipèle se montre à la face avec une rougeur vive et un gonflement considérable. L'érysipèle est rarement borné au cuir chevelu. L'un de nous, néanmoins, a eu quelques occasions de voir cette pblegmasie commencer et finir sur cette région, sans s'étendre à aucun point de la face. Cette variété de l'érysipèle a pu être quelquefois méconnue, la rougeur manque ici à peu près complètement, la structure du cuir chevelu se prèle peu à la rubéfaction.... Une douleur plus ou moins vive dans une partie de cette région, l'augmentation de la douleur par le contact du doigt, et surtout le gonflement œdémateux, sont les signes caractéristiques de cet érysipcle.... L'érysipèle qui doit occuper simultanément ou successivement la face, et le cuir chevelu débute à la manière des maladies graves.... Agitation dans le sommeil ou insomnie complète, quelquefois délire passager ou même permanent.... La durée de l'érysipèle de la tête est généralement de douze à quinze jours. » (^Loc. cit. p. 22*7, 228^ 229. )

Roche et Sanson : « Dans Térysipèle de la face, le plus fréquent et le plus grave de tous, les paupières sont oedémateuses, les yeux fermés et larmoyans, le nez enflé, les narines sèches, les lèvres boursoufflées, les oreilles rouges et luisantes, l'inflammation se propage quelquefois dans le pharynx et la caisse du tympan. Dans l'érysipèle du derme chevelu, les tégumens du crâne sont œdémateux, présentent de bonne heure une inflammation molle et pâteuse, sont peu rouges; les douleurs sont très-vives, et le

moindre contact les renouvelle; enfin la suppuration, la gangrène du tissu cellulaire sous-jacent et la fétidité des matières purulentes^ en sont les effets ordinaires. Quelquefois les os du crânesont dénudés.» ( Loc. cit. p. 295. )

Rayer : « L'érysipèle de la face est sans contredit de tous le plus fréquent. Il commence par le nez, les joues, les p>aupières ou les lèvres, et s'étend avec plus ou moins de rapidité à la moitié et, plus souvent, à la totalité du visage; le tissu lâche des paupières est tuméfié , œdémateux.... De tous les érysipèles, celui de la face est le plus sujet à une résolution brusque; celte fâcheuse terminaison est le plus ordinairement précédée ou suivie d'affection du cerveau ou de ses membranes, annoncée par du délire, un assoupissement profond et léthargique, des soubresauts tendineux, etc.. L'érysipèle du cuir chevelu offre presque toujours les caractères de l'érysipèle phlegmoneux. Les piqûres, les contusions, les plaies contuses, en sont les causes les plus fréquentes, il se manifeste ordinairement dans le voisinage du point irrité, quelquefois du coté opposé, du sixième au dixième jour de la plaie des tégumens.... La tension des tégumens vers l'occiput, le gonflement du pavillon des oreilles, rendent quelquefois le décubitus sur le dos et sur le côté presque impossible. » ( Loc. cit. p. l52. )

Piorry, «Les praticiens ont été depuis long-temps frappés de voir des érysipèles de la tète très-peu graves au début, prendre de l'intensité, se compli-

quer d'accidcns rapportés à rencéphale, etc. On croit cri général que l'extension de la maladie au cuir ciievelu est la cause de ces phénomènes cérébraux, c'est en effet lorsque la maladie ayant d'abord son siège à la face, commence à envahir les tégumensdu crâne, que ces derniers symptômes surviennent, mais d'un autre côté, on sait que les plaies deia peau du crâne, donnent lieu dans certains casa des érysipèles fréquemment suivis d'accidens cérébraux. La plupart des anciens auteurs Ont admis qu'il s'agissait ici d'une métastase. Cullen s'élève contre cette opinion. Il est évident qu'il ne s'agit pas d'une métastase, quand les accidens inflammatoires sévissent à la peau; contre un des cas où l'inflammation externe disparaît , on en a dix où elle continue et même augmente. D'autres, notamment Darwin, expliquent ce fait par la sympathie du cuir chevelu et des méninges. M. Ribes ayant trouvé du pus dans les veinules qui naissent de l'érysipèle, on sera peut être tenté de l'attribuer à la phlébite.... Il y a plutôt lieu de penser que c'est par propagation de l'extérieur à l'intérieur , que les accidens ont lieu. On a choisi pour voie de cette communication, les ouvertures vasculaires du crâne, î'exiguité de ces vaisseaux, ne permet pas de croire la chose possible, et Dupuytren a remarqué que les capillaires de la peau du crâne sont indépendans de ceux du tissu cellulaire épicrânien. Bosquillon se rend compte de cette propagation par les communications existant entre les carotides externe et interne; mais si les érysipèles de la face, tout aussi

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bien que ceux du cuir chevelu, sont suivis de symptômes du côte du cerveau, si dans beaucoup de cas même, la plegmasie de la peau du crâne est accompagnée de ces accidens, lorsque cette plegmasie s'étend aux orbites, la plupart de ces explications n'ont plus de valeur.... Les faits semblent prouver que l'érysipèle de la face détermine surtout des accidens cérébraux lorsque l'inflammation s'étend au cerveau par l'orbite. » (^Loc. cit, p, S'yg.) Suivent huit observations à l'appui de ces principes et des réflexions puisées dans Tanatomie de l'orbite, la considération des abcès qui se développent au fond de cette cavité, etc.

M. Malle partage à peu près les idées de M. Piorry, sur la manière d'expliquer la propagation desaccidens encéphaliques dans l'érysipèle, il rapporte six observations, trois à Pappui de cette théorie, trois autres qui tendraient à la modifier , de manière à faire voir que dans certains cas où les paupières étaient trèstuméfiées , aucun accident cérébral n'est survenu , tandis que dans d'autres , où cette même tuméfaction n'existait pas, l'encéphale s'est trouvé gravement compromis. II admet donc l'explication , mais d'une manière moins absolue, moins exclusive, et termine en appelant l'attention des médecins physiologistes sur les nombreuses communications signalées par Bichat, entre les tissus cellulaires extra et intracrâniens. {Gaz. méd, i833, t. i , p. 346.)

Chreslien : « Pendant le cours d'une pratique de 5o ans , je n'ai eu à soigner qu'un seul cas de délire

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violent, accompagnant les crysipélcs à la face et sur le cuir chevelu, j'en ai cependant beaucoup traité, l'absence de cet accident rie serait-elle pas due à là méthode que j'emploie généralement (saignées au début, dans le cas d'indication ; immédiatement après ^ tartre stibié à litre d'émétique.) » (Gaz. méd, i833^ t. I , p* 4^4')

Dupuytren: « Nous avons déjà parlé de Térysipèle, complication tellement fréquente, que sur trois blessés, àpeine iln ou deux en sont exempts. Le phlegmon érysipélateux ou diffus est plus rare, mais bien plus dangereux ; le péricrâne peut être le siège d'un travail inflammatoire, les os aussi peuvent s'enflammathdr et suppurer.... La gangrène côtisécutive de là peau, très-commune aux membres pelviens, est fort rare à la tête, là cependant aussi le phlegmon diffus est assez fréquent. Mais la disposition des artères est tout autre,située entre lapeau et l'aponévrose occipi tofrontale, les artères temporales, frontales , occipitales, tiennent tellement à lapeau, que dans les dissectiohs, il est fort difficile de les en détacher. Si un phlegmon survient dans cette région, son siège constant est entre le péricrâne et l'aponévrose, si la suppuration a lieu, et que, prompte et bornée, elle n'ait pas endommagé le péricrâne, la maladie n'est pas mortelle; elle l'est au contraire, si le péricrâne est à nu ou détruit, mais la peau échappe à la destruction, parce que les artères continuent à lui apporter une nourriture suffisante, lors même que la totalité du tissu cellulaires crânien serÀït détruite , sa

chute ne ferait pas cesser les communications artérielles avec la peau. Nous n'avons vu qu'un seul cas où la peau elle-même ait été frappée de gangrène. » .{Loc. cit. , p. 295 et 509.)

L'érysipéle de la tête peut offrir toutes les conditions inflammatoires de la fluxion érysiplateuse, nous ne devons pas les reproduire ici, puisque nous aurions à répéter l'histoire de celte maladie, mais ce qu'il nous importe surtout, c'est de préciser les causes les plus ordinaires, les modes principaux, les caractères particuliers et le traitement de l'exanthème dans cette localité. .

Sous le rapport des causes^ l'érysipèle saburral ou bilieux est celui qui affecte le plus ordinairement la face avec ou sans extension au crâne, tandis que l'érysipèle traumatique porte plus souvent sur le crâne avec ou sans propagation à la face. Si la face et le crâne sont en même temps envahis, la maladie, toutes choses égales, présente un pronostic beaucoup plus sérieux. Les plaies, les opérations de la face, peuvent aussi se compliquer d'érysipèle, surtout lorsqu'elles portent sur des parties aponévrotiques et nerveuses; mais c'est au crâne particulièrement que les contusions, les déchirures, les piqûres etc., déterminent si souvent cette grave complication que l'on doit s'abstenir de toute opération même légère à cette partie, lorsqu'il existe chez le sujet des prédispositions où dans l'atmosphère une constitution érysipélateusco

Sous le rapport des sj'nip tomes ^ ils sont en général peu graves à la face, tant qu'ils n'envahissent pas

les orbites et que la maladie conserve les caractères de rérysipèle simple. Ces symptômes deviennent au contraire très-graves, lorsqu'ils se propagent au crâne, et spécialement lorsque la maladie revêt les caractères du phlegmon érysipélateux.Toutelx)is,même dans ce dernier, la peau n'est pas exposée à la gangrène comme dans les autres parties, nous devons à Dupuvten l'explication anatomiquede ce fait important. Mais il existe ici une complication grave, qui donne à ces érysipèles de la léte un caractère sérieux , dont l'occasion ne se rencontre pas également ailleurs, cette complication est l'invasion inflammatoire des méninges ou des organes intra-câniens. Le délire s'observe sans doute quelquefois dans l'érysipéle des autres parties 5 mais ce n'est alors qu'une complication rare et sans liaison directe avec les phénomènes de la fluxion érysipélateuse. A la tète au contraire, et surtout au crâne, cette complication est fréquente, et liée par des rapports intimes avec l'érysipèle; il devient fréquemment dans cette variété ia maladie principale, celle qui fait courir les plus grands dangers.

Dans l'érysipèle bilieux le crâne est rarement seul ou primitivement affecté j c'est ordinairement par le nez que débute la fluxion, celui-ci se gonfle, rougit, avec sécheresse des narines, apparence de coryza, ce qui peut tromper au début sur le véritable caractère de la maladie. De ce point l'érysipèle parcourt souvent toute la face et le crâne , en décrivant un cercle plus ou moins régulier, des rayons érysipélateux s'étendent plus rarement vers le cou au summum du dé^

veloi3pement qui se manifeste du troisième au sixième jour. La tête est quelquefois monstrueuse et les traits méconnaissables, les lèvres sont épaisses et comme renversées en dehors ^ les pommettes saillantes^ les paupières dans un état complètement œdémateux et souvent couvertes dephljctènes, la peau du front lisse tendue, luisante, les oreilles comme soufflées et presque toujours très-doUloureuses au plus léger contact, sensibilité que partage souvent aussi la peau du crâne, les ganglions cervicaux sont quelquefois très gonflés et très-douloureux. Ajoutons une salivation assez ordinaire avec l'état muqueux et bilieux de la langue, ou bien la sécheresse, l'aridité, la rougeur de celle-ci, les rêvasseries, l'insomnie , la fièvre et les autres caractères de l'érysipèle en général , et nous aurons des traits sulfisans peur apprécier les caractères particuliers de cette variété.

La résolution du sixième àu douxième jour, quelquefois un peu de suppuration des paupières terrninent la maladie quand sa marche est normale. Si le délire se manifeste il peut être vague, erratique ou sombre, tranquille, avec état comateux: cette complication comme toutes les autres, peut offrir des modifications qui n'ont alors plus rien de particulier.

Dans l'érysipèle phlegmoneux . le siège de l'altération diffère de celui des autres parties, il est ici comme l'a fait observer Dupuytren, entre l'aponévrose occipito-frontal et le péricrânej on conçoit dèslors combien cette disposition en diminuant les dangers du côté de la mortification de la peau, les augmente sous le rapport des étranglemens qui ne man-

quent pas d'arriver avec une grande rapidilc^ ainsi dans celte vaiicté, moins d'accidcns superficiels cutanés, plus d'accidens profondr, osseux, sans môme parler des complications inhérentet au voisinage dee méninges et des organes intrà-crâniers. Le périostCj les os peuvent s'enflammer, ces derniers être frappés de carie; nous en citerons un fait , du reste tous les accidens généraux de l'érysipèle phlegmoneux. acci-^ dons que ce dernier siège rend encore plus nombreux fit plus variés.

Sous le rapport du traitement j nous laisserons de côté tous les points qui rentrent naturellement dans les généralités, et qui se trouvent déjà suffisamment établis. Dans l'érysipèle de la face et surtout du crâne, les applications topiques sont presque tourjours inutiles et souvent même nuisibles. Il faut surtout bien se garder d'employer les répercussifs ; ozi doit avoir constamment sous les yeux le voisinage des organes intra-crâniens , la facilité, le danger imnaj^ nent des rétrocessions métastatiquesvers ces derniers. Fabrice d'Aquapendenle proscrit toute application dans l'érysipèle de la tête et particulièrement tous les réfrigérens qui peuvent produire la frénésie ou l'angine. — Hoffmann rapporte un cas dans lequel ces moyens produisirent une esquinancie avec suffo- * cation imminente — Hagendorn (hist. med. phjs. cent, I. hist. xxxviii.) dit qu'une femme atteinte d'une inflammation érysipélateuse de la face, ayant imprudemment recouvert la partie de linges imbibés d'eau froide reçut à la vérité de cette application un

certain so;jlagement à sa douleur, mais bientôt le mal porté à l'intérieur occasionna un délire si atroce qu'il se termina par la mort. — Il faut donc se borner aux simples moyens que nous avons conseillés pour diminuer la tension , la douleur et la sécheresse de la peau; du restes'il survient une métastase on doit effectuer le rappel de l'inflammation par les applications appropriées. — Quant à rérysipèle phlegmoneux il nécessite l'emploi des moyens déjà conseillés, mais avant tout, et dès le premier temps de l'indication^ des incisions multipliées et qui dans cette partie doivent toujours comprendre la peau et l'aponévrose occipito frontale, âès lors être crucialement effectuées d'après le principe que nous avons émis relativement aux incisions des membranes fibreuses. Le débridement est en effet ici la première condition du traitement

Oôs. XLOI. — Maillette, infirmière à l'hôpital du Mans, âgée de 54 ans, d'un tempérament bilieux nerveux, d'une petite stature, d'un caractère énergique, ayant éprouvé déjà plusieurs fois desérysipèles à la face, se renouvellant à peu près tous les ans à la même époque, surtout depuis la cessation des règles, et presque toujours sous l'influence d'une inflammation de l'estomac, éprouva, dans la nuit du i3 fev. 1828 une céphalalgie profonde, avec frissons irréguliers, fièvre, suivi de chaleur sèche et mordicante. — 1 4, sans prendre aucune précaution, et n'écoutant qno son courage, la malade se livre à ses occupations ordinaires. Le soir, la fièvre reparait

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avec une nouvelle irttousilé, la céphalalgie se réveille^ la joue gauche rougit, se gonfle; sentinrient pénible à l'épigastre, nausées presque continuelles, langue rouge, sèche, pouls fréquent, irrégulier, urines rares et rouges, selles difficiles^ repos au lit, boisson gommeuse nitrée, lavement emollient, bain de pieds synapisé. — 15, gonflement de la face bien plus considérable, étendue aux deux côtés, yeux brillans, sensibles à la lumière; 12, sangsues sous les côtes gauches, synapismes mitigés promenés sur les pieds et les genoux, lait coupé pour tout aliment. — 16, même intensité les accidens, les sangsues ont mal pris et peu donné, ne pouvant en obtenir de meilleures, saignée du bras de deux palettes et demie.

l'y. Gonflement de la face up peu diminué , langue moins rouge, moins sèche, épigastre moins douloureux, tête pesante, yeux sensibles; sommeil agité, rêvasseries : saignée du bras de six onces.

18. Face encore rouge, surtout dans les régions frontale et oculaires, peau| de ces parties comme soufflée, très-sensible à la pression, langue encore rouge et sèche, pouls un peu ferme, sans beaucoup de fréquence. Epigastre sans tension et presque sans douleur. Evacuation alvines par les lavemens.

20. L'érysipèle a presque entièrement disparu, peau encore rouge et squammeuse dans les points indiqués, langue plus humide, moins rouge. Selles naturelles, soupes.

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