PREMIÈRE PARTIE
tient en petit volume, dans une graine, le germe de tout ce qui se déploie dans les plus hautes plantes et dans les plus grands arbres. La terre, qui ne change jamais, fait tous ces changements dans son sein.
Regardons maintenant ce qu'on appelle Teau : c'est un corps liquide, clair et transparent. D*un côté il coule, il échappe, il s'enfuit ; de Tantre, il prend toutes les formes des corps qui Tenvironnent, n'en ayant aucune par lui-môme. Si l'eau était un peu plus raréfiée, elle deviendrait une espèce d'air ; toute la face de la terre serait sèche et stérile; il n'y aurait que des animaux volatiles; nulle espèce d'animal ne pourrait nager, nul ppisson ne pourrait vivre ; il n'y aurait aucun commerce par la navigation. Quelle main industrieuse a su épaissir l'eau en subtilisant l'air, et distinguer si bien ces deux espèces de corps fluides?
Si Teau était un peu plus raréfiée, elle ne pourrait plus soutenir ces prodigieux édifices flottants qu'on nomme vaisseaux; les corps les moins pesants s'enfonceraient d'abord dans Peau. Qui est-ce qui a pris le soin de choisir une si juste configuration de parties et un degré si précis de mouvement, pour rendre l'eau si fluide, si insinuante, si propre k échapper, si incapable de toute consistance, et néanmoins si forte pour porter et si impétueuse pour entraîner les plus pesantes masses? Elle est docile; l'homme la mène, comme un cavalier mène un cheval sur la pointe des rênes ; il la distribue, comme il lui plait ; il l'élève sur les montagnes escarpées, et se sert de son poids môme pour lui faire faire des chutes qui la font remonter autant qu'elle est descendue. Mais l'homme, qui mène les eaux avec tant d'empire, est à son tour mené par elles. L'eau est une des plus grandes forces mouvantes que l'homme sache employer, pour suppléer à ce qui lui manque dans les arts les plus nécessaires, par la petitesse et par la faiblesse de son corps.
Mais ces eaux qui, nonobstant leur fluidité, sont des masses si pesantes, ne laissent pas de s'élever au-dessus de nos têtes, et d'y demeurer longtemps suspendues. Voyez- vous ces nuages qui volent comme sur les ailes des vents ' ? S'ils tombaient tout à
#. Saper pennas vealorum, Ps, an, S
coup par de grosses colonnes d'eau, rapides comme des torrents, ils submergeraient et détruiraient tout dans Tendroit de leur chute, et le reste des terres demeurerait aride. Quelle main les tient dans ces réservoirs suspendus , et ne leur permet de tomber que goutte à goutte, comme si on les distillait par un arrosoir? D'où vient qu'en certains pa]rs chauds, où il ne pleut presque jamais, les rosées de la nuit sont si abondantes, qu'elles suppléent au défaut de la pluie; et qu'en d'autres pays, tels que les bords du Nil et du Gange, l'inondation régulière des fleuves en certaines saisons pourvoit, à point nommé, aux besoins des peuples pour arroser les terres? Peut-on imaginer des mesures mieux prises pour rendre tous les pays fertiles?
Ainsi l'eau désaltère non-seulement les hommes, mais encore les campagnes arides ; et celui qui nous a donné ce corps fluide, l'a distribué avec soin sur la terre, comme les canaux d'un jardin. Les eaux tombent des hautes montagnes où les réservoirs sont placés; elles s'assemblent en gros ruisseaux dans les vallées : les rivières serpentent dans les vastes campagnes pour les mîeox arroser; elles vont enfin se précipiter dans la mer, pour en faire le centre du commerce à toutes les nations. Cet Océan, qui semble mis an milieu des terres pour en faire une étemelle séparation, est an contraire le rendez-vous de tous les peuples, qui ne pourraient aller par terre d'un bout du monde à l'autre qu'avec des Catigoes, des longueurs et des dangers incroyables. Cest par ce chemin sans traces, an irzY&s des abtmes, que Fanden monde donne la main an nouveau, et que le nouveau prête à randen tant de conmiodités et de ridiesses.
Les eaux distribuées avec tant d'art font une drculation dans la terre, comme le sang drcule dans le corps humain. Mais, outre cette drculation perpétuelle de l'eau, il y a encore le flux et le reflux de la mer. Ne cherchons point les causes de cet eflet si mystérieux. Ce qui est certain, c'est que la mer vous porte et vous reporte précisément aux mêmes lieux à certaines heures. Qui estrce qui la lait se retirer et puis revenir sur ses pas avec laui de régularité? Un peu plus ou un peu nunns de mouvement masse fluide déconcerterait toute la nature; un peu iMPim mriil dans les eaux, q^ t^monVeûX VstfaioàKcùx^Ksh