PREMIÈRE PARTIE
fruitiers ; là de hautes montagnes vont porter leur front glacé jusque dans les nues, et les torrents qui en tombent sont les sources des rivières. Les rochers qui montrent leur cime escarpée soutiennent la terre des montagnes, comme les os du corps humain en soutiennent les chairs. Cette variété fait le charme des paysages, et en môme temps elle satisfait aux divers besoins des peuples. •
Il n'y a point de terroir si ingrat qui n'ait quelque propriété. Non-seulement les terres noires et fertiles, mais encore les argileuses et les graveleuses, récompensent Thomme de ses peines : les marais desséchés deviennent fertiles ; les sables ne couvrent d'ordinaire que la surface de la terre ; et quand le laboureur a la patience d'enfoncer, il trouve un terroir neuf qui se fertilise, à mesure qu'on le remue et qu'on l'expose aux rayons du soleil. Il D*y a presque point de terre entièrement ingrate, si l'homme ne se lasse pas de la remuer pour l'exposer au soleil ', et s'il ne lui demande que ce qu'elle est propre à porter. Au milieu des pierres et des rochers, on trouve d'excellents pâturages ; il y a, dans leurs cavités, des veines que les rayons du soleil pénètrent, et qui fournissent aux plantes, pour nourrir les troupeaux, des sucs très- savoureux. Les côtes mêmes qui paraissent les plus stériles et les plus sauvages, offrent souvent des fruits délicieux, ou des remèdes très-salutaires qui manquent dans les plus fertiles pays.
D'ailleurs, c'est par un effet de la Providence divine que nulle terre ne porte tout ce qui sert ^ la vie humaine ; car le besoin invite les hommes au commerce pour se donner mutuellement ce qui leur manque; et ce besoin est le lien naturel de la société entre les nations : autrement tous les peuples du monde seraient réduits à une seule sorte d'habits et d'aliments; rien ne les inviterait à se connaître et à s'entrevoir.
Tout ce que la terre produit, se corrompant, rentre dans son sein et devient le germe d'une nouvelle fécondité. Ainsi elle re-
•l . L'édition de Versailles indique ici en note Xénophon, Économ. Xénophon, sans entrer dans les n^dmes détails qae Fénelon, insiste snr la nécessité de « remuer la terre avec l'attelage au cœur de Tété et au mUieu du jour, pour l'exposer au ^aod soleil. » Économ. XV\. ^Note de VèàueuT^^
prend tout ce qu'elle a donné pour le rendre encore. Ainsi la cormption des plantes, et les excréments des animaux qu'elle nourrit, la nourrissent elle-même, et perpétuent sa fertilité. Ainsi, plus elle donne, plus elle reprend ; et elle ne s'épuise jamais, pourvu qu'on sache, dans la culture, lui rendre ce qu'elle a donné. Tout sort de son sein, tout y rentre; et rien ne s'y perd. Toutes les semences qui y retournent se multiplient. Confiez à la terre des grains de blé; en se pourrissant ils germent, et cette mère féconde vous rend avec usure plus d'épis qu'elle n'a reçu de grains. Creusez dans ses entrailles; vous y trouverez la pierre et le marbre pour les plus superbes édifices. Mais qui est-ce qui a renfermé tant de trésors dans son sein, à condition qu'ils se reproduisent sans cesse? Voyez tant de métaux précieux et utiles, tant de minéraux destinés à la commodité de l'homme.
Admirez les plantes qui naissent de la terre; elles fournissent des aliments aux sains, et des remèdes aux malades. Leurs espèces et leurs vertus sont innombrables : elles ornent la terre; elles donnent de la verdure, des fleurs odoriférantes et des fruits délicieux. Voyez- vous ces vastes forêts qui paraissent aussi anciennes que le monde ? Ces arbres s'enfoncent dans la terre par leurs racines, comme les branches s'élèvent vers le ciel; leurs racines les défendent contre les vents et vont cltercher, comme par de petits tuyaux souterrains, tous les sucs destinés à la nourriture de leur tige , la tige elle-même se revêt d'une dure écorce, qui met le bois tendre à l'abri des injures de l'air; les branc-hes distribuent en divers canaux la sève que les racines avaient réunie dans le tronc. En été, ces rameaux nous protègent de leur ombre contre les rayons du soleil; en hiver, ils nourrissent la flamme qui conserve en nous la chaleur naturelle. Leur bois n'est pas seulement utile pour le feu ; c'est une matière douce, quoique solide et durable, à laquelle la main de l'homme donne sans peine toutes les formes qu'il lui plaît, pour les plus grands ouvrages de l'architecture et de la navigation. Déplus, les arbres fruitiers, en penchant leurs rameaux vers la terre, semblent offrir leurs fruits à l'homme. Les arbres et les plantes, en laissant tomber leurs fruits ou leurs graines, se préparent autour d'eux une nomade postérité. La plus faible p\aji\.e,\^^^^^^^^^^^'^^'^>^^-