‹ Traité de l'ésprit (volume 2)Chapitre 19 sur 42 · CHAPITRE IY · texte numérisé non relu

CHAPITRE IY

De la nécessité où nous sommes de n’estimer que nous dans

les autres.

Deux causes, également puissantes, nous y déterminent; l’une est la vanité, et l’autre est la paresse. Je dis la vanité, parce que le désir de l’estime est commun à tous les hommes , non que quelques uns d’entre eux ne veuillent joindre au plaisir d’étre admiré le mérite de mépriser l’admiration ; mais ce mépris n’est pas vrai , et jamais l’admirateur n’est stupide aux yeux de l’admiré : or, si tous les hommes sont avides d’estime,

chacun d’eux, instruit par l’expérience, que ses idées ne paraîtront estimables ou méprisables aux autres qu’autant qu’elles seront conformes ou contraires à leurs opinions, il s’ensuit, qu’inspiré par sa vanité , chacun ne peut s’empêcher d’estimer dans les autres une conformité d’idées qui l’assure de leur estime , et de haïr en eux une opposition d’idées ; garant sur de leur haine ou du moins de leur mépris , qu’on doit regarder comme un calmant de la haine.

Mais, dans la supposition même qu’un homme fît à l’amour de la vérité le sacrifice de sa vanité, si cet homme n’est point animé du désir le plus vif de s’instruire, je dis que sa paresse ne lui permet d’avoir, pour des opinions étrangères aux siennes, qu’une estime sur parole. Pour expliquer ce que j’entends par estime sur parole , je distinguerai deux sortes d’estime.

L’une, qu’on peut regarder comme l’effet ou du respect qu’on a pour l’opinion publique l, ou

' La Fontaine n’avait que de cette espèce d’estime pour la philosophie de Platon. Fontenelle rapporte à ce sujet qu’un jour La Fontaine lui dit : Avouez que ce Platon était un grand philosophe... Mais lui trouvez-vous des idées bien nettes? lui répondit Fontenelle. Oh ! non ; il est d'une obscurité impénétrable. . . Ne trouvez-vous pas qu’il se contredit ? Oh ! vraiment, reprit La Fontaine, ce n’est qu’un sophiste. Puis tout à coup oubliant les aveux qu’il venait de faire : Platon, reprit - il , place si bien ses personnages ! Socrate était sur le

de la confiance qu’on a dans le jugement de certaines personnes, et que je nomme estime surparole. Telle est celle que certaines gens conçoivent pour des romans très médiocres, uniquement parce qu’ils les croient de quelques uns de nos écrivains célèbres. Telle est encore l’admiration qu’on a pour les Descartes et les Newton : admiration qui, dans la plupart des hommes, est d’autant plus enthousiaste qu’elle est moins éclairée ; soit qu’ après s’ètre formé une idée vague du mérite île ces grands génies , leurs admirateurs respectent, en cette idée, l’ouvrage de leur imagination; soit qu’en s’établissant juges du mérite d’un homme tel que Newton , ils croient s’associer aux éloges qu’ils lui prodiguent. Cette sorte d’estime, dont notre ignorance nous force à faire souvent usage, est, par là même, la plus commune. Rien de si rare que de juger d’après soi.

L’autre espèce d’estime est celle qui , indépendante de l’opinion d’autrui, naît uniquement de l’impression que font sur nous certaines idées, et que, par cette raison, j’appelle estime sentie, la seule véritable, et celle dont il s’agit ici. Or, pour prouver que la paresse ne nous permet d’accorder cette sorte d’estime qu’aux idées analogues aux nôtres , il suffit de remarquer que c’est , comme

Pyrée , lorsque Alcibiade , la tête couronnée de fleurs... Oh ! ce Platon était un grand philosophe.

le prouve sensiblement la géométrie, par l’analogie et les rapports secrets que les idées déjà connues ont avec les idées inconnues, qu’on parvient à la connaissance de ces dernières, et que c’est en suivant la progression de ces analogies, qu’on peut s’élever au dernier terme d’une science. D’où il suit que des idées qui 11’auraient nulle analogie avec les nôtres seraient pour nous des idées inintelligibles. Mais, dira-t-on, il 11’est point d’idées qui 11’aient nécessairement entre elles quelque rapport, sans lequel elles seraient universellement inconnues. Oui, mais ce rapport peut être immédiat ou éloigné : lorsqu’il est immédiat , le faible désir que chacun a de s’instruire, le rend capable de l’attention que suppose l’intelligence de pareilles idées ; mais, s’il est éloigné, comme il l’est presque toujours lorsqu’il s’agit de ces opinions qui sont le résultat d’un grand nombre d’idées et de senlimens différons, il est évident qu’à moins qu’on ne soit animé d’un désir vif de s’instruire, et qu’on ne se trouve dans une situation propre à satisfaire ce désir, la paresse ne nous permettra jamais de concevoir, ni , par conséquent , d’avoir d 'estime sentie pour des opinions trop contraires aux nôtres.

Un jeune homme qui s’agite en tout sens pour s’élever à la gloire , est saisi d enthousiasme au bruit du nom des gens célèbres en tout genre.

A-t-il une fois fixé l’objet de ses études et de son ambition , il n’a plus d’estime sentie que pour ses modèles, et n’accorde qu’une estime sur parole à ceux qui suivent une carrière différente de la sienne. L’esprit est une corde qui ne frémit qu’à l’unisson.

Peu d’hommes ont le loisir de s’instruire. Le pauvre, par exemple, ne peut ni réfléchir, ni examiner; il ne reçoit la vérité, comme l’erreur, que par préjugé : occupé d’un travail journalier, il ne peut s’élever à une certaine sphère d’idées; aussi préfère-t-il la Bibliothèque bleue aux écrits de Saint-Réal, de La Rochefoucauld et du cardinal de Retz.

Aussi , dans ces jours de réjouissances publiques où le spectacle s’ouvre gratis , les comédiens, ayant alors d’autres spectateurs à amuser, donneront plutôt Dom Japhet et Pourceau gnac , qu 'Hêraclius et le Misanthrope. Ce que je dis du peuple peut s appliquer à toutes les différentes classes d hommes. Les gens du monde sont distraits par mille affaires et mille plaisirs; les ouvrages philosophiques ont aussi peu d’analogie avec leur esprit , que le Misanthrope avec l’esprit du peuple. Aussi préféreront-ils en général la lecture d’un roman a celle de Locke. C’est par ce meme principe «les analogies qu’on explique comment les savans «'I même les gens d esprit ont donné à des auteurs

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moins estimés la préférence sur ceux qui le sont davantage. Pourquoi Malherbe préférait- il Stace à tout autre poète ? pourquoi Heinsius 1 et Corneille faisaient-ils plus de cas de Lucain que de Virgile? par quelle raison Adrien préférait-il l’éloquence de Caton à celle de Cicéron? pourquoi Scaliger’ regardait - il Homère et Horace comme fort inférieurs à Virgile et à Juvénal? C’est que l’estime plus ou moins grande qu’on a pour un auteur dépend de l’analogie plus ou moins grande que . ses idées ont avec celles de son lecteur.

Que, dans un ouvrage manuscrit, et sur lequel on n’a aucune prévention, l’on charge séparément dix hommes d’esprit de marquer les morceaux <pii les auront le plus frappés : je dis que chacun d’eux soulignera des endroits différens ; et que si l’on confronte ensuite les endroits approuvés avec l’esprit et le caractère de chaque approbateur, on sentira que chacun d’eux n’a loué que les idées analogues à sa manière de voir et de sentir, cl que l’esprit est, si je le répète, une corde qui ne frémit qu’à l'unisson.

1 «Lucain, disait Heinsius, est à l’égard des autres poètes, « ce qu’un cheval superbe et hennissant fièrement est à l’égard « d’une troupe d’ânes, dont la voix ignoble décèle le goût « qu’ils ont pour la servitude. »

1 Scaliger cite comme détestable la dix -septième ode du quatrième livre d’Horace, que Heinsius cite comme un chefd’œuvre de l’antiquité.

DISCOURS II, CHAPITRK IV. I f)5

Si le savant abbé île Longuerue, comme il le disait lui-mème, n’avait rien retenu des ouvrages de saint Augustin , sinon que le cheval de Troie était une machine de guerre ; et si , dans le roman de Cléopâtre y un avocat célèbre ne voyait rien d’intéressant que les nullités du mariage d’Elise avec Artaban, il faut avouer que la seule différence qui se trouve à cet égard entre les savans ou les gens d’esprit, et les hommes ordinaires, c’est que les premiers, ayant un plus grand nombre d’idées, leur sphère d’analogies est beaucoup plus étendue. S’agit-il d’un genre d’esprit très différent du sien? pareil en tout aux autres hommes, l'homme d’esprit n’estime que les idées analogues aux siennes. Qu’on rassemble un Newton, un Quinault, un Machiavel; qu’on ne les nomme point, et qu’on ne les mette point à portée de concevoir l’un pour l’autre cette espèce d’estime que j’appelle estime sur parole y on verra qu’après avoir réciproquement , mais inutilement essayé de se communiquer leurs idées, Newton regardera Quinault comme un rimailleur insupportable, celui-ci prendra Newton pour un faiseur d’almanachs, tous deux regarderont Machiavel comme un politique du Palais- Royal , et tous trois enfin, se traitant réciproquement d’esprits médiocres, se vengeront, par un mépris réciproque, de l’ennui mutuel qu’ils se seront procuré.

DE h ESPRIT.

Or, si les hommes supérieurs , entièrement absorbés clans leur genre d’étude, ne peuvent avoir d’ estime sentie pour un genre d’esprit trop différent du leur, tout auteur qui donne au public des idées nouvelles ne peut donc espérer d’estime que de deux sortes d’hommes : ou des jeunes gens, qui, n’ayant point adopté d’opinions, ont encore le désir et le loisir de s’instruire; ou de ceux dont l’esprit, ami de la vérité et analogue à celui de l’auteur, soupçonne déjà l’existence des idées qu’il lui présente. Ce nombre d’hommes est toujours très petit; voilà ce qui retarde les progrès de l’esprit humain , et pourquoi chaque vérité est toujours si lente à se dévoiler aux yeux de tous.

Il résulte de ce que je viens de dire, cpie la plupart des hommes, soumis à la paresse, 11e conçoivent que les idées analogues aux leurs, qu’ils n’ont d ' estime sentie que pour cette espèce d’idées; et de là cette haute opinion que chacun est, pour ainsi dire, forcé d’avoir de soi-même; opinion que les moralistes n’eussent peut-être point attribuée à l’orgueil, s’ils eussent eu une connaissance plus approfondie des principes ci-dessus établis. Ils auraient alors senti que, clans la solitude, le saint respect et l’admiration profonde dont on se sent quelquefois pénétré pour soimême , 11e peut être que l’effet clc la nécessité où

nous sommes de nous estimer préférablement aux autres.

Comment n’aurait-on pas de soi la plus haute idée? il n’est personne qui ne changeât d’opinions, s’il croyait ses opinions fausses. Chacun croit donc penser juste, et , par conséquent, beaucoup mieux que ceux dont les idées sont contraires aux siennes. Or, s’il n’est pas deux hommes dont les idées soient exactement semblables, il faut nécessairement que chacun en particulier croie mieux penser que tout autre '. La duchesse de La Ferté disait un jour à madame de Staal : « Il faut l’avouer, « ma chère amie, je ne trouve que moi qui aie «toujours raison’.» Écoutons le talapoin, le bonze, le bramine, le guèbre, le grec, I’iman , l’hérétique : lorsque, dans l’ assemblée du peuple, ils prêchent les uns contre les autres, chacun d’eux ne dit-il pas comme la duchesse de La Ferté:

' L expérience nous apprend que chacun met au rang des esprits taux et des mauvais livres tout homme et tout ouvrage qui combat scs opinions ; qu’il voudrait imposer silence a l homme et supprimer l’ouvrage. C’est un avantage que des orthodoxes peu éclairés ont quelquefois donné sur eux aux hérétiques. Si dans un procès, disent ces derniers, une par lie défendait à l’autre de faire imprimer des factums pour soutenir son droit, ne regarderait-on pas cette violence de lune des parties comme une preuve de l’injustice de sa cause ?

3 Voyez les Mémoires de madame de Staal.

DK L* ESPRIT.

« Peuples, je vous l’assure : moi seul j’ai toujours raison ? » Chacun se croit donc un esprit supérieur , et les sots ne sont pas ceux qui s’en croient le moins 1 : c’est ce qui a donné lieu au conte des quatre marchands qui viennent en foire vendre de la beauté, de la naissance, des dignités et de l’esprit, et qui trouvent tous le débit de leurs marchandises, à l’exception du dernier qui se retire sans étrenner.

Mais , dira-t-on , on voit quelques gens reconnaître dans les autres plus d’esprit qu’en eux. Oui, répondrai-je, on voit des hommes en faire l’aveu; et cet aveu est d’une belle ame : cependant ils n’ont pour celui qu’ils avouent leur supérieur qu’une estime sur parole ; ils ne font que donner à l’opinion publique la préférence sur la leur, et convenir que ces personnes sont plus estimées,

1 Quelle présomption , disent les gens médiocres, que celle de ceux qu’on appelle les gens d'esprit ! Quelle supériorité ne se croient-ils pas sur les autres hommes ! Mais, leur répondrait-on, le cerf qui se vanterait d’être le plus vite des cerfs serait sans doute un orgueilleux ; mais sans blesser la modestie, il pourrait pourtant dire qu’il court mieux que la tortue. Vous êtes la tortue ; vous n’avez ni lu ni médité : comment pourriez-vous avoir autant d’esprit qu’un homme qui s’est donné beaucoup de peine pour acquérir des connaissances ? Vous l’accusez de présomption , et c’est vous qui, sans étude et sans réflexion , voulez marcher son égal. A votre avis, qui des deux est présomptueux?

sans être intérieurement convaincus quelles soient plus estimables *.

Un honune du monde conviendra , sans peine, qu’il est, en géométrie, fort inférieur aux Fontaine, aux d’Alembert, aux Clairaut, aux Euler; que clans la poésie, il le cède aux Molière, aux Racine, aux Voltaire : mais je dis en même temps que cet homme fera d’autant moins de cas d’un genre, qu’il reconnaîtra plus de supérieurs dans ce même genre; et que d ailleurs il se croira tellement dédommagé de la supériorité qu’ont sur lui les hommes que je viens de citer, soit en cherchant à trouver de la frivolité dans les arts et les sciences, soit par la variété de ses connaissances, le bon sens, l’usage du monde, ou par quelque autre avantage pareil, que, tout

1 Eu poésie, Fontenëlle serait sans peiue convenu de la supériorité du génie de Corneille sur le sien ; mais il ne l’aurait pas sentie. Je suppose, pour s’en convaincre, qu’on eût prié ce même Fontenelle de donner, en fait de poésie, l’idée qu’il s’était formée de la perfection : il est certain qu’il n’aurait, en ce genre, proposé d’autres règles fixes que celles qu’il avait lui-même aussi bien observées que Corneille; qu’il devait donc se croire intérieurement aussi grand poète que qui que ce fût; et qu’en s’avouant inférieur à Corneille, il ne fesait par conséquent que sacrifier son sentiment à celui du public. Peu de gens ont le courage d’avouer que c’est pour eux qu’ils ont le plus de l’espèce d’estime que j’appelle sentie ; mais qu ils le nient ou qu’ils l’avouent, ce sentiment n’en existe pas moins en eux.

DE LESEE 1T.

pesé, il se croira aussi estimable que qui que ce soit '.

Mais, ajoutera-t-on, comment imaginer qu’un homme qui, par exemple, remplit les petits offices de la magistrature, puisse se croire autant d’esprit que Corneille? Il est vrai, répondrai-je, qu’il ne mettra personne , à cet égard , dans sa confidence : cependant, lorsque, par un examen scrupuleux, on a découvert de combien de sentimens d’orgueil nous sommes journellement affectés, sans nous en apercevoir, et par combien d’éloges il faut être enhardi pour s’avouer à soi-même et aux autres la profonde estime que l’on a pour son esprit, on sent que le silence de l’orgueil n’en prouve pas l’absence. Supposons, pour suivre l’exemple ci-dessus rapporté, qu’au sortir de la comédie le hasard rassemble trois praticiens; qu’ils viennent à parler de Corneille ; tous trois peut-être s’écrieront à la fois que Corneille est le plus grand génie du monde : cependant, si, pour

* On se loue de tout : les uns vantent leur stupidité sous lp nom de bon sens; d’autres louent leur beauté; quelques uns, enorgueillis de leurs richesses, mettent ces dons du hasard sur le compte de leur esprit et de leur prudence ; la femme qui compte le soir avec son cuisinier se croit aussi estimable qu’un savant. Il n’est pas, jusqu’à l’imprimeur iY in-folio , qui ne méprise l’imprimeur de romans, et qui ne se croie aussi supérieur au dernier que Y in-folio l’est en masse à la brochure.

se décharger du poids importun de l’estime, l’un lieux ajoutait que ce Corneille est, à la vérité, un grand homme, mais dans un genre frivole, il est certain, si l’on en juge par le mépris que certaines gens affectent pour la poésie, que les deux autres praticiens pourraient se ranger à l’avis du premier : puis, de confiance en confiance, s’ils venaient comparer la chicane à la poésie; l’art de la procédure, dirait un autre, a bien ses ruses, ses finesses et ses combinaisons, comme tout autre art : vraiment répondrait le troisième, il n’est point d’art plus difficile. Or, dans l’hypothèse très admissible, que, dans cet art si difficile, chacun de ces praticiens se crût le plus habile, sans qu’aucun d’eux eût prononcé le mot, le résultat de cette conversation serait que chacun d’eux se croirait autant d’esprit que Cornci lie. Nous sommes par la vanité, et surtout par l’ignorance, tellement nécessités à npus estimer préférablement aux autres , que le plus grand homme dans chaque art est celui que chaque artiste regarde comme le premier après lui *. Du temps de Thémistocle,

1 Aucun art, aucun talent ne mérite la préférence sur un autre, qu’autant qu’il est réellement plus utile, soit pour amuser, soit pour instruire. Les comparaisons qu’on en fait dans le monde, et les éloges exclusifs qu’on leur prodigue, ne déterminent jamais la préférence qu’on voudrait leur faire obtenir, attendu que ceux avec qui l’on en parle et l’on en

où l’orgueil n’était différent de l’orgueil du siècle présent qu’en ce qu’il était plus naïf, tous les capitaines, après la bataille de Salamine, ayant été obligés de déclarer, par des billets pris sur l’autel de Neptune, ceux qui avaient eu le plus de part à la victoire , chacun , s’y donnant la première part, adjugea la seconde à Thémistocle ; et le peuple crut alors devoir décerner la première récompense à celui que chacun des capitaines en avait regardé comme le plus digne après lui.

11 est donc certain que chacun a nécessairement de soi la plus haute idée; et qu’en conséquence on n’estime jamais dans autrui que son image et sa ressemblance.

La conclusion générale de ce que j’ai dit de l’esprit considéré par rapport à un particulier, c’est que l’esprit n’est que l’assemblage des idées intéressantes pour ce particulier, soit comme instructives, soit comme agréables; d’où il suit que l’intérêt personnel , comme je m’étais proposé de le montrer, est, en ce genre, le seul juge du mérite des hommes.

dispute, sont toujours intérieurement bien décidés à n’accorder cette préférence qu’a l art ou au talent qui flatte le plus l'intérêt de leur penchant ou de leur vanité, et cet intérêt ne peut être le même dans tous les hommes.

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