AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR. TU
parence qu'on puisse jamais appliquer avec fruit aux manuscrits de Fénelon les ingénieuses éludes, tentées il y a quelques années par M. Cousin sur Pascal, et qui nous font assister aux tâtonnements et aux perfectionnements successifs par lesquels passe la pensée d'un grand écrivain; avant d'arriver à sa forme définitive ^ Fénelon trouve comme du premier coup, sur tous les sujets, le mot ou le tour le plus juste, le plus simple, le plus heureux. Pascal ne le trouve pas aussi aisément que lui. Il est vrai que Pascal grave tout ce qu'il écrit d'un trait profond etineffaçable; et l'on ne peut pas toujours en dire autant de Fénelon,
I • n y aurait pourtant, à la rigueur, quelques remarques de goût à tirer de rexamen des corrections qu'on lit sur le manuscrit autographe de Fénelon. Nous n'en citerons qu'une : au commencement même de son Traité de V^xU» tenee de Dieu, Fénelon avait d'abord écrit : < Je ne puis ouvrir les yeux sans être saisi d'admiration pour l'art qui éclate dans toute la nature. » Un écrivain ordinaire se serait contenté de cette phrase qui n'est pas mal tournée ; mais Fénelon ne s'en contente pas : il barre d'aî)ord le mol pour^ et à la place il met: a la vue de; puis, jugeant sans doute que la phrase restait lourde et un peu ambitieuse, il fait une correction nouvelle et remplace toute cette périphrase : être saisi d'admiration h la vue de, par le mot admirer , qui est infiniment préférable ; et alors il commence ainsi le Traité de l'existence de Dieu : < Je ne puis ouvrir les yeux sans admirer l'art qui éclate dans toute la nature. »
TRAITÉ