‹ Traité de l'existence de DieuChapitre 29 sur 81 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

royaumes entiers. Qui est-ce qui a su prendre des mesures si justes dans des corps immenses? Qui est-ce qui a su éviter le trop et le trop peu? Quel doigt a marqué à la mer, sur son rivage, la borne immobile qu'elle doit respecter dans la suite de tous les siècles, en lui disant : c Là vous viendrez briser l'orgueil de vos vagues * 1 i

Mais ces eaux si coulantes deviennent tout à coup , pendant rbiver, dures comme des rochers; les sommets des hautes montagnes ont même en tout temps des glaces et des neiges, qui sont les sources des rivières, et qui abreuvant les pâturages les rendent plus fertiles. Ici les eaux sont douces pour désaltérer l'homme; là elles ont un sel qui assaisonne et rend incorruptibles nos aliments. Enfin, si je lève la tête, j'aperçois, dans les nuées qui volent au-dessus de nous, des espèces de mers suspendues pour tempérer Tair, pour arrêter les rayons enflammés du soleil, et pour arroser la terre quand elle est trop sèche. Quelle main a pu suspendre sur nos têtes ces grands réservoirs d'eaux? Quelle main prend soin de ne les laisser jamais tomber que par des pluies modérées?

Après avoir considéré les eaux, appliquons-nous à examiner d'autres masses encore plus étendues. Voyez-vous ce qu'on nomme l'air? C'est un corps si pur, si subtil et si transparent, que les rayons des astres, situés dans une distance presc^ue inû-* nie de nous, le percent tout entier sans peine, et en un seul instant, pour venir éclairer nos yeux. Un peu moins de subtilité dans ce corps fluide nous aurait dérobé le jour, ou ne nous aurait laissé tout au plus qu'une lumière sombre et confuse, comme quand l'air est plein de brouillards épais. Nous vivons plongés dans des abîmes d'air, comme les poissons dans des abîmes d'eau. De même que l'eau, si elle se subtilisait, deviendrait une espèce d'air qui ferait mourir les poissons, l'air, de son côté, nous ôterait la respiration, s'il devenait plus épais et plus humide : alors nous nous noierions dans les flots de cet air épaissi, comme un animal terrestre se noie dans la mer. Qui est-ce qui

•I . Et dixi : Usque hue Yenieg, et non procèdes amplius, et hic confriiH ges tumentea Onctûa tU08, Job, zzxvm» 41.

a puri&é avec tant de justesse cet air que nous respirons ? S*il était plus épais, il nous suffoquerait, comme, s'il était plus subtil, il n'aurait pas cette douceur qui fait une nourriture continuelle au dedans de l'homme : nous éprouverions partout ce qu'on éprouve sur le sommet des montagnes les plus hautes, où la subtilité de Tpir ne fournit rien d'assez humide et d'assez nourrissant pour les poumons*.

Mais quelle puissance invisible excite et apaise si soudainement les tempêtes de ce grand corps fluide? Celles de la mer n'en sont que les suites. De quel trésor sont tirés les vents qui purifient l'air, qui attiédissent les saisons brûlantes, qui tempèront la rigueur des hivers, et qui changent en un instant la face (lu ciel? Sur les ailes de ces vents volent les nuées d'un bout de l'horizon à l'autre. On sait que certains vents régnent en certaines mers dans des saisons précises : ils durent un temps réglé; et il leur en succède d'autres, comme tout exprès pour rendre les navigations commodes et régulières. Pourvu que les hommes soient patients et aussi ponctuels que les vents, ils feront sans peine les plus longues navigations.

Voyez-vous ce feu qui paraît allumé dans les astres et qui répand partout la lumière? Voyez-vous cette flamme que certaines montagnes vomissent, et que la terre nourrit de soufre dans ses entrailles? Ce même feu demeure paisiblement caché dans les veines des cailloux , et il y attend à éclater, jusqu'à ce que le choc d^un autre corps l'excite, pour ébranler les villes et les montagnes. L'homme a su l'allumer et l'attacher à tous ses usages, pour plier les plus durs métaux , et pour nourrir avec du

4. C'est expliquer bien vaguement le malaise que flEdt éprouver la raréfaction de l'air sur les hautes montagnes, que de dire, comme Fénelon, qu'à cette hauteur « la subtilité de l'air ne fournit rien d'assez humide et d'assez nourrissant pour les poumons. » M. Milne Edwards, dans ses Leçons sur la fkysMÀ9gie et Vanaiomie comparée de V homme et des animaux^ rapporte à deux causes principales les phénomènes morbides, très-diversement expliqués jusqu'ici, qu'on appelle le mal des montagnes : « Tout me porte à croire, dit le savant professeur, que raffaiblissement du travail respiratoire, d'une part, et l'augmentation dans l'évaporation pulmonaire et cutanée, d'autre part, ont en réalité ime très-grande influence sur la manifestation de cet ensembie de f/mpiOmes. • U| p^ ft2i. (jSlfoM ife CéflKMiir^

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