‹ Traité de l'exploitation des mines de houille; ou, Exposition comparative des méthodes employées en Belgique, en France, en Allemagne et en Angleterre, pour l'arrachement et l'extraction des minéraux combustibles; (volume 3)Chapitre 182 sur 193 · Des puits et des galeries à travers bancs · texte numérisé non relu

Des puits et des galeries à travers bancs

Le mineur dispose le puits d'extraction de manière à diviser la ligne d'allongement en deux parties à peu près égales, afin que la moyenne des transports soit réduite au minimum. Quanta leur position sur llnclinaison , la rencontre d'une eouche plateure, dans sa partie d'aval, permet d'en diriger les produits en descendant vers les accrochages; mais tine stratification fort inclinée ou pliée en zigzag exige l'installation des puits au centre du champ de travail cl le percement de galeries à travers bancs vers les deux points opposés de l'horizon.

Une règle assez générale consiste à réserver autour des puits et, dans chaque couche, des massifs de houille destinés & préserver le terrain des éboulements. Cependant, quelques ingénieurs anglais blâment cette précaution , et , regardant comme préférable l'alTaissement uniforme de la surface excavée , ils enlèvent la totalité de la couche ; mais l'expérience ayant prouvé Tefficacité des supports naturels de ces excavations, quant à la dislocation des terrains avoisinants et à la rupture des revêtements , il est beau^ coup plus prudent de se conformer à cet usage presque général. Des massifs de 20 à 30 mètres de rayon sont, dVilleurs , considérés comme suffisants dans tous les cas.

Les galeries à travers bancs rectilignes permettent d'at* teindre la couche par la ligne la plus courte; elles res*treignent aussi la longueur du transport et de la circulation de l'air. Conime , en outre , ces percements éont fort Coûtteux, le mineur en diminue le nombre autant que possible , et cherche , par l'étude des allures des couches et de leurs rapports de position , à en recouper un grand nombre par une même galerie.

600 CHAPITRE IV. — Vl*. SECTIOW.

SOI . Principes qui doivent présidet* à Ntablis&ement des galeries percées dans le gite.

Le mineur obtient un incontestable avantage dans leur direction en ligne droite , ou suivant des courbes à grands rayons ; mais cette considération est subordonnée , quant aux voies d'allongement , à Timportanee de les maintenir sur un niveau constant ; car , s'il s'écarte du plan horizontal, il se porte en amont ou en aval. Dans le premier cas , il restreint le champ d'exploitation donné ; dans le second , les eaux ne s'écoulent plus librement vers le puisard, et le transport des produits est désavantageux» Cependant une pente vers les accrochages est indispen* sable, mais elle doit être fort modérée. Pour conduire ces voies dans un plan horizontal ou légèrement incliné, le mineur peut , à l'imitation des Anglais , utiliser les fliets d'eau rencontrés accidentellement dans les couches, ou , à défaut de ces derniers , en amener quelques barriques provenant du puisard. Cette eau , réunie vers la paroi d'aval de la galerie , forme une petite flaque de S à 6 centimètres de profondeur qui ne lui laisse aucune indécision sur la direction à suivre; car, s'il effectue le percement de telle façon que l'eau vienne constamment mourir au front de taille , il acquiert la certitude de marcher sur un plan légèrement ascendant.

Les galeries rectilignes , exemptes de coudes et de contournements trop brusques , satisfont aux conditions requises pour la facilité des manœuvres souterraines. Quant è leur direction^ tantôt elles sont conduites perpendiculairement aux plans de clivage dans le but de faciliter rarrachement , on tôt, cédant aux considérations de transport, elieç soat

percées suivanl une ligne plus ou moins diagonale, afin de leur donner une pente convenable.

Les voies dont la houille intacte forme les parois se conservent bien ; celles qui sont pratiquées à travers les remblais doivent être revêtues latéralement de murs en pierres sèches , choisies parmi les échantillons les plus résistants ; la durée de Texcavation en est prolongée et le nombre des étais diminué. Les galeries à parois hélé* rogénes, dans lesquelles la eompressibilité des murs de remblais est plus grande que celle de la houille en place , provoquent la rupture du toit* Enfin , les carrefours où le faite reste à découvert sur une plus grande sur* face , exigent les moyens de soutènement les plus efficaces. Les revêtements en briques conviennent aux percements de longue durée effectués à travers des terrains ébouleux. Au premier abord, ils semblent fort coûteux, mais ils n'exigent pas d'entretien et offrent , en cela , une grande économie sur les boisages qui , sans cesse , doivent être renouvelés.

502 Système d'exploitation par galeries et mas^s longs ou courts.

Les règles éparses dans les descriptions précédentes peuvent se résumer comme suit. Il faut proportionner la surface des piliers à celle des galeries , de façon que le faite se maintienne en place , en attendant le dépilage. Si la couche et le toit étant solides, le mur est tendre , la base des piliers doit être assez grande pour prévenir leur pénétration dans les assises inférieures. Une couche tendre ou très-fissurée exige des massifs épais ; autrement , la pression du toit les écrase , des blocs de houille s'en détellent , leur volume diminue et leur destruction est suivie

602 CHAPITRE IV. — vr. SECTION,

de réboulement du toit. Enfin , si les assises supé^ rieures n*ont qu*une faible consistance, des pilier^ d*une grande surface sont circonscrits par des galeries étroites, mais telles, cependant, qu'il soit possible d*acCuintller sui^ leurs parois toutes les matières stériles provenstnt de là couche ou de ses lisières.

En général, les galeries larges tournissenl dès Tabohl des produits abondants; l'air y circule plus fbciteinent } le parallélipipède de houille, moins coupé, fournit Une plus grande proportion de gros blocs , et les échaticrures^ plus distantes, donnent lieu à une main-d'œuvre rnolM coûteuse. Ces avantages compensent largement remploi plus considérable de bois. Le mineur « en dirigeant les voies d'exploitation perpendiculairement au plftti dès fissures principales , facilite l'abattage et détermine des massifs qui , se conservant intacts , offrent , à surfaces égales , le maximum de résistance à la pressiori des assises supérieures*

Les pertes de combustible, résultant de l'abandon mo^ mentané des piliers sont fort grandes; le contact de l'air atmosphérique en altère la houille avec autant d'énergiO que si elle était exposée en tas à la surface du sol; les produits d'une couche brisée et délitée par laction des stratificalions du couronnement j ont peU de valeur, car l'abattage, malgré toutes les précautions usitée, ne livro que du menu chaii)on, fréquemment souillé par dèé fragments de schiste. Or, le seul moyen de remédiera ces inconvénients étant de faire suivre la préparation dé l'arrachement immédiat des piliers, il convient que ii surface du champ d'exploitation soit fort limitée, ou plutôt quelle soit divisée en districts indépendants, son vaut la méthode de M. Buddle»

SOS. Des tailles remblayées.

La hauteur des ateliers d'arrachement et la largeur des galeries sont proportionnés au volume des remblais dd gtle et de ses lisières; ainsi, dans l'exploitation des couôhes milices, ou abondantes eti matières stériles, le mineur est obligé d'ouvrir de larges tailles , de restreindre lè nombre des voies, et dé ne leur donner qu'une section strictement suffisante aux besoins du transport et de l'aérage. Les couches d'une certaine puissance, dépourvues d'intercalations et dans lesquelles Texhaussement des galeries n'exige Tentaillement ni du toit ni du mur, permettent l'installation de tailles étroites, accompagnées de galeries fort larges.

Si, d'un côté, le nombre des échancrures verticales est proportionnellement moindre dans les grandes tailles que dans les petites , d'un autre , les premières offrent ^inconvénient d'exiger beaucoup de main-d'œuvre pour le 1k)ulagèy opération tendant, en outre, à briser les houilles (Viable^ et à les réduire a l'état de menu.

En Angleterre , le volume des remblais est par fois insuffisant ; mais il est rare , en Belgique et ddhs lé nord de la Frahce , que les iiitercalations schisteuses ou Tarra^ cheoient des roches encaissantes aen fournissent pas des quantités suffisantes pour combler les excavations. Dans tous les cas, un entaillement profond des salbandes procure au mineur des fragments de schiste^ 'solides et consistants; il en construit, le long des voies, des murs assez épais qui le dispensent de boisages trop compliqués et le font jouir de galeries à grande section, avantageuses sous le rapport du roulage et de

604 CHAPITRE IV. — Vl% SECTION.

la ventilation. Malheureusement , les matières stériles sont souvent en quantité tellement considérable que, malgré la grande hauteur attribuée aux tailles, la faible section et le petit nombre des galeries, elles ne peuvent être logées en totalité ; alors le mineur les serre fortement, remblaie les anciennes voies et toutes les excavations de* venues inutiles , dispose , si possible , ses travaux de manière que Texploitation se fasse simultanément sur plusieurs couches ; la rareté des roches stériles dans les unes compense Tabondance de remblais des autres, et certaines excavations reçoivent Texcédant des débris provenant des strates les mieux partagées du groupe en exploitation. Mais le mineur n*est pas toujours maître de se placer dans de semblables conditions ; il ne trouve pas toujours è sa portée des couches convenablement composées ; et, s*n les rencontre, il peut arriver qiic le transport des déblais a une grande distance , rende ce procédé fort coûteux et qu'il doive se résoudre à les élever au jour.

Lorsqu'une taille reste inactive pendant rintervallc qui s'écoule entre deux postes d'ouvriers^ la pression du toit et la dilatation des gaz font gonfler la houille , la délitent et tendent à produire un abattage en quelque sorte naturel. Si les combustibles sont durs , cette action peut être facilitée par l'ouverture de grands chantiers ; s'ils sont déliteux , les résultats de cette dilatation consistant exclu* sivement en menu charbon , on s'y oppose par tous les moyens possibles. Cet inconvénient est fréquent dans les mines de Gharleroi , placées en général dans de fâcheuses conditions sous le rapport de la friabilité des produits.

Dans le cas où l'exploitant prévoit de l'irrégularité dans le gite, il prend ses précautions pour ne pas s'exposera voir l'extraction diminuer ou faire défaut dans le moment même où il lui importerait de livrer ses produits à la con«

CONSIDÉRATIO:<S CÉÎIÉRALES. 60^

sommation. Ces précautions consistent, eliez les Allemands et les Anglais , à pousser en avant la galerie principale , c'est-à-dire à faire précéder l'arrachement par l'exploration du gîte et à s'assurer, à l'avance, de la position des crains^ des failles ou autres dérangements. En Belgique , l'exploitation des versants méridionaux , si disloqués , donne lieu à la préparation d'un plus grand nombre de chantiers que ne l'exigent les besoins de l'extraction ; si quelques-uns d'entre eux sont accidentellement frappés de stérilité , les autres fournissent de la houille en attendant que le dérangement soit traversé ou que les tailles soient remises en activité. Le procédé proposé pour les mines d'Anzin s'ap« pliquerait à tous les systèmes par tailles remblayées; il serait probablement fort avantageux sous ce rapport , mais il est à craindre que les exploitants ne se décident que difficilement & le mettre en usage; ils ont rarement le temps d'attendre une exploration complète du gite et sont, ordinairement , forcés de retirer immédiatement le com^ bustible du champ de travail.

On ne saurait trop insister sur l'importance de serrer fortement les remblais dans les cavités situées en arrière des chantiers ; car , non-seulement ils s'opposent à la dislocation des assises supérieures et conservent les galeries plus longtemps intactes, mais encore ils préviennent les déperditions d'air et forcent la totalité du courant venti* lateur à se porter vers le fond de l'excavation. Si la couche dégage du gaz inflammable , les remblais rapprochés du front de taille ne laissent que l'espace strictement nécessaire pour le travail des ouvriers; le courant, resserré , augmente de vitesse et acquiert une force suffisante pour entraîner avec lui le gaz destructeur.

COC CHAPITRE IV. — VI*. SECTIOU.

Page 1