‹ Traité de l'existence de DieuChapitre 30 sur 81 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

bols, jusque dans les climats les plus glacés, une flamme qui lui lienne lieu du soleil, quand le soleil s'éloigne de lui. Cette flamme se glisse subtilement dans toutes les semences ; e|le est comme Tâme de tout ce qui vit; elle consume tout ce qui est impur, et renouvelle ce qu'elle a purifié. Le feu prête sa force aux hommes trop faibles; il enlève tout à coup les édifices et les rochers. Mais veut-on le borner à un usage plus modéré? Il réchauffe rhomme, et il cuit ses aliments. Les anciens, admirant le feu, ont cru que c^était un trésor céleste que Thomme avait dérobé aux dieux.

Il est temps de lever nos yeux vers le ciel. Quelle puissance a construit au-dessuS de nos têtes une si vaste et si superbe voûte? Quelle étonnante variété d'admirables objets 1 C'est pour nous donner un beju spectacle, qu'une main toute-puissante a mis devant nos yeux de si grands et de si éclatants objets. C'est pour nous faire admirer le ciel, dit Cicéron *, que Dieu a fait l'homme autrement que le reste des animaux. Il est droit, et lève la tète pour être occupé de ce qui est au-dessus de lui. Tantôt nous voyons un azur sombre, où les feux les plus purs étincellent ; tantôt nous voyons dans un ciel tempéré les plus douces couleurs, avec des nuances que la peinture ne peut imiter; tantôt nous voyons des nuages de toutes les figures et de toutes les couleurs les plus vives , qui changent à chaque moment cette décoration par les plus beaux accidents de lumière.

La succession régulière des jours et des nuits, que fait-elle entendre? Le soleil ne manque jamais , depuis tant de siècles, à servir les hommes, qui ne peuvent se passer de lui. L'aurore, depuis des milliers d'années, n'a pas manqué une seule fois d'annoncer le jour : elle le commence à point nommé, au moment et au lieu réglés. Le soleil, dit l'Écriture*, sait où il doit se coucher chaque joiyr. Par là il éclaire tour à tour les deux côtés

4. Qui (Deus) primum eos (homines) humo excitatos, celsos et erectoi consUiuit, ut deorum cognitionem, cœlum intuentes, eapere possent. Sunt eDim e terra homines, non ut incolœ atque babitatores, sed quasi speclatores Buperarum rerum, atque cœleslium, quarum speclaculum ad nullttm aliud genns animantium pertinet. Gic. De nat, deor»^ lib. U, ll« M.

s. Sol eçgaofit occêBum nutun* Ps. cm, 49.

16 DE l'existence DE DIEU.

du monde, et visite tous ceux auxquels il doit ses rayons. Le jour est le temps de la société et du travail ; la nuit, enveloppant de ses ombres la terre , finit tour à tour toutes les fati* gués et adoucit toutes les peines ; elle suspend , elle calme tout; elle répand le silence et le sommeil; en délassant les corps, elle renouvelle les esprits. Bientôt le jour revient pour rappeler l'homme au travail, et pour ranimer toute la nature.

Mais, outre ce cours si constant qui forme les jours et les nuits, le soleil nous en montre un autre par lequel il s'approche pendant six mois d'un pôle, et au bout de six mois revient avec la même diligence sur ses pas pour visiter l'autre. Ce bel ordre fait qu'un seul soleil suffit à toute la terre. S'il était plus grand, dans la môme distance, il embraserait tout le monde • la terre s'en irait en poudre ; si, dans la même distance, il était moins grand, la terre serait toute glacée et inhabitable; si, dans la même grandeur, il était plus voisin de nous, il nous enflammerait; si, dans la même grandeur, il était plus éloigné de nous, nous ne pourrions subsister dans le globe terrestre, faute de chaleur. Quel compas, dont le tour embrasse le ciel et la terre, a pris des mesures si justes? Cet astre ne fait pas moins de bien à la partie dont il s'éloigne pour la tempérer, qu'à celle dont il s'approche pour la favoriser de ses rayons. Ses regards bienfaisants fertilisent tout ce qu'il voit. Ce changement fait celui des saisons dont la variété est si agréable. Le printemps fait taire les vents glacés, montre les fleurs et promet les fruits. L'été donne les riches moissons. L'automne répand les fruits promis par le printemps; l'hiver, qui est une espèce de nuit où l'homme se délasse , ne concentre tous les trésors de la terre qu'afin que le printemps suivant les déploie avec toutes les grâces de la nouveauté. Ainsi la nature, diversement parée, donne tour à tour tant de beaux spectacles, qu'elle ne laisse jamais à l'homme le temps de se dégoûter de ce qu'il possède.

Mais comment est-ce que le cours du soleil peut être si régulier? Il parait que cet astre n'est qu'un globe de flamme trèssubtile, et par conséquent très-fluide. Qui est-ce qui tient cette ûammâf si mobile et si impètue\i&e)À«i\i*&\^'t^\^tL^'V^^^^fi»^^>^

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