PREMIÈRE PARTIE
le?is pour faire passer les aliments, sans qu'il en tombe aucune parcelle subtile ni aucune goutte par la fente dont je viens de parler. Cette espèce de soupape est très-mobile, et se replie trèssubtilemfflit; de manière qu'en tremblant sur cet orifice entr^ou* vert, elle fait toutes les plus douces modulations de la voix. Ce petit exemple suffit pour montrer en passant, et sans entrer d'ailleurs dans aucun détail de l'anatomie, combien est merveilleux l'art des parties internes. Cet organe, tel que je viens de le représenter, est le plus parfait de tous les instruments de musique, et tous les autres ne sont parfaits qu'autant qu'ils l'imitent.
Qui pourrait expliquer la délicatesse des organes par lesquels l'homme discerne les saveurs et les odeurs innombrables des corps? Mais comment se peut-il faire que tant de voix fra[)pent ensemble mon oreille sans se confondre, et que ces sons me laissent, après qu'ils ne sont plus, des ressemblances si vives et si distinctes de ce qu'ils ont été? Avec quel soin l'ouvrier qui a fait nos corps, a-t-il donné à nos yeux une enveloppe humide et coulante pour les fermer, et pourquoi a-t-il laissé nos oreilles ouvertes? C'est, dit Cicéron ', que les yeux ont besoin de se fermer à la lumière pour le sonmieil, et que les oreilles doivent demeurer ouvertes pendant que les yeux se ferment, pour nous avertir et pour nous éveiller par le bruit, quand nous courons risque d'être surpris.
Qui est-ce qui grave dans mon œil, en un instant, le de!, la mer, la terre, situés dans une distance presque infinie? Comment peuvent se ranger et se démêler dans un si petit organe les images Sdèles de tous les objets de l'univers, depuis le soleil jusqu'à des atomes? La substance du cerveau, qui conserve avec ordre des représentations si naïves de tant d'objets dont nous avons été frappés depuis que nous sommes au monde, n'est-elle pas le prodige le plus étonnant? On admire avec raison l'invention des livres, où l'on conserve la mémoire de tant de faits et le recueil de tant de pensées; mais quelle comparaison peut-on faire entre ie plus beau livre et le cerveau d'un homme savant ? Sans doute ce cer-
4. Audilus semper patel; ejus eniin sensu eliam dormictUes egemus ; i quo coin sonos est acceptas , etiam i sonuio eicilamur. Gic^ Ce JY«t« Déor,, lib. tli, XI. 57.
veau est un recueil infiniment plus précieux et d'une plus belle invention que le livre. C'est dans ce petit réservoir qu'on trouvée point nommé toutes les images dont on a besoin; on les appelle, elles viennent: on les renvoie, elles se renfoncent je ne sais où, et disparaissent pour laisser la place àd'autres. On ferme et on ouvre son imagination, comme un livre; on en tourne, pour ainsi dire, les feuillets; on passe soudainement d'un bout àTautre ; on a même des espèces de tables dans la mémoire, pour indiquer les lieux où se trouvent certaines images reculées. Ces caractères innombrables, que Tesprilde Phommelit intérieurement avec tant de rapidité, ne laissent aucune trace distincte dans un cerveau qu'on ouvre. Cet admirable livre n'est qu'une substance molle, ou une espèce de peloton composé de fîlstendres et entrelacés. Quelle main a su cacher dans cette espèce de boue qui paraît si informe, des images si précieuses, et rangées avec un si bel art?
Tel est le corps de l'homme en gros. Je n'entre point dans le détail de l'anatomie; car mon dessein n'est que de découvrir l'art qui est dans la nature, par le simple coup d'œil, sans aucune science. Le corps de l'homme pourrait sans doute être beaucoup plus grand et beaucoup plus petit. S'il n'avait, par exemple, qu'un pied de hauteur, il serait insulté par la plupart des ani^ maux, qui l'écraseraient sous leurs pieds. S'il était haut comme les plus grands clochers, un petit nombre d'hommes consomaieraient en peu de jours tous les aliments d'un pays; ils ne pourraient trouver ni chevaux ni autres bétes de charge qui pussent les porter ni les traîner dans aucune machine LX>ulante ; ils ne pourraient trouver assez de matériaux pour bâtir à^s maisons proportionnées à leur grandeur; il ne pourrait y avoir qu'un petit nombre d'hommes sur la terre, et ils manqueraient de la plupart des commodités. Qui est-ce qui a réglé la taille de l'homme aune mesure précise? Qui estrce qui a réglé celle de tous les animaux avec proportion à celle de l'homme? L'homme est le seul de tous les animaux qui est droit sur ses pieds ; par là il a une noblesse et une majesté qui le distinguent, même au dehors, de tout ce qui vit sur la terre.
J<^on-seu]ement sa figure est plus uoble, mm ewcAr^ Ue^t le us foil et le plus adioil de lous \es ^vùm'ôAix^^ v^ov^tNX^^^^i'sa.