PREMIÈRE PARTIE
l'air et de purs songes. Mais ces deux songes s'entre-détruisent, et voilà à quoi aboutit la licence efifrénée que les esprits se donnent de supposer coiâme vérité éternelle tout ce que leur imagination leur fournit pour autoriser une fable, pendant qu'ils refusent de reconnaître l'art avec lequel toutes les parties de l'univers ont été formées et mises en leurs places. \ Pour dernier prodige d'égarement, il fallait que les Épicuriens •osassent expliquer encore par ce clinamen , qui est lui-même si inexplicable, ce que nous appelons l'âme de l'homme et son li • bre arbitre' . Ils sont donc réduits à dire que c'est dans ce mouvement où les atomes sont dans ime espèce d'équilibre entre la ligne droite et la ligne un peu courbée, que consiste la volonté humaine.
Étrange philosophie I Les atomes , s'ils ne vont en ligne droite, sont inanimés, incapables de tout degré de connaissance et de volonté; mais les mêmes atomes, s'ils ajoutent à la ligne droite un peu de déclinaison, deviennent tout à coup animés, pensants et raisonnables ; ils sont eux-mêmes des âmes intelligentes qui se connaissent, qui réfléchissent, qui délibèrent, qui 8ont libres dans ce qu'elles font. Quelles métamorphoses plus absurdes que celles des poëtes! Que dirait-on de la religion, si elle avait besoin, pour être prouvée, de principes aussi puérils que ceux de la philosophie qui ose la combattre sérieusement?
Mais remarquons à quel point ces philosophes s'imposent à eux-mêmes. Qu'est-ce qu'ils peuvent trouver dans le clinamen qui explique avec quelque couleur la liberté de l'homme ? Cette liberté n'est point imaginaire; et il faudrait douter de tout ce qui nous est le plus intime et le plus certain, pour douter de notre libre arbitre. Je sens que je suis libre de demeurer assis, quand je me lève pour marcher ; je le sens avec une si pleine certitude, qu'il n'est pas en mon pouvoir d'en douter jamais sé-