CHAPITRE III
De l’étendue de la mémoire.
La conclusion du Chapitre précédent fera sans doute chercher dans l’inégale étendue de la mémoire des hommes la cause de l’inégalité de leur esprit. La mémoire est le magasin où se déposent les sensations, les faits et les idées, dont les diverses combinaisons forment ce qu’on appelle esprit.
Les sensations, les faits et les idées doivent donc être regardés comme la matière première de l’esprit. Or plus le magasin de la mémoire est spacieux, plus il contient de cette matière première, et plus, dira-t-on, l’on a d’aptitude à l’esprit.
Quelque fondé que paraisse ce raisonnement , peut-être en l’approfondissant ne le trouvera-t-on
que spécieux. Pour y répondre pleinement, il laut premièrement examiner si lu différence detendue dans la mémoire des hommes bien organisés est aussi considérable en effet qu elle 1 est en apparence; et, supposant cette différence effective, il faut secondement savoir si 1 on doit la considérer comme la cause de l’inégalité des esprits.
Quant au premier objet de mon examen, je dis que l’attention seule peut graver dans la mémoire les objets qui, vus sans attention, ne feraient sur nous que des impressions sensibles, et pareilles à peu près à celles qu’un lecteur reçoit successivement de chacune des lettres qui composent la feuille d’un ouvrage. Il est donc certain que pour juger si le défaut de mémoire est dans les hommes l’effet de leur inattention, ou d’une imperfection dans l’organe qui la produit, il faut avoir recours à l’expérience. Elle nous apprend que parmi les hommes il en est beaucoup, comme saint Augustin et Montaigne le disent d’eux-mêmes, qui, ne paraissant doués que d’une mémoire très faible, sont, par le désir de savoir, parvenus cependant à mettre un assez grand nombre de faits et d’idées dans leur souvenir, pour être placés au rang des mémoires extraordinaires. Or, si le désir de s’instruire suffit du moins pour savoir beaucoup, j’en conclus que la mémoire est presque entièrement factice : aussi l’étendue de la mémoire dépend, i° de l’usage
I 4 J)K l’esprit.
journalier cju’on en (ait; 20 de l’attention avec laquelle on considère les objets qu’on y veut imprimer, et qui, vus sans attention, comme je viens de le dire, n’y laisseraient qu’une trace légère et prompte à s’effacer; 3° et de l’ordre dans lequel on range ses idées. C’est à cet ordre qu’on doit tous les prodiges de mémoire; et cet ordre consiste à lier ensemble toutes ses idées, à ne charger par conséquent sa mémoire que d’objets qui par leur nature, ou la manière dont on les considère, conservent entre eux assez de rapport pour se rappeler l’un l’autre.
Les fréquentes représentations des mêmes objets a la mémoire sont, pour ainsi dire, autant de coups de burin qui les y gravent d’autant plus profondément qu’ils s’y représentent plus souvent t. D’ailleurs cet ordre, si propre à rappeler les mêmes objets à notre souvenir, nous donne l’explication de tous les phénomènes de la mémoire; nous apprend que la sagacité d’esprit de l’un , c’est-à-dire la promptitude avec laquelle un homme est frappé d’une vérité, dépend souvent de l’analogie de cette vérité avec les objets qu’il a habituellement présens à la mémoire; que la lenteur d’esprit d’un autre à cet égard est, au con-
1 La mémoire, dit Locke, est une table d’airain remplie de caractères que le temps efface insensiblement si l’on n’y repasse quelquefois le burin.
DISCOURS IIJ, CHAPITRE III. l5
traire J l’effet du peu d’analogie de cette même vérité avec les objets dont il s’occupe. Il ne pourrait la saisir , en apercevoir tous les rapports, sans rejeter toutes les premières idées qui se présentent à son souvenir , sans bouleverser tout le magasin de sa mémoire , pour y chercher les idées qui se lient à cette vérité. Voilà pourquoi tant de gens sont insensibles à l’exposition de certains faits ou de certaines vérités, qui n’en affectent vivement d’autres que parce que ces faits ou ces vérités ébranlent toute la chaîne de leurs pensées, en réveillent un grand nombre dans leur esprit ; c’est un éclair qui jette un jour rapide sur tout l’horizon de leurs idées. C’est donc à l’ordre qu’on doit souvent la sagacité de son esprit, et toujours l’étendue de sa mémoire : c’est aussi le défaut d’ordre, effet de l'indifférence qu’on a pour certains genres d’étude, qui , à certains égards, prive absolument de mémoire ceux qui, à d’autres égards, paraissent être doués de la mémoire la plus étendue. Voilà pourquoi le savant dans les langues et l’histoire, qui par le secours de l’ordre chronologique imprime et conserve facilement dans sa mémoire des mots, des dates et des faits historiques, ne peut souvent y retenir la preuve d une vérité morale, la démonstration d’une vérité géométrique, ou le tableau d’un paysage qu’il aura long-temps considéré : en effet, ces sortes d’objets
J G . DK LESPRIT.
n’ayant aucune analogie avec le reste des faits ou des idées dont il a rempli sa mémoire, ils ne peuvent s’y. représenter fréquemment, s’y imprimer profondément, ni par conséquent s’y conserver long-temps.
Telle est la caiis'e productrice de toutes les différentes espèces de mémoire, et la raison pour laquelle ceux qui savent le moins dans un genre sont ceux .qui , dans ce même genre, communé-. ment oublient le plus.
Il paraît donc que la grande mémoire est, pour ainsi dire, un phénomène de l’ordre; qu’elle est presque entièrement factice ; et qu’entré les hommes que j’appelle bien organisés, cette grande inégalité de mémoire est moins l’effet d’une inégale perfection dans l’organe qui la produit, que d’une inégale attention à la cultiver.
Mais en supposant même que l’inégale étendue de mémoire qu’on remarque dans les hommes fût entièrement l’ouvrage de la nature, et fût aussi considérable en effet .qu’elle l’est en apparence; je dis quelle ne pourrait en rien influer sur l’étendue de leur esprit, i0., parce que le grand esprit , comme je vais le démontrer, ne suppose pas la très grande mémoire, et 20 parce que tout homme est doué d’une mémoire suffisante pour s’élever au plus liant degré d’esprit. .
Avant de prouver la première de ces proposé
discours nr, ciîapitrf. iii. t']
tions, il faut observer que, si la parfaite ignorance fait la parfaite imbécillité, l’homme d’esprit ne paraît quelquefois manquer de mémoire que parce qu’on donne trop peu d’étendue à ce mot de mémoire, qu’on en restreint la signification au seul souvenir des noms, des dates, des lieux et des personnes, pour lesquels les gens desprit sont * sans curiosité, et se trouvent souvent sans mémoire. Mais en comprenant dans la signification de ce mot le souvenir ou des idées, ou des images, ou des raisonnemens, aucun d’eux n’en est privé : d’où il résulte qu’il n’est point d’esprit sans mémoire.
Cette observation faite, il faut savoir quelle étendue de mémoire suppose le grand esprit. Choisissons pour exemple deux hommes illustres dans des genres différens , tels que Locke et Milton; examinons si la grandeur de leur esprit doit être regardée comme l’effet de l’extrême étendue de leur mémoire.
Si l’on jette d’abord les yeux sur Locke, et si l’on suppose qu’éclairé par une idée heureuse, ou par la lecture d’Aristote, de Gassendi ou de Montaigne , ce philosophe ait aperçu dans les sens l’origine commune de toutes nos idées, on sentira que, pour déduire tout son système de cette’premièreidée, il lui fallait moins d’étendue dans la mémoire que d’opiniâtreté dans la méditation ; que la mémoire la moins étendue suffisait pour
ir.
l8 DK L’ESPRIT.
contenir tous les objets de là comparaison desquels devait résulter la certitude de ses principes, pour lui en développer l'enchaînement, et lui faire par conséquent mériter et obtenir le titre de grand esprit. '
A l’égard de Milton, si je le regarde sous le point de vue où, de l’aveu général, il est infiniment supérieur aux autres poètes; si je considère uniquement la force, la grandeur, la vérité, et enfin la nouveauté de ses images poétiques, je suis obligé d’avouer que la supériorité de son esprit en ce genre ne suppose point non plus une grande étendue de mémoire. Quelque grandes, en effet, que soient les compositions de ses tableaux ( telle est celle où, réunissant l’éclat du feu à la solidité de la matière terrestre, il peint le terrain de 1 enfer brûlant d’un feu solide, comme le lac brûlait d’un feu liquide); quelque grandes, dis-je, que soient ses compositions, il est évident que le nomlire des images hardies propres à former de pareils tableaux, doit être extrêmement borné; que par conséquent la grandeur de 1 imagination de ce poète est moins l'effet d’une grande étendue de mémoire que d’une méditation profonde sur son art. C’est cette méditation qui , lui faisant chercher la source des plaisirs de 1 imagination, la lui a fait apercevoir, et dans l’assemblage nouveau des images propres à former des tableaux grands,
vrais et bien proportionnés, et dans le choix constant de ces expressions fortes qui sont, pour ainsi dire, les couleurs de la poésie, et par lesquelles il a rendu ses descriptions visibles aux yeux de l’imagination.
Pour dernier exemple du peu detendue de mémoire qu’exige la belle imagination, je donne en note la traduction d’un morceau de poésie anglaise1. Cette traduction et les exemples précédais
1 C’est une jeune fille que l’amour éveille et conduit, avant l’aurore, dans un vallon : elle y attend son amant, chargé, au lever du soleil, d’offrir un sacrifice aux dieux. Son ame, dans la situation où la met l’espoir d’un bonheur prochain, se prête, en l’attendant, au plaisir de contempler les beautés de la nature, et du lever de l’astre qui doit ramener près d’elle l’objet de sa tendresse. Elle s’exprime ainsi :
« Déjà le soleil dore la cime de ces chênes antiques, et les « flots de ces torrens précipités, qui mugissent entre les ro- « chers, sont brillans par sa lumière. J’aperçois déjà le som- « met de ces montagnes velues d’où s’élancent ces voûtes, « qui, à demi jetées dans les airs, offrent un abi'i formidable « au solitaire qui s’y retire. Nuit, achève de replier tes voiles. « Feux follets qui égarez le voyageur incertain, retirez-vous «dans les fondrières et les fanges marécageuses : et toi, « soleil, dieu des cicux, qui remplis l’air d’une chaleur vivi- « liante, qui sèmes les perles de la rosée sur les fleurs de ces « prairies, et qui rends la couleur aux beautés variées de la « nature, reçois mon premier hommage; hâte ta course : « ton retour m’annonce celui de mon amant. Libre des « soins pieux qui le retiennent encore au pied des autels, « l’amour va bientôt le ramener aux miens. Que tout se res- « sente de ma joie! que tout bénisse le lever de l’astre qui
prouveront, je crois, à ceux qui décomposeront les ouvrages des hommes illustres, que le grand esprit ne suppose point la grande mémoire. J’ajouterai même que l’extrême étendue de l’un est absolument exclusive de l’extrême étendue de l’autre.
« nous éclaire , Fleurs , qui renfermez dans votre sein les « odeurs que la froide nuit y condense, ouvrez vos calices; « exhalez dans les aii's vos vapeurs embaumées. Je ne sais si « la voluptueuse ivresse qui remplit mon ame embellit tout ce « que mes yeux aperçoivent; mais le ruisseau qui serpente « dans les contours de ces vallées m’enchante par son mur- « mure. Le zéphyr me caresse de son souffle. Les plantes am- « brécs, pressées sous mes pas, portent à mon odorat des « bouffées de parfums. Ah! si le bonheur daigne quelque- « fois visiter le séjour des mortels, c’est sans doute en ces
« lieux qu’il se retire Mais quel trouble secret m’agite?
« déjà l’impatience mêle son poison aux douceurs de mon « attente; déjà ce vallon a perdu de ses beautés. Lajoie est- « elle donc si passagère? nous est- elle aussi facilement en- „ levée que le duvet léger de ces plantes l’est par le souffle du « zéphyr? C’est en vain que j’ai recours à l’espérance flatteuse: « chaque instant accroît mon trouble... Il ne vient point!... ,, Qui le retient loin de moi? Quel devoir plus sacré que celui « de calmer les inquiétudes d’une amante ?... Mais, que dis-je ! «Fuyez, soupçons jaloux, injurieux a sa fidélité, et faits .. pour éteindre sa tendresse. Si la jalousie croît près de l’a- « mour, elle l’étouffe si on ne l’en détache : c’est le lierre « qui, d’une chaîne verte, embrasse, mais dessèche le tronc « qui lui sert d’appui. Je connais trop mon amant porn dou- « ter de sa tendresse. Il a, comme moi, loin de la pompe « des cours, cherché l’asile tranquille des campagnes; la sim- ,, plicité de mon coeur et de ma beauté 1 a touché, mes \o- « luptueuses rivales le rappelleraient vainement dans leurs
Si l’ignorance fait languir l’esprit iaute de nourriture, la vaste érudition, par une surabondance d’aliment, l’a souvent étouffé. Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner l’usage différent que doivent faire de leur temps deux hommes qui veulent
« bras. Serait-il séduit par les avances d’une coquetterie qui « ternit, sur les joues d’une jeune fdle, la neige de l’inno- « cence et l’incarnat de la pudeur, et qui les peint du blanc « de l’art et du fard de l’effronterie? Que sais-je? Son raé- « pris pour elle n’est peut-être qu’un piège pour moi. Puis-je « ignorer les préjugés des hommes, et l’art qu’ils emploient « pour nous séduire? Nourris dans le mépris de notre sexe, « ce n’est point nous, c’est leurs plaisirs qu’ils aiment. Les cruels qu’ils sont! ils ont mis au rang des vertus, et les « fureurs barbares de la vengeance , et l’amour forcené de « la patrie; et jamais, parmi les vertus, ils n’ont compté la « fidélité! C’est sans remords qu’ils abusent l’innocence. Sou- « vent leur vanité contemple avec délices le spectacle de nos « douleurs... Mais, non; éloignez-Vous de moi, odieuses pen- « sées; mon amant va se rendre en ces lieux. Je l’ai mille fois « éprouvé : dès que je l’aperçois, mon ame agitée se calme; « j’oublie souvent de trop justes sujets de plainte ; près de « lui , je ne sais qu’être heureuse... Cependant, s’il me tra- « hissait! si, dans le moment que mon amour l’excuse, il con- « sommait entre les bras d’une autre le crime de l’infidélité ! « que toute la nature s’arme pour ma vengeance ! qu’il pé- « risse!... Que dis-je! Élémens, soyez sourds à mes cris; terre, « n’ouvre point tes gouffres profonds; laisse ce monstre mar- « cher le temps marqué sur ta brillante surface. Qu’il com- •> mette encore de nouveaux crimes; qu’il fasse couler encore « les larmes des amantes trop crédules : et si le ciel les venge « et le punit, que ce soit, du moins, à la prière d’une autre * infortunée. »
l)E l’esprit.
se rendre supérieurs aux autres, l’un en esprit, et l’autre en mémoire.
Si l’esprit n’est qu’un assemblage d’idées neuves, et si toute idée neuve n’est qu’un rapport nouvellement aperçu entre certains objets, celui qui veut se distinguer par son esprit doit nécessairement employer la plus grande partie de son temps à l’observation des rapports divers que les objets ont entre eux, et n’en consommer que la moindre partie à placer fies faits ou des idées dans sa mémoire. Au contraire, celui qui veut surpasser les autres en étendue de mémoire, doit, sans perdre son temps à méditer et à comparer les objets entre eux, employer les journées entières à emmagasiner sans cesse de nouveaux objets dans sa mémoire. Or, par un usage si différent de leur temps, il est évident que le premier de ces deux hommes doit être aussi inférieur en mémoire au second, qu’il lui sera supérieur en esprit : vérité qu’avait vraisemblablement aperçue Descartes, lorsqu’il dit que, pour perfectionner son esprit, il faut moins apprendre que méditer. D’où je conclus que non seulement le très grand esprit ne suppose pas la très grande mémoire, mais que l’extrême étendue de 1’ un est toujours exclusive de l’exti-ême étendue de l’autre.
Pour terminer ce Chapitre, et prouver que ce n’est point à l inégale étendue de la mémoire qu’on
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doit attribuer la force inégale des esprits, il ne me reste plus qu’à montrer que les hommes communément bien organisés sont tous doués d’une étendue de mémoire suffisante pour s’élever aux plus hautes idées. Tout homme en effet est, à cet égard, assez favorisé de la nature, si le magasin de sa mémoire est capable de contenir un nombre d’idées ou de faits, tel qu’en les comparant sans cesse entre eux, il puisse toujours y apercevoir quelque rapport nouveau, toujours accroître le nombre de ses idées, et par conséquent donner toujours plus d’étendue à son esprit. Or si trente ou quarante objets, comme le démontre lagéométrie, peuvent se comparer en eux de tant de manières, que, dans le cours d’une longue vie, personne ne puisse en observer tous les rapports, ni en déduire toutes les idées possibles ; et si , parmi les hommes que j’appelle bien organisés, il n’en est aucun dont la mémoire ne puisse contenir non seulement tous les mots d’une langue, mais encore une infinité de dates, de faits, de noms, de lieux et de personnes, et enfin un nombre d’objets beaucoup plus considérable que celui de six ou sept mille , j’en conclurai hardiment que tout homme bien organisé est doué d’une capacité de mémoire bien supérieure a celle dont il peut faire usage pour l’accroissement de ses idées; que plus d’étendue de mémoire ne donnerait pas plus d’étendue à son
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esprit; et qu’ainsi, loin de regarder l’inégalité de mémoire des hommes comme la cause de l’inégalité de leur esprit, cette dernière inégalité est uniquement l effet, ou de 1 attention plus ou moins grande avec laquelle ils observent les rapports des objets entre eux, ou du mauvais choix des objets dont ils chargent leur souvenir. Il est, en effet, des objets stériles, et qui, tels que les dates, les noms des lieux, des personnes, ou autres pareils, tiennent une grande place dans la mémoire, sans pouvoir produire ni idée neuve, ni idée intéressante pour le public. L’inégalité des esprits dépend donc en partie du choix des objets qu’on place dans la mémoire. Si les jeunes gens dont les succès ont été les plusbrillans dans les collèges n’en ont pas toujours de pareils dans un âge plus avancé, c’est que la comparaison et l’application heureuse des règles de Despautère, qui font les bons écoliers , ne prouvent nullement que dans la suite ces memes jeunes gens portent leur vue sur des objets de la comparaison desquels résultent des idées intéressantes pour le public; et c’est pourquoi l’on est rarement grand homme, si l’on n’a le courage d’ignorer une infinité de choses inutiles.