Influence des échelles sur la sanlé des ouvriers
Ce n'est pas seulement à la fatigue des mineurs circulant sur les échelles, ou à la perte d'une partie de leur force musculaire , qu'il faut s*attacher , mais encore à l'influence que ces appareils exercent sur leur santé et aux maladies dont ils sont l'origine.
Les ouvriers, ordinairement couverts d'une abondante transpiration , résultat des efforts provoqués par l'ascen-
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êHoUf arrivent au jour, où le plus souvent, ils brusquement dans une atmosphère comparativement froide, circonstance qui tend à aggraver encore Fétat humide de leurs vêtements mouillés par les eaux dlnflltration. Quoi* que les conséquences d'une transpiration arrêtée soient fort graves, elles ne peuvent être comparées à Tinfluenee morbide qu'exerce, sur les fonctions organiques, la situation corporelle de l'homme gravissant les échelles , influence d'autant plus fâcheuse que la direction de ces derniêreB se rapproche davantage de la verticale.
Pour rinCelligence de ce qui va suivre , il convient d'exposer en peu de mots la manière dont s'accomplissent la respiration et l'alimentation du sang par l'oxygène» Le premier de ces actes est double ; il comprend Vinupiration^ ou l'introduction de l'air atmosphérique dans la oavité pectorale qui renferme les poumons, et Vexpiration^ ou l'action par laquelle l'homme expulse de cette même cavité l'air en partie dépouillé d'oxygène, après avoir rempli sa fonction. La poitrine et les poumons peuvent être comparés à un soufflet sans soupape dont les parois , alternativement écartées et rapprochées, agiraient sur une vessie pleine d'air, dans laquelle ce fluide serait attiré et d'où il serait aussitôt expulsé à travers un oriflce unique. Les mouvements de soulèvement du soufflet , qui tendent a agrandir sa capacité , .ont pour origine les muscles attachés aux bras et aux épaules , d'une part , et de l'autre , à la cage osseuse , enveloppe de la poitrine. Les principaux muscles appelés à déterminer les mouvements de contraction , c'est-à-dire , l'expiration , sont ceux du bas-ventre , beaucoup plus nombreux et plus forts que les précédents.
Les poumons, qui, par une comparaison grossière « viennent d'être assimilés à une vessie pleine d'air, sont un organe composé d'une infinité de petits tuyaux , entre-
«roiséf el conlournés de mille manières différentes) afin de présenter tin maximum de surface sous le moindre volume* Ces petits eanaux , dans lesquels Vair est appelé à se mettre en eontact atee le sang , ont pour objet de dépouiller eelui-ci de son oxygène. La eompression produite par les muscles expirateurs concourt à la circulation du sang dans les tuyaux des poumons et à son expulsion de ces organes après son oxigénation complète. Toute interruption et toul ralentissement dans Tacte de la respiration se dénotent par des engorgements partiels et par une trop grande affluenoe de sang vers le cœur. Ceci établi , il sera facile de se rendre compte de Tinfluence exercée par les échelles sur la respiration et de se faire une idée du trouble que ce travail produit sur Téconomie animale.
Pendant l'ascension , Fouvrier saisit avec ses mains Tun des échelons situés au-dessus de sa léte , à une hauteur plus ou moins grande suivant l'inclinaison plus ou moins grande de l'échelle; puis, mettant en jeu les musclea compris entre les mains et la poitrine , il soulève les parois de cette dernière, en remorquant le reste du corps* Mais les principaux de ces muscles élévateurs sont pré* eisément ceux que l'homme emploie dans l'acte de Tins* piration; et comme ils se trouvent eux-mêmes dans un état de contraction forcée et permanente, ils mettent la poitrine dans une condition anormale, pendant tout lé temps de l'ascension. D'autre part , les muscles expirateurs du bas-ventre , dont l'objet est d'abaisser la poitrine et de lui imprimer un mouvement de contraction, n'agissent en aucune manière , mais, au contraire , éprouvent un relé« chement résultant de la position courbée du corps gravissant les échelles ; en sorte que l'air , sans cesse appelé dans la poitrine , n'en peut être expulsé que partiellement* Dans cette situation contre nature , la multitude des petits
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canaux conducteurs de lair, constitutifs des poumons, se gonflent, se dilatent et, sous l'impression de la tension prolongée ii laquelle ils sont soumis , perdent de leur élasticité et, par conséquent, de leur faculté d'expulser Tair qu'ils contiennent par l'acte de l'expiration. Dès que cette dilatation aueint certaines limites , elle produit la lésion et la rupture de diverses cloisons du tissu pulmonaire , dé-^ truit l'agencement sinueux de ces canaux , et la surface que le poumon offrait au contact de l'air subit une diminution. Le cœur , repoussé par ces derniers , dont le volume s'est accru , se porte de haut en bas , c'est-à-dire vers le ventre, où il est facile de constater ses battements; ce mouvement , suivi du déplacement d'autres organes , contribue à rendre plus difficile encore l'acte de l'expiration. Enfin, les poumons ne venant plus en aide à la circulation du sang , celui-ci reflue vers le cœur , qui , ne pouvant se débarrasser de ce liquide , se contracte violemment, redouble l'énergie de ses pulsations et bondit dans la poitrine, dont il soulève les parois. L'anéantissement de la faculté contractive du poumon et la diminution de la surface de son tissu sont les causes de l'emphysème pulmonaire ; cette affection meurtrière , si fréquente parmi les ouvriers mineurs astreints à remonter par les échelles, offre des symptômes fort variés , et , si elle n'est pas tou« jours mortelle , elle les rend , la plupart du temps , impropres au travail des mines dès l'âge de 45 ans.
L'état impur de l'atmosphère des puits dans lesquels les ouvriers remontent au jour , auquel sont attribuées toutes les maladies de ce genre , agissent évidemment d'une manière fâcheuse sur l'organisation humaine et augmentent la mortalité ; mais la nature de ces affections , engendrées par la respiration d'un air vicié , ne permet pas de les confondre avec l'emphysème puln^onaire^ L'iq-
ASCENSIO!r ET DBSCEIYTE SUR LES CABLKS. 38S
fluenee morbide subsiste , quelle que soit Tinclinaison des échelles ; seulement , si eelle-ci est convenable , Taffection est moins intense qu'elle ne Taurait été dans le cas contraire ; aussi « c'est une illusion complète que de vouloir se fonder sur l'ouverture plus ou moins grande de l'angle formé par l'échelle sur le plan horizontal, pour garantir les mineurs contre l'atteinte de celte cruelle maladie (i).
630. Aècenmn et descente des ouvriers mineurs sur le câUe d'extraction.
Le transport des mineurs par la machine d*extraction pour les introduire dans la mine et les en faire sortir , n'exige l'emploi d'aucun appareil spécial. Dans les localités du continent où ce mode est usité , les mineurs se placent sur les vases au nombre de six ou huit au plus; parmi eux se trouve un ancien mineur préposé h la direction de la marche , veillant à ce que les ouvriers ne se placent pas sur les bords du cuffat ; à ce qu'ils exécutent leur entrée et leur sortie sans précipitation et sans confusion ; en un mot , chargé de prévenir les imprudences que commettent si fréquemment les jeunes ouvriers. Chacun d'eux est astreint, en Belgique, à porter une sangle de sûreté, composée d'une ceinture en cuir et d'un bout de corde terminé par un crochet , qui s'attache à l'une des chaînes de suspension du vase d'extraction. Mais cette précaution devient inutile si l'on tient la main à ce que les mineurs se placent dans l'intérieur du vase et jamais sur ses bords; n'étant plus alors liés invariablement à ce dernier , il leur
(i) Ces considërations sont, pour la plupart, extraites d*une bro« ohure publiée à Bruxelles par M. le docteur Harot , sous le titre : De ia mariante des ouvriers mineurs.
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esl encore possible de s'élaneer au-dehors dana cerlalaêi eirconsUDces heureusement fort rares. On a le soin d'ajus* 1er au-dessus du vase un chapeau en bois ou en tôle , vulgaîrenient appelé parapluie , dans le but de garantir lea ouvriers contre les atteintes des petits éclata de la roebt ou de tout autre corps pesant , car quelques petits qu% soient, ceux-ci acquièrent, en vertu des lois de la gravité, une vitesse extrême et produisent des blessures fort graves. Enfin , les machinistes , soumis à un règlement sévère , sont généralement choisis parmi les hommes dont la prudence , Tattention et l'aptitude ont été reconnues.
fin Angleterre , où les échelles sont inusitées , même dans les mines exploitées par 6 à 800 ouvriers , il est rare que ceux-ci se placent dans le vase d'extraction ; le plus ordinairement ils prennent une chaîne dont les extrémités , munies de crochets, sont attachées à la chaîne principale , et deux d'entre eux passent chacun une jambe dans Fespèce d'anneau qui en résulte. Plusieurs couples d'ouvriers , ainsi placés les uns au-dessus des autres , montent le long du puits ; lorsqu'ils arrivent à la surface , le machiniste les fait stationner successivement au niveau de la margelle, où ils sont reçus par l'accrocheur.
La translation des ouvriers au moyen du moteur ne doit pas dispenser l'exploitant de l'obligation d'établir, en cas d'accident et comme moyen de sauvetage, une série d'échelles dans un puits spécialement destiné à eet objet. Ces édielles sont appelées à rendre de grands services en cas d'envahissement subit des travaux par les eaux ou par les gaz délétères, après une détonation de grisou. Car si , au moment où il s'agit de remonter promptement 1^ ouvriers , la machine d'extraction ou les câbles sopt endommagés par le sinistre et s'ils n'ont d'autre qiojfeû de sortir de la mine, ils doivent infeilliblemrat périr«
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Si 9 au contraire, \e moteur est intact, ils se jetteront confusément sur les vases d'extraction , lutteront entre eux pour s'arracher le seul moyen de salut et se précipiteront mutueliemeot dans le puisard. Du reste^ les cufifats sont insuffisants dès que le nombre des ouvriers est un peu ew^dérable.