PREMIÈRE PARTIE
pointu et si aiguisé, qu'il perce en un moment le terrain le ^lUs dur, pour se faire une retraite souterraine. Le renard sait creuser un terrier avec deux issues, pour n'être point surpris et pour éluder les pièges du chasseur.
Les animaux reptiles sont d'une autre fabrique. Ils se plient, ils se replient; par les évolutions de leurs muscles, ils gravissent , ils embrassent , ils serrent , ils accrochent les corps qu'ils rencontrent, ils se glissent subtilement partout. Leurs organes sont presque indépendants les uns des autres ; aussi vivent-ils encore après qu'on les a coupés.
Les oiseaux, dit Gicéron*, qui ont les jambes longues, ont aussi le cou long à proportion, pour pouvoir abaisser leur bec jusqu'à terre et y prendre leurs aliments. Le chameau est de même. L'éléphant, dont le cou serait trop pesant par sa grosseur, s'il était aussi long que celui du chameau, a été pourvu d'une trompe, qui est un tissu de nerfs et de muscles qu'il allonge, qu'il retire, qu'il replie en tous sens, pour saisir les corps, pour les enlever et pour les repousser : aussi les Latins ont-ils appelé cette trompe une main.
Certains animaux paraissent faits pour l'homme. Le chien est né pour le caresser, pour se dresser comme il lui plaît, pour lui donner une image agréable de société, d'amitié, de fidélité et de tendresse, pour garder tout ce qu'on lui confie, pour prendre à la course beaucoup d'autres bétes avec ardeur, et pour les laisser ensuite à l'homme, sans en rien retenir. Le cheval, et les autres animaux semblables, se trouvent sous la main de l'homme, pour le soulager dans son travail, et pour se charger de mille fardeaux. Ils sont nés pour porter, pour marcher, pour soulager l'homme dans sa faiblesse, et pour obéir à tous ses mouvements. Les bœufs ont la force et la patience en partage, pour traîner la charrue et pour labourer. Les vaches donnent des ruisseaux de lait. Les moutons ont, dans leur toison, un superflu qui n'est pas pour eux, et qui se renouvelle pour inviter l'homme à les tondre toutes
A Qus (animalia) altiora sunt, ut anseres, ut cycni, ut grues, ut ca-
meli, adjuvanlur proceritate collorum. Manus eliam dala elepbantis, quia propter magnitadJnem corpoTia diflSciles aditos haîbebaJiV aA ^^Vsni, Cii&. De aa/. iieor,f Ub. U, B, 47,
les années. Les chèvres mêmes fournissent un crin long quî ^eur est inutile, et dont l'homme fait des étoffes pour se couvrir. Les peaux des animaux fournissent à Thomme les plus belles fourrures dans les pays les plus éloignés du soleil. Ainsi Tauteurde la nature a vêtu ces bêles selon leur besoin, et leurs dépouilles servent encore ensuite d'habits aux honmies pour les réchauffer dans ces climats glacés.
Les animaux qui n'ont presque point de poil ont une peau trèsépaisse et très-dure, comme des écailles ; d'autres ont des écailles mêmes, qui se couvrent les unes les autres, comme les tuiles d'un toit, etquis'entr'ouvrentou se resserrent, suivant qu'il convient à ranimai de se dilater ou de se resserrer. Ces peaux et ces écailles servent aux besoins des hommes.
Ainsi, dans la nature, non-seulement les plantes, mais encore les animaux, sont faits pour notre usage. Les bêtes farouches mêmes s'apprivoisent, ou du moins craignent l'homme. Si tous les pays étaient peuplés et policés comme ils devraient l'être, il n'y en aurait point où les bêtes attaquassent les hommes; on ne trouverait plus d'animaux féroces que dans les forêts reculées, et on les réserverait pour exercer la hardiesse, la force et l'adresse du genre humain, par un jeu qui représenterait la guerre, sans qu'on eût jamais besoin de guerre véritable entre les nations.
Mais observez que les animaux nuisibles à l'homme sont les moins féconds, et que les plus utiles sont ceux qui se multiplient davantage. On tue incomparablement plus de bœufs et de moutons qu'on ne tue d'ours et de loups : il y a néanmoins incomparablement moins d'ours et de loups que de bœufs et de moutons sur la terre. Remarquez encore, avec Cicéron*, que les femelles de chaque espèce ont des mamelles dont le nombre est proportionné à celui des petits qu'elles portent ordinairement. Plus elles portent de petits, plus la nature leur a fourni de sources de lait pour les allaiter.
Pendant que les moutons font croître leur laine pour nous, les
4. Oua9 multiplices fœlus procreanl, mI vit«, \iV c«nft«^ hUmammanim data est muJliiudo, quas easdem ^a\xca& liaÏMtiX «» \i«a>An<i ^i^» \«»Ka. V* gwjnt Cic. De nat. deor,^ 11, n. 54.