CHAPITRE XV
De quelle utilité peut être à la morale la connaissance des principes établis dans les chapitres précédens.
Si la morale a jusqu’à présent peu contribué au bonheur de l’humanité , ce n’est pas qu’à d’heureuses expressions , à beaucoup d’éloquence et de netteté, plusieurs moralistes n’aient joint beaucoup de profondeur d’esprit et d’élévation d’ame ; mais quelque supérieurs qu’aient été ces moralistes, il faut convenir qu’ils n’ont pas assez souvent regardé .les différens vices des nations comme des dépendances nécessaires de la différente forme de leur gouvernement : ce n’est cependant qu’en considérant la morale de ce point de vue, qu’elle peut devenir réellement utile aux hommes. Qu’ont produit jusqu’à ce jour les plus belles maximes de morale ? Elles ont corrigé quelques particuliers des défauts que peut-être ils se reprochaient; d’ailleurs elles n’ont produit aucun changement dans les moeurs des nations. Quelle en est la cause ? c’est que les vices d’un peuple sont, si j’ose le dire, toujours cachés au fond de sa législation : c’est là qu’il faut fouiller pour arracher la racine productrice de ses vices. Qui n’est doué ni des lumières, ni du courage né-
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cessaires pour l’entreprendre, n’est, en ce genre, de presque aucune utilité à l’univers. Vouloir détruire des vices attachés à la législation d’un peuple, sans faire aucun changement dans cette législation, c’est prétendre à l’impossible , c’est rejeter les conséquences justes des principes qu’on admet.
Qu’espérer de tant de déclamations contre la fausseté des femmes, si ce vice est l’effet nécessaire d’une contradiction entre les désirs de la nature et les sentimens que, par les lois et la décence, les femmes sont contraintes d’affecter? Dans le Malabar, à Madagascar, si toutes les femmes sont vraies, c’est qu’elles y satisfont, sans scandale, toutes leurs fantaisies, qu’elles ont mille galans, et ne se déterminent au choix d’un époux qu’après des essais répétés. Il en est de même des sauvages de la Nouvelle-Orléans, de ces peuples où les parentes du grand soleil, les princesses du sang, peuvent, lorsqu’elles se dégoûtent de leurs maris , les répudier pour en épouser d’autres. En de tels pays, on ne trouve point de femmes fausses , parce qu’elles n’ont aucun intérêt de l’être. #
Je ne prétends pas inférer de ces exemples, qu’on doive introduire chez nous de pareilles moeurs. Je dis seulement qu’on ne peut raisonnablement reprocher aux femmes une fausseté
dont la décence et les lois leur font, pour ainsi dire, une nécessité; et qu’enfin l’on ne change point les effets, en laissant subsister les causes.
Prenons la médisance pour second exemple. La médisance est sans doute un vice : mais c’est un vice nécessaire, parce qu’en tout pays où les citoyens n’auront point de part au maniement des affaires publiques, ces citoyens, peu intéressés à s’instruire, doivent croupir dans une honteuse paresse. Or s’il est, dans ce pays, de mode et d’usage de se jeter dans le monde, et du bon air d’y parler beaucoup, l’ignorant ne pouvant parler des choses, doit nécessairement parler des personnes. Tout panégyrique est ennuyeux, et toute satire agréable ; sous peine d'ëtre ennuyeux , 1 ignorant est donc forcé d’ëtre médisant. On ne peut donc détruire ce vice, sans anéantir la cause qui le produit, sans arracher les citoyens à la paresse, et par conséquent sans changer la forme du gouvernement.
Pourquoi 1 homme d’esprit est-il ordinairement moins tracassier dans les sociétés particulières, que l homme du monde? c’est que le premier, occupé de plus grands objets, ne parle communément des personnes qu’ autant qu’elles ont , comme les grands hommes, un rapport immédiat avec les grandes choses ; c’esj que l’homme d’esprit, qui ne médit jamais que pour se venger,
UE l’esprit.
inédit très rarement; lorsque l’homme du monde, au contraire, est presque toujours obligé de médire pour parler.
Ce que je dis de la médisance, je le dis du libertinage contre lequel les moralistes se sont toujours si violemment déchaînés. Le libertinage est trop généralement reconnu pour être une suite nécessaire du luxe, pour que je m’arrête à le prouver. Or si le luxe , comme je suis fort éloigné de le penser, mais comme on le croit communément, est très utile à l’état; si, comme il est facile de le montrer, l’on n’en peut étouffer le goût, et réduire les citoyens à la pratique des lois somptuaires sans changer la forme du gouvernement , ce ne serait donc qu’après quelques réformes en ce genre qu’on pourrait se flatter d’éteindre ce goût du libertinage.
Toute déclamation sur ce sujet est théologiquement, mais non politiquement, bonne. L’objet que se proposent la politique et la législation, est la grandeur et la félicité temporelle des peuples : or, relativement à cet objet je dis que, si le luxe est réellement utile à la France, il serait ridicule d’y vouloir introduire une rigidité de mœurs incompatible avec le goût du luxe. Nulle proportion entre les avantages que le commerce et le luxe procurent à l’état, constitué comme il l’est (avantages auxquels il faudrait renoncer pour
en bannir le libertinage), et le mal infiniment petit qu’occasionne l’amour des femmes. C’est se plaindre de trouver dans une mine riche quelques paillettes de cuivre mêlées à des veines d’or. Partout où le luxe est nécessaire, c’est une inconséquence politique que de regarder la galanterie comme un vice moral : et si l’on veut lui conserver le nom de vice, il faut alors convenir qu’il en est d’utiles dans certains siècles et certains pays, et que c’est au limon du Nil que l’Égypte doit sa fertilité.
En effet, qu’on examine politiquement la conduite des femmes galantes, on verra que, blâmables à certains égards, elles sont à d’autres fort utiles au public; qu’elles font, par exemple, île leurs richesses un usage communément plus avantageux à l’état que les femmes les plus sages. Le désir de plaire, qui conduit la femme galante chez le rubanier, chez le marchand d’étoffes ou de modes, lui fait non seulement arracher une infinité d ouvriers à 1 indigence où les réduirait la pratique des lois somptuaires, mais lui inspire
encore les actes de la charité la plus éclairée. Dans la supposition que le luxe soit utile à une nation, ne sont-ce pas les femmes galantes qui, en excitant 1 industrie des artisans du luxe, les rendent de jour en jour plus utiles à l’état? Les femmes sages, en fesant des largesses à des men-
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dians ou à des criminels, sont donc moins bien conseillées par leurs directeurs, que les femmes galantes par le désir de plaire : celles-ci nourrissent des citoyens utiles ; et celles-là des hommes inutiles , ou même les ennemis de cette nation.
Il suit de ce que je viens de dire, qu’on ne peut se flatter de faire aucun changement dans les idées d’un peuple , qu’après en avoir fait dans sa législation; que c’est par la réforme des lois qu’il faut commencer la réforme des mœurs ; que des déclamations contre un vice utile, dans la forme actuelle d’un gouvernement, seraient politiquement nuisibles , si elles n’étaient vaines ; mais elles le seront toujours, parce que la masse d’une nation n’est jamais remuée que par la force des lois. D’ailleurs, qu’il me soit permis de l’observer en passant : parmi les moralistes, il en est peu qui sachent, en armant nos passions les unes contre les autres, s’en servir utilement pour faire adopter leur opinion; la plupart de leurs conseils sont trop injurieux. Us devraient pourtant sentir que des injures ne peuvent, avec avantage, combattre contre des sentimens ; que c’est une passion qui seule peut triompher d’une passion ; que, pour inspirer, par exemple, à la femme galante plus de retenue et de modestie vis-à-vis du public, il faut mettre en opposition sa vanité avec sa coquetterie, lui faire sentir que la pudeur
DISCOURS II, CHAPITRE XV. 3l I
est une invention de l’amour et de la volupté raffinée r ; que c’est à la gaze, dont cette même pudenr couvre les beautés d’une femme, que le monde doit la plupart de ses plaisirs; qu’au Malabar, où les jeunes agréables se présentent demi-
■ C’est en considérant la pudeur sous ce point de vue, (ju’on peut répondre aux argumens des stoïciens et des cyniques, qui soutenaient que l’homme vertueux ne fesait rien dans son intérieur qu’il ne dût faire à la face des nations, et qui croyaient en conséquence pouvoir se livrer publiquement aux plaisirs de l’amour. Si la plupart des législateurs ont condamné ces principes cyniques, et mis la pudeur au nombre des vertus, c’est, leur répondra- t-on, qu’ils ont craint que le spectacle fréquent de la jouissance ne jetAt quelque dégoût sur un plaisir auquel sont attachées la conservation de l’esprit et la durée du monde. Ils ont d’ailleurs senti qu’en voilant quelques uns des appas d’une femme , un vêtement la parait de toutes les beautés dont peut l’embellir une vive imagination; que ce vêtement piquait la curiosité, rendait les caresses plus délicieuses, les faveurs plus flatteuses, et multipliait enfin les plaisirs dans la race infortunée des hommes. Si Lycurgue avait banni de Sparte une certaine espèce 'de pudeur, et si les filles, en présence de tout un peuple, y luttaient nues avec les jeunes Lacédémoniens, c’est que Lycurgue voulait que les mères, rendues plus fortes par de semblables exercices, donnassent à l’état des enfans plus robustes. Il savait que, si l’habitude de voir des femmes nues émoussait le désir d’en connaître les beautés cachées , ce désir ne pouvait pas s’éteindre, surtout dans un pays où les maris n’obtenaient qu’en secret et furtivement les faveurs de leurs épouses. D’ailleurs , Lycurgue^ qui fesait de l’amour un des principaux ressorts de sa législation, voulait qu’il devînt la récompense et non l’occupation des Spartiates.
nus dans les assemblées; qu’en certains cantons de l’Amérique, où les femmes s’offrent sans voile aux regards des hommes, les désirs perdent tout ce que la curiosité leur communiquerait de vivacité ; qu’en ce pays la beauté avilie n’a de commerce qu’avec les besoins ; qu’au contraire , chez les peuples où la pudeur suspend un voile entre les désirs et les nudités, ce voile mystérieux est le talisman qui retient l’amant aux genoux de sa maîtresse ; et que c’est enfin la pudeur qui met aux faibles mains de la beauté le sceptre qui commande à la force. Sachez de plus, diraient-ils à la femme galante, que les malheureux sont en grand nombre; que les infortunés, ennemis nés de l’homme heureux, lui font un crime de son bonheur; qu’ils haïssent en lui une félicité trop indépendante d’eux ; que le spectacle de vos amusemens est un spectacle qu’il faut éloigner de leurs yeux, et que l’indécence, en trahissant le secret de vos plaisirs, vous expose à tous les traits de la vengeance.
C’est en substituant ainsi le langage de l’intérêt au ton de l’injure, que les moralistes pourraient faire adopter leurs maximes. Je ne m’étendrai pas davantage sur cet article. Je rentre dans mon sujet, et je dis que tous les hommes ne tendent qu’à leur bonheur; qu’on ne peut les soustraire à cette tendance; qu’il serait inutile de l’entre-
prendre, et dangereux d’y réussir; que par conséquent l’on ne peut les rendre vertueux qu’en unissant l’intérêt personnel à l’intérêt général. Ce principe posé, il est évident que la morale n’est qu’une science frivole, si l’on ne la confond avec la politique et la législation ; d’où je conclus que, pour se rendre utiles à l’univers, les philosophes doivent considérer les objets du point de vue d’où le législateur les contemple. Sans être armés du même pouvoir, ils doivent être animés du même esprit. C’est au moraliste d’indiquer les lois dont le législateur assure l’exécution par l’apposition du sceau de sa puissance.
Parmi les moralistes, il en est peu sans doute qui soient assez fortement frappés de cette vérité: parmi ceux même dont l’esprit est fait pour atteindre aux plus hautes idées, il en est beaucoup qui, dans l’étude de la morale et les portraits qu’ils font des vices, ne sont animés que par des intérêts personnels et des haines particulières. Ils ne s’attachent, en conséquence, qu’à la peinture des vices incommodes dans la société ; et leur esprit, qui peu à peu se resserre dans le cercle de leur intérêt, n’a bientôt plus la force nécessaire pour s’élever jusqu’aux grandes idées. Dans la science de la morale, souvent l’élévation de l’esprit tient à l’élévation de l ame. Pour saisir, en ce genre, les vérités réellement utiles aux
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hommes, il faut être échauffé de la passion du bien général, et malheureusement en morale, comme en religion , il est beaucoup d’hypocrites.
CIMPITRE XVI.
Des moralistes hypocrites.
J’entends par hypocrite celui qui, n étant point soutenu dans l’étude de la morale par le désir du bonheur de l’humanité, est trop fortement occupé de lui-même. Il est beaucoup d’hommes de cette espèce : on les reconnaît, d’une part, à l’indifférence avec laquelle ils considèrent les vices destructeurs des empires; et de l’autre, à l’emportement avec lequel ils se déchaînent contre des vices particuliers. C’est en vain que de pareils hommes se disent inspirés par la passion du bien public. Si vous étiez, leur répondra-t-on, réellement animés de cette passion, votre haine pour chaque vice serait toujours proportionnée au mal que ce vice fait à la société : et, si la vue des défauts les moins nuisibles à l’état suffisait pour vous irriter, de quel œil considéreriez-vous l’ignorance des moyens propres à former des citoyens vaillans, magnanimes et désintéressés? de quel chagrin seriez-vous affectés, lorsque vous apercevriez quelque défaut dans la jurisprudence ou
la distribution des impôts, lorsque vous en découvririez dans la discipline militaire, qui décide si souvent du sort des batailles et du ravage de plusieurs provinces? Alors, pénétrés de la plus vive douleur, à l’exemple de Nerva, on vous verrait, détestant le jour qui vous rend témoins des maux de votre patrie, vous-mêmes en terminer le cours, ou du moins prendre exemple sur ce Chinois vertueux, qui, justement irrité des vexations des grands, se présente à l’empereur, lui porte ses plaintes : «Je viens, dit-il, m’offrir au « supplice auquel de pareilles représentations ont « fait traîner six cents de mes concitoyens ; et je « t’avertis de te préparer à de nouvelles exécu- « tions : la Chine possède encore dix- huit mille « bons patriotes, qui, pour la même cause, vien- « dront successivement te demander le même sa- « laire. » Il se tait à ces mots ; et l’empereur , étonné de sa fermeté, lui accorde la récompense la plus flatteuse pour un homme vertueux, la punition des coupables et la suppression des impôts.
Voilà de quelle manière se manifeste l’amour du bien public. Si vous êtes, disais-je à ces censeurs, réellement animés de cette passion, votre haine pour chaque vice est proportionnée au mal que ce vice fait à l’état : si vous n’êtes vivement affectés que des défauts qui vous nuisent,
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vous usurpez le nom de moralistes, vous netes que des égoïstes.
C’est donc par un détachement absolu de ses intérêts personnels, par une étude profonde de la science de la législation, qu’un moraliste peut se rendre utile à sa patrie. 11 est alors en état de peser les avantages et les inconvéniens d’une loi ou d’un usage, et de juger s’il doit être aboli ou conservé. On n’est que trop souvent contraint de se prêter à des abus et même à des usages barbares. Si dans l’Europe on a si long-temps toléré les duels , c’est qu’en des pays où l’on n’est point, comme à Rome, animé de l’amour de la patrie, où la valeur n’est point exercée par des guerres continuelles, les moralistes n’imaginaient peutêtre pas d’autres moyens, et d’entretenir le courage dans le cœur des citoyens, et de fournir l’état de vaillans défenseurs. Ils croyaient, par cette tolérance , acheter un grand bien au prix d’un petit mal : ils se trompaient dans le cas particulier du duel ; mais il en est mille autres où l’on est réduit à cette option. Ce n’est souvent qu’au choix fait entre deux maux qu’on reconnaît l’homme de génie. Loin de nous tous ces pédans épris d’une fausse idée de perfection. Rien de plus dangereux, dans un état, que ces moralistes déclamateurs et sans esprit, qui, concentrés dans une petite sphère d’idées, répètent continuelle-
ment ce qu’ils ont entendu dire à leurs mies, recommandent sans cesse la modération des désirs, et veulent, en tous les cœurs, anéantir les passions : ils ne sentent pas que leurs préceptes, utiles à quelques particuliers placés dans certaines circonstances, seraient la ruine des nations qui les adopteraient.
En effet, si, comme l’histoire nous l’apprend, les passions fortes, telles qüe l’orgueil et le patriotisme chez les Grecs et les Romains, le fanatisme chez les Arabes, l’avarice chez les flibustiers, enfantent toujours les guerriers les plus redoutables ; tout homme qui ne mènera contre de pareils soldats que des hommes sans passions, n’opposera que de timides agneaux à la fureur des loups. Aussi la sage nature a-t-elle enfermé dans le cœur de l’homme un préservatif contre les raisonnemens de ces philosophes; aussi les nations, soumises d’intention à ces préceptes, s’y trouvent - elles toujours indociles dans le fait. Sans cette heureuse indocilité, le peuple, scrupuleusement attaché à leurs maximes , deviendrait le mépris et l’esclave des autres peuples.
Pour déterminer jusqu’à quel point on doit exulter ou modérer le feu des passions, il faut de ces esprits vastes qui embrassent toutes les parties d un gouvernement. Quiconque en est doué, est, pour ainsi dire, désigné par la nature, pour
remplir, auprès du législateur, la charge de ministre penseur1, et justifier ce mot de Cicéron, qu’ra homme ci esprit n’est jamais un simple citoyen, mais un vrai magistrat.
Avant d’exposer les avantages que procureraient à l’univers des idées plus étendues et plus saines de la morale, je crois pouvoir remarquer, en passant, que ces mêmes idées jetteraient infiniment de lumières sur toutes les sciences, et surtout sur celle de l’histoire, dont les progrès sont à la fois effet et cause des progrès de la morale.
Plus instruits du véritable objet de l’histoire, alors les écrivains ne peindraient, de la vie privée d’un roi, que les détails propres à faire sortir son caractère ; ils ne décriraient plus si curieusement ses mœurs, ses vices et ses vertus domestiques; ils sentiraient que le public demande aux souverains compte de leurs édits, et non de leurs soupers; que le public n’aime connaître l'homme dans le prince, qu’autant que l'homme a part aux
1 On distingue à la Chine deux sortes de ministres ; les uns sont les ministres signeurs ; ils donnent les audiences et les signatures : les autres portent le nom de ministres penseurs ; ils se chargent du soin de former les projets, d’examiner ceux qu’on leur présente, et de proposer les changemens que le temps et les circonstances exigent qu’on fasse dans l’administration.
délibérations du prince; et qu’à des anecdotes puériles, ils doivent, pour instruire et plaire, substituer le tableau agréable ou effrayant de la félicité ou de la misère publique, et des causes qui les ont produites. C’est à la simple exposition de ce tableau qu’on devrait une infinité de réflexions et de réformes utiles.
Ce que je dis de l’histoire, je le dis de la métaphysique, de la jurisprudence. Il est peu de sciences qui n’aient quelque rapport à celle de la morale. La chaîne qui les lie toutes entre elles, a plus d’étendue qu’on ne pense : tout se tient dans l’univers.